DES MATIERES. XI
miére édition des Centaries de Nostradamos publiée en 1985 ne se trouve dans aucune bibliothèque , 225. — Nous l'avons eu à notre disposition. Description de cette édition, iV/. — Le privilège, id. — Ce que contient ce vieux volume » 354. — Les anciennes éditions que possède la Bibliothèque royale, 255. — Celle de 1558, id.
— Description de ce volume, id. — A qui il appartenait, iV/. — D'une édition de 1568 qui ne se trouve dans aucune bibliothèque et n'est pas mentionnée dans les grandes bibliographies, 256. — Edition de 1589, id, — Son titre , id. — Ce qu'elle renferme , id. — Edition de i605, id. — Son titre mensonger, ///.—Edition de 1605, 267. — Elle est une des meilleures, id. — Son titre, id. — Dissertation sur Tédition de 1629 de Pierre Cheviliot , /<^.— Le titre, 258. — Cette édition a été annotée par un grand partisan de Nostradamus, id, — Singulier commentaire, 259. — Edition contrefaite de 1649, id. — Ce qui la fait reconnaître, id. — Elle fut publiée contre Mazarin, iVf.— Les deus quatrains faussement attribués à Nostradamus, id. — Une note de M. l'abbé James à ce sujet, 5^0. — Bellaud et le curé de Louvicamp, id. — A quelle époque fut dénoncée cette contrefaçon, id. -*- Edition de 1650,261.— Edition recherchée par les amateurs, /<<.— Prédictions étonnantes contenues.dans cette édition.— Une seconde contrefa* çon des Centuries^ 562.— Editions de 1&I5, de 1650, de 1667, de 1668, de 1669, de 1689, de 1698, de 1792, de 1816, de 1859, 265. — Prophétie de Michel Nostradamus, 265. —Préface à César, 267. —Centurie première, 285. — Centurie seconde , 505. — Centurie tierce, 521.
— Centurie quarte, 559. — Centurie cinquième, 557.
— Centurie sixième , 575. — Centurie septième, 595.
— Lettre à Henri II, 401. — Centurie huitième , 425.
XIÏ TABLK AI\'\LTïIQtJE
— Centùlie neuvième, 441. — Centurie dixième, 439. Nostradamus h'a point parlé sans nécessité et sans
fruit, 4îr8. — Les ignorans ne peuvent comprendre ses Cèhturié«:, id, — Citation de Nostradamus à ce sujet, id.
— Erreurs dé Guynaud, id. — Nostradamus avait une grande affection pour la langue latine, 479. — Il s'est servi â^ la synecdoche , de Tellipse, de la métalepse , 480. — Toutes les figures de la prosodie grecque, latine et française Se rencontrent dans les Centuries, 481. — Il y a souvent aphérèse , syncope , prosthése , épenthèsé , 482. — Nostradamus avoue avoir composé ses vers plutôt par înstiUct que par règles poétiques, id. — Explication des noms de convenance , id. — Du calcul de Nostradamus , 485. — Ses prophétie^ ont été écrites pour durer jusqu'à Tan 5797, id, — Prise de la ville de Sienne, 484. — Gouvernement de Catherine de Médicis, 48ÎJ. — Mariage dfe Marguerite de France , id. — Conjuration d'Amboise, 486. — Conspiration de Lyon, 487. —Massacre de la St-Barthélemy, 488.— tJn second quatrain sut ce massacre, id. — Anecdote prophétique concernant Tamiral Coligny , 489. —Quatrain explicité sur la Saint -Barthélémy, 490. — Arrestation du comte de Montgommèry, id, — Duel de Caylus et d'Entragués, 491. — Réforme du calendrier, 49â. — Assassinat du duc de Guise, 495. — Assassinat de Hentï Ht, id. — Avènement de Henri ÎV, 494. — Uîi second quatrain sur Henri IV, id, — Deux autres quatrains sur le même , 49^. — Supplice (le Biron , 496. — Mort de Henri IV, 497. — Mort du duc de Montmorency, 498. — Avènement de Louis XIV, 499.— Mort de Charles 1", roi d'Angleterre, 500. — Avènement de Cromwell, 501. — Prise de la ville d'Orange, 502. — Mort de Louis XIV, 505. — Citation de M. Charles Nodier sur le livre du
DES MATIERkS. Xlli
chevalier de Jaiit , id, — Prédiction du chevalier de Jant coDcernant Louis XIV, 505. — Régence du duc d'Orléans, 807.— Systèmes de Law, 508. — Ministère du cardinal Fleury, id. — Voltaire, 509. — Maladie de Louis XV, id. — Portrait de Louis XVI, 510. — Vie de Louis XVI coulenue dans un quatrain de Nostradamas, 5il. — Révolution française, id. — Assemblée const^ante, 512— Fuite et arrestation de Louis XVI, 515.—- Retour du roi â Paris, 515. — £migralion, 516.
— Fondation de la République françaùse, id. — Nostradamus annonce les malheurs qui doivent accompagner la République. 517. —Portrait de Robespierre, id,
— Mort de la princesse de Lamballe, 518. — Supplice de Louis XVI, id. — Mort de Marie Antoinette, 519. —Noyade de Nantes, 520.— Avènement de Napoléon, id. — Sa naissance, 521. — Le nom, la gloire et le mariage de Napoléon, id. — ^Vie de TEmpereur contenue dans deux qnatrains, 522. — Descente en Angleterre, 525. — Les cent jours, 524. — L\\ venir, iVf.— Quatrains inexplicables aujourd'hui : Gouvernement, trahison, conspiration, 525. — Révolution, mort, 526.
Table des chapitres. 527
Jamais ancan homme, dans les temps modernes, Yoîreméme dans l'antlqaitë, ne fat plas aimé et plus [ haï, plus honoré et plus méprisé qae le personnage I qui fait le mjet de ce chapitre. — Jamais ancan sa- Tant da seizième siècle , 4m»iis pourrions dire des siècles snivansy n'entnne réputation égale à la sienne, un nom populaire, tel glorieux qu'il fût, qu'on osât placer à côté du sien ; et cependant ce savant, pour ne s'être pas conformé aux idées de son époque, a été
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^ MOSTRADAMVS.
et est encore considéré depais tantôt denx siècles comme on risionnaire stapide^ un ignorant téméraire, un charlatan ridicule !
Jamais aucun médecin ne se dévoua avec plus d'abandon au soulagement des classes souffrantes et n'affronta la peste, la terrible peste de 1 546, avec plus de sang-froid, d'énergie et de courage, que l'ex-professeur de la faculté de Montpellier, le docteur Nostradamus. Et voyez ! Quand on parle de lui, on a bien soin de passer sous silence et son dévouement, et son bon cœur, et ses nombreuses et utiles découvertes scientifiques, si curieuses, si extraordinaires, alors que la médecine, la physique et la chimie n'existaient pas, pour ainsi dire.
Jamais astrologue — et voilà son grand crime ! celui que les prétendus esprits forts du dix-huitième siècle n'ont jamais voulu lui pardonner, — jamais astrologue, disons-nous, n'a poussé plus loin les limites de l'astrologie naturelle, et de l'astrologie judiciaire, la science énigmatique des Égyptiens primitifs, des Arabes, des Chaldéens et des prêtres de Babylone. Jamais prophète — et nous parlons ici des prophètes par l'astrologie , -^ ne sut mieux interpréter les conjonctions des plaaçtes et coordonner les divers systèmes astrologiques, tant anciens que modernes, conçus et émis secrètement dans les sanctuaires mystiques et ténébreux des temples troglodytes de. la Nubie et de L'Egypte, et sous les arceaux gothiques des obscurs observatoires des astrologues d'Occident.
NOSTRABAMUS.
Etibien! si dans nn Dictionnaire historiqae on cite le nom de Nostradamns, c'est avec mépris; si l'on parle de ses Centaries et de ses Quatrains, on rît ; si enfin on ose réclamer un pen d'indolgence pour nn homme ne dans Tobscaritë, et qui par son travail a phis occnpe le monde qne tons les sonterains de l'Europe, on vous raille, et l'on crie à la superrtition. — En Tëritë, les esprits forts sont bien faibles^ ponr ne pas dire ridicnles !
Mais ce qn'il j a de plos étonnant en ceci , c'est qne les détracteurs les plus acharnés de Nostradamns sont toujours ceux qui l'ont le moins étudié. Il est si facile de douter, surtout à une époque où l'on ne croit à rien ! Cependant il eût été, selon nous, beaucoup phis généreux de chercher à connaître (comme nous TaTons fait, ) la vie de ce savant, non dans les pamphlets orduriers qui courent les rues, mais dans les histoires, les mémoires et les chroniques du temps, plutôt que d'attaquer, à tort ou à raison, un personnage historique qui jouit encore à l'heure qu'il est d*nne assez grande popularité.
Deptiis la réforme, depuis le pontificat de Léon X', l'intelligence humaine est tombée dans un tel état de protestantisme, que nous ne devons point nous étonner ici, si 1 un des philosophes les plus ardens du dix-huîtîème siècle a eu l'impudence de nier Dieu. Oui, Sylvain Maréchal, en grossier panthéiste, a fait de l'univers une immense mécanique mue par des forces, selon lui rationnelles, et nullement divines ! Et ce philosophe a trouvé des partisans, des adeptes,
4 NOSTBADAMUS.
des seclateors, et en grand nombre, surtout parmi les mathëmalîcîens ! — Oh ! mon Dieu ! après cela il est bien permis de douter de l'authenticité des prophéties, des calculs astrologiques , et même de la science médicale de Nostradamus!
Nous comprenons si bien Tétat sceptique dans lequel nous vivons^que, tontes les fois qu'il nous ar« rive de tracer le nom de cet homme extraordinaire dans ce livre, il nous semble tous voir sourire dédaigneusement, comme si c'était un crime d'aller chercher dans le passé tons les grands noms, — ou du moins ceux qui sont grands par leurs oeuvres, et que l'esprit de parti a immolés sans pitié, ^- et de. les faire apparaître tels qu'ils étaient, avec leurs défauts, leurs qualités, leurs travers, et de dire à la société : « Maintenant juge -les! »
Tous les jours nous entendons parler d'impartialité; mais pour les hommes d'expérience et de raison, ce mot sonne mal, il est vide : c'est une formule men<songère, inventée à plaisir pour tromper les masses, un paradoxe ingénieux qui produit le meilleur effet dans un discours, dans un livre, dans un journal, mais dont la valeur est complètement nulle, en prenant ce mot tel qu'il est défini par le Dictionnaire de l'Académie.
Comment voudries-vons agir avec impartialité, vous tous, écrivains, orateurs, publicistos, historiens qui suivez chaque jour le sentier de la routine, qui marehes à reculons sans jamais tourner vos regards vers l'avenir ? vous qui acceptez les préjuges de votre
HOSTBAPAMVS. 5
siècle, les erreors d'une ëpoqae négative, protestante^ révolatioimaire> les jugemens que cette même époque porta sur les hommes et sur les choses ? Et tous osex dire que tous écrivez suivant votre conscience, que vous cherchez 1^ vérité!....
Mai^ tâchez donc de répudier le fatal héritage qui vous a conduit au positivisme de Tor, au doute et au suicide ! Tâchez donc de sortir pendant quelqcie temps de ce monde sceptique et railleur qui salit tout ce qu'il touche et qui touche à tout! Tâchez donc d'examiner le passé avec candeur et sans vous préoccuper d'aucune théorie philosophique ! — Pénétrez au milieu de ces sociétés aimantes et croyantes qui avaient un espoir dans le cœur et un art pour exprimer cet espoir ; et vous assisterez à quelques scènes naïves de ces heureux temps organiques, où les sciences, hiérarchisées comme elles doivent Tétre, s'élaboraient silencieusement dans le temple on dans le cloitre, et avaient pour but non le sordide désir d'acquérir des richesses, mais de soulager l'humanité, mais d'enfanter chaque jour de nouvelles jouis^ sauces, et de donner au peuple malade et les remèdes du corps et ceux de l'âme !
Oh ! alors quand yous concevrez ainsi les époques religieuses, vQps pourrez écriire avec impartialité et attacher plus d'importance aux faits qui demandent, pour être compris, plus de foi que de raisonnement, plus de cœur que de science mathématique ! Alors seuleipent vous ne sacrifierez plus la vérité historique A des considérations particulières ; vous apprécierez
dîgnemeat les hommes et les choses que nous a légués le passé, et vous ne rejetterez plus loin de vous certaines individualités que vous condamnez aujour^ d'hui, parce que vous ne pouvez réellement ni les comprendre ni les juger.
Nostradamns est sans contredit une de ces individualités rares, exceptionnelles, acceptées par les uns avec enthousiasme et rejetées par les autres avec un souverain mépris. Si cet astrologue ou ce nouveau prophète fût venu du temps de saint Louis, les peuples chrétiens du moyen-âge en eussent fait on saint; et peut-être auraient-ils eu raison; car Nostradamns, ainsi que nous le verrons plos loin, n'était pas un homme ordinaire. Malheureusement pour lui il naquit au seizième siècle> et les peuples, ou (ce qui est pins exact) les beaux-esprits de la renaissance en firent un charlatan.
Etait-il possible de ne point protester contre lui, qui se disait inspiré de Dieu, qui rattachait toutes ses pensées à la religion du Christ, qui voyait l'avenir avec des yeux surnaturels, quand on niait tout à la fois Dieu, le pape et le roi? — Un nouveau monde, celui de la réforme, s'implantait en Europe. Tout changeait, se transformait et marchait à grands pas vers sa ruine. On cherchait déjà à introduire chez nous le dogme négatif de la raison* Les nouveaux prédicateurs, prévoyant bien ce qui allait arriver, avaient substitué la philosophie à la religion, le scepticisme à la foi, l'égoisme personnel à l'amour général et au dévouement. Les lettres,
les scîeaces, les arts, protestaient ^ossi contre les institutions théologtques du moyen âge, contre le système cosmographiqae de la Bible, les récits des IIyres saints, les naïves légendes d'Orient, les prophéties et les miracles.
Par an hasard iaesplicable, Les ëvéaeoiefis Ceivorisérent les pro^et^ des réformistes. Les navigateim Jean Canos, Diaz, Christophe Colomb , Magellan %i TroxilJo recalèrent Les limites du monde, comm^. pour insulter aax oonnsiissances géographiques de» Pères de TÉglise. Bien pius , les Capituiaires d« Charlemagne et les Etablissements de sainA Loai» furent remplacés par les anciens codes philosophie qoes et païens des peuples de Rome et de l'Italie* On ne pouvait nier plus ouvertement les sièdea qui avaient précédé la renaissance ! Et Ton vo«« drait aujourd'hui que Nostradamus, (}ui n'était pasi un homme de son sièclej eût été compris de lea contemporains, lui qui voyait autre chose planer au-dessus de la raison et du calcul : — le mystère et la foi !
Maintenant que nous croyons avoir fait entrevoir pourquoi Nostradamus oe pouvait être , à cause de son instinct prophétique, que tourné en ridicule pMr les philosophes du seizième et du dix-septième siècle et traité de charlatan par les encyclopédistes et le» historiens du dix- huitième et du dix -neuvième siècle , il nous reste à tracer la biographie impartiale et complète de cet homme illustre^ si mal connu, si peu étudié de nos jours.
X08TRASAMV9*
Michel Nostradamufl , oa de Notre-Dame en francbant son nom, l'homme « le plus renommé et fameaXy comme dit Aimé de Ghavigny, qu'ait esté de longs siècles en la prédiction qui se tire de la congnoissance et jugement des astres *, » naquit le jeudi i4 décembre de Tan i5o3. Le lieu de sa naissance fut Saint-Remi, petite ville de Proyence, dans laquelle les anciens gouyemeurs de cette contrée avaient l'habitude de faire battre monnaie. Sa famille était d'origine juive et nouvellement convertie au christianisme : elle fut comprise dans la célèbre taxe de iSm. Michel, qui savait bien quelle avait été la religion primitive de ses parens et aussi à
> La SRBMifcBB FACE DU JaNUS FRANÇOIS (livre trèswte), Contenant sommairement les troubles, guerres eiviies et autres choses mémorables, advenues en la France et ailleurs dis Van de salut MDXIXIII iusques à Van MDLXXXIX; extraite et colligée des Centuries et autres eornsnentaires de M, Michel Nostradamus, iadis conseiller et médecin des roys très chrestiens Henri II, François II et Charles IX, Le tout fait en français et latin, pour le ootitentement de plusieurs, par Jean Aimé de Chavigny; Lyon, 1594, in-4®. Nous derons à robligeauce de M. l'abbé James, la communication de cet ouvrage qui se trouve aussi à U Bibliothèque royale, Y, 402G.
NOSTRADAMVS. g
qœlle tribo il avait appartenu, s'en glorifiait en disant : c La triba d'Issachar est renommée par le don de prophétie , et nous lisons an 82* verset do 1 2« chapitre du i •' livre des Paralipomènesj que ceux de cette triba sont des hommes expérimentés, capables de discerner et de remarquer tous les temps, » (de JlUis quoque Issachar virl erudiU, qui nwerunt singuia tempom), Palamèdes Tronc de Gondoalet' et Haitze * rapportent souvent ce propos de Nostradamus dans leurs apologies.
Son père, Jacques de Nostradamus, était notaire , et son aïeul, Pierre du même nom , célèbre médecin du duc de Catabre , fib de Renéle-Bon, roi de Navarre et comte de Provence. L'aïeul maternel de Nostradamus avait été aussi médecin et conseiller du même roi René. Voilà ce que dit à ce sujet Jean Astroc en parlant de la généalogie de Michel : « Son origine n'étoit pas moins bonne du chef de sa mère, puisqu'il descendoît par
> Abrégé de la vie de Michel Nostradamus, par le »teur Palamèdes Tronc de Gondoulet, in-4®y sans frontispice, de 12 pages. — Cet ouvrage très-rare est porté sur les catalogues du p. Leiong^maisonDele trouve point sur ceux de la BiblloUièque rojale.
* Vie de Nostradamus, par Pierre-Joseph de HaiUe. 17il, in -12. — > Il est aussi rare que le précédent, et ne se trouve point à la Bibliothèque royale. H est porté sur les catalogues sans aucune indication.
lO NOSTEADAMUS.
elle de Jean de Saiot-Remy, cooseiller et médscin da roi René ^ »
Qaelques auteurs ont pensé qa'U était d'origine noble, quoique Pitton l'ait démenti dans ses «S'en<ii7»rM sur les historiens de ProcenceV mais ce que nous pouvons affirmer d'après des témoignages authentiques, c'est que sa familie était honnête et savante, considérée des grandset aimée du peuple: « qu'est pour clorre la bouche à d aulcuns envieux, » ajoute l'auteur des Commentaires^ après avoir prouvé que les aïeux de Nostradamus étaient lettrés, «qui ont mesdit de son origine , mal informez de la vérité '. »
Nous ne savons vraiment pas où l'auteur de Tarticle
* Mémoires pour servir à V histoire de la faculté de Mont" pellier, par Jean Astruc, reTUS par Lorry. PariB^ 1787, in -4*» page 312.
* Cet ouTraga remarquable étant peu oonnu^ phiaieHct bitto* riens ont commis des dûtes graves en le eitant. L*aajtew aao* nyme du Testament a imprimé faussement Pitou pour Pittont et Critique des Historiens, etc., ^urSentimens sur les His^ toriens. — Jean-Scholastique Pitton dédia cet ouvrage à Joseph Tremplerj, auditeur de la Chambre des Comptes d'Âi^. * 11 parut en 1689, in-19. On ne le trouve pas à la BibKotbèque royale ; mais il est porté sur les catalogues de la Bibliothèque historique de la France.
■ CoMins5TAiaES du sieur Chavigny Beaunois sur les Centuries et prognostications de feu Michel Nostradamus, médecin ordinaire des très chrestiens Benri II du nom, François 11 et Charles IX, roys de France. Paris, 1596, in-§. (Bibliothèque royale. Y, 4626)
MOSTRAOAMUS. T I
Nostradamusy dans la Biograpfde universelle, (leqael article, par parenthèse > est copie presque mot à mot dans les mémoires d'Astmc ), a troaté que le bisaïeul de Nostradamos « lai enseigna les ëlémens da latin et des mathématiques ^ » Noos venons de voir que Michel, dans sa jeunesse^ ne possédait aacnne espèce de bisaïeul^ maïs bien un aïeul maternel et un aïeul paternel, ce qui change un peu la question. Ensuite ce bisaïeul (nous voulons dire Taïeul ) ne put servir de professeur au jeune Nostradamusque fort peu de temps, attendu que les chroniques provençales nous apprennent que le célèbre médecin Pierre de Nostradamus mourut alors que son petit-fils était encore fort jeune. Astruc vient à notre aide dans ses Mémoires ^ tn Axsdxii i « Michel n'eut pas le bonheur de profiter longtemps des instructions de son aïeul maternel , parce que la mort Venleva bientôt. » Comme cet auteur a puise ses renseignemens, nous ne dirons pas son article, dans les Mémoires d'Astruc, nous sommes autorisés à croire qu'il aura mal copié cette fois. L'auteur anonyme du Testament de Nostradamus nous apprend bien que les parens de Michel, et surtout son aïeul Pierre, étaient peu fortunés ; mais il est loin d'aifirmer, comme le rédacteur de la Biographie universellej que ce médecin enseigna k son petit-fils le latin et les sciences mathématiques. — Mais cette
> Biographie universelle. Tom. xxxi, page 400.
12 HOSTAADAMUS.
inexactitude n'étant pas la seule que nous aurons à relever, passons la et retenons aux premières années de Nostradamus.
Il était encore fort jeunç, lorsque son père l'envoya à Avignon pour y faire ses études. On dît qu'il comprenait avec tant de facilité ce que lui enseignaient ses professeurs, que ceux-ci en étaient émerveillés* Il avait une mémoire si heureuse , qu'il récitait an besoin des chapitres qu'il n'avait lus qu'une seule fois. Sa mémoire , loin d'être comme celle de certains individus, facile^ mais chancelante, était an contraire si bien organisée, qu'il n'oublia jamais pendant sa vie ses leçons de collège. Il possédait presque une mémoire divine ( memoria pênes divina pneditus erat ), dit Aimé Chavîgny dans son Janus gaiiicus, Michel joignait à cette précieuse faculté an jugement solide^ une grande pénétration et beaucoup de tact, d'esprit, de gaité et de 6nesse dans la conversation. « Lcetus^facetus^ estque mordax^ » ajoute le même auteur.
Des apologistes provençaux et quelques historiens n'ont pas manqué de faire de Nostradamus un homme merveilleux; mais comme nous tenons à le montrer tel qu'il est et non pas tel que bien des gens voudraient qu'il fût, nous préviendrons nos lecteurs, toutes les fois que nous rapporterons certains faits , attestés par des auteurs dignes de foi , mais qui ne nous sembleront pas bien authentiques. — Il est impossible d'agir avec plus d'impartialité et de bonne foi.
L'auteur anonyme du Testament de Nostradamus
se plait à noas raconter une foule d'anecdotes intéressantes sar la jeunesse de Michel. Cet auteur nous paraissant avoir étudié son sujet dans les yieiUes chroniques provençales, nous croyons pouvoir attacher quelque importance à son récit, puisqu'en outre il recueillit à Salon, ville habitée longtemps par Nostradamus, des preuvesde ce qu'il avance. Il nous apprend que son héros , étant encore jeune, instruisait ses petits camarades de collège , et leur donnait l'explication des nombreux phénomènes terrestres et célestes : « A peine avoit-il l'usage de la raison , dit-il, qu'il décidoit mille petites questions curieuses ; entre autres, se promenant un soir avec ses jeunes camarades, il les détrompa de ce qu*ils crojoient que les étoiles se détachoient du ciel lorsqu'ils voyoient ces petites traînées de feu en l'air , que les philosophes appellent astres errants ; il leur apprit que c'étoient des exhalaisons sulfureuses que le vent allumoit comme le vent allume les charbons ; il leur enseignoit aussi que les nuées ne puisoient pas dans la mer avec des pompes, ainsi que le vulgaire ignorant le pense^ mais bien que c'étoit un amas de vapeurs semblable à celui que l'on voit dans les temps de brouillard ; il leur disoit encore que le monde étoit rond comme une boule, et que le soleil qui paroissoît à notre horioan, éclairoit l'aatre hémisphère ; enfin , il parloit si souvent et avec tant de plaisir des météores et des astres, qu'on l'appeio\i\e jeune astroiogue\n Ces petits détails, que l'on
1 La vie et le te.stame:<t de Michel Nostradamus,
l4 NOSTRADAMUS.
regarde comme fatiles anjoiird'haî,ëtaient d'un grand poids an commencement da seizième siècle ; car alors on ignorait entièrement les lois de la physique et les phénomènes de la météorologie, qu'on ne sait pas encore très-bien^ à Thenre qu'il est.
Âpres avoir achevé ses humanités et sa rhétorique, il fit sa philosophie avec tant de succès, que, suivant les traditions, le professeur le chargeait de faire la leçon à sa place. La science astronomique entrant à cette époque dans ce qu'on appelait philosophie, Nostradamus instruisait mieux ses camarades sur les niouvemens des planètes et les révolutions annuelles delà terre autour du soleil, que les plus savans astronomes des collèges d'Avignon.
Sa philosophie terminée, son père l'envoja à Montpellier pour y étudier la médecine; car il ne voulait pas, — on en ignore la cause, — que son fils se lançât dans la science des astres. Le jeune Michel^ qui était fort soumis,et qui voyait en outre que Fé» tude de la médecine lui serait un jour nécessaire, obéit aussitôt, et alla tout joyeux suivre les cours de la faculté de Montpellier. Il parait que sa prodigieuse facilité ne se ralentit pas un instant; car
deeteurm nUi9€ine,mstrophiU9eùnteilUrfnééêein mémoiredm roi. Farts, 17W, ln-8P. — Ce livre est fort rare; il nVst porté ni sur les catalogues du P. Lelong, ni sur ceux d« U Bibliothèque royale. — Nous remercions ici M. l'abbé James, savant bibliophile, d*avoir bien voulu nous communiquer soii exemplaire.
TCOSTAADAMU8. i5
il de? int en très-peo de temps Qn élèwe farl distîngaé. Ses détracteurs ne nieront certes pas son talent, et Astrnc , dans ses Mémoires, est forcé d'a- Toner « qu'il faisoit de grands progrès à la facaltë de Montpellier. »
Un éyénement arrive en i52S, dans la Provenoey donna à Nostradamns le moyen de faire connaître et son déTOuement et sa science. Il était âgé d'environ tingt^nx ans lorsqu'une fièvre pestilentielle ravagea Montpellier et les pays eorironnans. Le jeone Michel, sachant que dans plosiears contrées on manquait de médecins ponr soigner les malades^ quitta Montpellier et se mit à parcourir les villages attaqués de la contagion. Loin de suivre l'ancien système et d'employer les remèdes adoptés par la faculté, il en composa de noareaux qui sauvaient tandis que les antres tuaient trèft-aouvent.
