‹ NostradamusChapitre 50 sur 77 · Ouvr. cité y t. I, p · texte numérisé non relu

Ouvr. cité y t. I, p

traité au Roi qui rappellera aussitôt le cardinal auprès de lui. Richelieu [Liqueduct) remontera alors le Rhône, de Tarascon à Lyon, malade et couché dans son lit, sur un bateau, en traînant à la remorque Cinq-Mars et de Thou prisonniers ; il mourra à Paris deux mois après, le 4 décembre 1642 , et le Roi le 14 mai suivant. »

Nostradamus a quelquefois des manières originales pour indiquer les dates, Voici un quatrain, qui a été ajouté en i6o5, sous la centurie X, avec cette note :

Adjousté depuis l'impression de 1568 :

Quand le fourchu sera soustenu de deux paux; Avec six demy corps, et six ciseaux ouverts :

Le très puissant seigneur, héritier des crapaux, Alors subjuguera sous soy tout l’Univers

L'explication est aussi exacte que curieuse.

Le fourchu est un V, soutenu de deux paux (pals), cela fait la lettre M; six demycors sont six G, et six ciseaux ouverts veulent dire six X, ce qui fait MCCCCCC XXXXXX ou 1660 . Les Crapauds représentent les Mérovingiens, comme les Lis les Capétiens, et les Abeilles la dynastie napoléonienne. Il faut donc lire; ce Roi puis-

sant, héritier des Mérovingiens, subjuguera sous soi tout TUnivers, c’est-à-dire voudra subjuguer.

Or, en 1660, Louis XIV venait de signer la paix des Pyrénées (7 novembre 1659) . Il épouse Marie-Thérèse (9 juin 1660) . En 1661, Mazarin meurt (9 mars), le roi gouverne, il fait rendre gorge à Fouquet, etc. Il est donc bien le maître et il n’a que vingt-deux ans.

Si Nostradamus a vu les beaux jours du règne de Louis XIV, les mauvais n’ont pas échappé à sa voyance, comme le montrent les deux quatrains suivants :

Par mort la France prendra voyage à faire.

Classe par mer marcher monts Pyrenees.

Espaigne en trouble, marcher gent militaire :

Des plus grands Dames en France emmenees.

Cent. IV, Quatr. 2.

Croix, paix, sous un accomply divin verbe,

L* Espaigne et Gaule seront unis ensemble :

Grand clade proche, et combat tres-accerbe,

Cœur si hardy ne sera qui ne tremble.

Cent. IV, Quatr. 5.

Dans ces deux quatrains, auxquels on pourrait, peut-être, en ajouter un autre, le troisième de la même centurie, Nostradamus a voulu annoncer la guerre de la Succession d’Espagne.

Par suite de la mort de Charles II d’Espagne, i er novembre 1700, la France devra entreprendre

une expédition. L’Angleterre et la Hollande feront marcher leurs flottes vers les Pyrénées. L’Espagne sera troublée par la marche des militaires. Et cela, parce que Anne d’Autriche, fille de Philippe III d’Espagne, et Marie-Thérèse, fille de Philippe IV, ont été emmenées en France comme femmes de Louis XIII et de Louis XIV.

L’Espagne et la Gaule seront unies ensemble : «Il n’y a plus de Pyrénées », dira Louis XIV. Grands revers ( Clctcles) , combats très pénibles et violents, tels que les cœurs les plus hardis en trembleront.

Le premier vers du second quatrain est très intéressant et mérite d’être relevé : Ces faits se passeront sous un roi accompli qui aura donné la paix à la Croix en faisant triompher la parole divine contre les sectes. Pour appliquer ceci à Louis XIV et à l’époque de la guerre de la Succession d’Espagne, il faut se rappeler que la révocation de l’Édit de Nantes, qui donnait aux protestants des privilèges religieux dans l’État, est de i 685 ; et, surtout, que l’hérésie épouvantable du Jansénisme, si mortelle pour les âmes et si contraire à la parole du divin Verbe qui a institué la Sainte Eucharistie, un moment arrêtée par la paix dite de Clément IX, en 1669, a relevé la tête en 1702; et que l’année 1713, où ont été signés les traités d'Utrecht, mettant fin à la

guerre d'Espagne, a vu paraître aussi la Bulle Unigenitus de Clément IX condamnant définitivement le Jansénisme. Louis XIV a soutenu de toute son autorité royale les Papes dans cette lutte contre la secte.

Avec Louis XV commence le grand travail de destruction qui préparera ce que Nostradamus appelle le « commun advenement », c'est-à-dire le remplacement des classes privilégiées par le suffrage du peuple. Ce sera l’œuvre du dix-huitième siècle, et le travail des sectes aboutira à la Révolution française. Dès le début, le prophète provençal l'annonce, le successeur de Louis XIV sera sous tous les rapports, le contraire de son aïeul.

Cœur, vigueur, gloire, le régné changera.

De tous points contre ayant son adversaire :

Lors France enfance par mort subjuguera,

Un grand Regent sera lors plus contraire.

Cent. III, Quatr. 15.

Ce qu’il faut expliquer ainsi : Alors, la France sera subjuguée par un jeune enfant, appelé au trône à la suite de plusieurs morts. Le gouvernement changera et sur tous les points sera l'adversaire du précédent. Le cœur, la force et la

gloire seront différents. Et un grand Régent sera encore plus contraire aux volontés du roi précédent. C’est-à-dire : A la mort de Louis XIV, son testament sera cassé et Philippe d’Orléans élevé à la Régence par le Parlement, lequel recouvre le droit de faire des remontrances, première atteinte au pouvoir absolu. Un jeune enfant, âgé de cinq ans, succédera à son aïeul Louis XIV, par suite de la mort prématurée du grand dauphin et du duc de Bourgogne, son grand-père et son père. Il gagnera le cœur de la France (subjuguera) et sera appelé Louis le Bien-Aimé. Mais, par ses fautes, la gloire et la vigueur de la Monarchie (le règne) seront diminuées et le cœur de la France changera, se détachera petit à petit du pouvoir royal.

Et ces fautes de Louis XV, qui amèneront ce profond revirement d’où, sous l’action dessectes, sortira la Révolution, laquelle, sans cela, eût été impossible, Nostradamus les montre dans le quatrain suivant :

Ce grand monarque qu’au mort succédera Donnera vie illicite lubrique Par nonchalance à tous concédera Ou’à la parfin faudra la loy Salique.

Cent. V, Quatr. 38.

L’explication est facile : Celui qui, au grand

monarque mort, succédera, donnera l’exemple d’une vie scandaleuse et adultère. Par nonchalance, il abandonnera le pouvoir à ses favorites tant qu’à la fin ce seront les femmes qui gouverneront (la loi salique sera en défaut).

On ne pouvait mieux annoncer le règne de Mmes de Mailly, de Châteauroux, de Pompadour et enfin de la du Barry, qui, tour à tour, poussèrent leurs favoris au pouvoir, au grand dam de la monarchie française.

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