A UN ÉPHÈBE
O formose puer, nimium ne crede colori.
Virgile.
Tu n'es que le reflet vivant du Printemps frêle,
O merveilleux adolescent, Qu'on croise dans l'allée à l'heure la plus belle
Du jardin frais et caressant.
Le sang du jeune Avril circule dans tes veines
Sous ta peau laiteuse de lys Et ton rire a le son limpide des fontaines
Où venait boire Amaryllis.
Sophocle en des banquets d'une pure allégresse
T'eût chanté lumineusement, Virgile eût couronné d'un vert laurier de Grèce
Ton front admirable et charmant.
Vois, le beau Luxembourg s'est offert comme un A ta grâce de jeune dieu, [temple
Et la voix du jardin heureux qui te contemple Dit : « C'est Eros au regard bleu. »
Savoure lentement ces heures sans pareilles,
Avant que s'achève l'Eté, Car l'univers voulant créer d'autres merveilles
Reprendra ce qu'il t'a prêté.
Par un soir vaporeux où ton visage lisse
Vers le bassin se penchera, Ta grâce évanouie en son onde, Narcisse,
Dans l'Automne se dissoudra.
Et, l'an prochain, quand tu viendras vers ces parterres Avec l'amie aux yeux ardents.
Un autre éphèbe aura ravi de tes mains claires Le sceptre léger du Printemps.