CHAPITRE III
BONAPARTE
Les origines, le Corse. — Le Faucon. — L’homme de guerre. — La politique religieuse. — Le nom de Napoléon. — Le Siège de Toulon. — Le Concordat. — L’Empire. — Le Sacre. — Le camp de Boulogne.
Si l’on prend les deux mots Révolution Française et qu'on transpose les dix-neuf lettres dont ils se composent, on obtient :
Un veto couse la finira.
Nostradamus va nous expliquer cet oracle, et cela bien avant qu'il ne soit question de la Révolution française, comme il nous a, du reste, ainsi que nous l'avons vu, prédit ce cataclysme.
Un Empereur naistra près d’Italie,
Qui, à l’Empire, sera vendu bien cher :
Diront avec quels gens il se ralie.
Qu’on trouvera moins prince que boucher.
Cent. I, Quatr. 60.
Un empereur naîtra en Corse, près d'Italie, dont l’Empire coûtera bien cher à la France, qu’il laissera amoindrie et ruinée. On dira, en voyant la nouvelle noblesse guerrière dont il entourera son trône, que ce sont moins des princes que des bouchers.
Le prophète de Salon-de-Crau insiste dans sa prédiction extraordinaire.
Du plus profond de l’Occident d’Europe,
De pauvre gens un jeune enfant naistra.
Qui par sa langue séduira grande troupe.
Son bruit au régné d’Orient plus croistra.
Cent. III, Quatr. 35.
Ici, nous trouvons deux autres caractéristiques de la vie de Napoléon I er . Il électrisera ses armées par des ordres du jour incomparables, et sa puissance croîtra à la suite d’une campagne d’Égypte, en 1798.
Et Nostradamus continue le portrait.
Le prochain fils de l’aisnier parviendra.
Tant eslevé jusqu’au régné des fors :
Son aspre gloire un chacun la craindra.
Mais ses enfans du règne gettez hors.
Cent. II, Quatr. 41.
Le Fils de Faucon (lainier) parviendra jusqu’au trône de France (tant eslevé jusqu’au
BONAPARTE
règne des forts). On comprend pourquoi Nostradamus emploie cette métaphore, et pour mieux dissimuler, donne à Napoléon le nom d’un oiseau de proie. Chacun craindra son âpre gloire, mais ses enfants, c’est-à-dire son fils et tous les parents qu’il aura élevés sur des trônes, seront chassés, comme il le sera luimême sur un rocher.
Voici, enfin, le dernier trait de cette peinture de Napoléon, et ce n’est pas le moins remarquable de la série. Il est difficile de mieux rendre l’aventure napoléonienne en si peu de mots :
De soldat simple et parviendra en empire,
De robbe coture parviendra à la longue :
Vaillant aux armes en Eglise ou plus pyre,
Vexer les prestres comme l’eau fait l’esponge.
Cent. VIII, Quatr. 57.
De soldat simple parviendra à l’Empire. Il changera sa tunique de soldat (robe courte) pour le manteau impérial (robe longue). Il sera vaillant aux armes, mais plus néfaste dans les choses de l’Eglise; il traitera les prêtres comme on fait d’une éponge dans l’eau, en ouvrant et refermant la main, c’est-à-dire qu’il les proté-
géra elles molestera, alternativement, selon les caprices de sa politique.
Nostradamus reprend la même pensée dans le quatrain suivant :
Mars nous menasse par la force bellique, Septante fois fera le sang espandre :
Auge et ruyne de l’Ecclesiastique
Et plus ceux qui d’eux rien voudront entendre.
Cent. 1, Quatr. 15.
Les deux premiers vers, où Napoléon I er est désigné sous le nom de Mars, font allusion aux nombreuses guerres de l’Empire. Sous son règne, les ecclésiastiques seront à la fois élevés et ruinés, surtout ceux d’entre eux qui ne voudront pas obéir comme des esclaves aux volontés du tyran.
M. Anatole Le Pelletier explique très curieusement le quatrain suivant :
D’un nom farouche tel proféré sera Que les trois seurs auront fato le nom :
Puis grand peuple par langue et faict dira, Plus que nul autre aura bruit et renom.
Cent. 1, Quatr. 76.
BONAPARTE
Voici ce que dit ce savant interprète 1 :
« Bonaparte prendra pour nom, en montant sur le trône, son prénom Napoléon, d’une signification tellement farouche, qu’il rappellera au monde les trois Parques (les trois sœurs) qui tranchent le fil du destin des mortels. Il entraînera à sa suite la nation française (grand peuple) par son génie et par ses exploits, et il acquerra plus de gloire et de renommée que nul autre avant lui n’en eut jamais. »
M. Le Pelletier ajoute en note :
certainement, exterminateur. L’intercalation de la lettre é dans le nom de Napoléon n’est pas arbitraire. On lit, en effet, sculptée sur le socle de la colonne de la place Vendôme, à Paris, l’inscription ci-après, qui confirme cette étymologie :
« NEAPOLIO IMP. AUG.
« Monumentum , belli, germanici .
« ANNO MDCCCV »
Notradamus montre le départ de la fortune militaire de Bonaparte et la durée de son pouvoir en ces termes :