I .5 } rCOPHETCS
à Babylone et y meurt quelques fours après ' !
Sylla ayant rêvé que les Parques rappelaient à
elles, fait le lendemain même son testament et
meurt dans la journée.
Jules-César se rendait au Capitole , quand un astrologue, fendant la foule , s'approche du triomphateur et lui dît : «Prends garde aux ides de mars! » César s'arrête, le regarde, continue sa route , et.... ' aux ides de mars , il mourut assassiné !...
Nous nous arrêterons ici; car s'il fallait citer tontes les prophéties qui nous ont été transmises par les historiens, dix volumes comme celui-ci n'y suffiraient pas. Au reste, dans les paragraphes sutvans , nous rapporterons les prédictions astrologiques relatives aux événemens contemporains et à ceux de Tavenir.
Revenons aux prophéties sacrées.
Les écrivains du dernier siècle ont attaqué les prophéties, les uns parce qu'ils tes trouvaient obscures et ambiguës, les autres parce qu'elles leur semblaient claires et précises. Voltaire, qui ne restait jamais en arrière quand il s'agissait de protester, alla plus loin que les autres : il nia complètement l'authenticité des prophéties sacrées, en disant ( il a osé dire cela ! ) que le peuple juif n'apprit à écrire qu'à Babylone ou à Alexandrie !
Comment Voltaire et les philosophes ont*îl pu
* VojciïHisi.dol'Anc, Tesi.de Vahhé James, «. Jf, rJo^i,
ET PROtaériES. i35
attaquer \e$ prophéties , et surtout celles qtil avaient rapport au Christ , quand les Juifs , les èrinemts âes Chrétiens y et par conséquent ceux qui n*ont jamais voulu reconnaître le fils de Marie pour le Messie, admettaient leur authenticité? Si les savans d'Israël, contemporains de Jésus, eussent douté des écrits dlsale , de Jérémie , de Daniel et de Malachie, ils auraient fait alors assez de bruit contre les prétendues prophéties ; et les hérétiques n'eussent pas manqué de mettre à profit les protestations des Hébreux. Ceux-ci n^ont jamais nié ; ils n'ont point admis, c'est vrai, Tavénement du Christ; mais ils ont bien été forcés de croire au texte de leurs livres saints. Ces textes , ils les ont conservés avec soin, et aujourd'hui ils les respectent encore, et n'ont aucun doute sur leur authenticité. Il j a plus de deux mille ans que lear antiquité a été reconnue. On les traduisit en grec deux cent cinquante ans avant l'ère chréliennli. On les lisait publiquement, chaque jour de sabbat, dans les synagogues. Les livres les plus aneîens étaient regardés comme divinement inspirés. Aucun écrit humain n'a été gardé avec un soin plus scrupuleux. Les savans n'ignorent pas qu'autrefois les Juifs ont été même jusqu'à compter les grandes et les petites sections de leurs livres , les versets , les mots et les lettres renfermés dans chaque chapitre de TAncicn Testament. «Ces livres, dit Pascal, qui les déshonorent en tant de façons, ils les conservent 4iux dépens de leur vie. C'est une sincéiit^
l36 PBOPHÈTES
qoi Drapas d'excinp!j lans le monde, ni sa racine dans lanatore '. »
Alors pourquoi , noas demandera-t-on , les Juifs n'ont-ils pas reconnu Jésus pour le Messie , puisqu'ils ont admis rauthenticité des propbe'ties qui Vannoncent? — Parce que les Juifs n'ont point voulu se rendre à rëvidçnce ; parce que les prophéties anciennes, très-daires pour quelques-uns d'entre eux, sont restées inintelligibles pour toute la nation ; parce qu'il y a eu, chez les prêtres dlsrael , partialité, ignorance et mauvaise foi.— Voyez où le scepticisme les a conduits !
Certains critiques ont prétendu que ces prophéties avaient été fabriquées ou altérées depuis la naissance du christianisme. Si ce qu'ils affirment était vrai, comment les bibles des chrétiens se seraient-elles accordées avec celles des Juifs? Ces derniers, on le conçoit aisément, n'auraient point dénaturé leur texte dans le seul but de plaire aux apôtres delà Foi nouvelle. Alors les Juifs, leurs anciens livres k la main, eussent fait un scandaleux procès aux chrétiens. Malheureusement pour tes critiques , les plus anciens livres des Prophètes hébreux sont en tout semblables aux bibles chrétiennes, imprimées ou manuscrites, de toutes les épo-
* Pensées, ch. viii, S 2.
