‹ Nostalgies françaises,Chapitre 69 sur 79 · TROISIÈME CANTIQUE · texte numérisé non relu

TROISIÈME CANTIQUE

Je sais que vous allez partir pour un voyage

Vers les belles cités de l'Europe brumeuse,

Et je veux en esprit suivre votre visage

Dont mon âme est toujours la dolente amoureuse.

Je vous vois par un soir de Venise très doux Monter sur la gondole exquise de mon rêve ; La lune de safran sur la lagune rêve, La voix du gondolier est éprise de vous.

Vienne est belle aux nuits où de jeunes tziganes Dans des valses d'amour prennent le cœur des femmes ; Le sublime Océan avec toutes ses lames Chante en leurs violons rouges, sous les platanes.

Troisième Cantique. 147

La romantique Espagne est bien digne de vous • Voyez Valladolid, Tolède et Barcelone ; Voyez surtout, voyez, son ciel vous sera doux, Séville dont mon cœur à tout jamais s'étonne.

Je préfère pourtant songer que vous irez Vers les pays du Nord dont j'aime la magie ; Que l'Ecosse sur vous bercera ses forêts, Que vous verrez Erin pleine de nostalgie.

Irlande d'émeraude, île aux blanches maisons. J'aimai ton paysage un peu mélancolique, Quand un matin, du haut d'un noir transatlantique, Nous vîmes des vols blancs à tous tes horizons.

Londre, à cause des yeux qui pour moi vous mirèrent.

Je garderai de vous une image troublante ;

Vous êtes la cité royalement austère,

Mais deux tendres yeux bleus vous firent souriante.

148 Aux plus beaux yeux de France.

vm

J'aime le large Strand lorsque la nuit approche, Et Golden Cross qui fut quelque temps ma demeure Et d'où, quand Saint-Martin sonne ses douces heures. On se croirait au temps de Dickens et des coches.

Piccadilly ! Piccadilly ! Leicester square. Allumez pour ses yeux vos plus blondes lumières ; Que les « beaux yeux de France » aient le bonheur trop De voir Londre à la fin d'une après-midi claire, [rare

Lorsque vous aurez vu les plus beaux paysages D'Europe et les splendeurs de ses grandes cités, Penserez-vous encor à ces lointains rivages Où mon cœur nuit et jour songe à votre beauté ?

Tandis que je vous chante, un grand vaisseau qui passe S'enfonce dans la brume immense de la mer, Et je songe soudain que comme lui s'efface Mon souvenir au cœur de l'être qui m'est cher.

Troisième Cantique. 149

Mon cœur, vaisseau d'amour, autrefois sur les flots De l'amour tu glissais, voile haute et sereine ; La douleur à présent alourdit ta carène, Et ta cale sonore est pleine de sanglots !

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