‹ Nostalgies françaises,Chapitre 76 sur 79 · LES FLOTS POUSSENT LES FLOTS LES ANS POUSSENT LES ANS · texte numérisé non relu

LES FLOTS POUSSENT LES FLOTS LES ANS POUSSENT LES ANS

Mais la voix me console et dit : garde tes songes. Les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous.

Baudelaire.

Ah ! lorsqu'il eut fini son terrestre voyage, Ulysse a-t-il choisi, chaste et puissant mirage, Vos yeux, Nausicaa, pour les voir en mourant?

J.-L. Vaudoyer

Les flots poussent les flots, les ans poussent les ans. Que je voudrais revoir ses doux yeux, au printemps ! Que j'aimerais, dans la clarté d'un soir d'Europe, Retrouver leurs iris couleur d'héliotrope ! Que j'aimerais, tenant son adorable main, Marcher près d'elle un jour sur le même chemin ! Mais, hélas ! si la tête exquise que je chante Devait à mon retour me sembler moins charmante. Si l'instant d'aujourd'hui ne vaut pas celui d'hier. Si rien du cher printemps ne résiste à l'hiver.

i6o Aux plus beaux yeux de France.

Si je dois quelque jour ne trouver qu'un fantôme

De ce qui fut un pur rayon dans mon cœur d'homme,

Plutôt que de sentir ce divin idéal

Mourir comme un amour ordinaire et banal,

Je préfère à jamais vivre dans la lumière

De mon ile propice à ma belle chimère

Et d'où mon cœur pourra, jusqu'à mon dernier jour,

Voir en un rêve pur les yeux de mon Amour.

Page 1