BT PROPHÉTIES. \3'J
qnes. «La langue même dans laquelle les livres de l'Ancien Testament avaient été écrits, dît un auteur, n'était plus en usage lors de la Tenue du Christ. Il serait impossible d'avancer des preuves plus fortes en faveur de leur antiquité , que celtes dont la vérité est inattaquable. Si on les rejette, alors il faut également rejeter raulhenticité de l'histoire ancienne.' » Porphyre, dans sa Préface de Daniel y veut détruire l'authenticité des écrits des prophètes , en disant qu'ils ont été altérés du temps des Machabées , c'est-à-dire cent cinquante ans environ avant l'ère chrétienne. Mais en supposant que cela eût été ( ce qui n'est pas ) , Porphyre ne devrait pas j ce nous semble , se plaindre ; car prédire un événement un siècle et demi avant qu'il n'arrive c'est déjà quelque chose. — Que les philosophes d'aujourd'hui nous prédisent, et aussi clairement que Ta fait Daniel , ce qui devra se passer en 1940 , et nous ne craindrons pas de les considérer comme des hommes extraordinaires, dignes d'estime^ de respect et de vénération. M. de Maistre juge ainsi ces incrédules : « Plaignons ces hommes furieux contre la vérité , qui , sans foi et sans conscience > changent l'état d'une question toute claire pour chercher des difficultés où il n'y en a point , et s'amusent à réfuter doctement (M. de Maistre leur fait ici beaucoup d'honneur) ce que nous ne disons
f Les Prophétietf •le., etc., par le docl. A. Keiih, p. 11.
1 33 PnOPDRTES '
pas t pour se consoler de ne pouvoir réftitcr ce qnc nons disons. »
Les iocrëdales prétendent encore que Ton pent aisément trouver dans les prophéties tout ce'qae Ton veut y cbercher. Nous venons de vpîr que les prophètes hébreux étaient assez clairs lorsqu'ils annoncent de grands événemens ; nous verrons plus loio nos prophètes modernes donner {as(|u'aux dates des révolutions à venir. Quant aux prophéties allégoriques, laissons le savant M. de Frayssinous nous éclairer à ce sujet : « Je suis loin' de prétendre, ditil , que toutes les prophéties contenues dans les livres de r Ancien Testament soient claires et faciles à entendre. Les prophéties ne sont pas dçs histoires écrt^ tes avec l'ordre et la précision chronologiques , mais des tableaux hardis, qui représentent sur un môme fond des objets prochains et des objets éloignés; leur interprétation et leur pleine intelligence dépendent quelquefois de leur comparaison exacte avec les événemens, comparaison qui demande souvent une étude soutenue et une grande connaissance de l'histoire et des usages de l'antiquité. J'avouerai donc sans peine que l'ancienneté de nos livres saints, le style poéti^ (}ue et figuré des prophéties, notre ignorance sur plusieurs points d'histoire et de géographie ancienne^i ont dû augmenter, avec le temps, l'obscurité qui tient jusqu'à un certain point à la nature de la piv>phétie ^ » Cette impartiale et judicieuse appréciation
i Ï>éien8ê du Chriçu'anisme, U ii. p. 670, cdit. do 1825.
peut très-bîen s'appliquer à nos prophéties moclemes* Laplnpartdu temps nous trourons qu'elles annoncent tout ce qu'on reut : ce n'est donc point leur faute , mais bien la nôtre. Sî nous étions , comme le dit M. de Frajssînous , plus savans et moins passionnés pour l'erreur ; sî nous connaissions davantage l'histoire, les coutumes et les usages du passée nous comprendrions beaucoup mieux les prophéties. — Voilà sans doute pourquoi les Centuriei de Nostradamus ont trouvé plus de critiques que d'apologistes.
