CHAPITRE II
LE PERSONNAGE
Vie de Nostradamus par Jean Aimes de Chavigny. — La famille de Michel de Nostredame. — Épitaphe de son tombeau à Salon-de-Crau. — Ses procédés de voyance : magie, théurgie, astrologie.
Un disciple contemporain de Nostradamus, Jean Aimes de Chavigny, docteur en droit et en théologie, qui fut magistrat de la ville de Beaune, en i 54 $, nous donne des renseignements assez précis sur Fauteur des Centuries . Publiés pour la première fois en i 5 g 4 , ils ont été souvent reproduits depuis. Ils sont intitulés : « Brief Discours sur la vie deM. Michel de Nostredame, jadis conseiller et Médecin ordinaire des Rois très Chrestiens Henry II, du nom, François II et Charles IX. »
L’ouvrage qui les contient a lui-même pour titre : « La première face du Janus François, par
LE PERSONNAGE
Jean Aimes de Chavigny Beaunois. A Lyon, par les héritiers de Pierre Roussin, M. D. XCIV, avec privilège, in-4°. »
Je n’ai pas sous la main ce volume, qui se trouve à la Bibliothèque nationale, mais j’ernprunte les citations suivantes à une reproduction textuelle faite dans « Les vrayes centuries et Prophéties de Maistre Michel Nostradamus, où Ton voit représenté tout ce qui s’est passé tant en France, Espagne, Italie, Allemagne, Angleterre qu’aux autres parties du monde. Revues et corrigées suivant les premières Editions imprimées à Avignon en Van i 556 et à Lyon en Van i 558 . Avec la Vie de l’Auteur et des observations sur ces Prophéties. A. Amsterdam, chez Daniel Winkeermans cl o I o c LXII (1667). »
Ce petit volume fait partie de la bibliothèque de M. le chanoine Jouin.
Jean Aimes de Chavigny écrit :
« Michel Nostradamus, le plus renommé et le plus fameux qui ait esté depuis long-temps par la prédiction qui se tire de la connoissance des Astres, naquit en la Ville de Saint-Remy en Provence, l’an de grâce i 5 o 3 , un Jeudy 1 4 Décembre, environ les 12 heures de midy. Son père se nommoit Jacques de Nostredame, Notaire du lieu : sa mere Renée de Saint-Remy. Ses ayeuls paternels et maternels avoicnt passé pour très
scavans dans les Mathématiques et dans la Médecine, l’un ayant esté Médecin de René Roy de Jérusalem et de Sicile, Comte de Provence et l'autre de Jean Duc de Calabre, fils du Roy René 1 . Ce qui ferme la bouche à quelques envieux, qui pour estre mal informez de la vérité, ont médit de son origine 2 , d’où vient que nostre Auteur en ses Commentaires dit qu'il a receu comme de main en main la connoissance des Mathématiques de ses antiquesprogeniteurs. Et en la préfacé sur ses Centuries: Que la parole héréditaire de Vocculte prédiction sera dans son estomac incluse.
« Après le trespas de son bisayeul maternel, qui luy avoit donné comme en joüant un premier goust des celestes sciences, il fut envoyé à Avignon pour apprendre les lettres humaines. Ensuite il s’appliqua fort heureusement à la Philosophie, et à la Théorie de la Medecine dans l’Université de Montpellier, jusques à ce qu'à l'occasion d'une peste qui survint au pays, il prit sa route vers Narbonne, Thoulouze, Bout
1. René I", duc d’Anjou, de Bar et de Lorraine, comte de Provence, roi de Naples et de Sicile, né à Angers en 1409, mort à Aix en 1480.
2. La famille de Nostredame était, disent quelques auteurs, d’origine juive, de la tribu d’Issachar, et convertie au catlmlicisme. Cf. Avatole Le Pelletier, les Oracles de Michel de Nostredame , p. 16, note.
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deaux : dans lesquelles Villes ayant fait ses premiers coups d’essay, il acquit quelque bien par son travail n’ayant alors que 22 ans. Ayant séjourné quatre ans en ces quartiers, il trouva à propos de retourner à Montpellier, pour se faire recevoir Docteur : ce qu'il fit en peu de temps, avec loüange et admiration de tout le College. Passant à Thoulouze, il vint à Agen, Ville sur la rivière de Garonne, ou Jule César Scaliger 1 homme de rare érudition, farresta quelque temps, et avec qui il eut grande familiarité, qui se changea néanmoins quelque temps après en haine et jalousie, ainsi qu’il arrive souvent entre les doctes ce que l’on peut reconnoître par leurs écrits. Là il prit pour femme une fort honorable Damoiselle, de laquelle il eut deux enfants, un garçon et une fille, lesquels estant decedez, et se voyant seul et sans compagnie 2 , il délibéra de se rendre en Provence, son pays natal. Estant arrivé à Marseille il vint à Aix où est le Parlement de Provence, où il fut trois années aux gages de la Cité, du temps que la peste y vint en l'an de N. Seigneur i 546 , qui fut tresfurieuse et cruelle, ainsi que le rapporte le Seigneur de Launay en son Theatre du monde.
1. Savant médecin, philologue et astrologue, né à Padoue en 1484, mort à Agen en 1558.