Quekjuâs malades, voyant un si jeune médecin, n'osaient se fier à lui; mais l'excellence de ses drogues s'étant répandue partout, même jusqu'à Toulouse et Bordeaux, il eut beaucoi](p plus de pestiférés qu'il n'en pouvait soigner. Les autres médecins étaient surpris de sa méthode et tous lai demandaient comment il pouvait arrêter la peste en ne faisant prendre aux malades qu'une certaine poudre dont le jeune étudiant savait seul la recelte.
Les anciens professeurs de la faculté de Montpellier, ayant appris les sneoès obtenus par leur élève Michel Nostradamus pendant son voyage, le rappelè-
l6 IfOSTHADAMVS.
rent après la peste pour laî conférer le grade de docteur.
En i5ag, après avoir opéré un grand nombre de cures menreillenses y et s'être commencé une réputation, il reyint à Montpellier, chargé d'honneurs mais asses pauvre, pour y soutenir sa thèse et se faire recevoir docteur médecin.
On sait qu'alors il était beaucoup plus difficile d'atteindre à ce grade qu'aujourd'hui. Il ne suffisait pas seulement de répondre à cinq ou six questions posées par des docteurs ennuyés et toujours prêts k lever la séance ; il fallait publier, devant tous les membres de la faculté réunis, le résultat de ses recherches et de ses études. Il fallait non seulement connaître les remèdes qu'on appliquait et les effets qu'ils devaient produire ; mais encore prouver qu'on savait opérer et qu'on l'avait fait avec succès : ce que, malheureusement pour les malades d'aujourd'hui , on se garde bien de demander aux jeunes médecins. Enfin il fallait être savant, habile, expérimenté, ou du moins passer pour tel.
Nostradamus, ayant ,comme nous l'avons dit plus haut, tenté des remèdes que la faculté n'avait pas autorisés, fut interrogé avec défiance. On lui demanda la justification de ses tentatives. Il la donna et enleva tous les suffrages. On dit qu'il fut reçut docteur au milieu des applaudissemens et de l'admiration de cettedocte assemblée. L'histoire nous a conservé le nom de celui qui interrogea le plus souvent le jeune
HOSTBADAMVS. i;
laorëat : c'est le célèbre Antoine Romier, l'un des plus savans médecins da seizième siècle.
ÂTant la révolution française on Toyait encoie sur les registres de la faculté de Montpellier la signatare de Nostradamus, et plus bas la date suivante écrite de sa main : xxiii octobre MDXXIX.
Quelque temps après, son nom devint si populaire, que les jeunes étudians de la faculté le demandèrent pour professeur. On accéda & leurs vœux, et le jeune docteur Nostradamns fut nommé, ainsi que l'affirment Astruc dans ses Mémoires j et Boucbe dans son Histoire de Provence^ processeur à la faculté de Montpellier.
Ainsi voilà un homme, jeune encore, que les savans docteurs de cette époque ne craignirent pas -d'élener à la dignité du professorat (et c'enétait une alors). Eh bien ! cet homme est maintenant traité de charlatan par le premier ignorant venu ! Après cela nos descendans ne doivent pas désespérer de voir,en 1940, ou igSo, les savans Cuvler, Arago, Tbénard et Dupuytren, considcrés,par les rédacteurs des Encyclopédies futures, comme autant de charlatan» ridicules. — Quand viendra donc, mon Dieu! le règne de la justice sur la terre !
Le jeune docteur, qui aimait beaucoup k voyager, s'ennuya bientôt à Montpellier. Voulant parcourir encore une fois les lieux où son cœur avait senti les premiers aiguillons de la gloire, il quitta cette ville, sa chaire, ses élèves 9 ses amis, et visita les campagnes de la Provence, témoins de ses
Jb NOSTRADAMUS.
ces. Il reçut partout des témoignages île reconnaissance et d'amour. C'était une véritable fête dans la ville ou dans le bourg quand on savait qu'il allait s'y présenter. Les malades qu'il avait sauvés se tenaient aux portes ; les garçons et les jeunes filles marchaient au-devant de leur libérateur en répandant At8 fleurs /sur son passage ; les notables de l'endroit l'inTitaient à descendre cbec eux et à passer quelques mois au milieu de leur famille.£nfin, au dire des cbroniqueurs provençaux, jamais roi, prince on coinie ne fat mieux reçu des paysans du Midi, que le jeune professeur à la faculté de Montpellier, le docteur on le propbète Nostradamus.
Un des plus grands savans de ce siècle. Joies César Scaliger, ayant entendu parler de l'immense réputation de Nostradamus, lui écrivit pour juger par Inl-méme si le bruit qui courait était réellement fondé. Le jeune docteur lui répondit d'une façon si in^niense, si savante et si spirituelle, que Scaliger avoua plus tard que ce médecin était véritablement an homme extraordinaire.
Comme deux génies s'entendent à merveille, Scaliger se lia d'amitié avec Nostradamus, et fil tant qu'il força celui-«i à venir s'établira Agen, où il résidait alors. Nostradamus s'y rendit en passant' par Toulouse, et habita dans cette ville une maison fort singulière par les écussons, les insignes et les emblée mes qui la décoraient. Au milieu du dix-«eptième siècle les Toulousains montraient encore avec un grand respect cette maison aux étrangers.
VOSTRADAMUS. I9
A Ag^n, il fit (>art à Scaliger da résultat de ses nombreuses recherches ; ce dernier , jojeox de rencontrer, dans son jeune ami, nne science si vaste, une érudition si grande, un jugement si parfait, un esprit si subtil et si pénétrant, lui exposa ses théories sur la philosophie, la critique, la poésie et rhisUnre.
La ville d'Agen,glorieuse de posséder deux savans remarquables et distingués, leur fit offrir des présens considérables s'ils voulaient rester ; mais ceuxci les refusèrent, en disant qu'ils ne s'appartenaient pas à eux-mêmes^ et que si la ville d'Agen avait des présent à faire, elle devait, avant de s'occuper d'eux, penser aux malheureux, aux infirmes, aux malades etaux.vieillards. Cette réponse satisfit tellement les habitans d'Agen, que le lendemain ils portèrent en triomphe Scaliger et Nostradamus qui se rendaient à la promenade.
Un savant de l'âge de Nostradamus et jouissant d'une si grande réputation fixa l'attention des pèrts qui avaient des demoiselles à marier. Plusieurs partis considérables se présentèrent ; le jeune docteur les refusa. — - On croyait qu'il ne se marierait jamais, lorsqu'il épousa une jeune fille, « de haut lieu, très belle, très aimable, de laquelle, dit Chavigny, il eut deuxenfans masle et femelle. ■ Sa femme, son fits et sa fille étant venus à mourir, il en eut tant de chagrin qu'il résolut de quitter Agen et de voyager encore une fois pour éloigner son ennui et acquérir de nouvelles connaissances. Nostradamus était
pcut-^bre un aussi grand travailleur que Pline Tanciai «t CuTieTy Vesquets irataillaient toujours , même en marchant.
Àfvès afioîr sëionmé quatre ans dans là rttle d'Agen, il partit, et paroourat pendant donae ans la ""VX^niemie, le Languedoc, Tltalie et la Pranœ. Tous les biographes, méine ceux qui lui donnent le fh%MS d*éloges, ont passé un Ciait asses curieux que nous trouvons dans i'ourrraged'Astruc, ouvrage, ainsi que nous l'avons dit, trè»4évère à l'égard de Ffostradatnus. Ce fait servira d'autant mieux à donner une idée du mérite de notre personnage, en ce sens qu'il est révélé par Tun des historiens les plus impartiaux de la Provence. Laissons parler Astmc:c II ne se contenta pas, dit-il, d'examiner lespays et les lieux où il passoit ; mais il avoit soin surtout de faire connoîssance avec ceux de sa profesnon, et àt profiter de leurs lumières ; on remarque cet esprit et eegoût dans les observations qu'il a faîtes dans les deux livres des fards ( dont nous parlerons il la fin de ce chapitre ) , sur les diverses façons de pratiquer la médecine, qu*il avott vues dans êes voyages, ^t dans les jugemens qu'il porte du -mérite de la pi ufiart des médecins quHl avoit fréquentés. €*eat dans •ie cours de ces voyages, ajoule-t-^ii, qu'on prétend •qu'il s'arrêta quelque temps en Lorraine, et c'est ta qu'il commença k donner des marques de son habileté k prédire l'avenir, clans une aventure sîn-
Digiti
lfOftTltAl»AMVS« SI
galîère, où Ton tenfloit des pi^es è^ soki Ual^lelë*. »
En l'an i543 oo 1544» NoatradaninSyâgëtle 4^ à 4i ansyrevint en Profenoe riche de faîts^ d'obser- ▼atkKw, d'espAriettoe. Dans aes Tojrages il avait recueilli non aeolement àès malërlanx très-întëressaaa, tvda^atiles sor la praticpe de la médecine dans les antres pays, mais enoawe il s'Agît plu à dresser soruneespdoe de journal de voyage êes réflexions touchant les sarans nëdeciiis et pharmaciens qu'il ayalt renoontvëf .
Ainsi dans lapvrffaoe de son Opuscule il dît qnc de son temps à Marseille la pharmacie était très* mal adikiittistrëe, mais cp'il ent le bonheur d'j rencontrer un savant personnage da nom de Loais René. Il cite comme d'esoellens pharmaciens René Hépilierverd de Lyon « Jooeph Mercnrin d'Aix, et Antoine VirgercU de Savone. Comme il n'était nullement envieux et qu'il savait rendre justice à qui de droit, s'il blânoe le$ avares médecins d'Avignon, en rerancbe il fait mille élevés d'Antoine Suporta, de Guillaume Rondelet et d'Hon<Mré Gastdeo, tons trois médecins de Montpellier. Il n'oublie pas non plus Je* rôme Montuus et François Mast, célèbres docteurs de Vienne en Dauphiné, et l'illustre François Valeriale d'Arles avec lequel il fut lié plusieurs années. Ses^
> Mémoire pour servir à Chittoire de la faeuUé de Mont p$Uieh ]v :U3.
jugemeDS, tonjoois justes quoique sévères, lui gagnèrent un grand nombre d'amis et de partisans dans presque toutes les villes de la Provence. Marseille lui envo/a des savans poiu* l'engager à venir se 6xer dans ses murs; mais les nombreux attûs qu'il avait à Salon, petite ville située entre Aix> Avignon^ Marseille et Arles, firent tant qu'ils l'attirèrent chez eux, et lui présentèrent une demoiselle fort riche et de très bonne famille, nommée Anne Pons Jumel ou Ponsart Jumelle, que Nostradamus épousa en i544* Il eut avec cette seconde fenmie six plis enfans, qpi ont laissé de glorieux souvenirs dans les annales de ia Provence.
Une fois fixé à Salon^ sa réputation s'accrut davantage. — Les notables de Marseille, d'Aix, d'Avignon, d'Arles et même de toute la Provence venaient en foule pour le voir et le consulter. Jamais la petite ville de Salon n'avait vu ni si riche ni si nomlnrense compagnie. On était enchanté d'entendre un docteur aussi savant y oui intéresser, vous divertir et vous guérir en même temps: ce qui est le contiaire des autres médecins. Nous n'avons nullement besoin de dire si ses confrères des grandes villes étaient jaloux de sa gloire : cela se devine aisément.
Le nomdeNostradamus était depuis quelque temps prononcé avec le plus profond respect, lorsqu'un événement funeste vint donner un nouveau lustre à la réputation du célèbre médecin de Salon.
Une horrible peste se déclara en i5i6 dans la
MOSTBADAMVS. ^3
▼llle d'Âîx. Il parait que depais long-temps la Provence n'avait été afflîgëe d'un pareil flëau ; car cette peste, qu'on appelait le Charbon Provençal y ren dait ceux qu'elle attaquait (et elle attaquait presque tout le monde) noirs comme le charbon- On souffrait d'une manière atroce. Quelques-uns des pestiférés avaient des saignemens de nez qui duraient deux ou trois jours après lesquels ils mouraient dans les tortures les plus a£Qreuses.
Nous sommes content d'offrir h nos lecteurs une description de cette peste par un auteur contemporain,et provençal, par César, fils de Michel Nostradamus*. Cette description est extraite de l'excellente Histoire de Provence de cet auteur, livre rare, et qu'on n'étudie peut-être pas assez aujourd'hui. Nous ne changeons rien à cette courte narration et nous laissons le style et l'orthographe tels quels : « Les personnes atteintes de cette maladie, dit César Nostredame, chassent incontinent toute espérance de salut, se cousent elles-mêmes en deux blancs suaires, et se font mesme en vie (ô chose non jamais vue ! ) leurs tristes et lamentables obsèques.
■ Voici comment Vun des meilleurs historieDS de Proyenee» parle de César et de Michel Nostradamus : « César estoittils de cet illuêtre médecin Michel Nostradamus si renommé pour ses prédictions. 11 naquit dans la Yille de Salou, et fut bon poète t excellent peintre et habile historien. » ( Histoire de la vUle d'Aix, par Pitlon. 1676, in-f>, p. 60V)
Les maisons sont abandonnées et vides^ les homes dëfigarësy les fstmes éplore'es, les enfs^ns éperdus, les vieillards étonnÀ, les plus forts vaincus et les animaux poursuivis. Le palais clos et fermé, la justice en silence et désertion, Thémis absente et muette, et le portefaix en crédit. Les boutiques fermées, les arts, cessés, les temples solitaires, et les prêtres tout confus. Bref, toutes les rues velues, sauvages et pleines d'herbes par les lugubres infréquences des hommes çt des bétes durant 270 jours! * »
Cette peinture naïve et en vieux français serre le cœur. On sent bien, en la lisant, que le fils de Nostradarans a dû être témoin de qnelqu'autre scène de désolation.
Plusieurs savans médecins furent appelés dans cette ville pour y arrêter la contagion. Les uns moururent delà peste, les autres laissèrent mourir les pestiférés, enfin les troisièmes;n'ayant point le courage nécessaire pour affronter la mort, s'enfuirent, et Ton ne les revit plus. Les choses en étaientlà lorsqu'on eut l'heureuse idée de penser au célèbre médecin de Salon ; c'est ainsi q'uon appelait Nostradamns.
Le comité de la ville d'Aix s'assemble aussitôt et décide à l'unanimité qu'une députation sera envoyée à l'ex-professenr de la faculté de Montpellier. Nostra-
' V histoire et chronique de Provence, <le César Nost radamas. Lyon, 1614, in-folio, )>. 772
IfOSTRADAMVS. ^5
damas, tooché de cette marque d'estime, ne balance pas on seul instant. Il quitte sa femme et aea enfans et arrive prëcîpttaimiient à Ai&. La consternation ré^ gnait sur tous les tisages : l'espérance était bannie de cette ville antique et opulente, à cette beore triste et désolée. On ne pensait plus qu'à mourir, et jamais peut-être le besoin de vivre ne s'était fait plus vivement sentir !
Nostradamus visite les hôpitaux et les ambulances. Il ne craint pas de rester des heures entières enfermé avec des pestiférés, pour étudier les causes et les progrès de la maladie. — Apres s'être bien assuré que cette peste était dans l'air, il invente des remèdes à l'aide desquels il sauve un grand nombre de malheureux atteints du charbon; et ramène la santé au milieu de cette population malade, prête à rendre le dernier soupir. Astruc, dans ses Mémoires y dit au sujet de la peste de i546 et du savant libérateur de la ville d'Âix : « Nostradamus accepta Templot (quoique dangereux) qu'on lui o£rrit, et tant que la contagion dura, il ne négligea rien pour le soulagement de ceux qui en étoient atteints. C'est dans cette occasion qu'il se servit utilement d'i^ne poudre excellente pour chasser les odeurs pestilentielles, de laquelle il a donné la composîtioa dans le Traité des fards *. ■
' Nos lecteurs et surtout nos lectrices nous sauront gré prul- Hte de leur rapporter eti entier le cliapitrc où Nostradamus
Voilà comment un historien impartial et qui avait été à même de connaître les principales circonstances de la yie du cëlèbrc médecin de Salon , parlait de la science, du courage et du dévouement du docteur Nostradaiiius ! Voilà i^homme que d'igno-
parle de la composition de cette poudre et des efieU merTeilleui qu'elle produisit. Ce passage est d autant plus curieux, qu'il se trouTe extrait d'un petit ouvrage excessivement rare et plein de détails originaux sur la peste de 1546 : nous voulons parler des Recettes de Michel Nostradamus recueillies et publiées par son fils, sous le titre de BoiHtMfU de plusieurs receptes, etc., etc,, un petit volume in-lS dont nous parlerons a la fin de ce chapitre, à 1 endroit d^ ouvrages de Michel Nostradan^us.
Voici le sommaire du chapitre Vllli qui commence à la fin
de la page 13 et finit au commencement de la page 17.
Pour faire la principale matière pour poudre de senteur de
parfaicte bonté et excellence, qui est vne odeur non
estrange, mais rend une suauiU agréable, et de longue
durée ; mais ne se peut foire qu'ime fois Van.
0 Prenez de la sieure ou le rament du bois de cjrprés le plus
verd que vous pourres troMver me once, de Iris de Florence
six onces : de girofles trois onces ; calami odorati trois drag-
mes ; Hgni aloes six dragmes. Faictes le tout mettre en poudre,
et qu*il ne s'esvente. Et puis prenes des roses rouges incarnées
trois ou quatre cenu, qui sojent bien mondées toutes fratohes,
et cueillies avant la rosée: et les feres fort piller et mettre d^
dans la poudre. Quand le tout sera bien meslé, faictes en de
petites balottes plates faittes en la mode de trodsques et les
faictes sécher à Tombrc. Et notez que do ceste composition se
faict après savon muscat, poudre de violettes , etc ^Hors
nOSTAAOAHUS. %f
rans biographes ont traité de charlatan ! -— U serait à désirer vraiment qœ le charlatanisme de ces mes-
mis la bonté et odeur que ceste composition rend aux choses si est-ce que tous en porties à la bouche, elle Tous la rendra tout le ionr d'une merreilleuse odeur : ou «i la bouchA estoit puante, ou par les dans corrompues, ou par mauTaises Tapeurs sortants deTestomach, ou qui auroit quelque ulcère puante en sa personne, ou bien quelque autre cas estrange, en tenir un peu à la bouche, et en temps de peste s'en sonrir souvent; car ne se peut trouver odeur qui plustost déchasse le mauvais et pestiféré air, et qu'il soit ▼ray,rAn 1546, que ie feus esleu et stipendié de la cité d* Aix en Provence, où par le sénat et peuple ie feus mis pour la conservation de la cité, où la jpeste estoit tant grande et tant espouvantable, qui commença le dernier de majr, et dura neuf mois tous entiers, où mouroit de peuple sans comparaison de tous aages, en mangeant et buvant, tellement que les cimetières estoyentsi pleins de corps morUque l'on ne scavolt plus lieu sacré pour les enterrer, et la plus grand'part tomboyent en phrénésie au second iour;ceux auxquels la phrénésie venoit les taches ne venoyent point, et ceux à qui les taches venoyent mouroyent subitement. Après la mort toute personne estoit couverte de taches noires. La contagion estoit si violente et si maligne, que seulement si l'on s'approchoit cinq pas près d'un qui feust pestiféré, tous ceux qui ce faisoyent estoient blessez et plusieurs avoient charbons devante! derrière, et ne vi voient que six jours. Les seignées, les médioamens cordiaux n'estoient pas efCcaces. Quand on avoit faict la Visitation par toute la cité et icté Iiors les pestiférés, lo lendemain y en avoit plus qu'auparavant. EnGn, on ne trouva aucun médicament qui feust plus préservatif de la peste que celte composilion : tous ceux qui en portoyent à leur bouche estoient préserves. Vers la fin on trouva par une expérience manifeste que ceci préserva un moude de
sitHftrs eût rendu d'aussi grands serrices à l'humanUë (|u« celui de Nostr^amus ! Ma^beareusement tous ceux, qui ont attaque le savant que nous défendons ici, ont agi avec une insigne mauvaise foi, puisqu'ils ont lnsult(^ sans Le connaître un homme plus capable et ceat fois pdus dévoué qn'euK !
la contagion..... Pour ceulx qui n'en prirent pas, la mort esloit tant subite, que le père ne tenoii compte de son enfant. Plusieurs entachés de peste se sont iettés dedans les puits, d'autres se sont précipités de leurs lenestres, d'autres qui avoient le charbon derrière Tespaule et devant la mamellejeur venoit une seiçnée du nez qui duroit nuict et iour : tant qu'ils mouroîent. A brief parler la désolation estoît si ^rrande qu'avec Tor et l'argent à la main, souventes fois mouroit-on faute d'un Terre d'eau. Entre lés choses admirables que ie pense avoir veu, c'est une femme qui m'appela par la fenestre; le vis qu'elle même toute seule se cousoit le lincenil sur sa personne, commençant aux piedz ; ie vis venir les àlarbres (que nous appelons en nostre lanjjue provençale, ceuU qui portent et ensevelissent les pestiférés), et voulois entrer dedans la maison de cette femme, et la trouvai morte et couchée au milieu de la niaison avec son suayre demy cousu : et cela se fist plusieurs fois. le voudroîs bien raconter tout le faict de la pestilence qui n^dyÎQt en la dicte ville, mais ce seroit rendre nostre labeur confus. »
Si cette citation est longue, du moins renferme-fc-elle des détails excessivement curieux, qui n'ont jamais été publiés autre part que dans les ouvrages de Nostradamus, qu'on ne trouve plus aujourd'hui. Ensuite la description de celte fameuse peste, par le médecin qui la fit cesser, méritait, selon nous, de prendre place dans cette dissertation historique. On connaît si peu Nnstradamus, qu'il ne faut point négliger de rapporter tout ce qui peut le faire connaître d'une manière directe ou indirecte.
IfOSTRADAMUS. 29
La TÎUe d'Aix, reoonnaîsaatite de tant de bienfaits, Im Tola, non aeulement des Femereiemens comme cela ie pratique iMrdinairemfint aa)onrd'baîy maia encore «ne très-forte peoaîon annuelle qni loi fol eonlkmëe jusqu'à la fin 4e ses jourp. Des ariialea de cette iville Imansportànent aur la loile le porlraît de leor libérateur; ka oolablea kabUa^s }m offrirent de riches pnésens qu'il distribua en ftartie aux ▼enres et aux orfibelins^e cette cité malheureuse. — Certes on pareil charlatanisme est rare par le temps qm court ; aussi nous concevons très-bien qne obs traits de générositë passent pour autant de folies dans on siècle comme le nôtre, où le dévoue^ ment n'existe plus ^ et eà T^goïsme règne et gouverne tout à la fois !
L'année suivante, la même peste ayant exercé ses ravages dans la ville de Lyon , Michel Nostradamus quitta encore une fois Salon, et courut aoigner les pestilerés lyonnais. Un des savans médecins de cet endroit nommé Jean^-Antoine Sarrazin, et l'un .des docteurs de la faculté de Montpellier, voulot arrêter seul et sans le secours de persoone les progrès de la contagion. U ambitionnait la gloire du médecin de Salon et croyait se faire à Lyon une réputation semblable à celle que Noatcadamus s'était faite à Aix. S'il avait le dévouement du premier^ il lui manquait la science ; et cependant, les historiens de Mont^ pellier et de Lyon le considèrent encore comme un des plus doctes personnages de cette époque.
Nostradamus , (|iii était fort uiodoste, quoi(|ue ooiiualssant parfaitement sa valeur^ fit part à Sarrazin des obserrations qu'il avait recueillies à Aix, et l'engagea à saivre une autre route s'il voulait arrêter les progrès du fléau. Le médecin de Lyon ne tint aucun compte des sages conseils de son collègue, et tua ou laissa mourir tous ceux qu'il se proposait de sauver*
Les Lyonnais, peu satisfaits des remèdes de leur compatriote , allèrent trouver Nostradamus ( lequel guérissait en cachette , et pour ne point fâcher Sarrazin, les malheureux qui venaient le consulter ); ils se jetèrent à ses pieds, et lui demandèrent à grands cris de ne point les abandonner. Celui-ci leur fit cette réponse t « Je veux- bien vous secourir; mais laisses-moi expérimenter k ma manière. J'h(^ nore beaucoup, ajouta-t-il, le célèlnre docteur Antoine Sarrazin , mon collègue ; mais comme mes remèdes diffèrent des siens, je désire que vous choisissiez celui qui doit rester médecin de votre ville, et que vous optiez à l'instant même pour l'un ou pour l'autre, pour moi ou pour Sarrazin. » A ces mots toute la dépntation s'écria : « C'est le docteur Nostradamus que nous choisissons , le libérateur de la ville d'Aix ! »
Un mois après la joie était peinte sur tous les visa-» ges : le fléau dévastateur n'existait plus, et le docteur Nostradamus, comblé d'honneurs et de présens retour* nait triomphalement à Salon, escorté des autorités de la ville que sa science et son dévouement avaient sauvée.