Les écrivains qui ont admis les prophètes sacrés de la Bible et de TEvangile, ont accusé les astrolo* gués modernes de ne pas être prophètes, attendu que leurs prédictions étaient obscures, figurées, symboliques. Tous les détracteurs de Nostradamus, dont nous avons parlé à la fin do chapitre précédent , se sont élevés contre Y obscurité répandue dans ses quatrains prophétiques. — Eh bien ! pour tonte réponse, qu'on nous permette de citer un verset dlsaïe, annonçant en termes très " ambigus la pai& que le Christ doit amener sur la terre ; et de plus une excellente réflexion d'un savant Anglais sur Tobscarité inévitable des prophéties. Avant l'accomplissement de la prédiction , le verset d'Isaïe devait être inintelligible. Le voici : — « Le loup habitera avec Tagneau; le léopard se couchera auprès du chevreau^ le vfîau, le lion cl la brebis demeureront ensem-
î40 PBOPeÈTES
ble; et an petit enfant les conduira tous '. » -—Ce qui veut dire que les bons et les méchans , les forts et les faibles , les petits et les grands ne formeront plus, à l'avenir, qu'une seule famille de frères et seront conduits par Jésus-Cbrîst.
A ce sujet , Sberlock dit dans sQn ouvrage : — • Les anciennes prophéties ne sont pas toutes d'une même espèce , ni d'une égale clarté. Celles qui se rapportent le plus littéralement à Jésu»-Christ n'ëtoient pas toujours les plus évidentes dans le temps <ie leur publication. Comme elles se rapportoient , pour la plupart , aux événemens les plus surprenans et les plus merveilleux qui soient arrivés sous TÉvangile , elles n'a voient pas besoin d'un langage figuré ; car, quelque claires qu'en fussent le» expressions , l'impossibilité apparente de ces événemens , considérés en eux-mêmes , étoit telle , qu'on ne pouvait guère les entendre dans leur vrai sens litlcral... Demander pourquoi les anciennes prophéties ne sont pas plus claires , ajoute-t-il plus loin, c'est la même chose que si l'on demandoit pourquoi Dieu ne nou^ a pas donné plus de raison et ne nous a pas rend as plus intelligens '. »
« haïe, ch. XI, v. 0.
' L'usage et les fins de la prophétie dans les divers âges du monde t par T. Sherlock; traduit do Tanglois par Abrahafa Lemoioe, in-8^ Amsterdam, 1729, p. 40 et 11.
ET PBOFHÉTIB8. l4l
Après avoir essaye, dans les deux paragraphes prëcëdens , de tracer un aperçu philosophique des prophéties anciennes, et de faire entrevoir pourquoi les peuples des trois derniers siècles ne pouvaient croire aux prophéties , nous allons maintenant écrire sommairement l'histoire des prophètes hébreux , et celle des sibjUes , des oracles et des devins , des Égyptiens , des Grecs et des Romains. — Ce sera l'objet des deux paragraphes soivans.
i4^ ffBOFBlTîd
8tIL
rBOPBÈTES HÉBREVX.
L'instinct prophétique a existé chez tous les peuples: chez ceux de rantiquilé, du nouTeau monde, du moyen âge et de la renaissance. Il 7 a dans rhomme nnsi grand désir de connaître ce qui échappe k ses sens , ce qu'il ne peut voir , ce qu'il ne peut toucher , ce que sa faible intelligence ne peut embrasser! Entre mille préuTcs de cette Térilé, Phistoire de l'Amérique en présente une remarquable : m Si l'on en croit les premiers historiens espagnols , raconte un auteur, il y avoit parmi les Américains, une opinion presque universelle que quelque grande calamité les menaçoit , et leur seroit apportée par une race de conquérants redoutables , venant des régions de l'est pour dévaster leur contrée ^ »
M. Robertson , en rapportant le discours de Montesuma aux grands de son empire, rappelle, les traditions et les prophéties qui annonçaient depuis long-temps l'arrivée d'un peuple de la même race qu'eux et qui devait prendre possession du pouvoir su-
I Robertson, Histoire de V Amérique, t. m, p. 39.
£T FfiOPBÉTlES. 143
prcine ^ — En Chine , les mêmes croyances, toachant les prophéties, y étaient aussi répandues. On lit dans le Choukîng : Quand une famille s*approche du trône par ses vertus, et qu'une autre est près d'en descendre en punition de ses crimes, V homme parfait en est instruit par des signes aTanl-coureors -. Les missionnaires européens avaient placé au bas du texte que nous Tenons de citer, ta note suivante : L'opinion que les prodiges et les phénomènes annoncent de grandes catastrophes , le changement de dynastie, les rétolntions dans le gouvernement , est générale parmi nos lettrés'. — Nous le demandons sincèrement , est-il possible de mettre en doute uue opinion admise par tous les|>euples?..« Autant vaudrait nier Dieu !
