‹ NostradamusChapitre 58 sur 77 · Bibliothèque Nationale. Réserv. 2.109, p · texte numérisé non relu

Bibliothèque Nationale. Réserv. 2.109, p

universel Monde : mesmement quant aux sectes et loyx. »

Le chanoine Roussat écrit encore, à la page 86 du même ouvrage :

« Maintenant donc je di que nous sommes en Pinstant, et approchons de la future rénovation du Monde, ou de grandes altérations ou d’iceluy Panichilation, environ deux cens quarante troys ans selon la cômune supputation des Hystoriographes, en prenant à la date de la côpilation de ce présent traicté : laquelle date est posée et escripte à la fin d’iceluy. »

A la fin du volume, page 180, nous lisons :

« Fin du présent livre et traicté de Pestât et mutation des temps, fort plaisant et récréatif a gens de bon esprit et qui appelent nouvelletés, compilé et mis en tel ordre et forme qu’il s’offre et appert, par Richard Roussat, Langroys, chanoine et médecin, duquel, sans comparaison, y a par trop plus que d’aultruy : terminé et fini le quinzième jour du moys de Febvrier, Pan de grâce mil cinq cens quarante huict : suppliant très affectueusement les benevoles et amis lecteurs iceluy prendre en bonne part. »

Si donc à i 548 (et non à i 55 o, comme on Pa dit par erreur) nous ajoutons 243 ans, nous obtenous la date de 1791.

O11 voit que tous les astrologues du seizième

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siècle sont d’accord pour annoncer une grande révolution — où quelques-uns ont cru voir la fin du monde — qui devra arriver dans les dernières années du dix-huitième. Mais aucun ne donne autant de détails sur les événements que Michel Nostradamus.

Il écrit, à propos de la réunion des États du Dauphiné, en 1788, qui furent le berceau de la Révolution :

Du haut des monts à l’entour de Lizere Port à la roche Valent cent assemblez De chasteau neuf Pierre late en donzerre Contre le Crest Romans foy assemblez.

Cent. IX, Quatr. 67.

De tous les points du Dauphiné (monts «à l’entour de l’Isère), de Valence (la roche Valent), de Chàteauneuf, Pierrelatte, Donzère, Crest, cent députés se réuniront à Romans et seront contre à la foy due à l’autorité royale. C’est, en effet, des États du Dauphiné qu’est sorti le mouvement révolutionnaire dont les assemblées de Vizille et de Romans marquent le début.

La Révolution est commencée, les nobles et les prêtres sont obligés de fuir, et Nostradamus nous dépeint les misères de l’émigration :

La pitié grande sera sans loing tarder,

Ceux qui donnoyent seront contraints de prêdre : Nuds affamez de froid, soif, soy bander,

Les monts passer commettant grand esclandre.

Cent. VI, Quatr. 69.

La grande pitié ne tardera pas à suivre le début du « commun advenement », ceux qui donnaient seront obligés de mendier les secours de l’étranger. Ils se réuniront par bandes, armée de Condé, mal vêtus, souffrant du froid et de la soif. Ce sera un grand scandale pour les pays de l’autre côté des monts.

On sait combien la vérité historique justifie les mots employés par le Voyant de Provence.

Voici maintenant la persécution religieuse et le culte de la déesse Raison :

En bref seront de retour sacrifices, Contrevenans seront mis à martyre :

Plus ne seront moines, abbez, ne novices,

Le miel sera beaucoup plus cher que cire.

Cent. ï, Quatr. 44.

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On reviendra légalement (en bref) aux antiques sacrifices du paganisme, ceux qui ne voudront pas s’y associer seront mis à mort. Il n’y aura plus de prêtres, de moines,, ni de novices. Le prix de la cire tombera très bas, parce qu’on ne fera plus de cierges.

Nostradamus nous donne ailleurs la durée de cette persécution contre l’Eglise de France. Il dit :

« La persécution des gens écclésiastiques durera onze ans quelque peu moins » (Épttre à Henry II),

En effet, du 12 juillet 1790, date de la Constitution civiledu Clergé, au i5 juillet 1801, date du Concordat, il s’est écoulé onze ans moins trois jours. Il est, je crois, difficile d’être plus précis quand on écrit deux cent trente-deux ans avant les événements.

Le prophète de Salon-de-Craunous fait assister aux exploits du proconsul Carrier :

Des principaux de cité rebelle

Qui tiendront fort pour liberté t’avoir :

Détrancher masles, infelie meslee,

Crys, heurlemens à Nantes piteux voir.

Cent. V, Quatr. 33.

Une cité s’étant révoltée contre la tyrannie révolutionnaire, afin de garder sa liberté, les principaux auront la tête tranchée, et, dans une sinistre mêlée, il y aura cris et hurlements, et ce sera piteux de voir les horreurs qui se passeront à Nantes.