NOSTBADAMUS. 3l
Voilà des actes qu*oD ne penl certes pas nier, puisqu'ils sont attestés par Astruc, par Bonche, par les historiens de la TÎHe de Lyon et par les chroniques provençales. Eh bien ! c'est Tauteur de ces actes que d'insipides compilateurs ont appelé yision> naire ! Nous ne sommes pas Nostradamites , qu'on le croie bien (attendu qu'il n'y en a jamais eu), et encore moins illuminés. Nous cherchons consciencieusement la yërité, et c'est lorsque nous l'avons trouvée, lorsque nous possédons des faits, des preuyes, des dates authentiques , que nous ne craignons point de dire à ces ignorans qui se piquent d'être esprits forts, et dont tout le talent consiste à copier servilement des ouvrages haineux, et à imprimer des mensonges : « Vous êtes des faussaires ! Vous corrompez au lieu d'éclairer le peuple , au lieu d'instruire et de moraliser vos concitoyens. Vous entretenes au milieu de nous une superstition cent fois plus funeste que celle à moitié détruite par vous; car elle tend à renier tout ce que le passé religieux a produit de grand^ de beau, de sublime ! »
La science de Nostradamus ne manqua pas de lui , attirer un grand nombre d'ennemis parmi les médecins. Ceux-ci cherchaient tous les moyens de le perdre lorsque le hasard leur en fournit l'occasion. — Nous savons qu'au milieu du seizième siècle les sciences oC" cultes, telles que l'astrologie, la théurgie, l'alchimie, la magie , etc. , étaient pratiquées par quelques savans, dans le plus grand secret. Tout alchimiste on magicien était brûlé sur l'heare. On tolérait da van-
32 NOSTRADAMVS.
tage les astrologues , parce q^a'on les confondait alors arec les astronomes. Nostradamus, depais sa plus tendre jeaaesse^ cfaearcbail le rapport qpt deyjait e:^ ister entre les4:faoseB da ciel et celles de laterre, entre les oon jonctions des planètes et les éTenemçns poiiti- €^es. Il était dë)à parrenu, au moyen de<:;9kuls, ^t ea étudiant Les anciens libres d'aalrol<^ie 9 ^ prédire certains faitsq«i eurent leur entier aco^inplio^iomei^, ^Voici une anecdote très-intéressante qu^ imhis raconte, au sujet des premières prédictions de Dtostradamus, l'auteur anonyme et impartial du Tes'^ tament. Nous avons besoin d'ajouter cpie nons M prenons point la responsabilité de cette anecdote ; nous citons seulement , mais notre auteur eat digne de foi : « La qualité qu'il avoit de présager, <dîit4l, quoiqu'il la tint cachée, étoit néanmoins en lui comme un feu qui, bien couvert de cendres, ne laisse pas, de temps en temps, de se manifester par Ibs étincelles qu'il jette. Gommedonc îi loi airlvott qnéU quefois de faire des prédictions , et que ces prédietiens avoient leurs eifets, cela le fit oonÂdérer, dai|s les endroits où il passoit , comme nn bonmie d'une ▼erta extraordinaire, qui, suivant quelques-uns, avoit !e don de percer dans l'avenir, et selon les autres, n'avoit que ^adresse de duper les gens par un semblant de divination , quoiqu'on le regardât comme un très-habile médecin. Ce fut de cette deuxième manière que sa faculté divinatrice fut prise, en Lorraine , par le seigneur de Florinville. Ce seigneur ayant amené Nostradamus dans son
IIOSTRADAMUS. 33
château de Faîns, il arriva qu'an jour, ce geniiU homme se iiiromenant dans la basse-cour de son châfeeati avec son hôte^ en devisant de présages^ ôeux petite cochons de lait, dont Tun ëtoit blanc et Patftre noir, se pfdsentèrent à eux. A la vue de ces deax animaux , le seigneur de Fiorinvîlle demanda à Koftthidamus quelle seroit leur destinée, à quoi il rëpondit en même temps, qu'il mangeroit le noir et que le loup mangeroit le blanc. Le seigneur de Flormyille, qui n'avoit fait la demande que parce qu'il 8*tmaginoit qu'il étoiten son pouvoir de faire mentir le prophète, ordonna secrètement à son cuisinier de tuer le cochon blanc et de le lui servir à souper. Snhrant cet ordre, le cuisinier tua le blanc, l'habilla et le mît k la broche prêt à être rôti quand l'heure seroit renue ; cependant , ayant à faire hors de la cûisme, un louveteau que l'on nourrissoit pour l'ap- ^TOiser, y entra, et, trouvant le prëparatif à sa 'poTté^y s'attacha à Je manger. Le cuisinier en rentrant, surpris de l'accident, se saisit aussitôt du cochon noir, le tua, l'apprêta et le servit à table. Le seigneur de Florin ville , qui ne sa voit rien de l'accident, dit à llYostradamus, avec un air de confiance, qu'on alloit manger le cochon blanc , et que le loup n'y toucheroit pas ; à cela Nostradamus reparfit qu'il ne le croyott point, et que c'étoit le noir qui ëtoit sur la table. AvMÎtôt ie seigneur ordonna à son cuisinier de faire venir le cochon noir, afin de confondre Nostradamus. Mais il fut fort étonné lorsque
le cuisinier, étant arrlyé-, lui déclara le sort des deux
34 HOSTRADAMUS.
cochons. Gomme TaTentare fut b^ouvée siogaliére, on la rëpandit dans tout le royaume, et 11 est «rrivë àe la multiplicité des narrations qui s'en sont faites» qu'on j a changé plusieurs fois le lieu et la scène ' • i Encore une fols, nous le répétons , nous n'assumons point la responsabilité de cette anecdote, dont raothenticité est cependant attestée par plosieurs hi^ toriens provençaux.
Jean-Antoine Sarraxin , se rappelant cette prédiction, fit courir le bruit que Nostradamus s'adonnait à la magie blanche. Ce qui donna -encore plus de crédit à ces calomnies, c'est que le médecin de Salon avait soutenu, à Toulouse et à Bordeaux, devant plusieurs savans distingués , que pour gioérir il fallait non seulement posséder la science médicale, mais encore les élémens des mathématiques et de l'astrologie judiciaire. I^orsque les opinions de Nostradamus furent connues, on traita leur auteur de fou , de visionnaire et de magicien. Ses détracteurs ne tenaient aucun compte des cures merveilleuses qu'il opérait chaque jour. On l'atta* quait, parce que, pour guérir, il s'éloignait de la toute commune qui conduisait toujours , ou du moins très-souvent, les malades à la mort. Il aurait tué en employant tels remèdes consacrés par les facultés, qu'on l'aurait regardé comme un grand
* Le Testament de Michel iVoifrodamui/ pageï 17, 18, 1^ •tSO.
HOSTRIDAIIVS. 35
mëdeein! — Tel est le aoriie toutes les innoyations i si elles sont manyaises, on les accepte ; si elles sont bonnes, on les rqette sans examen !
D'antres médecins des environs, tons plos jaloux les ans qae les antres^ se mirent à décrier Nostradamus dans les villes et les campagnes ; ils firent tant que, quelques mois après, le docteur de Salon passait pour être possédé du diable. Nostradamus, Tivement affecté de la lâche trahison de ses anciens amis et de ses collègues, se retira du monde, n ne communiqua plus avec personne^ et passa son temps à consignerpar écrit les observations astrologiques qu'il faisait dans sa petite maison de campagne.
Les habitans de cette ville, îgnorans à Texcés, oublièrent bien vite les services que Nostradamus avait rendus à Âix et à Lyon ; d'admirateurs passionnés qu'ils étaient, ils devinrent ses plus furieux adversaires. — Voilà le peuple : il honore aujourd'hui ceux qu'il renversera demain.
L'historien Astruc nous apprend que Nostradamus se plaisait peu à Salon. « On ne sait point, dit-il, les raisons qui le retenoient dans cette ville ; mais il ne parolt point qu'il y fût content. Il se plaint, en plus d'un endroit, de l'ignorance, de la barbarie et de la brutalité de la plupart de ses concitoyens ^. »
Des hommes de conscience et de savoir se ran-
* MémoireijMMrtirvir à Vhiùoir$ de la factUU de MontpûUiêr, page 314.
36 NOSTHADAinrS.
gèrent du côié de Nostradamos ; iUfm)uvèrent qos tavtcft les aoonsaiîoBs fmiéoê oostre hai ëUttent antant d'errears et de calonUiiea'* Les pins «atétés ue 9e tinrent fias poar battus, iU intèntéreia ansaîtôt de noaTeann gi^lefa. C^mofte alor$ le protettantîsine faisait de grands prog^, et reomtait des sectateurs parmi Les savant y les ^ens de lettnes et les philosophes» on L'aooa^ d'hëfëst^. « Ces soupçons, quoique çial £ondéSydi(;^struCt Tei^iosèrent plus d'une fois aux aranies des catholiques zélés , qu'on appeloit Cabans en Provence et qui j excitoient plusieurs émotions populaires. » En ag^nt de la sorte, les catholiques zélés Caisalent beaucoup plus de tort à la foi que les fanatiques disciples de Luther et de Calvin ^
Nostradamus, resté calme malgré toutes les aocu^ satioBS dont on l'accablait, travaillait avec une nouvelle ardeur, dans son laboratoire situé sous les toits de sa maison. An premier quatrain de la prer
* Voici des pieaVM dêrtirCfaodoxiéâeNoBtfâdàmas : « Il approuiseli les «ïëk-cinonieB dé ll^se Ronoifte» et tenoh )a hj et HM^m. CâtfaMiiique : iiors ds laqaellè SI asteulrok ii*«str8 poiat de «ikpi. El i«preAQit^ieue«i)[jkil oeux qeii, .filtres dp4eind*ic6Ue» ae laissoyent apasterel abruuer de la douceur et liberté des doctrines estraogeres et damuables r alfermanl que la fin leur en serait mauuaise et pernicieuse. le ne toux oublier à aire qu'il s^^exerçoit Tolontiers en ieusnes, oraisons, •ttsmones, à la patience : abhorrissoit le vice, et le chastioit séuerement, voire me souuient que donnant aux panures (enuers lesquels n estolt fort libéral et charitable) il auoit ce mot en bouche ordinairement, tiré de TEscritureSaincte : Palctes-tous
nOSTHADÂMUS*
Étant assfs de nuict secrèle ébide,
Senr repoM snr la mile d*airaiii, '
Fhmbe exiguë sortant de-foUlUde
Fait eipérar <pien'a*à CMtr« w^o.
Ce quatrain peut être exptîqaë de ^a manière saiyante : « Étant assis seol pendant ta nnit dans mon laboratoire, je m'appuyais sur le trépied d'airam ( seUcy en provençal, signifie siège ou table bt, trois pieds) ; l'aurore venait quelquefois éclairer ma so» lîtude. Cest là que k science des astres me faisait apprendre dans TaTenir des éirénemens qui se réaliseront en tous points. » — Tt n'est pas, comme on fe voit, très-facile de lire, de comprendre et d'expli- ' quer les quatrains de Nostradamus.
Tontes ses préActions étaient faites la nuit, ainsi qu'il le dit dans son Epitre à Henri TI : « Voyant
desaitiis, des richesses d*iniqaîU. » (tMpréti/iière fhee du Jàrmlr/Vonpoit, par Cha Vigny, page 6.)
U croyait aude^Éie dé la pr^vi^enee : n-GottoydéMnt fea adveptures (é?ëDeniens) de Thamaîû;... le tout est lëgi et. g«^ berné par la poitsamse de JHeu. » ( JPpilrfl àm^ fit C4$ar*)
jUk avait UDe. g;r4iidQ liumiUlé ; u Suis pe^«iiur |^Iu9l grand que nul de ce monde, subiect à toutes humaines afflictions.» (fd.)
La foi catholique était sa règlç, même dans ses calculs astronomiques : « Protestant deuant Dieu et ses saincts, que ie ne préçens de mettre rien quelconque par esoriten la présente epiMM, qai aoit oontre ki vraye foy ealholk|ue, conféMiit les oakulalionf astronomiquia. » {Bpitrê à B$nri XI.)
nOSTEADAMUS.
Tostre sj^endeor Royalle aocompagoée d'v parable hamanite, ay pris mon addrease, non comme anx roj8 de Perse ^ qu'il n*estoit nullement permis d'aller à eux^ ni moins s'en approcher. Mais à un très prudent et tres-sage prince i'ai consacré mes nocturnes et prophéiUpâes supputations. •
Nostradanius, connaissant parfaitement la tendance des esprits de son époque, prévoyait bien que la publication de semblables prophéties soulèverait contre lui le peuple des campagnes et des villes. Il savait aussi que ses confrères, jaloux et envieux de sa gloire et de son nom, ne manqueraient pas de lui faire un crime de s'adonner à l'astrologie et de prédire l'avenir. Il resta long-temps sans oser publier le fruit de, ses veilles. Il écrivit plusieurs fois en prose et en vers ses prédictions; il leur donna un style de plus en plus énigmatiqne, afin que le vulgaire ne comprit point sa pensée. « Il fit ses Centuries, dit le JanusfnmçoiSf lesquelles il garda long temps sans les vouloir publier, estimant que la nouuelleté de la matière iailliroit luy susciter infinies detractions, calomnies et morsures plus que venimeuses, ainsi qu'il advint. »
Enfin le premier mars de l'an i555, il mit au jour ses Centuries dédiées à son jeune fils César Nostradamus. Celui-ci dans sa curieuse et excellente Histoire de Pro^ncef à la page 776, parle ainsi de la dédicace qui lui fut faite par son père : « Il arrive l'an d'après (c'est-À-dire en i555) que Michel de Nostredame me dédie estant dans le bers (berceau) , et met au
MOSTRADAMUS.
îonr les Centuries qui, le rendant immortel, me feront sniyre le chemin de verta qoe lui avoient fraye ses pères*. » Le même historien porte sur lès Centaries de Michel an jugement naïf et impartial que l'on ne trouve dans aucune Apologie, et que nous allons rapporter ici : « Au demeurant, plutost ne sont ces prophéties en congnoissance, quoiqu'en ▼ers obscurs, et d'un style sibyllin (car il ne faut que telles choses soyent vulgaifement profanées), que le bruit de son nom voUe et se faict voir par tout avec beaucoup plus d'admiration qu'il ne m'est séant de l'écrire». »
Bans TEpHredédicatoire, que Ton comprend diifi-. cilement, Nostradamus dit à son fils, on plutôt il prétend lui dire comment il fut porté k la connaissance des choses futures. «Ton tard aduenement, César Nostradame mon filz, m'a faict mettre mon long temps par continuelles vigilations nocturnes , etc. » Ce n'est pas très-clair, comme on voit ; mais ce qui lui fit le plus, de tort, c'est qu'il osa, dans cette épttre, émettre cette pensée : que les calculs seuls ne suffisent pas pour prédire l'ayenir ; qu'il faut encore être inspiré, et posséder ce don surnaturel et, prophétique que la Providence accorde seylement à qnelqiyes êtres privilégiés.
y L'hiitoir$ et cronique dé Pnmenee, de César Noatradamus, page 776.
*/d«m, page 776.
NOSTR^DAMUS.
Que l'on conteste à Nostradamas les prélendos secrets qu'il disait recevoir d'one paissance oçcalte, tout le inonde en a le droit, quoique cependant nous Yoyions aujourd'hui des phénomènes extraordinaires produits par le somnambulisme naturel et le magnétisme. Mais ce que nous ne pouvons certes pa& nier, ce sont ses prophéties écrites au milieu du seÎKième siècle et qui se sont réalisées depuis cette époque jusqu'à nos jours. Qu'il se soit servi de l'astrologie naturelle ou. de l'astrologie judiciaire ; qu'il ait été somnambule ou illuminé; cela ne nous regarde en rien , pourvu que toutes ses prophéties se réalisent ( ou au moins dix-neuf snr vingt) y voilà ce que les esprits sensés lui demandent : quant aux moyens employés par lui, nonsn'avoiis pas besoin de les savoir ^
* Nous joe pouvons mieux lura ooDii«HrelfoitnBflaiBiii,iia>b ci^Bt ses pro|Nres paroles touduuit Tesprît prophétH^Hc^
H Tout est régi etgubemé par la puissance de Dieu, nous inspirant ne par bacchante foreur, ne par lymphatique mouuement, mais par astronomiques assertions. Combien que plusieurs fois i*aje prcdict long temps uaparauant ce que depuis est aduenu et en particulières régions, attribuant le tout estre laict par la vertu et inspiration dinine.... » {Epitre à mon fUi César,)
« Quant à nous qui sommes humains ne pouuons rien de nostre naturelle congnoissance, et inclination d*engin coognoistre des secretz de Dieu le Créateur. {Epitre à César.)
«Tout procedoit (en fait de vaticinations) de la puissance di«
ÏIOSTRADAMU8. / fl
Dans sa lettre à Henri II , et dont nous parlerons pbu amplement au chapitre de 9es Centuries^ Mositradamas avone s/iyoir an i^oste à queEe ëpoqne se passeront les ^vénemens qp'il prédît, nuiis qp'ii a craint d'exprimer nettement sa pensée afin de ne point déplaire à un. gcand noml^ de gens. Noos verrons dans les chapitres sairans qne Nostradamnii ne se trompait pas. Eq attenda^^, la^s» sons parler notre auteur et conservons-lui son originalité primitive : « Sire , par ce discours ie i^ets presque confusément ces prédictions, et quand ce pourra estre, est Taduenement d'iceulx, pour le dénombrement du temps qui s'ensuit, lequel, tant par voye astronomique , que par aultre , qiie si ie vour
uiae du gnmd Bieu éternel de qui toute bonté prpeede. (f^'flrs à Cé$ar.)
ff Tapem fiidleoient comprendre que leseiiosetqilidoUraeBl aduenirse peuaent prophétîcerperlefl nocturnes et célestes lumières, que sont naturelles, et par Tesprit de prophétie : non que ie me Teuille attribuer nomination ni effect prophétique, mais par rénélée inspiration, comme homme moifteleslolgaénon moins de sens au ciel, que des pieds en terre, sois pécheur plus grand que nul de ce monde , subjeet à toutes humai' nés afflictions. » (fdem.)
Il déclare que cr le tout (de ses prophéties) vient de Dieu, n et qu'il les a écrites « sans y auoir meslé de la dhiinaUoo que provient à fato : mais à Deo, à natura, et la plus part accompagné du mouuement du cours céleste , tellement que royant comme dans un grand miroûer ardent,... les grands éiiénements
4^ NOSTRADAMirS.
lois a vn chacun qucUrain mettre le dénombrement du tempsy se pourrait faire , mais à tous, ne serait agréable, tie mollis les interpréter, iasqae^ à ce Sîre j que votre maiestë m'aje octroyé ample pai»sance pour ce faire, pour ne donner cause aux ealomniatears de me mordre *. » Cela est assez positif. Mais les esprits forts nous répondront qae si Nostradamus parlait ainsi , c'était par forfanterie et pour se donner de l'importance ; car il n'aurait famab pu fournir de preuves à l'appui de ce qu'il
trifteSy prodigieux y et calamiteuses aduenlqret qui s'appro- €hent,ï}{EpUre à Henri II.)
11 coDdamme les divinations faites par moyens superstitieux.
« Et aussi, mon filz, îe te supplie que iamais tu ne Teuflles emploïer ton entendement à telles resueries et Yanités qui aei- «beat le corps et mettent à perdition Tame , doimant trouble au foyble sens : mesme la Tsnité de la plus que exécrable magie reprouuèe iadis par les sacrées escripturet, e( par les diuins canons : au chef duquel est excepté le iugement de Vastrologie îudicielle : par laquelle et moyennant inspiration et réu^élatioo diuine par contiuuoUes veilles et supputations, auons noK propbéties rédigé par escript. VA combien que celle occiilte philosophie ne fusse réprouuée, n*ay onques voulu présenter leur e(frénéei persui|sions. ( Epitre à César. )
Maintenant que nos lecteurs se prononcent!
*■ Les prophéties de M.Michel M09TRA.DAiivs,r«v6t«Sr ei corrigées sur la coppie imprimée , à Lyon , par Bbt noist Rigaud , 1568. Plus bas on voit un portrait grossièrement gravé sur bois représentant probablement Tauteur du livre. Ensuite on lit la date : 1605. — Cet exemplaire in-8®, relié en veau, se trouve à la Bibliothèque royale, Y. 4,622.
nOSTRADlMUS. 4^
▼enait d'aTancer. Heureusement, Nostradamus , dan» la même lettre à Henri II , et quelques pages plua k»n, répond aussi catégoriquement qu'on peut le faire à cette objection. Note^ bien que cette lettre a été écrite le 27 juin de Tan i558. « Plus grande persécution sera faicteà l'Église Chrestienne que n'a esté faicte en Afrique j et durera ceste-cy iusqnes à Vàk mil skpr cEirs kohakte deux, que ton cuidem esire une renouation de siècle. Après commencera le peuple de se redresser et deschasser quelques obscures ténèbres, receuant quelque peu de leur pristine clarté ; non sans de grandes diuisioas et continuels cfaangemens.^ » ^- Ce passage est encore plus positif que Tautre.
Nous sayons bien que ceux qui font profession de doigter de tout ne Tondront point croire à l'authenticité de ce fait. A ceux-là nous dirons : « Allez à la Bibliothèque Royale, et vous trouverez dans la col* lection des livres rares conservés par notre ami M. Guichard, l'exemplaire que nous venons de citer et qui a été publié en i6o5. -^ Ailes aux Biblio» tbèques publiques de Sainte-Geneviève et de l'Arsenal , et l'on vous montrera cette lettre dans les plus anciennes éditions des Centuries de Nostradamns. Enfin, lises la Biographie de FeUer*, le
^ Les PBOPBÉTiss db M. Michel Nostradamvs, reueuè't 9t cùrrigéet sur la eoppie imprimée à Lyon par Benoist Rigaïud.
' Biographie de Feller (Nostradamus) , tome xii, page 370.
44 «OSTRADAMVS.
Journal historique et littéraire^ et tous Terres qa'an exemplaire 4e TëditioD 4^ C^fUt^tij faite à Lyon par Pierre Rigaud, estx^a^^a^cfOiiHnepceaiciifccle l'année 1792, pendant hait jon^a, p^bli>quemenl <jpposé anx regard» de tous les corieux de Paria» Si maintenant nooa es^nùi^ons . attentif «nenl cette prophétie, nons sommes étonna de U îmtesse des mots employés par Kosjtradain^as. En effet, cttle année ne co^unenç4-t^Ue paa la nitioyA.'Sftfml N'estrce pa^ en^ 1 793, qoe le palais des Tuileries^ î^dis habité par les rois, tomha poor U première kâi entre les mai^s dn peuple? N'est-ce pas en 1793, qu'on monarque (Louis XVI) fut jeté en prison par ses profves sujets ? N'est-ce pas en 1793, qu'on change^ les anciennes oontqmea en décernant le titre de citoyen finançais k Schiller et à tons les philosophes qtn aT^ent défendu dans leurs écrits les principes dé la liberté ? N'est-ce pas en 1792, qu'on égorgea les nobles et les prêtres, ceux-là même qu'on respectait depuis quinse siècles? Enfin, n'est-ce pas en 179a, que la GxiTenlion nationale abolît la royauté, que commença l'ère de la République française, que fui réformé le calendrier, que naquirent les factions de la moniagne et de la plaine^ et que l'affreuse guillotine sortit toute sanglante do ceryeau de Guiflotin ? On ne peut le nier ; c'était bien là une rénovation de siècle!....
» Journal historiqw et JiWrairf ,1" février 1792, p. 233.
Le pnMpûer reooeii àes GeniotttB eut on succès eiJraordîèak-e; Ghacnrt TOttiKit le lire et (shàenn te lut ; maïs il ne f«t compris qtte fw un très-petit nombre de fecCenrs* Comme on doit liien le penseur, lesfisileiinnenianqQèrent pas an prophète. Aussi «ie teos les cams de la Prorenee, de txMrtes les iriUes fieançalses, et même de l'ètratoger, on accûorat à Salon, ponr demander à Nostradamns des renseignewwii» snr t'arewir. « Ge seroH diose proTixe, dit Aîibède Oftiavigny dans son Jatius français^ si ié vonlûis \cj dddoit^ combien Ae ^ns doctes, grands •eif|Bean etsmtres at*rinoyentàlo7 de toUtes parts et irëgioDS, comiMë à vn oracle : et cis que saint Hierosmé diaoît de Tile Liae, te le puis «affermer de oestttj^qve venansen la'FVance ne cerchoient aoltre poor TOtr. »
Les noUes et le peuple, les èiprlts ïoirls et ïèi satàns, les raUlenrs et les croyans, tont Te 'monde 'te donna rendef-roos chez l'ex-professenr de Montpellîer. Gelûi^i, qui aimait fort pen ces dèmon^i^àfions excitées par Tinsatialble cariositë humaine, ne répondait soutent pas, on s^ le faisait c'était en termes si amlHgns, si obscurs^ que la plupart des iiiterroi;ateur8 ne comprenaient ^amaîs rien.
On n'en resta pas là : après la curiosité Indivïdnèlte des habîtâns des villes, vint la curiosité nttlhiB égoïste des habitans des campagnes. Les laboureurs, les jardiniers, les ménagères allèrent consaAter Nostradanras, le âevin^ le prophète, thomme de Dieuj comme la |[>Itlpart se plaisaient à le désigner.
f6 nOSTRADAMVS.
Les uns lai demandaient si l'année serait playieuse ; les antres si le printemps serait beao, si l'on aorait beaucoup d'orages, et une foule d'autres choses trèspeu intéressantes. Nostradamus, pour se débarrasser de ces visiteurs importuns, composa un petit livre de prédictions sous le titre A^Almanaek de Nostra" damus , qui servit d'introducteur à l'étemel AlmO' nach de LiéQe.
Ce petit Almanach fit an bout de quelques années le plus grand tort à son auteur. Voici pourquoi : Les imprimeurs , voyant l'immense succès de cet opuscule 9 en composèrent eux-mêmes de nouveaux dans esqnels ils introduisirent de fausses prédictions. Ces almanachs, publiés sous le nom de notre astrologue, se vendirent aussi très-bien ; mais les prédictions qu'ils contenaient ne se réalisèrent jamais. De là les épithètes de faux prophète, de visionnaire et de charlatan qu'on prodigua aussitôt à Nostradamus. Il désavoua cependant ces coupables contrefaçons; mais on resta sourd et l'on douta de sa science. C'est aViMrs que les philosophes et les médecins commencèrent à attaquer ouvertement, d'après ces éditions contrefaites, le prophète et les prophéties.
On a cru pendant longtemps, et certaines personnes croient encore aujourd'hui, que Michel Nostradamus est l'inventeur des Âlmanachs. Cette erreur est pardonnable, car jusqu'à ce jour lessavans n'ont point daigné s'occuper de ces charmans petits ouvrages si curieux, si naïfs, si originaux et qui jetèrent dans les masses, api-ès la découverte de l'imprimerie^ le
IfOSTAADAMDS. 4?
désir de s'instruire et de connaitre les phénomènes e&traordiïiaires de la terre et da ciel.
Bien avant Nostradamas, il existait des almanaehs désignés sons les uomsd'EphérnérideSjùe Kalendrier^ d Annuaire j de Compost des Bergiers et de Prognos^ Hcations, Ils étaient rédigés par des astrologœs et des médecins qni prédisaient, poar ohaqoe année les ohangemens de température, les événemens politiques, l'apparition des comètes; et signalaient les précautions hygiéniques à prendre suivant les phases de la lune , les conjonctions sidérales ; en ayant le mn d'introduire au milieu de cette science astrologique et de ces conseils médicaux, des enseignemens religieux, des proverbes et des moralités.
En Europe, du VIII' au XV» siècle, les calendriers ne contenaient simplement que des indications sommaires sur les phases du soleil et de la lune, les jours fériés de Tannée et le mouvement des planètes. Ils étaient ordinairement sur une seule feuille et ressemblaient asses à nos almanaehs de cabinet. La Bibliothèque Royale possède un fragment d'un calendrier imprimé en 14^79 et découvert en 1804» dans les archives de la ville de Mayence, par le savant bibliopraphe Fischer. Ce fragment précieux tout à la fois, et pour l'histoire des almanaehs et pour celle des orig^es de rimprimerie, ne se trouve point encore décrit. Irions sommes heureux de le faire connaitre à nos lecteurs d*après les notes qui nous ont été données par M. Guichard de la Bibliothèque Royale.