Le don de prophétie, qui, au dire des philosophes, fait partie de Tesprit merveilleux , si fort décrié aujourd'hui, fut le partage de certains hommes privilégiés envoyés^ sur la terre, pour révéler les secrets de l'avenir aux antres hommes. Les pcuples,étonnés des prodiges de leurs prophètes, les adorèrent comme des dieux : de là vient , sans doute, que chez les nations anciennes on n'entreprenait rien sans consulter auparavant les devins , les sibylles , les oracles , les prophètes. « Il est très-facile de comprendre, dit
« Robertson, llisloire de V Amérique ^ t. m, p. 198. ^Mémoires êur les Chinois, i. i, p. 483. * Mémoires sur les Chinois, p. 482.
l44 rAOPUÊTfiS
M. Gb. Nodier, le goût de toas les peuples pour les livres prophétiques. Celte manie est le résultat tout naturel du plus naturel de nos penchants : l^amour du merTeilleux et la curiosité *. »
Suivant M. de Lamennais, la révétatîon fut donnée à rhomme par Dieu pour qu'il révélât à son tour ce que l'humanité doit savoir. Il lui dit le passé, c'est-à-dire de quelle manière il Tavait tiré du néanb lui et tout Tunivers qui s'offrait à ses regards. Il lui dit le présent y c'est-à-dire qu'il lui apprit ce qu'il était et ce qu'étaient les êtres qui l'environnaient, les moyens de se conserver , les devoirs qu'il imposait à sa raison, à son cœur, à ses sens. U lui dit l'avenir en l'instruisant de ses immortelles destinées. Pour être ce que Dieu voulait qu'il fût, ajoute M. de Lamennais, rhomme devait connaître toutes les choses, et comme la connaissance en était également indispensable à tous les hommes, le Père du genre humain la transmit par la parole à ses cnfans, et ceux-ci à leurs descendans: voilà l'origine delà tradition. — Il fallait donc qu'après sa chute l'homme cessât d'être homme, ou que Dieu lui révélât ce quHI avait résolu à l'égard de ses futures destinées. Il fallait donc que Dieu lui parlât de nouveau, et que l'homme auquel il parlerait transmit aux autres hommes sa parole nécessaire à tous : voilà la prophétie ; et l'on comprend qu'elle forme la partie essentielle de la
* Mélanges tirés d'unepelUe bibliothèque , ch. xxxi»p. 240,
ET FROFB^TIKi. l4^
révélation > de l'ordre moral etreligîeQXy en an mot de tout ordre relattiT anx être întelUgens. Qoe n l'on demandait poorqnoL Dîea n'a point réréié immédiat tement à tons les hommes TaTenir qui les intéresse» œ ne serait pas demander la raison de la prophétie , ce serait demander povqooi tons les hommes ne sont pas prophètes ^
L'action de prophétiser,ches les Hébreox, consistait à relater les événemeos anciens et à prédire les choses fatores. Le prophète était l'annean qai rattachait le passé an présent et le présent à l'ayenir. On les appelait vqyans et révéUUeurs. L'antenr da Lwredes Roiê (ch. ix* r. 9) dit : « Gelai qni s'appelle aojoard'hai prophète (nabi) ' s'appelait autrefois vcyani ( roeh ). I^e mot prophète dont se serTcnt les Hébreux vient du grec et est composé de pro (arant) et de phèmi (parler) '• Qaand les habitans d'Israèl se rendaient aa temple, ils disaient : « Allons voir le ToyanL ■ Les noms d*homme de DUuy d*ange^
* Essaie sur Vindi/firenee sn matière de religtonf uir, p. 180.
s Le rabstantir hébrenx fMi6» a une signlBeation fort étendue. Ddéfigne non lenlement celui qui prédit l*aTenlr ; imis encore tout homme inspiré de Dieu. La Genèse (cb. ix, T. 7) qualifie Abraham de prophète du Seigneur, ainsi qu'Aaron, frère de Moite.
