‹ Nostalgies françaises,Chapitre 58 sur 79 · AVANT DE VOUS CONNAITRE · texte numérisé non relu

AVANT DE VOUS CONNAITRE

Avant de vous connaître un volontaire orgueil Me faisait désirer d'inconstantes tendresses ; Je n'aimais que l'Amour et non pas les maîtresses, Et j'oubliais leurs noms en franchissant leur seuil.

Mais vous fûtes si rare avec votre sourire Où flotte la douceur pâle de vos3'eux verts Que vous avez pour moi résumé l'univers De tous les idéals auxquels mon rêve aspire.

Mon cœur n'aime que vous ; tel un papillon d'or Qui rêvait de plonger dans chaque fleur éclose Et qui dans un jardin où le soleil l'endort Aime tout le Printemps en une seule rose.

vos YEUX

Des yeux m'ont reflété l'Ecosse et l'Angletere

Et d'autres l'Amérique aux lacs pleins de mystère ;

Je préfère pourtant à tous ces yeux si beaux

Vos yeux où j'ai surpris des mirages nouveaux,

Vos beaux yeux si français qu'en eux frissonne l'eau

D'un bassin de Versailles ou de Fontainebleau,

Vos yeux où vingt printemps ont laissé tant de charmes

Qu'ils seront, malgré vous, cause de bien des larmes.

Vos yeux où tremble, ainsi qu'en un parc d'autrefois.

L'azur d'un crépuscule où rêvèrent les rois,

Vos yeux si merveilleux, si purs, que leurs magies

Par delà l'Océan charment mes nostalgies.

Vos yeux adolescents dont vous avez si bien,

Par une nuit d'hiver, illuminé les miens

Que pour toujours je garde en l'eau de ma prunelle

L'orgueil d'avoir miré la tête la plus belle

Qu'aient vue à la clarté de leurs matins fleuris

Les jardins verdoyants qui parfument Paris.

sous LE CIEL DES TROPIQUES

Les destins u'ont jamais de faveurs qui soient pures.

André Chénier.

Qui m'eût dit, par ces jours débordants de lumière Où mes yeux pouvaient voir presque chaque matin Votre jeunesse en fleur dressant dans un jardin La belle pureté d'un marbre de Falguière,

Que plus tard, vous croisant par une froide nuit Dont le vent animait la neige et la tristesse, Je sentirais soudain se fondre mon ennui Et fleurir à sa place une immense tendresse ?

Qui m'eût dit qu'aujourd'hui je pleurerais vos yeux Et votre pur profil un peu mélancolique Par delà les déserts des grands océans bleus.

Et que, sous les beaux soirs d'une lie des Tropiques,

Les brumes de la mer et de l'éloignement

Me rendraient votre charme encor plus émouvant ?

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