‹ NostradamusChapitre 57 sur 77 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Le « commun advenement ». — Durée de la Révolution. — 1792. — Les États du Dauphiné. — L’Émigration. — La déesse Raison. — Durée de la persécution contre l’Église en France. — Les Noyades de Nantes. — Le siège de Lyon. — Le bouleversement social. — Robespierre. — Bonaparte. — La prise de Rome par le Directoire.

Les malheurs de la famille royale n’ont pas seuls excité la verve prophétique de Michel Nostradamus, les détails de la Révolution française lui ont été connus, et il la dépeint dans ses centuries avec une précision qui ne peut laisser aucun doute à cet égard. C’est ce qu’il appelle le « commun advenement », c’est-à-dire l’arrivée au pouvoir du tiers état, de la bourgeoisie, des hommes du commun, par opposition aux Ordres, jusqu’alors privilégiés, de la noblesse et du clergé. Il écrit, à la date du 1 er mars i555, en s’adressant à son fils César :

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« Puis me suis voulu estendre déclarant pour le commû advenement, par obstruses et perplexes sentêces les causes futures, mesmes les plus urgentes et celles que j’ay apperceu, quelque humaine mutation qu’advienne ne scâdaliser l’auriculaire fragilité, et le tout escrit soubs figure nubileuse plus que du tout prophétique combien que Abscondisti haec a scipientibus et prudentibus , id est , potentibus et regibus , et enucleasti ea exiguis et tenuibus et aux Prophètes par le moyen de Dieu immortel et des bôs Anges ont reçu l’esprit de vaticination, par lequel ils voyent les choses loingtaines, et viê~ nent à prévoir les futurs advenemês car rien ne se peut parachever sansluy, auxquels si grande est la puissance et la bonté aux subjects, que pédant qu’ils demeurent en eux, toutesfois aux autres effects subjects pour la similitude de la cause du bon genius, celle chaleur et puissance vaticinatrice s’approche de nous comme il nous advient des rayons du Soleil, que viennent jettans leur influence aux corps élémentaires et non élémentaires » (Préf. à César).

Ce qu’il faut lire ainsi :

Puis j’ai voulu parler longuement sur l’arrivée au pouvoir du tiers état, par sentences cachées et énigmatiques, et même sur les événements futurs les plus graves. Mais, pour ne pas scan-

iU NOSTRÀDAMUS, SES PROPHETIES

daliser les oreilles délicates, j’ai décrit sous figure nébuleuse, suivant la forme des oracles prophétiques, les changements que j’ai aperçus devoir arriver dans les affaires humaines. Suivant qu’il est écrit : Tu as caché ces choses aux sages et aux prudents, ce qui veut dire aux puissants et aux rois, et tu les as expliquées aux petits et aux humbles. Et aussi aux prophètes qui, avec la permission du Dieu immortel et le moyen des bons anges, ont reçu l’esprit de prophétie à l’aide duquel ils voient les choses lointaines et peuvent prévoiries futurs événements. Car rien ne peut s’accomplir sans Dieu. Et la puissance et bonté des anges sont si grandes, envers ceux dans lesquels ils demeurent, que cette chaleureuse puissance prophétique s’approche d’eux comme font les rayons du soleil qui répandent leur influence sur les corps matériels et les esprits. Toutefois, cela n’a lieu que pour ceux qui sont sous l’influence du bon génie.

Dans le passage suivant de la dédicace à l’Invictissime, très puissant et très chrétien Henry roi de France second, Nostradamus, non seulement décrit les maux déchaînés par la Révolu-

LA REVOLUTION FRANÇAISE

tion et son succédané l’Empire de Napoléon 1 er , mais encore il en fixe la durée exacte, justifiée par les événements.

« Trembleront tous les royaumes de la Ghrestienté et aussi des infidèles, par l'espace de vingt-cinq ans et feront plus grieves guerres et batailles, et seront villes, citez chasteaux, et tous autres édifices bruslez, desolez, destruicts, avec grande effusion de sang vestal, mariées, et vefves violées, enfans de laict contre les murs des villes allidez et brisez, et tant de maux se commettront par le moyen de Satan, prince infernal, que presque le monde universel se trouvera defaict et désolé (Épitre à Henry II). »

Ce passage est très clair et n’a pas besoin d’être expliqué. Il suffit de constater qu’entre 1789, début de la Révolution, et 1814, époque de la Restauration de la monarchie légitime, il s’est, en effet, comme le dit Nostradamus, écoulé vingt-cinq ans. L’allusion à la campagne d’Egypte que nous retrouverons, du reste, plus loin, est aussi très remarquable.

Nous avons déjà signalé la prédiction faite par Nostradamus relativement à l’année 1792; le passage est ainsi conçu :

« A l’an mil sept cês nouante deux que l’on cuydera estre une renovation de siecle... »

Et le prophète dit un peu avant :

« et sera le commencement comprenant ce de ce que durera et commençant icelle année sera faicte plus grande persécution à l’Église Chrestienne qui n’a esté faicte en Afrique ( Épitre à Henry II).

L'Astrologue de Salon-de-Crau n’est pas le seu qui ait vu la date et la durée de la Révolution française.

Dans un livre publié en i 53 i sous le titre :

« Le période, c'est-à-dire la fin du monde , contenant la disposition des chouses terrestres par la vertu et influence des corps célestes, composé par feu maistreTuRREL, 2 septembre 1 53 1 », et cité par M. Bareste dans la Fin des Temps , p. 34 1 » on Ét:

« Parlons de la huictième maxime et merveilleuse conjonction que les astrologues disent estre faicte environ les ans de Nostre Seigneur Mil sept cens octante et neuf... et oultre vingtcinq ans après sera la quatrième et dernière station de l’Altitudinaire firmament. Toutes ces

1. Eugène Bareste dit que ce livre est à la bibliothèque Sainte-Geneviève sous la cote V, 400. Nous l’y avons vainement cherché. 11 n’est pas non plus à la Bibliothèque Nationale.

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chouses considérées et calculées, concluent les astrologues que si le monde jusques-là dure (qu est à Dieu tant congneu) de très grandes et admirables mutations et altercations seront au monde : mesmement des sectes et des loix. »

Dans un autre ouvrage du chanoine de Langres Richard Roussat :

« Le Livre de VEstat et mutation des temps, prouvant par authoritez de VEscripture sainc+e et par raisons astrologales la fin du monde estreprochaine, à Lyon, chez Guillaume RouiJé à l’Ecu de Venise i 55 o L »

On trouve reproduit à peu près textuellement le passage ci-dessus :

« Venons à parler de la grande et merveilleuse conjonction que messieurs les astrologues disent estre à venir environ les ans de notre Seigneur mil sept cens octante et neuf avec dix révolutions saturnales : et oultre environ vingtcinq ans après sera la quatrième et la dernière station de l’altitudinaire Firmament. Toutes ces choses imaginées et calculées, concluent les susdits astrologues que si le monde jusques à ce et tel temps dure (qui est à Dieu seul congnu) de très grandes et merveilleuses et épouvantables mutations et altérations seront en cestuy

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