A LA FRANCE
Jeune sœur de la Grèce et sœur de l'Italie, Terre du gui, des blés et des coquelicots. Mon cœur, malgré l'exil, vibre de tes échos, Et je t'offre ces vers pleins de mélancolie.
Je te dois le bonheur des plus purs de mes jours : Tes parcs ont exalté ma jeunesse pensive Et tes fleuves m'ont vu, dans l'été de leur rive. Composer mon poème au rythme de leurs cours.
Je chéris ta campagne aux monotones lignes Où l'hospitalité sourit à chaque seuil.
Et j'envie, à cette heure où ma vie est en deuil. Ta gaieté qui te vient du sang clair de tes vignes.
J'aime Paris, cité Hbre de la beauté, Marseille orientale et vibrante d'amour, Bordeaux, port commerçant robuste de santé, Toulouse où rêve encor l'âme du troubadour.
Tes beaux sites absents sont ceux que je préfère. J'aime à les évoquer sous la molle vapeur D'un crépuscule où chante une brise légère, Et le regret leur donne une telle douceur,
Lorsque dans ses brouillards l'éloignement les plonge, Qu'ils me semblent perdus sous un immense soir; Et que sortant soudain des brumes de mon songe Je sens en moi la peur de ne plus les revoir.
France, dont les enfants ont conquis tant de terre Pour te faire plus grande encore sous les cieux ; Accepte le loyal tribut de l'un de ceux Qui, quoique nés au loin, t'aiment d'un cœur sincère.
Il m'est doux, revenu sous le Tropique vert. De regretter ton sol et tes clartés heureuses, Et d'otfrir au pays où mon cœur s'est ouvert L'hommage recueilli de ces strophes pieuses.
Je te célèbre au bord d'une oasis de mer
Qui fut jadis un vert fleuron de ta couronne
Et, dans l'Ile où sans fin rayonne un été clair.
Je songe à tes doux ciels de printemps et d'automne.
A la France. 21
Pour honorer ton nom en mon ardent pays Qu'encercle le saphir de la mer tropicale, J'ai rêvé de chanter, ô France libérale, A ta gloire, des vers émouvants et fleuris.
Je t'évoque ce soir devant la mer immense. Dans le ciel violet les cocotiers sont d'or, Et de graves oiseaux traversent le silence De l'air, et leur adieu flotte sur le vieux fort.
Je suis dans mon pays, dans mon ile féconde. Nul ciel n'est plus profond que le ciel que je vois. Nulle mer n'a sur elle une clarté plus blonde Que celle qui miroite au pied de ces grands bois.
Et pourtant mon regret de ton ciel est si vaste, J'ai si peur de ne pas te voir avant ma mort, Que je donnerais tous ces jardins et leur faste Pour vivre encor un peu sous tes platanes d'or.
Car tu fis plus ardente et plus belle ma vie, Et mon rêve a fleuri sous l'azur de ton ciel. Et mon culte sera pour toi, terre chérie. Comme un buis vert chargé de printemps éternel.
Je sais que l'étranger te reproche tes rêves ; L'on dit que tu te meurs et l'on compte tes jours ; Mais le chcne français a de robustes sèves, Le gui de l'idéal le verdira toujours.
Terre de l'alouette et de l'héliotrope, Que ne puis-je en des mots sublimes t'encenser ! Toi dont le nom si pur est doux à prononcer, O Muse, ô Sentinelle ardente de l'Europe !