‹ Nostalgies françaises,Chapitre 41 sur 79 · A UNE ANGLAISE · texte numérisé non relu

A UNE ANGLAISE

Je te disais souvent : « Avec des yeux pareils Il ne faut pas, indifférente à nos soleils, Monter deux fois par an sur un transatlantique, Cher petit front anglais qu'enivre la musique Des grands flots, j'ai bien peur que l'Océan amer Ne soit enfin jaloux de tes beaux yeux de mer Et qu'un soir de malheur ton âme hors d'haleine N'entende tout à coup le chant de la sirène. Chers 5^eux bleus, n'allez pas rêver sur l'Océan, Allez vers les forêts où chante le printemps ! » Mais tu riais alors d'un rire un peu sauvage Où s'entendait le bruit des galets sur la plage.

Depuis, je n'ai pas vu tes yeux pleins de mirages Et le transatlantique a fait de grands voyages, Mais depuis, mon esprit est toujours inquiet, Car je songe qu'un jour ton petit corps fluet

Sera trouvé par des marins sur un rivage Par quelque lendemain sinistre de naufrage. Qu'ils seront, ce jour-là, pitoyables ces yeux Qu'égayait le saphir des océans joyeux ! Ht qu'à jamais voyagera sur la mer triste, Ta petite âme errante et vague de touriste.

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