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Sa femme était morte également

NOSTRADAMÜS, SES PROPHETIES

De là venant à Salon de Graux, Ville distante d’Aix d’une petite journée, et moitié chemin d’Avignon et de Marseille, il se maria en secondes nopces. Comme il prévoyait les grandes révolutions et changemens qui dévoient arriver en l’Europe, et mesme les guerres civiles et sanglantes, et les troubles pernicieux qui dévoient ravager ce Royaume, plein d'un enthousiasme, et comme ravy d’une fureur toute nouvelle, il se mit à écrire ces Centuries et autres présages...

« Il garda long-temps ses Centuries sans les vouloir publier, de crainte que la nouveauté de de la matière ne luy suscistast des médisances et des calomnies, ainsi qu’il arriva. Mais enfin poussé du désir qu’il avoit de faire plaisir au public, il les mit en lumière. Elles furent bien tost admirées, non seulement par ceux de son pays, mais encore par les étrangers. Celte grande réputation alla jusqu’aux oreilles d’Henri II, Roi de France, qui l’envoya quérir pour venir en Cour l’an de grâce i556, où ayant eu avec luy plusieurs entretiens, il le renvoya chargé de presens. Quelque temps après Charles IX, son fils, visitant ses Provinces, qui fut en inC/j... il lit l’honneur à ce grand homme, de le visiter et exerça envers luy sa libéralité Royale, en l’honorant de l’estât de son Conseiller et Mc-

LE PERSONNAGE

decin ordinaire... Il passoit 60 ans lorsque le Roy Charles fît ce voyage; et comme il estoit devenu fort caduc et fort debile à cause des maladies qui l’affligeoient souvent, mesme d’une artritis et goutte, il décéda le 2 juillet i566, peu devant le soleil levant, sa goutte estant changée en hydropisie, qui au bout de huit jours le suffoqua. On peut bien croire que le temps de sa mort luy fut connu, mesme le jour et l'heure, puisque sur la fin de juin de ladite année il avoit escrit de sa main aux Ephemerides de Jean Stadius, ces mots latins, Hicprope mors est , c'està-dire, Icy ma mort est proche. Et le jour devant qu’il passa de cette vie à l’autre, l’ayant assisté long-temps, et sur le soir prenant congé de luyjusques au lendemain matin, il me dit ces paroles : Vous ne me verrez pas en vie au Soleil levant. On grava cette Epitaphe sur son sepulchre... qui se void aujourd'huy en l'Eglise des Cordeliers de Salon, où son corps fut inhumé honorablement, voici comme je l’ay traduite du Latin en François :

« Cy reposent les os de Michel Nostradamus , duquel la plume presque divine a esté de tous estimée digne de tracer et rapporter aux humains selon Vinfluence des Astres les evenemens à venir par toute la terre. Il est trépassé à Salon de Craux en Provence, Van de grâce 1566 , le second juil-

let, âgé de soixante deux ans six mois dix-sept jours. O successeurs , ne touchez point à ses cendres, et n'enviez point son repos.

« ... Il étoit fort attaché aux ceremonies de l’Eglise Romaine, et suivoit la foy et la religion Catholique, hors de laquelle il assuroit n’estre point de salut. Il reprenoit fortement ceux qui s’estant retirez du sein de l’Eglise, se laissoient entester des doctrines estrangeres et damnables, assurant que la fin leur en seroit mauvaise et pernicieuse. Je ne veux pas oublier à dire, qu’il s’exerçoit volontiers en jeusnes, oraisons, aumosnes et à la patience...

« De sa seconde femme il a laissé six enfans, trois fils et trois filles. Le premier des masles nommé César 1 ... est celuy auquel il a dédié ses Centuries premières. »

Ajoutons que la seconde femme de Michel de Nostredame était née Anne Ponce Gemelle.

Il avait un frère, Jean Nostradamus, qui tut procureur au Parlement d’Arles. C’était un chansonnier renommé. Il a écrit les Vies des plus célèbres et anciens poètes provençaux qui ont floury du temps des comtes de Provence (1575).

1. César de Nostradamus, gentilhomme ordinaire de la Chambre de Louis XIII, peintre et littérateur, né à Salon en 1555, mort à Saint-Remy en 1629, auteur de Thistoire et chroniques de Provence (1614).

LE PERSONNAGE

Il nous a semblé utile de donner ces détails pour bien montrer que, par sa famille et par lui-même, Nostradamus était un personnage important de son époque, un savant, et non un vulgaire aventurier ou diseur de bonne aventure, comme il en a existé dans tous les temps, depuis les époques les plus reculées jusqu’à nos jours inclusivement.