De la Vendée, Nostradamus nous mène à Lyon pour nous montrer la ruine de cette riche ville manufacturière sous les coups de l'armée révolutionnaire.

Le gros traffic d’un grand Lyon changé,

La plus part tourne en pristine ruine Proye aux soldats par pille vendangé Par Jura mont et sueve bruine.

Cent. II, Quatr. 83.

La grande ville commerçante de Lyon sera changée, et ce sera pour la plupart de ses habitants la ruine. Elle sera pillée par les soldats et par les paysans venus comme une bruine de tous les environs.

Le marquis Costa de Beauregard, dans un de

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ses charmants ouvrages historiques, cite ce passage du journal de Mlle de Virieu :

« Nous ne vîmes pas un seul soldat mais une foule de paysans en grands chapeaux qui avaient l’attitude de gens qui vont à la foire. »

L’éminent et délicat historien ajoute :

« Ceux-là, sans doute, étaient ces paysans auvergnats, dont parle Mlle des Escherolles, qui, montés à poil et portant d’énormes sacs vides en bandoulière, accouraient à Lyon sur la promesse du pillage, avant-garde grotesque des sinistres vainqueurs 1 ! »

Dans le quatrain ci-dessous Michel Nosiradamus dépeint assez bien le bouleversement social qui suivra le mouvement de quatre-vingt-neuf :

De gent esclave chansons, chants et requestes,

Captifs par Princes et Seigneurs aux prisons :

A l'advenir par idiots sans testes,

Seront receus par divines oraisons.

Cent. I, Quatr. 14.

Lorsque les princes et les nobles seront captifs aux prisons, les chansons, les chants et les requêtes d’une populace, esclave de quelques

1. Marquis Costa de Beauregard, de l’Académie française, le Roman d’un Royaliste sous la Révolution, souvenirs du comte de Virieu , p. 380.

meneurs, seront reçus et exaucés comme divines oraisons par des idiots qui, bientôt seront sans tête, c’est-à-dire se guillotineront les uns après les autres, depuis les Feuillants et les Girondins jusqu’aux Terroristes.

Voici le règne de Robespierre :

Des innocens le sang de vefve et vierge

Tant de maux faits par moyen se grand Roge :

Sains simulachres trempez en ardaftt cierge,

De frayeur crainte ne verra nul que boge.

Cent. VIII, Quatr. 80.

Il est curieux que Nostradamus n’ait pas écrit ce grand rouge, d’autant plus que, pour avoir dit : Roge, il a dû, afin de garder la rime, mettre boge au lieu de bouge comme terminaison du quatrième vers. En outre, l’R majuscule semble bien indiquer qu’il s’agit du commencement d’un nom propre. Quoi qu’il en soit, voici la traduction :

Ce grand Ro...uge fera tant de maux, il versera le sang des innocents, des veuves et des vierges sans distinction d’âge ni condition. Il fera des simulacres sacrilèges de la religion sainte. Et, par frayeur et par crainte, on ne verra personne protester.

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Mais voici poindre celui qui mettra fin à cette orgie révolutionnaire :

La gent esclave par un heur Martial,

Viendra en haut degré tant esleevee Changeront Prince, n’aistra un provincial, Passer la mer copie aux monts levee.

Cent. V, Quatr. 26.

Quand la gent esclave sera élevée à un haut degré et aura renversé son prince, il viendra un Martial, né en province au delà de la mer. Il se lèvera de l’armée qui aura passé les monts, de l’armée d’Italie.

Ce n’est qu’une indication, mais Nostradamus va nous donner de nombreux renseignements sur Napoléon R r , et autrement précis, dans bien des endroits.

Notons, auparavant, ce quatrain sur les événements de Rome en 1797 et 1798.

Tout à l’entour de la grande cité,

Seront soldats logez par champs et villes :

Donner l’assaut Paris Rome incité

Sur le pont lors sera faicte grande pille.

Cent. V, Ouatr. 30.

Tout autour de Rome, la grande cité par excellence, il y aura soldats logés par toutes les villes des États Pontificaux. De Paris viendra Tordre de donner l’assaut à Rome. Le pontificat sera grandement pillé.

Or, nous lisons dans la Chronologie Universelle de Dreyss, article « France » :

« 1797. — Bonaparte envahit les États de TÉglise... Il arrive à Tolentino... y conclut un traité qui, outre une contribution de trente millions, cède à la France Avignon, le comtat Venaissin, les trois légations de Ferrare, Bologne et Ravenne (i 5 février).

« 1798. — Révolution à Rome, quand le général français, Berthier, arrive avec une armée. Les patriotes abolissent le gouvernement pontifical et forment une république (i 5 février). Pie VI, âgé de quatre-vingts ans, enlevé de son palais, est transporté en Toscane, les biens des cardinaux bannis ne sont pas épargnés : déprédations, surtout de la part de Masséna qui a remplacé Berthier. Le pape sera traîné d’exil en exil jusqu’en France. »

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