48 IfOSTRADAMUS.
Ce fragment appartenait rraîsemblablement à an feaillet de format in-folio. Il est impriittë •d'un aeal Mé et ooniient les six premiers mois 4e l'année : janvier, f^Trier, mars, aTril,mai, JTitn et le e«iiiiiiieneement de juillet ; les antres mots man- 4SpieDt;noas rapportons j^os bas le passage latin qui a rapport à janvier a6n de donner one idée très-exacte de cet ancien «Ananaoh ^ Ao verso «e trouve une noté maèvsortte en latin dont voieil» tradnotion : « Registre de l'Bgtiae de Saînl^OadgetCT à Majrenœ, tenn etmtsen ordreponr l'année 67 «(1457!) parJeh^nKessjVÎcairedelasainteEglisisdaSefgnenr.» An deasoas de cette note se tronve en chifft>es arAbea écrits à la main : tfSy, i45B. fin'tftte du Gafttardfie^ en voit imprimée la date suivante en chiffres romaîM. Iir jncHo noiinri ivccocLVtt. — Ain^ Tàutiken^ ticité de cet ancien fragment ne peut-4tre Mi^ <en doole.
Fischer ttpfféHè t;e calendrier « le premier monument tjrpograptnqoe en caractères mobiles avec date connu jusque ce jour. » Il est certain qu'il fbt imprimé à Mayanée, « qu'il parut apr^ lés LeUres étindalgènces de 14^4 et de 1455, et avant 1è PscauHer de 1457, c'est^niire pendant Ilmpré^^
• jANUÂkiuB.'— OppoÈicioferiateeunda pon et)ihrdi h&i^a i%pç9t meridiéin, Ineen$io in dS9 eotit^ffiofilf patUi hûirù 'V poitmÊTidiêm, Mimeiûm$ fériû iMiméa #f •tewteiposc.e^rmmàiâMis déraèi». laautwa nimenéa ix, xxi, w^iWa^^m^ XXVII os iHCMimo nono dit hujtu men$i$.
EI08TRADAMVS. 49
tton de la fameuse Bible^ sans date ; car ce calendrier étant ponr Vannée i/i5j ila dû être nécessairement composé en i456. — Les caractères de ce fragment sont gothiques, d'une forme asses grosse, mais très-diiférens de cenx de la Bible sans date, et da CaihoHcon,
Si notre intention était de vons faire l'histoire des almanachs, nous tous parlerions en détail de t Annuaire latin de i46o*; de t Annuaire alle^ mand de 1470, découvert par Steigenberger*; des anciennes Epliémétides de la Bibliothèque royale ', manuscrites depuis i45o jusqu'à 14B0, et imprimées depuis 14B1 jusqu'à 1 490; du curieux^niuioire publié en i4^3 par Pierre Drach *; d'un autre Annuaire allemand de i4^ ^> ^^ Kalendrier des Bergiers de 1488 ^ ; du rare Kalendrier publié par Verard ( 149^)9 et dont la Bibliothèque n^ate possède un magnifique eiemplaire imprimé sur vélin''; des Composts des
« Fischer, Besehreib. typograph. Selisnhêit. N® 99.
* Hiêoriseh'litUrarischer Versueh non EnUtêhung und 4ufnahtM der Kurfiirêtiieken Bibliotheck in Munêhen, p. 44-46.
* Biblioth. Roj. V. nO 1314» iD-4o.
^ Fischer, Besehreib. typo^aph, etc., vP 60 p. 129*
* Fi8cher,loc. cit.,Do 104.
* Brunet, Jtfaniiel cb» Libraire. T< 1. p. 349.
^ Voici la courte description qu*en donne le savant Van Praet dans sou Catalogue des livres imprimés sur vélis^ Tom. li (Sciences et Arts), p. 75. — Edition en ancienne bâtarde, sans
00 KOSTBADAMtJS,
Bergiers de 1629 et de iSfi, consert^s precleodement à la même bibliothèque '; da CisiO'Janusyskmfk'' ôacb barbare rëformié aucomméncement d«i seittéme eièclepar Mélànchton ; âtsEphéméndes de Vair d'An* toiné Mizand, imprimées en i547*; du Calendrier perpétuel ôe i58i composé par « le èélèbre ma»tre d^ëcoIedeLaon » comme l'appelle da Verdier ; eten-
chifires ni réclames, avec signatures et figures en boîs, à longues lignes, au nombre de 40 on 41 sur tes pages entières. Ce calendrier est mêle de prose et do vers. Dans Texemplaire sur rélin de Ift BibUothèque du Roi, on a efPaeé la souscription, qui doit contenir le date et le nom de l'Imprimeur ou du lilraire, et on ■ peint, k la place qu'elle occupait, le monogramme dé Verard, apporté par deux coqs. Ce bel eiemplaire est enricbi d)wi frand nombre d'iniUales peintes en or et' en coideur, de bor> dnrcs et de 6i miniatures. Il sort de la bibliothèque de Blois dont rinVentaire Tannonce ainsi : Ung auUrB Hure en parchemin couuert de velours violet,imprimé et intitulé le Kalendrier des Bergiers,
' Bibliotb. Roy . V. 262. 2. — 2«3l. 3. —Le titrede ces anciens aliaaoaclis gothiques est ainsi conçu :£e grant Kkandrier et Compùst des Bergiers auecq lexir astrologie. Et phusieurs aultres choses.
• Les EpHÉMéRîDBS peBVÂTiTBLLEs^ DE t'Aitt, autrènUM tattrologie des Rustiques donnant vn ehaenn tour par signes très familiers, waye et asseurée connoissanee ée tout ehangemens de temps en quelques pays et contrées qu'on sois — Paris. 1447 et 1554. in-lO* — La Bibliothèque Françoise de La Croix du Maine et de du Verdier donne des renselgnemcns sur cet intéressant ouvrage. T. ni, p. 109.
^OSTfiADAMVS. Ol
ftD, de V Usage et pratique des coinmum alntaïutchzt par Qnmce Fînëe, le prëdeoessenr de Nostradamu* dans cette carrière *. Noos ne so^s parlerons donc point en détail de ees carieux ooTrages, — pardon do mol curieux que nous employons ai $onvent » mais ooflunent nous servir d'one antre, eipr^ssîon^uisqne Bons ne cîtoni qne des corioeîtés? «r* aHen^o qœ cela nons entraînerait trop loin» et qne ce serait pent-étre noos écarter de notre sujet Npns noosi en tiendrons anx simples titres de c«s anciens ceUmdrietfs, ca ajoiitaBl cependant qn'à force de reoher* cbes noDS avons >troavë« dans un petit paquei de viens livres de la Bibliothèque royale, an des fa» almanadfia de Nostradamns, dent noos avons parié plnahamt. L'aoteor^ooplatôtleoontrefactear^ s'appelait Crispin Ârchidamns» Sachant qne le nom de Nostradamos était en grande vogue, il a ^ntriefait
^ Les Cernons et doewnsns fris-amplss teuehani Vusags st ffraeipÊéfdês oomrnuhsiOmanaehs, que Vmi nommé Epkémàrides, — Briéfos et isagogigue introduction sur lajudieiairs astroHogie : pour seauoir prognoêtiqusr des choses adoenir par te moyen dee diètes Ephémérides emee vi» treUcté cPoicabice mmusHemeni adjousté^ touchant Us conionctions su ehaeesm des douée signes, et dateur prognosHeaiions es r^ «Mlufisn dee mméee. Le foui fidèlement eS tris elèremenS rédigé en langsdge frangais par Orovcb Fiiii,^insar, nttliëmalitieD du Roy, en ruaiutnité ém P«ri». ^ Pukh àe riaqwimerie de Rsgitead Gtendlért. 16dl. (UMiolk. Boy
5^ KOSTBADAMVC.
non fleolemeiitralmanach^ mais encore le nom de oeloi-ci.Dans ietitcedesesPrognosticationsfoar iSyi, il signe Crispin dit Nosùndamtis. Le très^rare exémplaire-de cet aimanach* est de format in- ta, de 3o pages d'impression ^ et enrichi de ilearons, de ▼ignettesyde lettres fooaffanes, trèfr*-naïTes , trés-origîoales et grossièrement gravées.. On voit en le lisant qne ce Crispin, dans ses prëdictions, a vo«lu imiter les quatrains de i'astrologoe célèbre dont il avait nsnrpë le nom.
Revenons maintenait à botre nonveaa prophète.
La guerre entre les partisans et les détracteurs de Nostradamus ne tarda pas k s'engager. Les faux astronomes, jaloux du mérite de Michel, protestèrent oontre ses calculs. Les médecins, qui lui en voulaient, blâmèrent avec ignorance, et sans donner aacunç preuve, l'astrologie et ses partisans. Les philosophes sceptiques s'élevèrent non -seulement contre Nostradamus , mais encore ils se mirent à railler les prophéties sorties de sa plume. Les poètes — chose «ssez extraordinaire ! — entrèrent dans la querelle,
* PrognoêtiecaUm atiec se$ préiogeâ pour Van MDLXXI, à&fnpo$ée et ealculée pour tous les neufs elinuUs de la terre p» U. AifTOinB Crispin dict Nostradamus, de Hàrteille tn Prouence, docteur mathématicien^ vulietde tkamkfê or* dinaire du Bo^ et médecin ordinaire de Monseigneur le Comté de Tonde, amiral du Leuant. -— Puis; Robert Go- Jombei, t«nâii( sa boutique rue Saint- Jehan de-Latran, près le coUége de Cambray (BiblioCh. Roy. V. 2357, en paquet. )
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et /odeHe ; Taiiteiic de Giéopatm captive et de Didon se sacrifiant y se dërasgea des€« tragédies et de ses comëdîes (qu'il aurait pn «oigncr dcrantage, s'il n'arait ^Ofolixi embrasser, tant de choses à la fois), et fit ua distique latialrès-gojtrèsHpëchaDt, trèsspirituel, qui eut un immense succès ; le voici :
Nostm damQs cum fiU«q damna, n«m &llere npatrom est; Çum fiilaa damus^ nil nbi nostra damus •.
Il tai fort difficile de traduire ce distique qui repose en entier sur le {eu de mot damus nostra (nous donnons notre bien) ; cependant nous allons essfiyer,^ non pas de dopneT; une tf*adficiion exacte, maiis de faire seulep^ent co9)prendre le seqs dç ces dei^x yers. C'est Nostradamus qui parle :
« Nous donnons ce qi^i nous appartient, quand nous donnons des çboses fausses : car il est danj^ notre essence de tromper ; et lorsque nous donnons des choses fausses, nous nefaison^ qu^ nions Aont^x, on nous ne donnons que ( Nostradamus ) notre biei\9 »
Sans contredit ce distique est fort joli ; et nous pensons que si le poète Jodelle en avait beaucoup produit de semblables, ses Mélanges poétiques Sferaient plus recherchés qu'ils ne le sont.
< Certains aulears attribuent ce distique h TbéodoGe de Bell^. d'oqtree à Carolus Ulberonius. Ainsi Vauteur dn plus spirituel di«ti<tue contre Noitradamue n est pas connu.
54 N08TBAD111VS»
>Lèf amb de NostradamiiSy qaoiqu'adnîrant œ distique de Jodelle^ répondirent par ceiai-ci qni nemanqmepas d'on certain esprit.
Yera damus cùm Terba damas qam Ifoitradàmui dât; ' Sed cùm Bostra damvf, nfl aial Mka damas,
Que nous traduirons de la manière suivante :
« Nous disons vrai (ce sont les adversaires qui parlent) lorsque nous donnons les paroles de Nostradamns ; mais lorsque nous donnons les nôtres» ce ne sont plus que des mensonges. »
Des poètes flatteursi comme il s'en trouve & toutes les époques, envoyèrent des vers à Nostradamus, et même à ses éditeurs. Un de ces derniers , enchanté, non de la facture d'un distique qu'il avait reçu, mais du bien que ces deux vers pouvaient faire à l'ouvrage édité par lui , s'ils étaient placés en tète des Centuries , les pulbtia dans l'édition d'Amsterdam de 1668. Voici comment ils étaient conçus :
Yera Ipquor; nec fiilsa loquor; sed munerecœli Qui loquitur Deus est non ego Nostradaipus.
En tète de la Concordance de Goynaud, ils furent traduits de celte façon par un auteur inconnu :
Dieu se sert ici de ma boaclie Pour t'annonoerla Térité.
Si ma prédiction te toucfao Rends çrftce k sa dWinité.
ÏTOSTAABAMVS. OJl
On pouvait traduire le dlstiq[ue latio de l'édUion d'Amsterdam dans un style plus élégant, et écrire un peu plus correctement le dernier vers. Maïs cette traduction est peut-être Tœuvred'uii Ubraîre?...
Si Nostradamus souleva contre lui un ri grand nombre de critiques , de jaloux et d*en vieux , \\ eut aussi le bonheur de s'attacher des hommes de sens, de cœur, d'intelligence et de raison, qui le défendirent si bien qu'ils imposèrent silence à la calomnie, ^ mirent en grand honneur son nom à la cour de France. Les gens raisonnables, dit l'auteur anonyme du Testament y regardèrent Nostradamus comme un de ces hommes privilégiés que la Providence fait paroitre de temps en temps pour avertit les humains de ce qui leur doit arriver *. »
Henri II et son épouse Catherine de Médicis, ayant entendu parler très-avantageusement de la science médicale et des connaissances astrologiques du célèbre médecin deSalon,écrivirent à Claude de Savoie,comte de Tende, gouverneur de Provence, pour le prier dç décider lui-même Nostradamus à venir à la cour. Le comte de Tende se tira avec avantage de cette honorable mission; et le 1 4 juillet i556,te nouveau prophète quittait Salon pour se rendre à Paris. Le i5 du mois d'août i\ arriva dans cette ville pendant qu'on y célébrait la fête de Notre Dame. IL descendit dans le
* le T$êigmeiU de iVoffrodamtif , page 42.
56 HOSTRADAMVS.
premier hôtel qo'îl rencontra, et, par an rapprochement-assez singolier , cet hôtel était celai de Saint- Michel, — Michel Nostradamas, oa de Notre-Dame, ne poavait arriver à Paris soas de plas favorables aaspices !
Il fat très-bien reçu à la cour , et comblé de présens par Henri II et par Catherine. Voici, aa sujet de ce voyage, ce que nous apprend le fib de Nostradamus dans son Histoire de Provence. Ce renseignement est d'antant plus aothentiqae et précieux, qu'il nous vient d'un desdescendans de cet astrologue: «Par cjuoy au commandement djs sa I^aiesté que le gouverneur qui l'aimoitet Testimoit lai cpmpaniqupyil s'appresteetpart desa maison au cinquante trois de sa vie, le i4 de iuiiiet, et se rend aux murs de Paris le ^5 da mois d'août, iouf de l'Assomption Nostre Dame ; luy qui en portpit )e nom, allant descendre à l'enseigne de Saînct Michel pour rendre l'auspice heureux eptièrement accompli. Monsieur le copnesiable qui en a vent, par une excellente favfBur, le va prendre â^son logis et le présente au roy qui commande de le (oger chez le cardinal de Sens« Là, la goattç qpi le surprend le détient dix ou douze (ours, pendant lesquels sa Maiestc luy envoyé cent écus d'or dans une bourse de velours, et la royne presque autant ; au moïea de quoy il n'est plastôt hors de ces violentes douleurs, que par l'exprès commandement du roy, il prend chemin de Blois, pour voir les enfans de France : ce qu'il fit trés-heureuscment. Qaant aux honneurs, ^espouilles rojales, ioyaulx et magnifiques présens
MOSTAAOAMUS. Ij'j
qu'il reoeoal de leors maiestes, des princes, et plus «{rands de la oonr, i'aime mieux les laisser au bout de ma plume^ que de les dire ^)i
On a beaucoup plaisante sur Thoroscope que Nostradamus tira aux îeunes princes à Blois. Le fait est que notre astrologue, dans cette circonstance, déploya des talens diplomatiques dignes d'un premier ministre de ce temps-là. Il ne parla pas des dangers que les jeunes princes dcTaient courir et que nul ne pouvait empêcher; cependant il les connais* sait bien, puisqu'il les a annoncés dans ses quatrains. Interrogé par Henri II et Catherine il ^e renferma dans des généralités qui ne pouvaient le compromettre, ni lui ni sa science , et se contenta de répondre que les trois princes, leurs fils, monteraient sur le trône. Cette prédiction s'est, en effet, accomplie.
C'est à la suite de ce vojage qu'il publia en i558 une nouvelle édition de ses Centuries^ augmentée de plusieurs quatrains, et précédée d'upe Lettre adressée à Henri II, que nous rapporterons en entier dans le chapitre troisième : attendu qu'elle contient des prophéties extraordinaires sur les événemens des trois derniers siècles et sur ceux de l'avenir.
La mort du roi régnant, arrivée en iSSg, donna un nouveau prix aux Centuries de Nostradamus. Les courtisans qui connaissaient parfaitement les quatrains du médecin de Salon, virent cette mort fn-
» F;/itsloiro et cAramgu* de Provence, paco 776.
5B «OSXftABAMVtf.
aesté muKmcée dès t'ua i^5 ^ans le trente-cînquième qttstrain de la ^emière rdntorie, ainsi conçu :
Le lion jevne lé vieu smioMera,
Eu champ belliqiie par aioguliar duelle .
Dans cage d'or les jeux lui creuem
Deux playes vne, puis mourir, mort cruelle.
Voici l'explication de ce quatrain , précède de renseignemens historiques sur le tournois de la rue Saint-Antoine. — Henri II , voulant honorer les noces d'Elisabeth de France, sa iiUe, fit publier à son de trompe, dans les rues de la capitale, qu'il y aurait un tournois, le premier juillet i55q, donné près de la Bastille Saint-Antoine. Le roi s'y rendit, et y rompit des lances une partie de la journée.^ Comme le soleil commençait à disparaître , le duc de Savoie pria Henri de ne plus combattre ; mais celui-ci , sans tenir compte de ces sages observations, fit venir le comte de Montgommery , et la força de lutter avec li:^. Le jeune capitaine, après s'être excusé plusieurs fois, courut enfin sur le roi, et lui porta un si rude coup à la télé , que le tronçon de sa lance se brisa. Henri II venait d'être frappé à la gorge. Le tronçon était entré en se rompant dans la cavité de l'œil droit. Le roi souflnt cruellement pendant dix jours, ainsi que Nostradamus l'avait prédit: Deux playes vne, puis mourir^ mort cruelle, — Le lion vieux , c'est Henri II et
le iion jeune le comte de Montgommery ; ce dernier surmonta bien Taûlre, puisqu'il le tna. L'expresskm en champ btUique est trés^joste y car ils combat'*' talent l'un contre l'autre.*^ Par singulier dueUe est encore pins extraordinaire, puisque les tournois servaient aux combats singuliers et aux dueb judiciaires. Dans cage éC or les yeux lui creuerUy s'est aussi parfaitement réalisé : Montgommery creTa les yeux du roi en traversant son casque qui était doré '• Sans contredit, cette prophétie est fort curieuse; mais elle faillit faire brûler son auteur. Les ennemis de NostradamuS; ne pouvant le décrier ou le perdre d'une autre manière , faisaient courir le bruit qu'il était magicien , sorcier et possédé du
I Nostradamus n est point le seul qui ait prédit la mort de Henri II. La princesse de Cléves parle d*un astrologue nomme Luc Gauric, qui annonça aussi le même événement, o Un jour, ditrcUe, le roi étant chez la reine à Theure du cercle, on parla des horoscopes et des prédictions. Les opinions étoienl partagées sur la croyance qu*on y devoit donner. La reine y ajot»' toit beaucoup de foi. Elle soutint qu après tant de choses qui avoient été prédites et que Ton avoit vu arriver, on ne pouvoit douter qu'il n*y eût quelque certitude dans cette science. D'autres soutenoient que, parmi ce oombre infini de prédictions, le peu qui se trouvoit Téritable iaisoit bien voir que ce n'étoii qu*nn eflet du hasard. J'ai eo autrefois beaucoup de curiosité pour l'avenir, dit Je roi ; mais on m'a dit tant de choses fausses el si peu vraisemblables, que je suis demeuré convaincu que Ton ne peut rien savoir de véritable. Il y a quelques années qu'il
Go NOSTAAOAMUS.
diable. Ces bruits, beureiuemeot ou malbenrense* meut pour noire prophète» ne purent s'accréditer que dans les faubourgs. Tandis que la populace brûlait en effigie le docteur Nostradamus y le duc et la ducbesse de Savoie se détournaient de leur route jpour accourir k Salon , rendre hommage au génie du {célèbre astrologue de cette ville, — Et cependant «ce fut pour le peuple que Nostradamus se dévoua eu |546 et cq i547, à Âixet à Ljon !
Tiot ici un homme d'une grande réputation dans Vastrologie; tout le monde I*alla voir; j*y allai comme les autres; mais ce flit sans lui dire qui j'étois. Je menai seulement avec moi MM. de Guise et d*£8cars ; je les 6s passer les premiem : Ta» trologue néanmoins s^adressa d'abord à moi, comme s*il m*efti Ju(^ le maître des autres. H îm prédit que je êeroit tué en duel. Il dit ensuite à M. de Guise qvL*i\ seroit tué par derrière et k d*Esears , <^u*il auroit la tête cassée d*un coup de pied de cheval. M. de Guise s'offensa quasi de cette prédiction, comme si on l'eût accusé de devoir fuir. D'Escars ne fut guère plus satisfait de trourer qu'il devoit fioir par un accident si malheureux. Enfin, nous sortîmes tous bien mal contens de l'astrologue. Je ne sçai ce qui arrirera à M. de Chiise et à d'Escars, ajouta le roi; mais il n'y a guère d'apparence que je sois tué en durl. Nous Tenons de faire la paix, le roi d'Espagne et moi, et quand nous ne l'aurions pas laite, je doute que nous nous battions, et que je le lasse appeler , comme le roi mon père fit appeler Charles-Quint. »
Cette anecdote intéressante n*a été rapportée nulle part; elle se trouve dans la C^ncprclancs de Guyn^ud, pages 88, et fcttÎTantes.
N0STRADAMU5. 6l
Toates ces calomnies n*empéclièrent pas les grands de la cour et les gouYerneart des proTÎnces de Tenir consolter Nostradamus» On arrÎTait tonjours chei lui le sourire à la bouche; mais quand on s'en retournait, on n'ayait guère envie de rire : notre astrologue savait mettre les rieurs à leur place, en leur disant de ces vérités que tout le inonde n'aime pas à entendre. Si on lui demandait avec autorité des renseigneraeos sur l'avenir , il ne répondait pas ; si l'on s'adoucissait^ il parlait alors , mais d'une manière si obscure, si parabolique, que la plupart des curieux ne comprenait rien.
Quand les interrogateurs lui convenaient, il se faisait un véritable plaisir de répondre intelligiblement. Ainsi , madame de Lesdignières l'ayant consulté sur l'avenir de son fils , il lui dit, en termes clairs, que ce jeune homme deviendrait l'un de» premiers du royaume. — Et ce descendant des Lesdignières fat fait connétable ! Tronc de Gondonlet, riche bourgeois de Salon, qui fut intimement lié avec Nostradamus, nous raconte un fait dont il fut témoin. Un soir, diWil, Michel, ayant vu le prince de Béarn, qui était encore enfant , dit à ceux qui en prenaient soin: « Ce jeune prince montera sur le trône de France, et le titre de grand sera ajouté à son nom. » Les gouverneurs du jeune Béarnais se mirent à rire et ne voulurent pas croire à la prédiction de Nostradamus. Ce Béarnais devint, comme chacun le sait, roi de France, sous
(ji KOSIAADAUUS.
le nom d'Henri IV, oa, ce qui concorde mleas ayec
la prophétie , soas celui d'Henri le Gmndl
Une autre fois, Nostradamus^ ayant aperça un
jeune cordelier, nomaié Félix Peretli , le salua en
mettant un genou en terre; ceux qui aoeompa*»
paient le moine, surpris de cette déférence, en
demandèrent la raison. -^ « Parce que, leur vépon*
dit Tastrologue, je dois me. soumettre et ployer le
genou devant Sa Sainteté. > Les antres cordeliers
banasèrent les épaules el traitàcent le prpptiète de
Ion, de visionnaire* L'avenir, heureusement, ren»
dit justice À Hostradamus; car ce oordelier devint
pape ett i585, sons le nom de Sixte-Quint ! Ce qui
rend la prophétie vraiment extraordinaire, c'est
qu'en i555, la venue de ce prélat était annoncée
dans les deux premiers vers dn vingt-huitième
quatrain de la troisième Centurie.
De terre foihle et panure parentelle
Par bout et paix paruiendra àTEmpire.
On sait qne Stxte-Qnînt naquit, dans nntrès^ pawre TÎtl^gede la Marche d'Àncône, deparens peu fortunés; et qu'il fut poréher avant d'entrer dans ha ordres, avant de porter le titre de cardinal àé Montalte, et de s'asseoir sur le trône de saint Pierre.'
En i5649Gharlés IX, visitant la Provence, voulut aller lui-même rendre visite à Nostradamus. Les notaUes de Salon se placèrent aux portes de la ville, ponr recevoir dignement le roi ; mais Charles, pour
!fOSTAAOAMVS, G3
toate réponse aux harangnes ampoulées et aax oompiîmeiia d'mage qnHl était forcé d'entendre, répondit bconiqnenieBt, et sans craindre de blesser la vanité des aâtorîtés de Tendroit : « Je ne sois Tenu en Ph)Tencé que ponr Toir Noslradaims. • Ce dentier, qiri.se trouvait à la suite des magistrats , lui fot anssitM présenté. Le roi, le prenant par la «nain, le fit monter sur le oheyal d'un de ses courtisans, et se promena dans Salon, Nostradamus à ses cotés. « Ce igméieuSt et honorable accueil, observe Taulear anonyme du Testament , combla d'une ai sensible joie cegrand homme, qu'alors lui étant verni en pen^ iée rinjurieux traitement qu'il avait reçu de l|t part du bas*|ieuplô de ce lien, il ne put s'empêcher de pEôterer, assci haut, ce reproche contre sa patrie ingrate : O ingntta paUia / * »
En quittant la Provence, le rot lut donna dcua eents éom d'or, et le nomma médecin ordinaire et eonaeiller de sa personne. La reine-mère, Gathe» rine de Médids, ajouta à ce présent deos: oents autres écus d'or, en récompense de sa double soîenee d'astrologue et de médecin.