Il a toujours été, en outre, on vient de le voir, très catholique, fidèle observateur des devoirs de sa religion. Il écrit dans YÉpître à Henri //, placée en tête de la huitième centurie :

« Protestant devant Dieu et ses saincts, que je ne prétends de mettre rien quelconque par escrit en la présenté epistre qui soit contre la vraye foy catholique. »

Et cependant, malgré ces déclarations, et bien qu’il fût un catholique, suivant, aux yeux de tous, les règles extérieures de sa religion, Nostradamus a certainement employé, pour connaître l’avenir, des moyens défendus, et prohibés, nous l’avons vu, par l’Écriture et l’Église. lia eu recours, en dehors des calculs astrologiques, à la magie et à la théurgie. Ses déclarations ne laissent aucun doute à ce sujet; mais, ne le

dirait-il pas, que la nature et la teneur de ses prédictions, la précision des détails, poussée quelquefois jusqu’à la minutie, suffiraient pour le faire deviner. L’astrologie ne peut pas donner, à elle seule, de pareils résultats. Il faut autre chose.

Les fervents du somnambulisme auraient tort, je crois, de vouloir attribuer la voyance de Nostradamus à des phénomènes de cette nature, les extraits suivants ne se prêtent pas à une semblable interprétation. Quel que soit le point de vue sous lequel on envisage les aveux du prophète provençal, on ne peut s’empêcher d’y reconnaître, comme il le déclare lui-même, une intervention extra-naturelle— dont la nature reste indéterminée, l’emploi du mot prophète, pris par nous dans son sens le plus large, ne devant rien faire préjuger sur ce point délicat —; une clairvoyance d’origine surnaturelle, associée à des calculs astronomiques interprétés suivant les règles de l’astrologie judiciaire. Mais, certainement, la magie et la théurgie tiennent la première et la plus large place. Voici, du reste, ce qu’écrit Nostradamus, en différents endroits, à propos de cette primordiale question 1 :

1. Les textes que nous citerons dans tout le cours de cette étude sont empruntés à un petit volume rarissime, imprimé du vivant de Nostradamus, à Lyon, que nous décrirons plus loin en parlant de la bibliographie des Centuries. Il appartient à la riche bibliothèque de M. le chanoine Jouin.

LE PERSONNAGE

« Les choses qui doivent advenir se peuvent prophetizer par les nocturnes et célestes lumières qui sont naturelles et par l'esprit de prophétie; non que je me veuille attribuer nomination ny effect prophétique mais par revelee inspiration, côme homme mortel, esloigné nô 1 moins de sens au ciel que des pieds en terre. Possum nô errare , falli , decipi , suis pecheur plus grand que nul de ce mode subject à toutes humaines afflictiôs. Mais estât surprins par fois la sepmaine limphatiquant, et par longue calculation rendantles estudes nocturnes de souêfve odeur, j’ay composé livres de prophéties, lesquelles côtenant chacun cent quatrains astronomiques de prophéties, lesquelles j’ay un peu voulu rabouter obscurément : et sont perpétuelles vaticinatiôs pour d’yci à l’ânée 3797 » (Préface à César Nostradamus).

Les deux quatrains suivants placés en tête de la première centurie sont on ne peut plus explicites :

Estant assis, de nuict secret estudc,

Seul reposé sur la seile d’aerain:

Flambe exigue sortant de solitude Fait prospérer qui n’est à croire vain.

Cent. I, Quatr. 1.

1. Lire : Non. Nous avons cru devoir conserver dans ces citations l’orthographe du temps où l’on imprimait nô pour

Ce qui veut dire : Alors que j’étais seul de nuit, assis et occupé d’études secrètes, une flamme laconique 1 sortant de la solitude est venue se reposer sur le sceau d’aerain (bassin contenant de l’eau et servant aux invocations magiques) et elle a fait réussir l’invocation à laquelle je n’ai pas cru en vain.

La verge en main mise au milieu de Branches,

De l’onde il moulle et le limbe et le pied :

Un peur et voix frémissent par les manches :

Splendeur divine. Le divin près s’assied.

Cent. I, Quatr. 2.

Au milieu (de la flamme dont il est parlé dans le quatrain précédent) apparaît Branchus (fils d’Apollon), la verge en main; du pied, il frôle le cercle et l’onde. A sa voix, mes mains tremblent de peur. La splendeur divine (me rassure), le divin près de moi s’assied.

Dans un autre endroit, Nostradamus confirme la nécessité de cette invocation magique pour suppléer les facultés intellectuelles et la science acquise. Il écrit :

« L’entendemêt créé intellectuellement ne peut voir occultement, sinon par la voix faicte au lymbe, moyennant la exigue flâme, en la-

non, môde pour monde, etc., etc. Cette notation est encore employée dans l’impression de certains livres religieux.

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