> On conccTra facilement pourquoi nous ne nous sommes pas servis de caractères grecs et hébreux pour l*étymologie des mou prophète et voyani ] nous tenons à éire compris par taille monde,
<m à^emqyé du Seigneur ^ étBlëàt queltlttefois emplofjéfftktor dérigner \eè f>rophète9. Malachie annonce sftint JcaïKBarptîdte êcms \é titré d'arigë du Sèignetif.
Saint Aùgtidtift, dâna sa Sageae, dbthigfiè (rois sdrtea de pi^hètes sacrés : cenx des fntfs et des gentils , lès poêlée et les détins dés IsfaëKteS et enfin cenx qui ont annonce la foi chii#ttëhne en piVVphëtisantsa prochaine rëMisatioh.
Si no«B toolîons remonter jnsqn'ate premiers pn>phôles hébreux, nous verrions Nôd prédire un déluge universel, Isaac annoncer k laonb la grandeur et les prérogatives de sa raée , Joseph interpréter les songes et en tirer des eonséiiuénces pour prédire les événclnens futurs.
JiMt|u*à Joseph les prophéties n'avaient été <{ue ▼erbales ;ellesse transmetlaientbiettdegénérationen . fjébération , mais on ne les recnelllaît point dans des Uvrès. Môlse paralt,et lesprophétiessont enregistrées et eipUquées au peuple; Vensfoyé du Seigneur enseigne et prophétise ; et bientôt Aaron son frère, Olhoniel, Aod, Samson et la prophétesse Débora, écrivent de nouvelles prophéties sur Tavenir.
La plupart des révélations Seiites par Dieu aux prophètes qui ont succédé à Moïse , nous apprend ElKes Dnpin , ont eu lieu par inspiration , par vision onen songé : — par inspiration, quand,remplîs de Tesprit du Seigneur, ib prophétisaient l'avenir ; — par vision du jour, quand, éveillés , leur imagination leur représentait certains objets qui étaient des figures de l'avenir ; — en songe, quand, en dormant, ils s'tftia-
ET FAOraÉTlBS. l^J
gînaient f oîr Dîeo oo oo ange qm leur pariait, oa lorsque raTenir leur ëtaît représenté aous des figures et des présages. Dieu fisibaît eQCore connaître sa Tolonté par l'éphod du grand-prétre , où était VUri/n'et\eTkummim,G*eat'èk-Aire la lomtère et la vérité. Il n'est point expliqué dans l'Ëcriture de quelle manière cela se pratiquait ; TopiAÎon la plus commune est que c'était par l'éclat ettraordinaire des pierres précieuses attachées à cet ornement ' .
Le don de prophétie, qui s'était tant répandudans Israël après Moïse , disparut entièrement sous la )Udicature d'Héli , à tel point qu'on ne pouvait alors trouver aucun prophète. Mais avec Samuel» ce sentiment commença à se manifester de nouveau ; puis vinrent les rois David et Salomon , et une multitude de prophètes, tels que r^athan, Séméias> EUe, Elisée, Michée , Jouas > Johaziel , Isaïe , Nahum , Jérémie^ Habacuc, Ezéchiel, Daniel, Zacharie; et, pour abréger cette longue énumération , nous dirons que saint Epiphane compte chez les Juifs soixante^treise pro* phètes et douze prophétesses , depuis Adam juaijn'à la venue du Christ.
Toutes les fois que le don de prophétie se retira d'un peuple, celui-ci tomba dans un état de marasme presque mortel. Le savant dom Calmet, en parlant des temps critiques de la Judée , fait un rapprochement singulier que l'on comprendra trés*-bien an-
> Disseriaiion préliminaire ou prolégomènes lur la Bible , p«r £Uie9 Pupio , t, j , p. 103 , idit. 1699
l4d PROra&TBS
jourd'hoî.OepoIs Malacbie,dit-irDi€u ne soscîUplos de prophètes comme anparayant. On vit, dorant cet intervalle, on malheur qu'on n'avait pointëpronyfé dans Israél. C'est la dÎTersltë des sectes et des sentimens en matière de religion. Jasqoe-là Vautoritë des prophètes àyait retenu les esprits dans nne même créance ; mais , depuis ce temps , on se donna la liberté d'interpréter la loi et de former des partis dans la religion. On autorisa des traditions mal fondées et superstitieuses ; on reçut des interprétations fausses et dangereuses. La république des Joi6 était partagée en trois ou quatre sectes différentes lorsque Jésus- Christ parut dans le monde. La morale des Juifs était alors très-corrompne , et de fausses traditions avaient pris la place des vraies explications de la loi du Seigneur '.