Le peuple, si mobile dans ses {ugemens, changea tout à coup d'opinion , comme si la présence seule de €harles IX et de Catherine avait eu la puissance de rendre plus estimable celui qu'il méprisait la veiU le ! Hostradamua passa alors pour un homme de gé-
1 Le TeffanMnl de Michel ffoetradamiu ,p. 71.
64 HOSTEADAMVS;
nie, poar un martyr, poar un rëvëlateor, pour on dieu ! On s'agenoaillaît devant loi ; on ne ronblîail jamais dans les prières publiques, et, quand il entrait à TëgUse, tout le monde se levait et s'indloait avec respect. Nous n'avons pas besoin de dire que ses accusateurs furent chassés de la ville, et que depuis cette époque on n*osa plus s'élever contre les prophéties de Nostradamus. — Pauvre peuple ! Il est toujours le même l
L'âge, le travail, les chagrins et la goutte minèrent sensiblement la santé chancdante de notre astrologue. Il ne sortait plus, et ne recevait dans sa maison que quelques amis intimes et dévoués, tels que Ghavigny , Palamèdes et Qmdonlet. Il voyait bien sa fin approcher, et en excellent prophète, il écrivit de sa main même, sur les Ephémérides de Jehan Stadins : hic propè mors est (ma mort n'est pas éloignée )• Jamais, peut-être, il ne prédit si juste ; car dix ou douze jours après, son mal s'étant changé en hydropisie, il expira le a juillet i566, âgé de soixante et deux ans.
Avant de mourir , il demanda le P. Vidal , gardien des Minimes conventuek , et se confessa sincèrement à lui, le cœur contrit et les larmes aux yeux. Le 3o juin de l'année i566, c'est-à-dire l'avant-veille de sa mort, il fit appeler M* Roche, notaire de Salon , et lui dicta son testament '. Le -*■ - - -
* Ce tastaoMDC est si curieux qii« nous allons en cites quelques extniti, L«« p^usac^es suivans ne se trouvent rapportés ni dans
nOSTBADAMUS, 6^
!•' juillet, a dit à Cbavigoy qui le qoittsdt pour aller se reposer : « Demain , an aoleil levant , je ne serai plus. uLe Icndémain^quand on entra dans sa chamlNrc, on le trouva assis sur un banc près de son lit , mais il n'existait plus. Ce qui rend cette mort encore trèssurprenante , c'est qu'elle a été prédite un an auparayant par Nostradamus, dans un recueil de Présages qu'il composait alors. Voici ce fameux quatrain :
D6 retour d'ambassade, don dn roy, mis au lieu. Plus n*en fera; sera allé à Dieu. Proches parens» amis, frères du sang, Trouué tout mort, près du lit et du banc.
C'esl-à-dîre qu'il recevrait à son retour un don
les biographies, ni dans les apologies de Nostradamus. Us soiit extraits du Testament, livre rare, dont nous ayons d^à parle dans le cours de ce chapitre :
« L*anl566, maistreUichel Nostradamus, docteur en médecine, astrophile, conseiller, médedn ordinaire du roy, a légué à sa fille Magdeleine, 600 écus d*or pistolets, et k Anne et Diane, ses autres filles, 500 écus d*or ; et à sa chère épouse Anne Ponsard, 400 écus d*or , auec certains meubles h Tusage de son habitation ; a de plus légué tous ses Hures à iceluy de sea fils qui profitera le plus à Tétude, aussi bien que toutes les lettres missiTCs et manuscrits qui se trouveront dans la maison du dist testateur, lequel n*a voulu aucunement qu'on en fist un inuentaire^ mais qu*on les mist dans des corbeilles et qu'on le»
(56 SOSTRAI»MVS.
do roi (il reçut en efSet aoo écut d'or) ; qu'il se re* tirerait dans sa malscNi et ue coknposerait plus de prophéties (oeta estenoore Traî) ; et enfin que ses parens et atoiis letrouTeraîent inort, étendu sur un bakic près de son lit.
Ausaîtèt que la nx>rt de Nostradamns fut connue dans b ?ille, les habitans de Salon se mirent k pleurer en songeant au bienfaiteur qu'ils venaient de perdre* Ils vinrent en foule à sa detneure, et le visage inonde de larmes, ils assistèrent à son service funèbre cëlëbré dans Téglise des Frères Mineurs. Ndstradamus y fut enterre dans l'épaisseur de la
fcrmast dans wne chambre de la maison, insqu'à ce qae çeluy qui les doibtauoir soit en asge de les prendre. Il lègue aux PP. de Sainct-Pierre dû canon, aux Pénitens blancs, aux PP. Mineurs coouentuels et aut pauures 600 écus d*or. Le dist tesUleur a «iêelAré encore auoir en argent comptant la somme de 3444 écus et 10 sols, dont il a montré les espèces cy-après spécifiées : 36 nobles à la rose, iOl an|;eloto, 79 doubles dncaU, 26 écus Vieux, Vn écudu roj Louis, Tne médaille d*or valant deux écus florins d* Allemagne, 6 impériales, 10 martounettes, 17 et demi écus so*s, 8 écus sols, 1419 écus pistolets, 1203 pièces d*or dites poriugalaises, valant 36 écus. Ledist testateur nomme pour Tnéçution de son testament MM. Palmèdes, Marc, sieur de CYiasteauDeuf, et Jacques de Suffrent, êcujers.
MOSTBiDAMVS. 67
muraille de gauche. Sa Teaye y fit apposer rëpitaphe «oiyante 2
CLAmiSSiMt 088A MiCHAfittS NOSTBADAMt UNIVS OmflVH
JHOBTALIUII JUDICIO DMIII, CVJUSPBIIK DITIffOCALAMO,
TOTIOB OBBia 9 S3l ASTMOUVIf 1KVI.BX9 , FUTCMI
BtBMTVS cmiiGKtBBKBHTIJm. VlXIT ARHOS LXIf,
MBHiBi YI, MBS XYIL QUIBTBV POSTBKI
nCTIDBTB. AhNA PONTIA GbMBLLA,
Salonia, CONJUGI '.
Au dessus de cette ^pitapbe on mît le lioste de Rostradamos, etecntë par son fils Gësar. On voyait le célèbre astrologue en robe de docteor et portant sur la tête un bonnet càrrë. C'est d'après nn dessin de ce bnste qne M. Aime de Lemnd a fait le sérère et authentique portrait place en tète de ce Tolnme. ;( Plusieurs grands personnages^ entre antres Loub Xin et Louis XIV, en i6s3 et en 1660, rendirent ylsite au tombeau de Ifostradamus.
ChaTigny, Palamèdes, Tronc de Condonlet et
' Ici reposent les os de Uîchel Nostradannis, le seul de tous les mortels dignes d'écrire, arec une plame presque divine, les grands éTénemens, qui, A TaTenir, arrlTeront dssis ronlTers aeloD rinfluence des astres. Il a Yëoo 62 ans, 6 mois, 17 Jours. ' Postérité, n'ente point son repos.Anne Ponee Gemelle, de Salon, souhaite à son époui la féncité étemelle. ^
J. * [.' > 7i,ti *-'- U'^
6S NOSTRADAMUA.
plusicfurs autres auteurs cootemporains nous ont laissa des détails intéressans, sur la constitution physique et les habitudes de Nostradamus. C'est en résumant ces divers ouvrages que nous allons tâcher d'esquisser sommairement le portrait du plus grand astrologue du seizième siècle.
Nostradamus était bien fait, mais d'une taille ordinaire. Il avait la face ovale, le front liant, large et bombé, les yeux gris et brilians, le nez aquilin, les joues fraîches et vermeilles, les cheveux châtain foncé, la barbe longue, et il paraissait sérieux .Il était fortdoax avec tout le monde et mettait à leur aise ceux qui venaient le consulter, excepté les railleurs et les sots. Il s'emportait facilement, surtout si on le con* tredisait mal à propos. Il ne manquai t^ pas d'esprit dans la conversation, et il lui arriva souvent de réduire an silence, par des plaisanteries de fort bon goût, et quelquefois très-piquantes, certains philosophes ennemis de l'astrologie. Il ne dormait que quatre ou cinq heures par nuit, et travaillait tout le jour. « Il appronuoit , dit Ghavigny dans ses Commentaires, les cérémonies de l'Eglise romaine , et tenoit à la foy et Religion Catholique , hors de laquelle il asseuroit n'estre point de salut.» Les pauvres trouvaient toujours en lui un père, un soutien, un ami : il donnait aux uns du travail, aux autres des vétemens et du pain.
Sa devise, formée desquatre mots suivans : felix ovium prior œtas, semblait regretter les premiers
NOjTjtADAHUS. 6q
Ages do monde, pendant lesqoeU les hommes étaient pasteur. Ce n'est point par vaniU qn'îl avait des armes, mais par gratitude ponr la mémoire de ses alenx. Son blason ëtait, en noas servant du langage héraldique, an premier et quatrième, de gueules â une roue brisée â huit raies, composée de deux^ croix potenoées d'argent ; et an second et troisième, d'or à une tète d'aigle, de sable.
Outre ses Centuries j Nostradamus a publié d'auires ouvrages très-savans pour l'époque. Le premier, cité par du Yerdier, dans sa Bibliothèque ^ est un Opuscule de plusieurs exquises receptes jâixisè en deux parties et imprimé à Lyon en iSya. Vingt ans aiiparavant,parut lé Traité des fardemens, ou singulière recepte pour entretenir la santé du corps. En i56i il mit au jour : Le Reniède très vtile contre la peste et toutes fièvres pestilentielles. Mais l'ouvrage qui lui fait le plus d'honneur (quoiqu'il y ait d'excellentes choses dans ceu^ que nous, venons de citer), c'est.la Paraphrasa de Gafien^sat l'exhor-. talion de Ménodote à l'étude de la médecine, imprimé à Lyon en iSSjj chez Antoine do Rhosne.
Les traités précédens sur les senteurs et les fardemens ont été réimprimés et publiés par le jeune Nostradamus, après la mort de son père. Cet ouvrage Gon^plet est excessivement curieux, pnisqo'aucun historien ou biographe n'en fait mention. Nous avons eu le bonheur de le découvrir k la Bîbiio- Ihèque de Sain te-Gene vie vc, mêlé à d'anciens traites
lO NOSTRAOAMVS.
de médecine. Il a pour titre BasUment de pfu-^ sieurs réceptes ", et manqoe dans toutes les bîbtiotbèques publiques: il n'est même point porté sur k» catalogues de la Éibliothègue historique Je la Fmncey ni sur cenx Ide la Bibliothèque royale.
Ce Traitéi comme on le voit par la lettre do pablicateur, est dédié « à très vertaeiiseet très hanlte dame> madame Renée d'Espinay, dame de Hng^ne* ville, » Nous trouvons dans cette épître dédiçatoire et louangeuse^ comme le sont toutes ces sortes de pièces, des passages qui indiquent asses que cet ouvrage « été composé par Michel et ensuite revu, corrigé et publié de nouveau, par Nostradamos Je jenne« « 5iest<H^ qu'vne foUe hardiesse, dit l'auteur
* Bastim BNT de plusieurs réceptes, pour faire diuerses senteurs et îauemens pour VembellissetnetU de ta face, et canseruation du corps en son entier : Aussi de plusieurs confitures liquides, et aultres réceptes secrètes et désirées, non eneoree veues, — De l'imprimerie de Gaillaume de Ny- «erd, imprimeur ordinaire du Boy, el lièmire à Paris, teoml se bontique en U Cour du Pafaiit.
L'exeapJaire de 1a Bibliothèque Sainte-GeneTiéve, que nous avons entre les mains, et qui est porté au T. 2, 1545, est de format in-8, et sans date. Peut-être Tépoque de son im> pression étaiut-elle ft la fin du volume; midheureusement les trois demidres pages de cet eïemplaire ont été enlevées!
Nous avons déjà eu occasion de parler de ce prédeiu volume dans ce chapitre, h propos de la peste d'Aïs, et des poudres anli-pestilentielles de Nostradamiis.
MOSTRADAMUS.
de TEpître, de nie porter plus familièrcmcnl à vous rendre deuoir, m*a persuadé de tous faire présent de 4se$ ieuJi opuscules, iadis composes par nostre prédécesseur maistre Michel de Notre Dame, excellent astrologîen et médecin. »
J^a meilleure analyse que nous puissions faire de ce Traité, qui eut dès son apparition un si grand aucoès, c'est de citer quelques phrases del'épltre dédicatoire :
« Le premier Kûfé, dit le pvdiUcateur» oontteut la manière de distiller eaux de senteurs, et de f âOre parfums odorilérans^ vrays antidotes, et préstruatiEs pour corriger les maulnaîses senteurs et puanteurs d'aléincs qui s'acquièrent par les grante excès qiie nottS faisons ionmeilement. D'avantagé enseigne les moïens par lesquels aysément et parfaictement on poorra embellir le visage humain et iceloy longue^ ment conseruer en vn tel estât. Le second linre nous apprend et enseigne à faire tontes sortes de confitures liquides, et ce auec telle dextérité et promptitude que toutes personnes de gentil esprit, curieux d'en faire expérience, n'en rapporteront moins d'utilité et profit que de récréation et plaisir.»
En faisant des recherches à ce sujet, nous avons découvert -sur les catalogues de la Bibliothèque Royale une grande curiosité bibliographique. Nous voulons parler du F'rajr et parfaict embellissement de la/ace^ par Michel Nostradamus, in-S*", i55a, et porté à la lettre T. n* 38 1 5. Nous avons vainement interrogé la place vide laissée par ce petit volu-
72 HOSTRIDAMUS.
me : personne ne nous a répondu. M. Lenormant, Vnn des sayans conservateurs de la Bibliothèque, a cherché lui-même ce pi«cieuz ourrage, et il n'a rien trouvé. Peut-être, et cela estalDigeant k dire, ce livre a-t-il été yolé !.«..
Pour terminer ce chapitre, nous allons donner les divers jagemensportés par une foule d'écrivains, d'opinions opposées et de doctrines différentes, sur la Tie et les écrits de Nostradamus. Ces jagemens, qui gisent épars dans des volumes isol&, la plupart fort rares, se trouveront pour la première fou réunisdans un seul et même ouvrage* Comme nous Toulons toujours agir avec la pins grande impartialité, nous citerons les auteurs qui ont blâmé et ceux qui ont looé^ d'une manière absolue, les prophéties de Nos* tradamus, et nous laisserons nos .lecteurs seuls juges de la lutte qui ya s'engager. — Noi|s commepçoni; par les détracteurs.
Celui qui entre le premier dans l'arène est Laurens Yidel , appelé improprement Louis Videl dans la Biographie deMichaud. Certes voilà un écrivain peu connu ! Cependant il est le premier qui ait osé attaquer Nostradamus dans sa Déclaration des abus *.
> Déetaration de» ahus,ignorane9M et iéditionê de Miekel Noêtfûdamui , de Salon de Craux en Prouenee^ enture trii^tile et profitable à vit chacun : nouuellement tra^
IfOSTRAD^HUS. y3
et laî dire le plus d'injures. Ce Lanrens V'idel, malheureusement pour lui, n'aTaît aucune opinion. Il disait aujourd'hui du hien de tel auteur, demain il allait le dëcrîer partout. Il fut secrétaire des ducs de Lesdignières, de Grëqui, et du maréchal de L'Hospital ', il écrÎTit une insipide apologie publiée en i566, et ayant pour titre Histoire du duc de Lesdigiûères.
Dans sa Déclaration des abus, il semble que Laorens Videl ayait qnelqiies griefs contre Nostradamus ; car il ne parle point de ses prophéties, maïs seulement de la « faulse » science du médecin de Salon. Il prétend que ce célèbre astrologue ignorait entièrement l'astrologie, et que son ouvrage « luy seruira de guide pour le conduire an droit chenûn de vérité s'il veut faire prédictions ou aimanacbz. • A part la prétention, nous verrons si M. Laurens Videl avait raison d'écrire ainsi*
duit du laiin en françois. Avec PrivilégB. ^ imprimé en Avignon par Pierre Roux eiJan Tramblay. 15M..
Par la préface on Toit que Tauteur de ce libelle s*appe1aH Lanrena Videl; car il n'y a point» dana le titre, de nom d*aatenr. Cette brochure^qui eat des plus rares et qui n*a été jusqu'à présent citée par personne, est de format in-8^, de 44 pages d'impression, et se trouve à la Bibliothèque de Sainte-Gene- Tiè^e, dans une collection in-4<> de pièces détachées .Z, 899.
If. Guichard, le conserrateur des livres rares de la Bibliothèque Royale, a eu Textréme obligeance de chercher dans sa collection un exemplaire de cet ouvrage, qu'il nous a montré, et qui se trouve porté à VY, n^' 4(^29.
^4 VOSTRADAMVS*
On ne rencontre à chaîne instant^dans son opi»« cale, que des reproches, et jamais on ne Toît pourquoi ils sont adresses. Ainsi il accuse son antagoniste de ne point savoir « calculer le moindre mounement d'aucune estoille que ce ne soit. » — Parbleu ! nous le croyons bien : Nostradamus aurait été bien fou s'il avait suivi les savons avis de M. Laurens Videl, et s'il avait calcule ce qui est impossîblcy c'est-à-dire le mouvement des étoiles. — Nous commençons à croire que le plus ignorant de ees deux astrologues, ce n'était certes pas Nostradamus I Mais continuons : Laurens, pour prouver clairement que son adversaire ne sait pas calculer, l'appelle galeuxj, roigtteujc^ pauvre soty ignare^ gros asne et grosse beste.Ces expressions tràs-peu convenables donnent une idée de cette discussion scientifique. — Mais comment les gens de lettres ou les artistes (nous ne parlons pas des députés de ce temps-là), devaient-ils discuter si les sa vans se disaient de pareilles injures?...
Ce qu'il y a de fort curieux, c'est que M. Laurens Videl répète à chaque page : « Si je te voulois démontrer tons tes abus, il te faudroit rédiûrc tous tesalmaoachs et présages qui sont pleins d'erreui^^ » ci cp'U ne démontre jamais rien.
Plus loin il fait dire à Nostradamus ce que ce dev" nier n'a jamais pensé : « Tu avances que l'an i555 sera la renouation des siècles.» — Est-ce que Nostradamus a écrit cela?... Il a bien parlé de rénovation de siècle, mais en 1793, comme on le peut voir
HOSTRADAMUS. ^5
dans sa Lettre à Henri II dont nous avons faitmentîon, et qai se troave textuellement rapportée dans le chapitre troisième de notre ouvrage.
Non content de Tinjurier, Vîdel attaque sa science médicale. Selon lui il n'était pas un bon médecin^ attendu qu'une femme se plaignit un jour de ses recettes. Qu'est-ce que cela prouve ? — Rien on k peu près; car on peut être un très-bon médecin et ne pas satisfaire tout le monde. Ensuite la réputation de Nostradamus, comme docteur, était assez bien établie, pour ne pas craindre les attac|ues de M. Laurens Videl.
Ce pauvre critique le chicane encore sur la durée du monde, comme si Tun et l'autre, — tout bons astrologues qu'ils pouvaient être, — entendaient quelque chose ei\ pareille matière; puis il termine par des banalités comme celle-ci • « Mais quand tu voudras retourner faire des prophéties, il te faudra prendre bonne quantité de semence de lin, auec racine d'aU the afin d'en faire parfum et ramollir ton cerneau ; car il est trop dur. »
A force de vouloir paraître savant, ce Malheureux Laurens Videl topabe dans l'ignorance la plus ridicule. P6ur apprendre à ses rares lecteurs qu'il sait parfaitement l'astronomie et l'astrologie, il écrit de semblables choses : « Car aussi de nostre temps il y a des gens doctes et sanans, qui nous ont bien calculé les mouuemens des huict ciels ( Pauvre Laurens Videl ! ) mais ce sont matières trop obscures pour ton cerneau ( et pour le nétre aussi ) . »
^6 NOSTEAOAMUS.
— Voilà qaelle fut la science d'un des premiers adversaires de Nostradamus!
Passons à un autre.
Dans le Mercure de France des mois d'août et noTcmbre 1724 S nous trouvons une Lettre on plutôt une satire de très-mauTais goût sur les prophéties et la personne de Nostradamus, L'auteur anonyme de cette lettre» qui n'était pas un excellent logicien y se pose ces, deux questions : — « Nostradamus est-il prophète? — S'il n'est pas prophète, qu'at-il Toulu dirç par ses Centuries? » Pour répondre à la première ^ il saute ^ pieds joints sur les faits, et s'écrie^ animé d'yn ridicule enthousian^e : « Nostradamus n'est point un prophète ! » — Et la preuve , la voici : « J'entends par prophète cgfi homme qui annonce l'aTenir et qu^. l'annonce sûrement »
D'accord. Mais si Nostradamus annonce sûrement r avenir^ ainsi que pourront s'en convaincre les personnes assez bienveillantes pour nous lire, Nostradamus est donc un pxpphète. Nous n'inventons pas, nous citons les propres paroles de notre auteur. Sa ve^ TOUS maintenant quelles preuves il donne pour nous démontrer que Nostradamus n^ peut être un pro* phète? Écoutez ; il s'adresse an rédacteur en chef du
* La Biographie de Michaud 8*est trompée en disant que celte lettre était insérée dans le JUêrcure du moi» de Sêptem" àrê 1721; c*était en novembre qu'il fallait écriie^
Meficure dé France : « Vous contiendrez arec moi 9 Monsieor, paisqoe nous sommes, par la grâce de Dieu, chrétiens Ton et l'aotre, que ia qualité et la fonction de prophète n'a été accordée qu'à ces liommes extraordinaires envoyés de la part de Dieu pour an* noncer aux hommes ce qu'il jugeoit à propos de leur révéler. » — Très-bien ! Nous nous entendons émerveille. Une chose cependant nous afflige : vous vous défendez fort mal. Vous nous dites ingénue* ment que la fonction de prophète n'a été accordé qu'à quelques Aomme5 extraordinaires. Nous savons parfaitement cela! Mais prouvez- nous donc que Nostradamus n'est pas un de ces hommes extraordinaires envoyés de la part de Dieu; alors nous serons de votre avis. Jus(|ue4à permettez-nous d'être du nôtre.
Nos lecteurs croiront peut-être, en voyant les extraits que nous donnons de cette insigniiiante atta(|ue, que nous prenons plaisir à dénaturer toutes les phrases et à citer les «passages qui peuvent le plus compromettre t'autéar anonyme de cette critique. Qu'ils se rassurent : nous citons fidèlenient et sans rien changer au texte.
Voici la phrase qui suit immédiatement celle rapportée plus haut ; elle est excessivement curieuse en ce sens qu'elle détruit la théorie de son auteur : « Le don de prophétie est un don de Dieu (comme tous les dons que l'homme possède; nous savons cela ), qui ne s'accorde qu'à bien peu de gens, pour de grandes raisons et pour prédire des faits ti^s-intéres-
yb XVOSTRADAMUS.
sans, comme ëtoient dans l'andeone loi, lereloar de la capttTitë de Babylonc, le rëtebUasemeiit du temple , les quatre grandes monaixsities, les cîrconstaoees de la vie et de la mort da Messie. » — Mais encore une fois ditesnaous donc pourquoi Nos- 4radamus n'aurait pu élre doue du don de prophétie? Est-ce que ses prédictions ne sont pas Iri^witl^. mssantesj puisqu'elles ont annoncé au milieu do seisiéme siècle ce qui s'est réalise au dis-septième, au dix-hnUième, au dix-neuvième siècle, et même ce qui doit arriver dans les siècles suivans i quant h ces derniers événemens, nous aurons le bon esprit de n'en point parler. — Eh mon Dieu! cstH» que la mort de Henri IT, la régence de Catherine de Médicis, le complot d'Amboise, la conspiration de Lyon, le massacre de la Saint-Barthélémy, l'assassinat du duc de Guise, la révolution de 1789, l'arrestation de Louis XVI à Varennes, la ▼cnue de Napoléon,etc.,etc.,etc. , annoncés en i555 et en i558 dans les Centuries de Nostradamus, ne sont pas des prophéties aussi intéressanUs quecelles de la capUvilé de Babylone, du réUblisscment du templeet des quatre grandes monarchies?... De deux choses l'une : ou les anciens prophètes hébreux étaient de rérilablcs prophètes, ou ils ne l'étaient pas. Gomme l'aoteur de cette lettre est forcé d'ad^ wttre ( et comment le nier ! ) quUls possédaient réellement le don de prophétie, puisque ce qu'ilsont annoncé est arrivé, nous sommes obligés, li^iquement parlant, de considérer Nostradamus comme an
excelleiit prophète, puisque tons les ëvënemens prë* dits dans ses Centuries se sont âosst parfaitement réalises. Gela est asses clair.
Nostradamiis avooe lai-mètne qne certaines organisations pririlëgîëes possèdent le don de pr^dire^ no»-sealement par Faskt>logle, mais encore â Taide de facaltés ineonnnes aux antres hommes. — Qu'on ne rie pas; car alors nous demanderions , nous, pourquoi tous les mathématiciens ne sont pas des Archimèdes , des Newtons, des Kepplers, des Gardées? Evidemment, ces illustres savans possédaient des facultés que les ignorans et les sots n'ont certes pas dans leur frêle cerveau !
Laissons parler Nostradamus. -— « Combien que le seul Dieu étemel, dit-il , soit celuy seul qui connoist rétemité de sa Innûère procédant de Injmesme , et ie dis franchement qu'à ceuls à qui sa magnitude immense , qui est sans mesure et incom* préhensible, a voulu, par longue inspiration mélancolique , réuéler qne moyennant icelle cause oc • culte manifestée divinement^ principalement de deux causes qui sont oomprinses à V entendement de celuy inspiré qui prophétise. L'vne est qui vient k înfuseï*, éclatrcissantla lumière supematurelle au personnage qui prédit par la doctrine des astres et prophétise par inspirée résolution; laquelle est vne certaine participation à la diuine éternité , moyennant le prophète vient à iuger décela qne son esprit diuin luy a donné par le moïen de Dieu le créateur et par vne naturelle instigation : c'est à sçauoir que ce que pré-
QO ROSTRADAMUS*
dit est Yray «t a pris son origine ethéerement *. » Pîoos poavons encore répondre, par les textes sacres y à cet auteur anonyme qui se dit chrétien ; car noos voulons réfuter complètement ce prétendu rëfutateur de Nostradamus. U est si difficile de réhabiliter un malheureux condamné injustement ! Ecoutes à ce sujet un des défenseurs de notre astrologue : « En matière de médisance , dit Guynaud , qui va-* lait bien ceux qui l'ont critiqué , il en est comme de la morsure d'un chien : on en guérit bien la plaiei mais la cicatrice reste toujours* . »
L'auteur de la lettre du Mercure a eu véritahlement du malheur dans ses critiques ; et nous sommes surpris (|ue les apologistes de Nostradamus ne l'aient point critiqué avant nous. Ainsi il prétend que notre prophète ne pouvait posséder le fameitt don que Dieu accorde à bien peu de gens pour prédire des faits intéressons. Eh bien! nous allons citer certeins passages des Pères de l'Église, qui mettront à jour l'ignorance de cet écrivain. On peut très-bien ignorer la théologie, mais alors on n'amène pas la discussion sur ce terrain.