N'est-ce pas là l'histoire on le tableau de notre société, qui vit aujourd'hui sans prophètes, qui forme plusieurs partis, qui autorise les traditions sceptiques et s'agite au milieu de la plus profonde immoralité?...
Les prophètes étaient, chez les Hébreux, les seuls chefs de la nation : ils enseignaient dans les temples et commandaient sur la place publique. Pour que l'image de Dieu fût toujours présente aux yeux du peuple , mais de ce Dieu juste , bon et tolérant , qui aTait pitié des faibles et consolait les affligés, ces
■ Dissertation sxiv la Bible, etc., t. n, p. 908,
f,r riîOiB£Ti£s. 149
tainU hommes prédiaienl saos-craiatei ooDtre l'impiété des prinoef 1 le dévergondage des grands , la oorraptîon des ricbesy le dérèglement des mœm*s et l'exploitation des paiifresy des artisans, des travailleurs. — « Lew Tie , leur personne, leurs discours, dit le savant bénédictin que nous venons de citer, tout en eux était instructifel prophétique. » — Voilà cependant ceux que des philosophes sans cœur, sans foi , sans dévouement , sans conscience , n'ont pas craint d'insotter dans leurs obscurs ou iofâuie^ écrits!
On se tromperait évidemment, en croyant que les prophètes hébreux vivaient heureux, dans Topolence , dans le calme , la solitude et le repos. QuoiquHls fussent considérés comme les premiers de la nation , on ne Toulait jamais croire à leurs prophé* tics ; et il leur arrivait souyent d'être persécutés par les rob contre lesquels ils s'élevaient avec justice , et par le peuple dont ils prenaient toujours la défense. — Les temps ne sont pas changés !
Les prophètes anciens étaient à peu près comme nos prophètes modernes ; ils ne possédaient ricii et travaillaient pour vivre. Les travaux manuels et grossiers, ne demandant aucune' application / étaient ceux qu'ils choisissaient de préférence. Elisée et Zacharie labouraient les champs ; /kmos gardait les brebis et cultivait les figuiers. — On leur fai* sait i'anmône comme à des pauvires , mais on ne leur offraitjamaisde présens considérables , attenduqu'ils ne les acceptaient jamais. Elisée renvoya à Naaman les
l50 PROPHÈTES.
richesses qnMI loi avait enT0}rée8 et donna sa mairietion à Giezi, qni les avait acceptëes.Ces hommes, animés de l'esprit de Dien, étaient exposés €hra<(Be joar anx violences des ans et aax railleries des antres. Si les stécles marchent, les préjugés restent «oujonrs et partont les mêmes !
Les prophètes ne se contentaient pas seulement de prédire Vavenir dans les livres ânconnaa^ Us pr^hétisaient encore dans les mes, sur les places ct^n milieu du penple y qu'ils (prenaient à témoin. Offt dit qv'afin de ne laisser aucun doute sur l'authenticité de leurs pnophéties, ils les dataient. — Exéchiel , étant trè»-loln de Jérusalem , prédit exactemeat le lejonr et l'heure du siège de cette ville.
Ces prophéties , si claires , si évidentes pour ceux qui auraient voulu les lire attentivement , furent trouvées obscures et incompréhensibles par certains philosophes.A ce sujet, le docteur Keith, dans son bel ouvrage des Prophéties , juge avec la plus grande impartialité cette importante question , en disant : « Vues à part, quelques-unes des prophéties peuvent, il est vrai, paraître obscures ; mais dès qu'on les envisage toutes comme ensemble, le lecteur le plus indifiérçnt ne peut qu'être' frappé de l'harmonie qui ^iste entre elles, et de leur complète adaptation aui^ faits qu'elles annoncent ; et il faudra bientôt recon-
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<|iiUQQiÊ«me.S^« TA ^ pr$W^9er de pl^t^^vRW" nète , dans un beau carrosse de li^ijiiçur^ |,ti;fii^ fg^ qqatr^ çk^fBff:^ W^uc?* U jr ep a ççpt qw.X^t à p^ed «t qîH /sp^t obligés 4>Uer .de^nrfpr .Jçpr , 4iM«îr,/d^ pprffi çp, porte. ÏJsrçi^ipWwt a^s^ à Ifoi^fe ^ ^çjî fat f^Wig^ 4'i^fiy de mendiier 4^09 M ?^f t ^^Mes ^ul se difipijiAèreot depais riio^near ^e l's^voir yu naitre. Je ne c^sço^ivlens pas qu'il fi'j eût , .^'ailletirs^ dçs gens instruits de l'aveqir. Il n'y a qu'à donner à S9n âme un certain degré d'exaltation* ■ . — Cette insultante et méprisable diatribe ne doit étonner personne, puisque nous venons de dire qu'elle est signée Voltaire.