Saint Thomas , dont on ne soupçonnera pas l'orthodoxie , dit que le don de prophétie a été aussi
< Les prophéties de Michel I\fostradamus , préfaee, pàees 7el8.
* La Concordance des prophéties, par Guynaudi ln-12. Paris, 1693, pag. 16.
FOSTRADAMUS. 8 E
bien accorde aox hommes qu'aux femmes, anx bons qu'aux mëchans y puis il ajoute : « C'est une lumière qui éclaire l'entendement , indëpendamment de la grdee sanctifiante et de la charité qui perfectionne la volonté *•• Enfin, les Saints Pères disent qu'on peut être prophète sans être de mœurs régulières {Et ideoprophetiapotest etse sine bonitalte morum).
L'auteur de cette lettre, sans tenir aucun compte des objections qu'il était si facile de lui adresser au sujet de sa malheureuse critique, — et malheureuse est le mot, — continue à renouveler dans le Âfer^ cure de France la guerre de Don Quichotte contre les moulins à Tent. « Nostradamus , dit-il , ne nous a point prouvé qu'il eût mission et ordre de Dieu d'annoncer l'arenir. » — Proust est joli ! Gomment un prophète prouvera-t-il qu'il est inspiré de Dieu , si ce n'est en composant de bonnes prophéties? i\lors , Nostradamus a bien prous^é qu'il avait reçu l'ordre et la mission de Dieu. Poursuivons. — « Il a parlé, reprend notre auteur, sans nécessité , sans fruit ; et depuis sa mort on n'a vérifié aucun des quatrains, prétendus prophétiques, qui surpassent infiniment en nombre toutes les prophéties contenues dans la Bible. » Cette négation est plus ingénieuse que tout le reste. Heureusement que dans le chapitre consacré à l'explication des Centuries de Nostradamus, nous prouverons, les textes en mains, que ce passage est complètement faux.
• Mot Thomas , Som, 22. Q. 177, K 3.^172, A 4. M. &
rt^ WOSTRADAMUS.
Il y aarait mauvaise grâce à rester en si beau chemin; aussi notre critique continue-t-iU avec plus d*ardeur> sa singulière réfutation. Le voici, s'emparant de la seconde question ainsi conçue t « Qu'a voulu dire Nostradamus par ses prophéties?» et la réfutant de la manière suivante t « La seconde recevroit encore moins de difficulté si on s'en tcnoit au jugement que Verdier Vauprîvas a porté de notre provençal : Michel Nostradamus, écrit ce Verdier, a fait dix centuries de prophéties par quatrains qui n'ont sens, rime, ni langage qui vaille.»— En vérité» voilà une fameuse preuve ! Parce qu'un contemporain de Nostradamus a avancé que ce prophète était fou, est-ce à dire qu'il le fût réellement? Ensuite, a^t-il bien compris ceque notre astrolc^ue tenait à rendre énigmatique ? — Mais tous les grands hommes ont été accusés de folie ! Galilée> Christophe Colomb, Bernard de Palissy et tant d'antres réfoi> matenrs de la science^ ontpassé dans leur temps pour des fous ! — Heureux fous, qui ont fait, comme l'a dit un de nos poètes^ le bonhenr du genre humain ! O Monsieur le correspondant du Mercure de France, vous savez bien mal attaquer les gens l
Parlons des critiques du P. Méncsirier.
Au dix-septième siècle, le protestantisme était partout. Les bénédictins, les membres de la compagnie de Jésus, les ordres monastiques, nurchaient, sans le savoir,dans le sentier de la réformci
?f03TRADAI.lUS. dJ
de la négation, do doute, de la pliilosophie. Le P. * Mënestrîer y entra comme les antres, et alors il jngea tout ayec partialité. Il avait les dehors d'un croyant; mais an fond, il était sceptique. On le voit assez en lisant son savant et curieux ouvrage de la philosophie des énigmes^ yOiï tout ce qui a rapport aux sciences occultes et aux prophéties est traité de superstition. Mais comme le critique se livre luimême à la critique des autres , nous allons essayef de réfuter cette réfutation, en attendant que le public nous réfute à son tour.
Le Vé Ménestrier dit à la page 385 de sa Philoso^ phie : « Je crois qu'il est à propos de parler de Nostradamns, que Ton veut faire passer pour un prophètci puisque Ton cherche encore tous les jours à faire les applications de ses rêveries aux événemens des affaires présentes* » — Nous répondrons, que ce passage fait le pins grand honneur à Nos-
< txi Philoiophie d$t images énigmatiquês, par le P. François Ménestrier, in- 12. Ljon, 1694. — Ce lirre, quoique porté sur les eaUlogues de la Bibliothèque Royale, ne m trouTe pat dans eet établissement.
Il ne finit point confondre cet ouvrage avec celui du mène auteur ayant pour litre : La PhUosopkis dès images* Paris, I6fô, in-8®. — Ce dernier lirre a pour objet, non de traiter des énigmes et des hiéroglyphes, comme le précédent , mais de présenter le jugement d*une foule d'auteurs sur cette matière f et un recueil très-complet de deTises ancienes ci
modemeib
64 KOSTAADAMUS#
trailamasy etqae si Ton trouve dans ses quatraîos la prëdictîoQ des événemens fa tors, c'est qa'ils remplissent tontes les condîUons Toulnes ponr être bons. — « On a même public, depuis un an^ ajoute-t-ii, non seulement une apologie en faveur de ce Genturiatcur, mais on a donne à ces extraTagances le titre spécieux de Concordance des prophéties, comme s'il s'agissoit de justifier la sainteté et la vévïXé de nos oracles sacrés. » — Le P. Ménestrier s'est trompe. Nous voyons avec peine que, tout savant historien qu'il était, il manquait souvent de logique et de bon sens. L'auteur de la Concordance n'a jamais eu Tintenlion de justifier Its prophètes sacrés ; maïs seulement de prouver que les quatrains de Nostradamus, publiés en i555, annonçaient des événemens qui sont arrivés plus tard : voilà tout.
Le P. Ménestrier , qui s'était toujours renfermé dans de justes limites « s'égare maintenantetsemet à juger la facture des vers de Nostradamus. Suivant lui^ les quatrains du médecin de Salon ressemblent « k des chansons du Pont-Neuf, m Eh bien ! nous admettrons encore cela. Mais ce n'était pas la forme qu'ildevait critiquer, c'élait le fond , la pensée , les prophéties, en un mot, que ces vers renferment. — On a toujours^ nous le voyons, peu de bonheur h attaquer une bonne cause !
Plus loin , il réfute notre astrologue en disant : « Nostradamus n'étoit ni un saint, ni un solitaire qui fit profession d'une vie contemplative ; c'étoit jux médecin , un judiciaire. > Nous savons cela !
Noos savons aussi que,parl'astro1ogîe, il prédit des choses extraordinaires. L'astrologie est donc ane science ? Noos nous garderons bien de nous firononoer sur cette question, attendu que nous ne som* mes point astrologue. Seulement^ si aujourd'hui no de ces savans nous prédisait ce qui arrirera dans dix ans, qu'il nous précisât bien l'année, le mois et le jour^ et que l'événement se réalisât comme il nous Taurait prédit, nous serions bien forcé de croire qu'on arrive à des résultats surprenans par l'as^ trologie judiciaire. — Voilà notre profession de foi, et nous pensons qu'elle est celle de bien des gens.
Les auteurs que nous venons de citer ne sont pas les seuls qui aient attaqué Nostradamus. Voici venir un président de nous ne savons quelle cour, et de phis « conseiller da roy et maistre des requestes de son hostel w qui se propose d'anéantir les prophètes et les prophéties, dans un Opuscule très-rare et parfaitement inconnu , intitulé : Impostures dHmpiétés '. Ce présidentnommé de La Lovete, jouit peut-être
> Impostures aimpictct des fausses puissances et dominations ullribuées à la lune et planètes, sur la naissance^ vie, mœurs , étas, volùniés et conditions des hommes, ef choses inférieures du ciel ; par le président de La Lovete, conseiller da roy et maislre des requestes ordinaire de son hostel. Sédan^QOO, in-8<^; relié en parchemin.— Bibliothèque Saititf>-GenGTièTe, V. 345.
86 irosTRiDiiivs;
d'one obficaritéencore plus grande qneson oavnige ; il a été omis par tous les biographes anciensoa modernes $ aussi pour ne rien trooTer sor sa vie, nous noos sommes donne, noos vous prions de le croire , iine peine infinie*
Dans l'ëpitre dëdicatoire, Taoteor commence par s'élever contre ceux qui veulent tout approfondir. Nous sommes resté convaincu , après avoir lu cet ouvrage, que le président de La Lovete avait ses raisons pour parler ainsi ,
Aachapitre III, intitulé De t Expérience que mettent en auanl les Planétaires, , il dit ; « Quant aux antres choses terrestres , quelle assenrance et fonde* ment peuvent-ils prepdre en leur école d'expérience, quand ils voyent la main et décret de Dieu résister aux inuenlions et enseignemens d'influences et oontronuées propriétés qi^'ils donnent aux astres , sans auoir aucupe règle, certitude, précepte et enseignement? » Il parait que M. de La Lqvete n'avait lu ni Tnrrel, ni Rqussa^ ni Nostradamus quand il a écrit ce qtie nous venons de rapporter ; car, sans cela, il aurait vu qpe les rense^gnemens donnés par ces astrologues , touchant la révolution de mil sept cent octante neuf et de mil sept cent nonantc deux , sont assez certains, et que les dates sont assez positives.
M. de La Lovete, ne comprenant pas comment les prophètes par l'astrologie peuvent interpréter les mou vemens des astres, avoue que ces interprétations sont « fanises et erronées » , — Pourquoi cela donc?.... Parce que vous ne les comprenez pas ? — Ceci vaut mieux que le reste !
L'aoteor conclaten disant : « Tenons aïKC le gram! pbUosophe Plotine» qoe rîen ne peut adneiûr anx bommes par la force et Terta de cors célestes. » — MaUqtie nonsfait ànoas le témoignage de ce pbiloso^ pLe^si les prédictions par la force et-véritédes cors cé^ lestes sont justes? Il y a quelque chose, voyes-Toos» de plus fort qne les plus belles thijoriea do monde s ce sont les faits; et une prophétie qui-se réalise est on fait.
Le philosophe Bordelon,dans sa médiocre satire contre les jM^phéties , intitulée De V Astrologie judi-^ ciaire^ publiée en 1689 ' por^^ ^^ singulier jugement sur Nostradamus. Il l'appelle 9 on ne sait Traiment pourquoi ; « diseur de riens, en termes obscurs ». — Nous verrons pluabin que ces riens Talaieot quelque chose, et qu'ils étaient exprimés en termes assez clairs.
Mais ce psiuvre Bordelon, qui connaissait fort peu celui qu'il voulait attaquer , confondit le fils avec le père, César avec Michel , l'historien avec le prophète . -<^ Il est impossible d'agir avec plus d'ignorance ! — D'après d'Âubigny^ il dit que le dis du doc de Montpensier prit le Poussin ( non l'artiste français de ce nom, mais une place forte entre Lyon et Marseille). «Gomme on pilloit la ville, ajoute notre auteur, le jeune Nostradamus , qui auoit asseuré M. de Saint-Luc que cette ville périroit par les flammes, fut surpris mettant le feu partout, afin de n'en auoir pas le démenti (c'est toujours M. Bot'-
(leioD qui parle). Le lendemain, M. de SalnULoc, pour punir cet imposteur ely en même temps, pour se mocquer de sa prëdiction, lui demanda quel ac>> cident notable deToit lui arrirer ce jour-là ? — Je n'en prévois point, répondit-il. — Aussitôt M. de Saint-Luc le toucha, comme en se jouant, du bout de sa baguette, et en même temps, le cheval sur lequel il étoit monté, étant fait à cela , lui porta un si rude coup de pied dans le ventre, qu'il le tua sur la place. »
Ceci est affirmé par M. Bordelon ; malhcurenAPmcnt pour lui , il ne dit pas la vérité. Le jeun^ César dont il parle, avait, à cette époque , soixant-^ quatorze ans environ : ce qui peut passer pour uu anachronisme. .C'est Michel, le jeune, qui momrat ainsi , et non César Nostradamus. Il est vrai que Michel fut écrasé par un cheval, après la prise du Poussin ; mais, M. Bordelon en conviendra avec nous « ce malheur peut arriver à tout le monde , aux astrologues et même à ceux qui ne le sont pas. Ce que nous nous permettrons de contester ici , c'est la rare intelligence du cheval de Saint-Luc. Au reste , en lisant attentivement» comme nous l'avons fait I les auteurs qui rapportent cette anecdote^ tels qœ Leclerc dans la Bibliothèque de Richelet^ Lamothe-Le-Vayer dans son Discours sur téducation du dmiphirij on pourra se convaincre que M. Bordelpn, un des détracteurs de No$ti*adamus, a imité beaucoup plus qu'il ne le devait ceux qu'il avait la prétei)^* tion d'attaquer : — les faux prophètes.
VOSTBADAMtTS. 89
Maintenant 9 jugeons un peu celui qui se permettait de juger si sévèrement noire astrologue.
Bordelon ëtait docteor en théologie et aatenr dramatique. Il savait parfaitement s'apprécier en disant que êes ouvrages étaient ses pécltés mortels. Une dame qui i'écoutait , loi répondit on jour x « et dont le public fait pénitence. » Tous les biographes s'accordent à dire que ses livres ne valent rien. Voici comment on juge la plupart des antagonistes de Nostradamus ! Ne voulant influencer personne , nous prendrons la liberté de renvoyer nos lecteurs aux productions dramatiques du docteur Bordelon : an Malade en belle humeur; aux A^^nUires incroyor ùlf*s OH croyabhs et toutefois et cœtera; aux //naçinatiom extravagantes de M. Ou/le ; à Vllomme prodigieux tran^orté dans tair , sur la terre et sous les eaux; aux Cheminées de Paris y et enfin aux NouveaiUés dédiées aux différons dtatSj depuis la lance jusqu^au sceptre. — En indiquant ici les ouvrages dramatiques de feu M. Bordelon ^ c'est peutêtre le plus mauvais tour que nous puissions jouer à leur auteur.
Gassendi j Tun des plus savans hommes de son. slè^ de, le disciple de Bacon , le digne ami de Galilée et de Kepler , le précurseur de Locke et de Newton , l'auteur des Exercitationes paradoxicœ advenus Aristotehm ; du De motu impt-esso à motot^ translatOf ci de VI nstituiio astronomica, etc. y etc. <, n'a pas non plus épargné Nostradamus. Cela se conçoit : il
<^0 HOSTAAOAUVS.
ne cit>yait à rien, pas même à la mort. Prêt à remlre le dernier sonpir, il dit à ceux qm Tentooraîent : « J'aurai bientôt ëclaircl «m grand dovtb. » -* Au tome II de sa Météorologie, il traite notre prophète iVignorani, et s'en tient U. On conviendra avec nons que Gassendi aurait dû proaver ce qo'il ne craignait pas d'avancer et de soutenir.
Son fervent disciple Dernier , qni ne jurait qa*f n ^tyerba magUtri, a suivi les traces de son maître. Dans son admirable Abrégé dû la Pkilosoplde , il a porte le même jugement que Tillustre Gassendi sur le docteur Nostradamus. Il est fâcheux que ces deux savans ne se soient pas dégagés des liens du scepticisuie, et n'aient point étudie consciencteusement , avec plus d'impartialité, la vie et les travauj^ du célèbre prophète de Salon*
Henri de Sponde on i$/K>R<&7nia, qu'il ne faut pas confondre avec son frère, Jean de Sponde, a aussi atta(|né Nostradamus dans ses Annales *• Personne ne sera surpris de cette attaque ; car Henri de Sponde, quoique très-érudit, changeait d^opfiiicni tous les huit jours. Il a écrit légèrement que notic
* Annaiium BarùniieoniinutUioab anno ii 0,7, ad an, 1G22.
rarii, 1G39; 2 folumes ia-folio CeUe continuation a t'U
aaaû refaite par Frizon, sarant liistorien, à qui nous dcrons U mcilleare édition des œuvres de Sponde.
nOSTmADAMVB» <)t
astrologo'e étali on rè\feur; peat-étre pensail-îl aatremeni de lai !
Parmi les auûres Grilîques de Nostraclainiis nous cUei-oos NaudéySaTaot bibliographe, maïs bien mauvais historien. Ce Naiulë appelle MostradamuSydans son jipolagie des grands hommes*^ «od monstre d'abus ». Eh bien ! sayef-Toas qaeUe est la Talenr de cette Apologie? Noos allons vo«s l'apprendre : « Gel ooTrage, qui se ressent de la jeunesse de l'auteur, dit M. Weiss, dans la Biographie de Michaud, ji'esl ni exacij ni profond *. • Certes ! nn tel jugement porté sur cette satire, par un des adversaires de Nostradainus, fait le plus grand honneur à ce dernier 1
Florimond de Raemond ou de Rémond , contemporain de Nostradamus, le traite de « nécromancien,» attendu qoe ses prophéties astrologiques s'étant presque toutes réalisées , il croyait fermement que notre astrologue était un sorcier ou un magicien. « Ainsi donc, est-il dit dansson ouvrage', partout les astres et les planètes semblent préuoir les divers
■ Apologie pour Us grands hcnmesfdussemeni soupçonnés dsmagis. Paris4635, in-8<>.
* Biographie Univsrselle, tom. xxx, p. 507.
> ffisUrirê de la ncùssoncSt progrèz et décadence de Vhé-risie de es siècle, par Florimond de Raemond; in-4^. Rouen, jei8, Ht. J,p 18.
92 NOSTftADAMUS.
changemens soruenus en leurs contrées par Thitroduction des nouuelles sectes et religions. Les prédictions des vns et des autres ne furent pas vaines ; car les calainitez qu'ils auoient annoncées se virent en elFect par toute la terre , laquelle ( chose estrange et prodigieuse) s'arme en inesme temps sous prétexte de la religion.. . Oycf ce fameux et renommé negromancien de nostre âge (Nostradamus) , caquetant en sa rime , sur Tarrinée, les progrès et décadence de ceux qui allolent Loire dans le lac de Génère. »
Du lac Léman lea sermona tacheront.
Des Jours seront réduits par les semaines , Puis mois, puis an, puis tous délailliront. Les magistrats damneront leurs lois vaines.
On sait que Nostradamus, par ce quatrain, prédit fine Genève deviendrait le siège de la nouvelle hérésie. — La critique de Florimond est presaue un
tiioge.
Certaines publications philosophiques , telles que la grande Encyclopédie in-folio, le Dictionnaire de Bayle, et V Encyclopédie moderne de Coortin, n'ont point parlé de Nostradamus. Elles craignaient , sans doute, de se compromettre!-^ he grand Dictionnaire historique de Moreri , la Biographie Universelle de Michaud et le Dictionnaire de Feller ont agi avec p'.us d'impartialité et de l>oniie foi. Ils ont fait une critique peu bienveillante, c'est vrai, des pro-
NOSTRADJlMVS. q3
phëtîes de Nostradamos, mais aa moinS) ils ne les ont point passées sons silence.
Le Dictionnaire de la Conversation , publication moderne, dont le dernier Tolame a para il n*y a pas fort long-temps, a blÀmë, on pour mieux dire, a insulte (comme un encyclopédiste n'aurait osé le faire) Nostradamus et ses laborieux travaux. Libre à tout écrivain d'attaquer; mais il faut que ses attaques soient dirigées par la conscience, et dans le seul but de détruire l'erreur et de cbercher la vérité. — L'auteur de cette biographie a agi avec tant de mauvaise foi , qu'il n'a pas osé signer son article, surtout dans un recueil où tous les articles sont signés! Il se contente de dire que Nostradamus est un charlatan^ et ne donne aucune preuve à l'appui de son assertion. Gomment l'aurail-il pu, puisqu'en parcourant son article, on voit qu'il n'a jamais lu ni leaCenturies de Nostradamus, ni les apologies, ni les satires faites sur cet ouvrage, ni les auteurs contemporains, ni les bistoriens de Provence, ni les vieilles chroniques, ni rien enfin, que l'article de la Biogra-phie Unii^erselief qu*il a éopié en le réduisant et en le commentant d'une manière défavorable?— Fiezvous donc, après cela, aux renseignemens donnés par les rédacteurs des encyclopédies modernes !
Cet auteur n'a pas même eu le honteux courage de défigurer les textes. Aussi est-il forcé d'annoncer que «Nostradamus reçutune pension de la ville d'Aix, pour l'avoir secourue dans un temps de contagion ». Or, nous le demandons hautement , un homme qui
KOSTBADAMVS*
6e dévoae poar sauver d'autres bomtues, et qat con* centy au péril de ses jours, à soigner des pestiférés, peut-il être accuse de charlatanisme , par an écri- Tain qui n'ose seulement pas signer ce qu'il écrit?...
Si Nostradamus fut un charlatan , ainsi que toui osez le dire , comment se fait-il alors que Jules-<}ésar Scalîger devint son ami? Et c'est encore vous qui êtes forcé d'avouer cela ! Nous savons bien qu'il vous était impossible d'écrire le contraire, attendu que les faits existent, et que ni vous ni d'autres ne pouvez les détruire. Remarquez donc ensuite que nous n'attacherions aucune importance à cette amitié, si Scalîger eût été un écrivain obscur^ comme tant d'autres que nous pourrions nommer, un savant méconnu 9 un génie délaissé. Mais César Scaliger était ( vous devez le savoir ) un dea hommes les plus célèbres du seizième siècle. Saliger excellait dans les sciences positives et les travaux d'imagination ; dans la médecine , la botanique, la philosophie, la grammaire, la critique et la poésie ! •— Le [udicieiix De Thou disait de Scaliger « qu'il n'y avoit pas dans l'antiquité un homme qui lui fût supérieur » i et Juste Lipse le plaçait « an même rang qu'Homère, Hippo* crate et Aristote»! — Voilà quel fut l'ami intime du cltoHatan Nostradamus!
Le même rédacteur, en parlant des Cc^nturîes. dit « qu'elles sont d'une obscurité impénétraùlt*. » — .Pour lui , c'est possible ; mais elles ne sont pas impénétrables pour tout le monde. — Si cet En* cjclopédiste veut bien se donner la peine de nous
NOSTBADAMUS. gS
suivre jusqu'à la fin de ce volume, il Terra qu'on peut trës-bien les pénétrer. Pour cela 9 il faut les lire attentivement, et le compilateur de l'article Nostradamus dans le Dictionnaire de la Conversation^ ne les a probablement jamais tues.
Non content de blâmer les Centuries, cet écrivain attaque personnellement notre astrologue : Nostradamus, dit-il, mourut à Salon , regardé par le peuple comme un homme qui connaissait le présent et le passé, quoiqu'aux yeux des philosophes il ne connût ni Tun ni l'autre. » — Ceci est excellent! Mais, Monsieur, vous vous condamnes sans le savoir ; et vous faites un tort immense aux philosophes que vous Toulex défendre. En effet , 8i,aux jeux du peuple , Nostradamus passe pour un prophète, si ses prophéties sont exactes, si elles se réalisent enfin , nous vous demandons un peu ce que les philosophes ont à dire à ce sujet ? — Qu'ils y croient , ou n'j croient point, les prophéties n'en restent pas moins bonnes pour cela !
Quittons maintenant cette diatribe, et rapportons le jugement porté par le savant historien Bouche sur Nostradamus et ses prophéties. Quoique ces deux ouvrages se touchent ici, il existe cependant une trèsgrande différence entre eux.
Bouche , après avoir parlé , dans son Histoire de Provence* , de l'honnêteté et de la science de la fa-
■ Essai sur V histoire de Provence ^ par Bouche; 2 vol. in-40. Marseille, 1785. T. il, p. 68 et 69.
mille de Nostradamus > ajoute : « Cependant îl faut tout dire ; il y a quelques prophéties de cet astrologue qui sont frappantes. Telles sont celles^ par exemple , qui annoncent la révolution d'Amérique , la neutralité aïonée, la prise d^Âvignon et du comté Venaissin, les entreprises du prétendant sur TEcossc, les meurtres qui seroîent commis à Londres, pendant les règnes qui précéderoient et snWroient
Cromwell Les villes de Salon et de Saint-Remy
se sont disputé» long-temps^ rAonnear d'avoir donné le jour k Nostradamus. Salon ambitionna celui de posséder son corps après sa mort, et l'obtint. Le peuple de ce village est encore dans l'idée qu'il se fit enfermer tout vivant dans son caveau, avec une lampe, du papier, de l'encre, des plumes et des livres, et qu'il menaçât de la mort quiconque aurolt la hardiesse de l'ouvrir... Au retour de son voyage de Paris, la populace provençale le reçut comme on liomme extraordinaire; elle jetta des fleurs sur son passage et lui éleva des arcs triomphaux. Les monta» gnards lui envoyèrent des députés pour le consulter sur les fours heureux ou malheureuXy pour tagriculture. Si Nostradamus, observe judicieusement Bouche, eût été fripon on ambitieux, il pouvoit faire de plus grands progrès dans l'opinion publique. 9
Tel est le jugement d'un des plus savant hifloriens de la Provence !
TIOSTRilDlMUS. C)7
Comme nous pensons aToîr assez réfuté lés ailveisaîres de Nostradamns, nous allons terminer ce cha-^ pitre, en rapportant les divers )Qgemens de Chavîgny , d'Oner et de Ronsard sur la ?ie et les écrits de notre astrologue.
Aimé de Chavignj , l'aatear des Commentaires , des Piéïadcs et du Jamis galUcus; ChaTÎgn j, dont le nom a tant occupé les biographes (qui ne s'occupent généralement de rien) , est une autorité pour nous , quoiqu'il ait été disciple et grand partisan do doctear Nostradamus. Aimé de Ghavîgnj fit d'excellentes études ; il devint, à l'âge de 3o ans, docteur en droit et en théologie. Celui qui l'engagea à étudier l'astrologie judiciaire fut son ami, le célèbre Jean Dorat, sarantprofessenr de langue grecque. Il abandonna son pays^ ses traTauet la position brillante qu'il s'était faite dans le monde, pour étudier les calculs astrologiques, sous les ordres de l'illustré médecin de Salon. On dit qu'il passa TÎngt-hnit ans de sa vie à acquérir quelques connaissances en cette science, et que lorsqu'il mourut, en i6o4, âgé de plus de 80 ans, il était encore loin d'égaler son maître.
Dans son Jamisfranqois, il porte le jugement suivant sur Nostradamus. « M. Michel de Nostradamus, de nation prouençale, personnage bien lettré , et qui pour son sçauoir , bonnes mœurs et saincteté de vie a esté oongneu, fauorisé et honoré de trois roys ; et de nostre temps a esté excité et choisi par la bénignité et prooidence de ce grand Dieu pour déclarer aux humains sa volonté et prédire les grands change
gS WOSTBlDlMtJS.
mens qui nousestoyeDtprocheSf les ooonersîoos des empires et royaumes, te rcnoaaelleinciit des siècles , les guerres , Fes famines , les pestilences. » — Nous devons ajotiter que Chavîgny ëtaU, ponr son époque , an mathématicien très-distingué.
Un poète prorcnçal, nommé Ozîer, compatriote et contemporain de Nostradamus, voulant louer le poète Pierre Paul sur son livre intitulé La Barbouillade, imprimé à Aix , en iSgS, parle de tous les grands hommes nés à Salon , dans un quatrain fort original, que nous nous empressons de publier.
De Salon sont sourtit très de grand renoumado, Blicheu fCostradamut , aro tant ettimal; % Vn Adam de Grapo«DO, ingenicfor remarqsa»; Et Pierre Pau, qu'a fat aqiiHto Batbouaiado.
Nos lecteurs comprendront facilement, sans traduction, ce curieux quatrain du seizième siècle, écrit en langue méridionale.
Ronsard, le premier poète de son temps, quoi qu'en ait dit Boileau, appelle NostradanHis le prophète clioisi et reproche à la France son mépris pour l'un des hommes les plus extraordinaires des époques modernes.
Tu te moques aussi des prophètes que Dieu Choisit en tes ealans , et les faiet au milieu De ton sein apptrpoistre, a6n de te prédire Ton malheur aduenir; mais tu n'en fais que rire: On soit pc du gfood Dieu Tlmmensa éternité
KOSTBADABfUS. gg
Alt de NMtrâdamas l'enthousiasme excita ; Ou soit que du démon bon ou mauuais l'agite, Oa soit que de nature il ait Tame subite » Et entre les mortels s'élance iusqu'Aux- cieulx. Et de la nous redit des faicts prodigieux ; Ou soit que son esprit sombre et mélancolique. D'humeurs crasses repu, se rende fantastique ; Brief il est ce qu'il est, si est-ce toutes fois, Que par les mots douteux do sa prophète voix Comme m otade antique, il a de mainte année , Presdit la plus grand part de nostre destinée. Je ne l'eusse pas cru , si le ciel qui départ Bien et mal aux humains, n'eust esté de sa part.
Noos ne poassérons pas pi as loin nos recherches, et noas terminerons ici la liste des satires et des apologies.
i Voîlà Nostradamos : sa vie, ses saccès, ses travaax, et les divers jogemens por tes sur ses écrits.
Voilà rhomme qui est reste, pendant trois siècles, inconnu et méprisé !...
Il*
PBopHfcTBa; PROPHÉTIES»
tNTBODUCTIOlf.
Il fant ayotr yraiment da ooorage et de Tandace pour oser faire j en plein dix-neaviéme siècle , une dissertation philosophique et historiqae snr les pn>phètes et les prophéties ! Mais qui est-ce qui croit aojoard'hni à ces sortes de superstitions? comme disent certains esprits torts, dont le mérite consiste à ne rien savoir et à douter de tout. Des prophéties ? — Il n'y en a point de réalisables ! — Des
prophètes ? — Il n'y en a jamais eu. Comment poo- Tes-TOQS croire, ( pauvres intelligences vulgaires !), que des hommes , qui vous sont égaux devant ùi loi, puissent prédire ce que vous-mêmes ne pouvez comprendre?... -^ Où irions^ifouSy bon Dieu! s'il fallait attacher de l'importance aux prophètes et aux prophéties?
Voilà le langage que tous tiendront certainement les hommes qui se croient forts y supérieurs et impartiaux. Ils riront de votre faiblesse. ; ils vous accuseront de suivre une fausse route ; ils vous traiteront de (ov^j ^iî'v]sion49ii'0s, dittifminës, d'ignorans , de superstitieux.
A ces entêtes sceptiques (et ils sont nombreux par le temps qui court ) , vous pourrez répondre , en faisant apparaître la grande ombre de Machiavel, ce que ce profond politique , qui n'était certes pas superstitieux y disait dans son Discours sur Tite-Live, à propos de prophéties : « Je ne saurois en donnei ]a raison ; mais c'est un fait attesté par toute l'histoire ancienne et moderne, que jamais il n'est arriva 4^ grand foalheur dans une ville ou dans une pnn Y^pce 9 qui n'ait été prédit par quelques devins, oc ^opQacd par des révélations , des prodiges ou autres . fiigBe3 célestes. Il seroit fort à désirer que la cause eu fi&tidiscutée par des hommes instruits dans les choses «aturelleset surnaturelles} avantage que je n'ai point. U^peat se faire que notre atmosphère étant, coipmc l'mit cru certains philosophes , b^tf^par une foule d'esprits qui prévoient les choses futures par les loi?
ET PHOPBÉTIE3. lo3
mêmes de leur nature , ces intelligences , qui ont pitié des hommes , les avertissent par ces sortes de signes , afin (|u'îls puissent se tenir sur leurs gardes. Quoi qu'il en soit, le fait est certain, et toujours, après ces annonces , on voit arriver des choses nouvelles et extraordinaires *. »
Maobiavel n'est foint le senl qui se soit prononotS si ouvertement. Noos citerons dans le cours de ce chapitre des écrivains très*savan8 , des philosophes très-émdits , qui avaient aussi la faiUesse de croire à ces faits inerveilleux , extraordinaires^que personne ne peut expliquer. Sans aller plus loin , disons avec M. Charles Nodier, le plus spirituel de tons ïw penseurs : « Ce sont 1& certainement de très-grandes pauvretés de l'esprit humain ; mais il est difficile de se défendre de l'intérêt de curiosilé qu'elles excitent , quand ie hasard fait ooncoarir la prédic» tiond'on charlatan avee l'histoire , et, qui mieux est, avec Ja vérité. ' » — liest impossible d'être pins circonspect et plus adroit qne ne Va été ici l'auteur de JcanSôogaret du Roi de Bohént^.
Mais le plus grand philosophe religieux du dixncuviéme siècle, l'écrivain le plus profond des temps modemeSj. M. le comte Joseph de Maistre, n'a-t-il
* Discours sur TUe-Lke , i , 56.
s Mélanges lires dune petite bibliothèque, p^ir CM, Nodier; tn-8<>, 1829.
] o4 PE0PHBT£8
pas dit : «L'esprit prophétîqae est naturel à rhomme et ne cessera de s'agiter dans le monde... Mille expressions vous prouveront qu'il a plu à Dieu, tantôt de laisser parler l'homme comme il voulait, suivant les idées régnantes à telle ou telle époque , et tantôt de cacher, sons des formes en apparence simples et quelquefois grossières, de hauts mystères qui ne sont pas faits pour tous les yeux ; or, dans les deux suppositions, quel mal y a-t«il donc à creuser ces abîmes de la grâce et de la bonté divine , comme on creuse la terre pour en tirer de l'or ou des diamans? Plus que jamais nous devons nous occuper de ces hautes spéculations ; car il faut nous tenir prêts pour un événement immense dans l'ordre divin , vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée, et qui doit frapper tous les observateurs. Il n'y a plus d« religion sur la terre ; le genre humain ne peut demeurer dans cet état. Des oracles redoutables annoncent d'ailleurs que les temps sont arrivés. •• L'univers est dans l'attente. Gomment mépriserionsnous cette grande persuasion, et de quel droit condamnerions-nous les hommes qui , avertis par ces signes divins , se livrent à de saintes recherches *? »
A toutes les époques critiques ou irréligieuses le même fait s'est reproduit. On a douté de tout : de
» Soirées de Saint-Péieubours. T. ii, xi« Bniret. p.,3H, f|14-317,ëdit. del82a.
ET PROPBiTlBS. I05
Dieu, du bonheur présent et de la rîe future. On a i'Cnlé les praphètes et l'on a protesté bien haut contre les prophéties. Nous ne devons donc pas être surpris aujourd'hui st , depuis tantôt trois siècles , les écrÎTains ne croient plus à rien.
Mais il reste toujours y au milieu même de ces so^ . ciétés positives y sceptiques et philosophiques , des hommes qui ont pour mission de faire revivre les anciens systèmes religieux, ou, pour mieux dire, de ramener T^poir et la foi parmi les peuples. On ne voudra sans doute pas nous croire , et l'auteur (|ui a écrit les lignes suivantes restera peut-être incrédule, quand nous dirons que M. Pages , de TAriége , est un de ces hommes, et qu'il a accompli, conime M. le comte de Maistre ^ une noble tâche en traçant , dans le DictiQnnaire de la Convei'salion y un tableau très-tidèle des croyances de notre époque, et ei> les comparant à celles de l'ère philosophique des Romains : « Jamais , dit-il , l'esprit humain n'a répudié avec plus d'orgueil la vérité des miracles et la sincérité des prophètes. Je me trompe : Rome offrit une fépoque aussi déplorable. De Lucrèce à Cicéron , la reine du monde perdit sa foi religieuse; de Marins à César, le peuple-roi perdit ^A foi politlc|ue ; les dieux s'en allèrent , pub la liberté , puis la gloire , puis la nationalité : un tyran et des esclaves, voilà tout ce qui resta des vieux Romains! Tandis qu'elle tombait d'autant plus bas qu'elle était jadis m,ontée plus haut, Rome crut
pouToîr remplacer la religion par la philosophie , qui avait détruit la religion* Ici éclate rimpuissance de rintelligence humaine : la philosophie ne put lenir lieu du polythéisme (la plus misérable des religions) ; et le monde vécut d'incrédulité, de despo* lisme et de servitude , jusqu'au jour où la parole du Christ vint rattacher la terre au ciel... Nous tendons vers une pareille décrépitude, ajoute notre judicieux auteur, et un autre Christ ne saurait venir rajeunir l'univers et consoler l'humanité. * » — Changeons les époques , les noms du peuple et de la religion , et nous aurons un excellent tableau de l'incrédulité philosophique de notre siècle.
Comment voudrait-on que cela ne fût point aririvé, quand au seizième siècle, des hommes, au nom de la liberté , osèrent combattre l'autorité suprême de l'Église et du tronc, du Papô et du Roi?... — Chez les Romains , les institutions religieuses s'en allèrent avant les înstilulioos politiques; chez nous, la chute de la foi précéda colle de la féodalité. La liberté illimitée, ou plutôt cette lutte acharnée des petits contre les grands , du peuple contre la noblesse et le clergé , amena chez les deux nations Vcxamen qui engendra Vanaîyse et la défiance^ plus lard , la dissolution et la fin des deux sociétés. — T^rs iniprudens voulaient construire un nouvel
' Dtcltofinoir« de la Conversation, xlvj, p. 187.
orJre de choses 9 en protestant et en dëmoUs^ sànt!
Après Latber, après la personnification virante de la protestation , viennent Spînosa , Hobbes , Collins et Tolland , qai poussent la vieille et sainte autorité de rÉglise catholique vers la licence , la servitude, te désordre et la négation de Vinfîni. — Montaigne , Babelaîs et Lamothe-le-Vayer préparent , par le ridicule et le raisonnement, le terrain sur le((uel s'implantèrent les hardis philosophes du dix-huitième siècle , les Voltaire , les Rousseau , les Diderot , les d'Alembert , les Boulanger , les Heivetins les Volney et les Dupuis.
Comme on doit le penser, le passé religieux fut honni et méprisé. On se Bt un devoir de douter de ce qui n'était point matériel, ni "susceptible d'être raisonné , alambiqué, analysé^ et l'on rejeta loin du monde les prophètes et les prophéties. — Pfous craignons ta. le ridicule , que nous n'osons pas y à quelques exceptions près , braver les préjugés qui nous Lient ! Si quelques hommes sortent de Ja voie cwxxmune , des habitudes, de leur époque, et renr^.ânt justice à un passé qu'on dédaigne , vite on leur jette la pierre en les traitant d'ignorans et <|e fou3 ! r- O mon Dieu ! et c'eat l'analjse et l'examen qui nous ont conduits là!
Cet élan donné par les hommes supérieurs des seiiième et dix-septième siècles , eut un retentissement cffrA^rant. Lçs théoms protestantes , en des-
ic8 FAoraÉT&s
cendant dans les masses , passèrent yite à la prati* que ; et la Réyolation française réalisa ce qu'avaient prêche Luther, Calvin et le philosophe de Femey.
Qui donc alors se serait avisé de croire à la foi de nos pères ou de regretter le passé, quand l'éloquenco de Mirabeau soutenait les plus habiles parasses, et que la guillotine de Robespierre mettait à l'ifides tous ceux qui ne savaient point se conformer aox nouvelles idées républicaines !
Le sophisme, Terreur , le mensonge furent à l'ordre du jour. On détruisit la hiérarchie et l'on inventa V Égalité y mot superbe , mais vide et creux, qui n'a pas encore pu trouver son application, dans les sociétés modernes, heureusement pour les hommes de talent et de génie. La foi religieuse étant tombée , la foi politique^ ( qui ne vécut qu'un seul jour, celui de la fédération) tomba aussi; et la défiance entra dans tons les cœurs. Le peuple , qu'on voulait rendre libre,n'eut plus même la liberté de penser comme il le voulait, et de développer saintement les facultés qu'il avait reçues de Dieu. En revanche, il pouvait se tuer ou mourir de faim. — Belle perspective, en vérité !
L'intérêt personnel et l-égolsme devinrent des vertus. Le peuple, pauvre et seul, vivant isolé, ne devait plus penser qu'à lui. Cette affreuse maxime : « Chacun pour soi, » fut adoptée aussitôt par les hommes les plus honnêtes et les plus généreux. En
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soirant cette voie fatale , on arriva au panthëisme grossier, au bonheur matëriel, aux jouissances terrestres. Le âérouement ne fut plus qu'un mot. L'espérance disparut pour ne plus renaître. Il resta bien, cependant, quelques traces de cet esprit menreilleux, fort différent de celui qui anime aujourd'hui hos étiriTains ; mais on le traita simal, que personne n'osa le manifester. « Lorsqu'on est parvenu à ce déplorable état, dit encore M. Pages, dont nous sommes heurétix de pouvoir citer quelques passages, que peut-on dire des prophètes sans s'exposer à la risée de tous, au risque de ne pas trouver un regard qui vous rassure et une âme qui réponde à notre âme... De nos jours, l'esprit prophétie que est incompréhensible aux esprits tels que la philosophie du sensualisme et de l'égoïsme les a faits. Quand on répudie la prophétie et le miracle , on ne peut plus faire que de la science, et de la fausse et déplorable science... La science , froide et inanimée , manque de sentiment , d'âme , en un mot , seule puissance humaine qui rattache la terre an ciel. Aussi est-il curieux de la voir , armée de l'erreur , pénétrer dans ce champ sans limite du croyant, attaquer la foi passive comme superstition , la foi active comme fanatisme, et se servir du faux pour détruire le vrai, et du crime pour nier la vertu. Pour la science, tout est analyse; et ce qui ne laisserait pas un résidu dans le creuset ne saurait exister. Pauvre science !... C'est pourtant elle qui, sans la foi^ veut nous expliquer, depuis cent ans, ces mystères de Tin-
no PmOHUGTBS
fini, ces ténèbres de rinconnu, où Ton ne peut par- ▼enir que par rintoitlon. La science a vu des jongleurs , des médecins, des sibylles. C'est là qu'elle a trouvé les prophètes. Tout est mensonge , art d'empoisonner ou de guérir; tout est prestidigitation, illusion, fourberie ; tout est homme, rien n'est Dieu dans la religion. Moïse savait la fontaine qu'il fit jaillir du rocher ; Elie montait au ciel sur un char d'opéra.. • ïi^on, rien aujourd'hui, ajoute-t-il , ne peut être dit sur les prophéties, parce que rien ne peut être compris. L'oreille ne peot entendre, l'oeil ne peut voir, le cœur ne peut sentir. On appelle la religion comme un instrament dans les affaires publiques; on ne s'aperçoit pas du vide qu'elle laisse dans les âmes. • — Pourquoi tous les écrivains ne partagent4le pas les nobles opinions de M. Pages de l'Ariége! Combien nous serions heureux de les citer ici ; et combien aussi leurs lecteurs (car ils en auraient alors) éprouveraient de (oîe, de contentementetdc bonheur À les lire !... Nonssommes donc assuré d'avance que nos lecteurs, à nous, seront assez bienveillans pour noufit pardonner cette longue citation en faveur de son auteur.
Maintenant, nous le demandons aux sceptiques qui voudront bien nous suivre, si nonsetM. PagèsnV voDS pas admis leur fâcheux état , non comme, un vice de leur organisation native , mais comme une nécessité du milieu dans lequel iU se trouvent* Cependant, nous ne voulons accuser ni justifier leur aoctrine négative ; car ces messieurs poq)waie|4ir
BT FAorsiTifs. m
aussi bien qoc tant d'antres, croire â on avenir meilleury et chercher à rëgnlariser ce qui est.
. Certes , si les hooimes qui conduisent les sociëtës, et nous parlons ici des hommes d'intelligence et non des gooTemans, en étaient arrivés à ce degré , les sociétés,qui végètent an jourd'hui ou meurent en languissant , prendraient un nouvel essor. Nous aurions alors un plus grand respect pour toutes ces sciences secrètes, mystérieuses , incompréhensibles, que les peuples crojans ont adoptées sans raisonnementy sans calcul^ sans examen.
m rBOPBfcTSs
DS l'bSPKIT PKOPHiTIQUB.
Lessavans et les philosophes de ces derniers temps, en voulant imiter, probablement, ceux de Tantiquité, ont fait de l'homme une machihe purement matérielle, TÎTant et pensant au moyen de certains organes que les uns ont cru trouver dansFestomac, les autres dans la tête. Us n'ont tenu aucun compte des facultés cachées qu'ils ne pouvaient comprendre ; et au lieu d'élever la nature humaine jusqu'à Dieu , ils l'ont fait descendre jusqu'à leurs faibles connaissances scientifiquesi
Vous nous direz, sans doute^ ô savans ! que vous ne pouvez admettre que ce que la science vous permet d'examiner.Mais votre science,où en est-elle arrivée ?
— à nier la moitié de la vie ; à se demander ce qu'est le sentiment , Tâme , la végétation des plantes qui couvrent la surface de la terre, l'étoile qui brille au firmament , l'espace , le temps , la foi et Dieu !
— Mais votre science ignore ce qui constitue la respiration , la circulation , la génération ; ce qui produit le magnétisme, le somnambulisme, la peste, la grêle, les aérolithes, etc., etc.... Comment! elle ne sait rien de tout cela , et elle se dit science ! Et
ET PROPHlftTIBS. 11^
VOUS , messîenrs , qnî êtes ses humbles serTÎteurs, ▼ODS osez traiter les phënoinèncs secrets de Tâmc, les manifestations spirituelles de notre être, les mystères de Diea enfin, da haut de votre grandeur, comme s'ils étaient indignes de tous ; comme si vous étiez, à l'aide de vos chiffres, <le vos équations, de vos théorèmes, bien au dessus d'eux !.... Inclineaovous donc, savaus, devant ces prophètes animés de l'esprit de la Providence ; inclinez-vous, sceptiques, devant ces hommes remplis d'espérance et de foi; car ils vous dévoilent les 'secrets de l'avenir , tandis que vous, avec toute votre science, vous ne pouvez seulement pas nous dire ceux du présent et du passé ! . . .
L'homme est, jusqu'à présent, resté inconnu aux raisonneurs sous un de ses aspects. On dit bien que Textase , l'enthousiasme, la vision, se produisent au moyen de certaines circonvolutions du cerveau. Mais qui donne à ces circonvolutions la puissance de se manifester ? — l'essence, l'âttie, la vie. Et comme on ne sait pas ce quQ ces trois mots veulent dire, on reste dans la même ignorance. L'aspect spirituel , immatériel , intangible et inrxami* noble de l'homme , si nous pouvons qous exprimer ainsi, est encore un mystère pour les savans. Si quelques-uns de ces derniers veulent amener la discussion sur ce terrain, ils créent des mots bizarres , ils écrivent des phrases insignifiantes, ils font des livres incompréhensibles, sans faire faire, pour cela, on pas de plus à la question.
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Too5 les hommes qui ont en dans le cOéar de la foi et de Tespoîr ont fldtri cette science froide » sceptique ^ matërielle et incomplète \ cette science mathématiqne qui veat tout prouTer, tout raison*^ ner, tout embrasser, elqni ne prouve, ne raisonne, n'embrasse jamais rien. «^ M. le comte de Maistre, dans Touvrage que nous avons citë précédemment , parle en ces termes de la science moderne et de ses partisans : « La force des choses a contraint quelques savants de l'école matérielle à faire des concessions qui les* rapprochent de Tesprlt ; et d'autres, ne pouvant s'empêcher de pressentir cette ten-* dance sourde d'nue opinion puissante, prennent contre elle des précautions qui font peut-être, sur les véritables observateurs» plus d'impression qu'une résistance directe. De là leur attention scrupuleuse à n'employer que des expressions matérieU les. Il ne s'agit jamais > dans leurs écrits , que do lois mécaniques » de principes mécaniques, d'astro^ nomle plijrsiquei etc. ^ etc. Ce n'est pas qu'ils ne sentent à merveille . que les théories matérielles ne contentent nullement l'intelligence ; car s'il 7 a quelque chose d'évident, pour l'esprit humain non préoccupé , c'est que les mouveniens de l'univers ne peuvent s'expliquer par des lois mécaniques; mais. c'est précisément parce qu'ils le sentent, qu'ils mettent» pour ainsi dire, des mots en garde contre des vérités. IiCS savans européens sont dans ce moment des espèces de conjurés ou d'initiés , comme il vous plaira de lès appeler^ qui
£T FBOraiTlES. Il5
ont fait de la science ane sorte de monopole , et qui ne veulent pas qu'on sache plus ou autrement qu*enx.Mais cette science sera incessamment honnie par une postérité illuminée , qui accusera înstement les adeptes d'aujourd'hui de n'avoir pas sa tirer ydes vérités que Dieu leur avait livrées, les conséquences les plus précieuses pour Thomme* »
Ainsi donc , en sulvaqt le raisonnement de M. le comte de Mal&tre, d'après l'état dss sciences , ou , pour mieux dire , d'après les idées sceptiques que les savans ont répandues dans les massée , les propbétlesy quelque bonnes qu'elles soient, ne penf ent être acceptées aujourd'hni.^Les Apôtres et les Pères de rÉglise. avaient^ eux-mêmes, teHement pressenti cette incrédulité futur», que saint Pierre disait i « La prophétie est un flambeau qui nous sert de guide dans un lieu obscur , jusqu'à ce que le jour» venant à luire, dissipe entièrement les ténèbres. » Et Isaïe • « Ecoutes , et ne comprenez pas. »
Parlons de l'esprit prophétique et des prophètes.
On compte généralement trob espèces de pro-> phétes : — Les premiers prédisent l'avenir en inter» i prêtant judicieusement le passé et le présent , et en tirant une cons&juence logique des événemens coo« temporalns. €es prophètes , nous n'avons pas besoin de le dire, ont toujours été assez nombreux ; pour le devenir, il suffit d'être logicien et de juger une époque avec impartialité. — - Les seconds , arrivent au même résultat à l'aide du somnambulisme
1 l6 PROPflÊTES
naturel ou magnétique « deâ apparitions noclurnej et des visions. -— Enfin , les troisièmes , rëYëlatears inspires de Dieu, annoncent religieusement hs érénemens futurs avec mystère ( comme les oracles antiques )^ maîé aussi avec certitude.
Abraham , Jacob et Isa^e eurent des songes et des visions. Saint Pierre tomba en extase. — « La voie la plus ordinaire, dit le ilavant dom Calmet, ëtoit rinspiration , qui oOnsistoit à éclairer Tesprit et à exciter la volontié des prophètes, afin qa'ils publiasseat ce que le Seigneur leur disdtt intérieuremeut. C'est en ce sens qae nous tenons 'pour vrais prophètes et pottr réellement inspirés tons les écrivains deé livres canoniques , tant de TAncién que du Nouveau Testament *. »
Il y a encore la prophétie par le calcul , qui n*cst seulement ;qu!une prédiction. Celle-ci annonce les choses naturelles et les événemens futurs au moyen d'observations naturelles ou mathématiques.
Un astronome prédit les éclipses ; un pilote prévoit uqe tempête ; un médecin annonce les crises d'une maladie, sans qu'ils soient pour cela prophètes^: Un homme habile peut présager de loin certaines-révolutions, et «n parler avec certitude sans être , le moins du monde, inspiré de Dieu.
< DiaêriatiùM , ^t peuvent $ervir de Proligomènu à L4^triturè Sainte, par le R. P. D. Aa0Ufttiii C«lmet. ioJf*>. rarU,.l720, t. il.
BT JPAOI>liBTi£S. | 1 7
La fK'opliétiepropreinent dite , écrivait un savan^ théologien, est une prédiction des actions libres que les bomni^ Cefon^ c|afit telle ou telle circonstance. Dieu «enl peut les connaître , surtout lorsqii'il es^ question d'I^pm^nes qui n'existent pas encore : lui seul peut les révéler '.-r-Mais pour qu'une prophétie prouve par eUe-méme que celui qui Ta faite est bien inspiré, il faut qu'elle ait été écrite ou connue avant révépemeot prédit, qu'elle se réalise en tous points 9 et qu'enfin cet accomplisâement ne puisse être attribué au hasard. Elles np sont pas des prophéties > dit encore labhé Bergjcr, les pré-^ dictions faites en Tair, qiii cependant se réalisent quelquefois , parce que ks événeibens qu'elles annoncent étaiaat dans Tordre de la possibilité , peutêtre même de la probabilité. Il faut donc , pour constituer une véritable prophétie, que la chose prédite Tait été avec certitude. — On ne nous reprochera pas de vouloir surprendre la bonne foi de DOS lecteun*
Eh bien ! voyons maintenant coiAment les philosophes du dii-huilièitte siècle ont prétendu réfuter les prophéties. Four que Ton ne nous accuse point de partialité dans notre choix , nous prendrons le plus consciencieux tV entre tous les encyclopédistes; celui qui.irayant pas toul-Wall cessé de croire^ lutta long-temps avec ypltaire, et qui, plus tard;
• DietionnafTê de T/iéologie, par fabbé Ber(jîer. t. vi, ra{j. 23.
ii8 raopai^TBs
fut conduit aa suicide par ie doute et l'isolenient )-— Jean-Jacqnea Rousseau.
Dans son Emile , le célèbre philosophe de Ge^ nève n'a pas craint d'ëcrire i'absurditë soirante : « Aucune prophétie ne saurait faire autorité pour moi , parce que , pour qu'elle la fit , il faudrait trois choses dont le concours est impossible^ savoir : que }*eusse été témoin de la prophétie , que je fusse témoin de révénement y et qu'il me fût démontré que cet événement n'a pu cadrer fortni* temefit avec la prophétie ; car, fût-elle plus précise y plus claire , plus lumineuse qu'un axiome de géométrie, puisque la clarté d'une prédiction ùàtn au hasard n'en rend pas l'accomplissement impossible , cet accomplissement , quand il a lieu , ne prouve rien, à la rigueur, pour celui qui l'a prédît*.»
Ce n'est pas J.-J. Rousseau qui a dû écrire cela ! ... Comment lui , a-t-il pu tomber dans de si graves erl'eurs, et faire un raisonnement si faux, si déraisonna* ble et si facile à réfuter !
Mais puisque nous soutenons chacun notre opinion avec la meilleure foi du monde , tâchons de savoir lequel de nous deux a raison.
J.-J. Rousseau commence par dire que, pour croire à une prophétie , il faut en être non-seulement témoin , mais encore témoin de l'événement
t Èmilt. Liv. iv, t. Jii, p. 23 el 24. Édit. de 1793.
ET PAOPaCTIES. iiQ^
qu'elle aurait prédit. Tri»-bien! Ed suitant ce raisonnement, il n'y a plqs d'historiens et d'histoire ; il n'y a plos dans le passé ni peuples , ni ' cités, ni cbels de nations cMoise, Jésos, Mahomet , Alexandre-le*Grand , Ànnibal 9 Joies César et Gharlemagne ; Homère , Virgile et Horace ; Hippocrate et Galten ; Arcbimède et Newton ; Phi. dias et Apêlles , sont des types inventés àplaisir ; des indiTidaalités qui n'ont jamais existé : et la preuve , c'est qu'on ne les a jamais tus ; c'est qu'on n'a jamais été témoin de leurs actes , de leor science , de leur courage. Pitoyable logique ! i— Alexandrie , Spartes et Rome n'ont jamais été le berceau des trois plus grands peuples de l'anti^ quité 9 des Egyptiens y des Grecs et des Romains ; et la preuve , c'est que nous n'avons jamais été té" moins de ce que nous racontent, à ce sujet, Hérodote, Dlodore de Sicile^ Polybe et Tacite. — Les guerres , les pestes, les famines , les découvertes) les sciences, les arts, les lettres, l'industrie des anciens , tout cela n'est que mensonge et supposition ; et la preuve , c'est que ni nous , ni J.-J.- Rousseau, n'avons été témoins de ces faits historiques. — La défiance ne pouvait être poussée plus loin. Chose étrange ! Rousseau accepte Thaiès, Socrate, Aristote, Platon et les autres philosophes de l'antiquité 9 et il n'admet point Daniel, Ezéchiel, Isaïe et les prophètes hébreux. — Cependant il n'a pas plus coimu les uns que les autres !
Si cette fausse doctrine eût été duivie, Thistorieif
cVane époque se serait cm plus grand,plas digne de foi, que tous ceux qui Tauraient précédé; car, n'ayant été témoin d'aucun fait ancien, il aurait été forcé de nier le passé, mais sans jamais (chose inouie! ) pouToir affirmer le présent.— Quelle cruelle atternâtive! Et comme l'histoire eût été facile à écrire si l'on avait suivi à la lettre, les sages conseils de ces messieurs !
A ce sujet , M. l'abbé de Lamennais pense avec autant de logique que d'esprit, quec s'il est, en effet, permis de douter du témoignage général des hommes quand ils affirment qu'un autre homme a dit ou écrit que le soleil cesserait de se lever l'an prochain , il est également permis de douter de leur témoignage, quand ils affirment qu'un homme a dit ou écrit que le soleil s'est levé l'an dernier. Que si TOUS supposez, dit-Il, que les sens d'un grand nombre d'hommes ont pu les tromper en cette circonstance, qu^il est possible qu'ils aient cru voir ou entendre ce qu'ils n'ont ni entendu, ni vu; sur quel fondement prétendrez- vous que vous ne pouvez être vous-même trompé par vos sens ; que leur rapport est toujours fidèle ; que, seul d'entre les mortels y vous voyez réellement ce que vous croyez voir, vous entendez ce que vous croyez entendre ; et que la certitude , refusée au reste du ^enrc humain, est un privilège personnel qui n'appartient qu'à vous ' ? »
S Oeuvres complètes de F. de Lamennais, t. iv, p. 183.
ET PttOFHÉTlfiS. 134
Si Roasseau eAt entenda ces paroles , qa'aarait*il rëpondo? — Qu'il a commis une grande împradence en attaquant un sujet réellement inattaquable. Mais qui nous empêche, à notre tour, de douter du passage que nous avons cité plus haut , et de dire qu'il n'est pas de J.-J. Rousseau ? Est-ce que nous étions» là quand il Ta écrit ? Est-ce que nous pourrions témoigner, sans crainte de nous tromper^ qu'il n'a pas été fait par un autre écrivain, et intercalé à detôein dans cet ouvrage ? — Cette défiance est ridicule et absurde, nous le savons \ mais elle vaut bien celle de Rousseau et de ses partisans , à l'endroit des prophéties.
Ecoutons encore M. de Lamennais. Il prouve l'absurdité de la proposition de J.-J. Rousseau : « Outre la condition d'être témoin de la prophétie et de l'événement qu'elle annonce, dît-il, Rousseau veut encore qu'il lut soit démontré que cet événement n'a pu cadrer fortuitement avec la prophétie parce que la clarté d'une prophétie faite au hasard, n'en rend pas l'accomplissement impossible. D'où il suit que , selon Rousseau, on ne saurait être certain qu'une prédiction est réellement prophétique que lorsque son accomplissement est impossible. Ainsi, d'un côté, s'il 7 a prophétie, il est impossible qu'elle s'accomplisse, c'est-à-dire qu'il n'y a pas prophétie; et d'un autre côté, s! elle s'accomplit , ce n'est pas une prophétie, puisque l'événement prouve que son accomplissement était |)0ssible... N'admirez* vons pas
l^% PAOPHàTBS.
cette poÎMante logîqae?a ajoute fort splrltaellement M* de Lamennais.
PoorsoiTons à notre toor cette rëfntation ; — - « Une prophétie qai serait plos claire^ plos précise» pins lamîneuse qn'un axiome de géomëtriey et se réaliserait en tous points , ne prouTerait rieu) à la rignenr , pour celni qai l'a prédite. C'est RouaMau qai parle. Qae yoaleK«Toas , mon Diea, que noos répondions à cela ! Rien ; car, si une prophétie noos annonce , comme celle de Naham par exemple , la destraction de Ninire , alors que cette opulente capitale de l'Assyrie était dans toute sa spteitdeur ! ; si une autre prophétie » comme celle de Jé-
' Toutes les prophéties sont vraiment extraordioxires.
Le prophète Nahum arait prédit, ( Ch. i, v. 8, et cb. ii, v. 6 et 8) : a Les portes des fleuves se sont fondues... Ninive a été comme uo vivier d'eau.... il viendra un débordement qui réduira son lieu à néant. » Eh bien I cette prophétie s'est réalisée en tous points. Diodore de Sicile nous apprend qu'après un siège inutile de deux ans, la rivière, grandie par des pluies eofitînuelles, inondais ville, renrersa un pan de muraîl.'js et ouvrit un chemin à rennemî. Le roi, désespéré, fit élever an immense bûcher, et jrhrAla toutes ses richesses.
a L'Éternel réduira a^a lieu à néant, lyoute Nahum; la détresse n'y retournera pas une seconde fois qu'elle ne soit toute vidée et re vidée, même toute épuisée... Il étendra aussi sa main sur l'aquilon ; et il détruira l'Assyrie , et mettra iVimue en detolaiùmenun lieu aride comme un désert. » (Gh. i,v. 8, 9; XI , V. 10. ) Cette prophétie est encore surprenante ; car Lvolcn, qui était originaire d'une des villes lituées au bord de l'Euphrat»,
ET PAOFBBTIBS. 123
rémie , prédit la raine de Babjlone', quoique {amais ▼illenesemblAtdoQner on plofl formel démenti aux écrits des prophètes! — En eflTet, Babjlone, à cette époque , était Tune des menreilles du monde ; Bahylone renfermait dans sa magnifique enceinte le célèbre temple de fiélus, le plus somptueux qui lût alors; et des jardins suspendus dont les terrasses s'élevaient à plus de deux cents coudées y des . quais dallés en porphjre , des maisons de plaisance en stuc et en marbre, des rues yastes, aén^s et spacieuses y des statues en or massif, et une population riche et henreuse , couverte de soieries et de diaman», portant des joyaux en nacre, en ivoire, en
nous, usure que de son temps ( au second sièele ) l'einplaceraent de Ninive ne formait plus qu'un immense désert. ( Voir pour plus de détails V Histoire de V Ancien Testament, de M. l'abbé James, t. ii, paç. 51. )
* « Je réduirai Bahylone en des désolations étemelles... De grands rois et de grandes nations Tassujétiront... Elle sera toute la dernière entre les nations; elle sera un désert, un psgrs sec, une lande. Elle ne sera point babitée à cause de Tindignation de rtlarnd ; elle ne sera tout enliére quedésoiation. Qaiconqne passera près de Babylone sera étonné, et lui insultan à cause de toutes ses plaies.... Les bétes saa?agea des déserta avec celles des lies j babiteront aussi; et elle ne sera Jamais plus habitée. On n'y demeurera point à quelque temps que cela soit, a (Gh. zxxvet l. ) — Tout le monde sait que Btbylone ne forme plus, aiigpurd'hiu, qu'un amss de décombres; que penonne ns rbibita, sC qne les bétes lauTs^es seules y ont établi leur repaire.
1^4 raopasTES
argent et en or.... Cette rille pouTaît-elle, aax yeux des honimt's sapëriears «t des esprits forts da temps, jêtre jamais dëtraite ? — Si le prophète Isaie, après avoir prédit la mine de Babylone , ëcrlt i6o ans, environ, avant l'événement, quo cette ville sera assiégée et prise par Graus, Venvoyd du Seigneur; et qu'il donne jusqu'au nom du vainqueur , plus d*un siècle et demi avant sa naissance ' ; si le prophète Addo annonce la venue de Josias l'an du monde ilooa *; et si enfin Ezéchiel pro-
■ a Le Seigneur dit, en parlant de Cjrus : C'est mon etwoyé, il accomplira toute ma volonté..... Ainsi a dit l'Etemel k «on envoyé Cyrus, auquel les rois ouvriront leurs portei. j» ( Cb. uiv, 28, ILT, 1 etsuJT. )
* L'an du monde 4002, ou avant Jésus- Qirist 062» loraqoe Jéroboam, premier roi d' Israël, promulguait, dans une asienblée générale k Béthel , une loi qui proscrivait le culte du ▼rai Dieu et établissait l'idolâtrie , le prophète Addo , venu de Juda, lit entendre cet oracle au moment même où Jéroboam brûlait de Tencens sur l'autel du veau d'or : « Autel, autel» voici ce que dit le Seigneur : Un fils natlra de la race de David , il sera nommé iosias ; il immolera sur toi les préires des hauts-lieux qui l'encensent , et on brûlera sur toi des o«emens d'hommes. » — La vérité de eut oracle' si remarquable , dit M* l'abbé James , fut prouvée au moment même par un double prodige; on demeura incrédule, ce qui ne doit pas nous surprendre, puisque , étant, pour ainsi dire, lémoine de miracles bien plus éclatant, il y a néanmoins des incrédules parmi nous. La prophétie d'Addo était claire , ajoute-t-il : elle anoonçaitla naissance d'oorpersonnage qu elle nommait JostAS,
ET fROPUÉTIES. 125
phëtîse qae Sédécîas sera le dernier roi de Jada, et qu'il n'y en aura point d'autre de la postérité de
et faisait également d aTanee son histoire. Or, trois cent quinxe ans après, Idida, femme du roi Amon, desoendaot de Darid, mit au monde nn fils qui fut nommé JoficUt.. Ce prince, k^é de huit ans, monte snr le trône... Paryena à sa Tingtième année, il déclare hautement la guerre à l'idol&trie .. Arrivé à Béthel , son premier soin est de ùân arrêter les prôires du culte étabU par Jéroboam ; et aussitôt fl fait exécuter contre eux, sur Tautel même destiné aux abominations de ce culte, l'arrêt de mort décerné par la loi de Moïse... Il aperçoit les sépulcres oà étaient renfermés les ossemens des prêtres de ce même culte , morts depuis son origine. Un de ces tombeaux frappe ses regards : a Quel est ce monument?demande-t-il aux citoyens de a Béthel. — C*est, lui répondent- ils , le sépulcre de lliommo a de Dieu , qui vint de Juda lors que Jéroboam inaugurait le » culte du veau d*or, et qui annonça l'immolation que tous to- » nez de faire sur Taotel de Béthel. 0 Le jeune réformateur parcourt ensuite aTec le même sèle les dix tribus, détruisant les hauts-lieux, les idoles et leur culte partout oà il les rencontre... Intolérant comme la Térité, impitoyable comme la loi, il ne ménage ni les dieux de Verreur, ni leurs prêtres, ni leurs prophètes : il les traite les uns et les autres, morts ou Tirans, comme H a traité ceux qui éUieut h Béthel... Certes, Josias, fils d'Amon , est bien le même personnage que celui dont le pro« phète Addo avait prédit la naissance. Ce qui est plus extraordinaire, c'est le sèle pour cette grande réforme, et même le nom , prédits environ trois cent quarante ans avant l'entier accomplissement dea oracles. ( Histoire de V Ancien Testament , pu l'abbé A. F. Jamcb, tome 11, pages 42 à 40.)
Il6 PROPHÈTES
OaTÎd, josqa'à la yeniiedo Christ ' ; doateres-Yoas encore, et noos rëpondrez-Yons qa'en Térité « cela ne prouve rien , à la rigueur y pour celui qui l'a
prëdit» ?
Maintenant, si d'autres prophètes hébreux , bien antënenrs au Christ , annoncent rayënement de ce divin libeVateur des esclaves et toutes les circonstances particnlières de sa vie , de ses souffrances et de sa mort ; si nous vous disons que Jacob écri-
1 Esdcbîe) avait prédit que.Sédécias lerait le dernier roi de Jiida f et qu'il n'y en aurait pas d'autre de la postérité de Da« ▼id Jusqu'à la venue du Christ. Voici comment s'exprime , à ce sujet, U. l'abbé James : « L'an 4373 (ou 591 ans avant J.-C), c'est-à-dire quatre ans avant la captivité de Babjlone, Ezécbiel prédit que la couronne sera 6tée à Sédécias et ne sera, plus portée Jusqu'à ce que soit venu le temps ou Dieu la don* sera à celui auquel il la destine » au Messie môme. « Et toi, Sédécias, toi, prince impie d'Israël , toi dont le jour est vemi, et dolit l'iniquité est montée à son comble» voici ce que dit le Sdgneur : OUx*lui H bandeau royal; ôte%4ui la couronne; eetiê couronne ( telle qw je Vai donnée, et non pas telle que je la reprends) est faite pour élever celvi qui est humble et pour terrasser le superbe. Elle est inique, per^ fide, perverse; je la mettrai à V écart. Elle sera mimé comme si elle n*eûl jamais été, jusqu*à ce que tnenne ce* LUI à qui elle appartient de droit étemel {ou celui à qui appartient le jugement), Cest à lui que je la remettrai . » Cette prophétie a un rapport frappant avec celle de Daniel (1, 17 et suiv. ; et II , 1 à 44)... U couronne, dont Bédéciaa lut privé, ne fut rendue qu'à JAsus-Cbaibt » à qui
ET PAOrUBTIES. 12J
vit qu'an Messiîe naîtrait âe* sa race * ; qa'Isale prë« dit la natWîtë du Christ et ses persëcatî<ms * ; que Daniel annonça que l'envoyë de Dieu serait* mis à mort après soixante-stiL semaines, et quatre* eent quatre-vingt-dix ans après la reconstruction de Jërusaleiti '; et qu'enfin Malachie assura que ce Messie viendrait dans le second temple qne les Juifs rebâtissaient alors ^; nous rëpondres-vons encore que cela ne prouve rien ?...
Si ces faits ne peuventronsconvarncre,— eten vods pariant à vous , illustre écrivain, nous eroycNis nous adreaser à tous les sceptiques de notre époque ; «-^ écoutez un philosophe ; oui , un philosophe plus savant, plus profond, plus logique que J.-J. Rousseau, notre adversaire. Ecoutez Pascal : « La plus grande des preuves de Jfësus-Christ , dit-il, ce
« Dieu {Lue, 1 , 32)à donné le trône de David, ion père , » et qui fat reconnu pour roi dlsraél par tout ]e peuple quelques jours afunt que d*autref prophéties eussent leur aooompUisement dans le terrible drame de le Passion. Ainsi, la prophétie d*Ezécfaiel , en ce qui regarde le Christ , fut faite plus de six cenli ans evant son accomplissement. (Hï#f« de l'Ane, Test. , par M. Tabbé James , tom. ii , p. 73. )
* Le sceptre ne sera point 6té de Juda, et fl y aura toujouis un chef de sa race, jusqu'à ce que Tienne l'Envoyé, ou Christ^ qui rassemblera les peuples, ( Gen, eh. XLii, r. 8. )
* leeXe, di. vu, v. 1. un.
> Daniel, ch. ix, ▼. 84, 25, 26.
^Maîaehie, ch. m, t. 1.
ISl8 PROPttfeTES
sont les prophéties. C'etft aussi à quoi Dîea a le plus poarTO ; car l'ëTënement qui les a remplies est un miracle subsistant depais la naissance de l'Église jusqu'à la fin. Ainsi Dieu a suscité des prophètes durant seize cents ans ; et pendant quatre cents ans après , il a dispersé toutes ces prophéties y arec tous les Juifs qui les portoient y dans tous les lieux datnonde. Voilà quelle a été la préparation à la naissance du Christ , dont TÉrangile devoit être cru par tout le monde ; il a fallu non-seulement qu'i( y ait eu des prophéties pour le faire croire , mais encore que ces prophéties fussent répandues pour }e faire embrasser. Quand un seul homme auroif fait un livre des prédictions de Jésus-Christ pour le temps et pour la manière y et que Jésus-Christ seroit venu conformément à ces prophéties : ce seroit une force infinie. Mais il j a bien plus ici. C'est une suite d'hommes , durant quatre mille ans , qui, i^anstamment et sans yariation j Tiennent « l'un ensuite de l'autre , prédire ce même événement. C'est un peuple tout entier qui l'annonce , et qui subsiste pendant quatre mille années 9 pour rendre encore témoignage des assurances qu'il en a , et dont il ne peut être détourné par quelques menaces et persécutions qu'on lui fasse. Ceci est tout autrement considérable K »
I Penséet de Pascal, t. 11, ii« part., art. xi, g 2, p. 108 et 110.
ET FROPBiTIBS. I2g
XloQsseaD a eu , selon nous , très-tort de ne point croire aux prophéties quand tant d'autres auteurs, philosophes comme lui , y ont ajouté foi. Certes , il ne se serait pas compromis en imitant certains sa vans de Tantiquité , et il aurait peut-être écrit un bon livre de plus. Tite-Live , Philon, Machiavel et beau* coup d'historiens qu'il serait trop long de citer ici , avaient aussi la faiblesse de 4ïe pas rire des prophéties. Cicéron disait fort naïvement : « C'est une opinion très-ancienne , descendue des temps héroïques jusqu'à noas y et affermie par le consente*» oient du peuple romain et de toutes les nations, qu'il :3xistc,parmi les hommes, une certaine divination, que les Grecs appellent d'un nom qui signifie le pressentiment et la science des choses futures. Chose magnifique et salutaire ! si elle existe réellement , et qui , plus qu'aucune autre , rapproche notre nature de la nature divine... Or, je ne vois aucune nation , si polie qu'elle soit , ou si savante ou si grossière et si barbare > qui ne croie que l'avenir est annoncé ; que plusieurs le connaissent et peuvent le prédire ^ » — Oui , c'est Cicéron, le sceptique orateur romain qui a écrit cela !
M. le comte de Maistre > dans son bel ouvrage des Soirées de Saint-Pétersbourg , nous donne , sous une forme poétique, la possibilité du don de prophétie chez certains hbmmes doués de facultés
* Cîcëro. D« Divinat. lib. i. cap. i.
1 3 j i^aopHETes
inconnues ; « Comme les poètes, dît-il , qui , jusque dans nos temps de faiblesse et de décrépitude , présentent encore quelques lueurs pâles de Tesprit prophétique j qui se manifeste chez eu$ , par la faculté de deviner les langues et de les parler purement avant qu'elles soient formées , de même les hommes spirituels éprouvent quelquefois des momens d'enthousiasme et d'inspiration qui les transportent dans ravenir, et leur permettent de pressentir les événements que le temps mûrit dans le lointain. » — Quelques pages plus loin, ce pix)fond écrivain, s'adressant à son noble interlocuteur^ lui dit ce que nous adresserons , nous , à J.-J. Rousseau et à ses entêtés partisans : « Contemplez ce lugubre tableau ; joîgne^j l'attente des hommes choisis > et vous verrez sî les illuminés ont tort d'envisager 9 comme plus ou moins prochaine, une troisième exploration de la toute-puissante bonté, en faveur du genre humain. Je ne finirais pas , si je voulais rassembler toutes les preuves qu'ils réunissent pour justifier cette grande attente. Encore une fols , ne blâmez pas les gens qui s'en occupent , et qui volent dans la révélation même des raisons de prévoir une révélation de la révélation. Appelez, si vous le voulez, ces hommes ^illuminés; je serai tout-à-f ait d'accord avec vous , pourvu que vous prononciez le nom sérieusement. » Nous croyons avoir suffisamment prouvé que le sentiment de J.-J. Rousseau, touchant les prophéties, était celui d'un écrivain dominé par la
IT FnOPHÉTISS. ]3l
passion de la réforme, et jugeant les fait$ religieux plutôt en sopbble qu'en vrai philosophe.
Mats pour compléter cette réfutation, et aussi pour édairer nos lecteurs sur un sujet qui n'a pas encore été traité jusqu'à présent , nous allons rap* porter quelques prophéties extraordinaires , tirées de THistoire.
Tacite , au livre V de ses Annales, raconte une anecdote fort curieuse* Tibère , avant d'être empe^ reur, dit-îi, ne croyait ni à l'astrologie judiciaire, ni aux prophéties. Il se plaisait surtout à faire mettre k mort les aistrologues et les devins. Il avait construit sur le haut d'un rocher une espèce d'observatoire i et il fallait « pour y arriver, suivre un chemin étroit, liordé à droite et à gauche par d'affreux précipices. Toutes les fols qu'il appelait un de ces soi^-disant prophètes , et que celui-ci ne lui disait pas la vérité , tlle jetait dans le gouffre. C'était là un de ses plus grands plaisirs. Un des amis de Tibère luiayant parlé d'un astrologue nommé Thrasjle qu'on disait fort habile, et surtout fort modeste> ce qui est encore plus rare ; Tibère le fait venir et lui demande ce qu'il sera un jour.
— Empereur» répond aussitôt Thrasyle*
— Mais qui te l'a appris ?
— L'astrologie.
— Alors , puisque tu es si savant , dis*moi si te dois bientôt mourir 7
L'astrologue se met à l'œuvre , calcule ; puis toutcoup chancelé et pâlit.
l3o PROFIIÈTEI
— Qo'as-tu la donc ?
— Seigneur, ma vie est menacée f et rouB avec l'intention de me faire périr.
Le tyran , étonné , i'embrasse et lui fait grâce.
Tibère étant devenu empereur, Thrasyle resta toujours son confident et son ami.
Cicéron rapporte que deux amis, voyageant ensemble, arrivèrent à la fin du jour à la ville de Mégarc. L'un d'eux alla loger dans une bôtellerie , l'autre chez un Mégarien de sa connaissance. Pendant la nuit, le second voyageur crut voir en songe son compagnon de voyage qui le suppliait de venir à son secours, parce que son hôte voulait le tuer* L'impression que lui fit ce rêve le réveilla d'abord ; mais il sie rendormit aussitôt, persuadé que ce n'était qu'une vaine illusion. Une heure se passe , et son ami lui apparaît de uouveau : il lui annonce (|ue le crime est consommé, et que son hôte , après l'avoir assassiné, avait caché son corps sous du fumier. Le mort le priait en outre de se rendre de grand matin à la porte de l'hôtellerie, avant que son cadavre n'eût été porté hors de la ville. Troublé par cette vision terrible, l'ami se lève, court à l'hôtellerie, et trouve sur son passage un individu prêt à emmener un cbariot ; il lui demande ce qu'il va sortir dans sa voiture : le charretier se trouble et prend la fuite. Le voyageur découvre le chariot (horreur! ) il aperçoit le cadavre de son malheureux ami enseveli sons du fumier !... Le maître de l'hôtellerie , ajoute Cicéron , fut condamné au dernier des supplices.
ET PBOPHÉTICS. l33
Suétone , dans la Fie de Néron , arance que l'Oracle de Oeiplies avertit cet empereur qu'il prU garde au nombre 78. Néron,crojant qu'il ne devait mou-* rir qu'à cet âge, ne songea nullement au vieux Galba, qui , âge de soixante-treize ans , lui enleva le trône et l'empire.
Macrobe dit que lorsque Trajan eut pris la rcsor lution d'attaquer les Parthes , on le pria d'aller con-» sulter rOracle d'Hëliopolis. Trajan , |M)ur éprouver la science du prophète , lui envoya, à l'insu de la cour, un billet blanc. Ce billet lui fut renvojc le lendemain mcme par TOracle. Quelques jours après, il fit demander à ce dernier, dans un billet cacbeté, s'il reviendrait à Rome, après avoir termine la guerre qu'il entreprenait. Pour toute réponse^ il reçut un ceps de vîgne coupé par morceaux. Trajan ne put dévoiler cette énigme ; mais l'événement vint heureusement justifier la prophétie symbolique de l'Oracle d^Héliopolis. Trajan mourut à l'armée, et fut apporté à Rome, les membres détacbés du tronc, ou, comme le représentait le ceps de vigne, le corps coi^é par morceaux .
Alexandre-le-Grand se rendait à Cabylone. Un de ses courtisans , Néarque, se précipite à ses pieds et le supplie de ne point aller plus loin. Alexandre en demande la raison? — Parce que, lui répondent plusieurs officiers, un prophète chaldéen a prédit que cette ville vous sera funeste. Alexandre , sans tenir compte de cet avertissement , entre triomphalement