Voilà bien TécriTain qui , sans chercher à comprendre les prophètes, les attaque arec l'arme basse et lâche du sophisme et du mensonge! Un métierJ Vçltaiçe appelle l'homme qui prêche , qui enseigne , qui moralise le peuple , un artisan ! On voit bien que lui n'a jamais fait qu'un métier en exerr çant les nobles fonctions de philosophe et d'écrivain !
* Le* Prophéties et Uur aceompUtiement littéral » trad. de l'ftDglais. introduel, , p. 7, édit. de J838.
* Dictionnaire philosophique , art. Prcphétes.
i5i râoraini
— ttToyesdoncsitoascesmartyn ne mërStaientpas d'étretraitrfsaTecpliud'âiidalgence ! Est-ce que tous lefaocoses, par hasard, d'aTOÎrëU$persécotiés?Mais c'est la plas belle gloire qa'on paisse eoTier, sartoat quand on se rend ntile anx antres, comme l'ont fiiit les prophètes sacrés; qoand on parle an nom de Dieu ; quand on réye pour les masses raflEianchitsement, ia liberté, le bonheur !
Ailes, tout philosophe démocrate que tous Toulet le paraître, tous ne tous êtes jamais tant occupé do peuple que les prophètes de l'antiquité ! Vous protestiesbien haut, c'est Trai, mais pour tous, noble^ heureux et riche ; quant aux malheureux qui mouraient de honte , de misère et de faim à tos ntp«f « dites y arei-vous jamais parlé pour eux ?•••
0T FAOPUBTIBS. |53
• ir.
nOFBiTBS AHTIQUBS.
La r^Tëlation oa la prophétie pr^éJa l'ëtabUasement des iastîtulioDS politiques det'antîquîté^ et ser- TÎt à la ooostitotkm des religions égyptienne, grecque et romaine.Dans one narration trôs intéressante et très coriease d'Hérodote, nous rojons qne les oracles ont étéy pour ainsi dire, les fondateurs des croyances des Hellènes. « Les Pélasges, dit-il, dans leurs premiers temps , se contentaient d'invoquer les dieux. Ils ne donnaient à aucun d'eux ni surnom ni nomqueloonque,car ik n'en connaissaient pointenoore.Dans la suite, un long înterTalle de temps s'étant écoulé, les Égyptiens leur apprirent les noms des dieux. Bientôt ils allèrent consulter sur ces noms l'oracle de Dodone. Cet oracle est regardé comme le plus ancien entre ceux de la Grèce , et dans ce temps-là , U était le seul. Les Pélasges donc , ayant consulté à Dodone, pour savoir s'ils recevraient ces noms qui venaient des barbares, l'oracle leur répondît qu'ils pouvaient les adopter* . m — Ainsi , les oracles grecs furent
• Béroâotê . H , 68.
IJ4 PJ\OPHBTI8«
les premiers organisateurs de la mythologie payenne. Et, chose extraordinaire ! ce sont les prophéties qui ont servi de jalons à l'un des pins grands peuples de l'antiquité pour créer sa foi religieuse y ses institutions politiques , son industrie, ses sciences, son art , sa civilisation !
Les prophètes et les oracles étaient les chefs des nations de l'antiquité ; mais seulement sous le rapport intellectuel et moral. Lçs philosophes euxmêmes^ de l'Egypte et de la Grèce, aux époques primitives de foi et d'espoir , enseignaient les peuples en prophétisant : « Les sages, dans les temps anciens, dit un historien digne de foi^ enveloppaient leurs pensées sous des£brm)eséni^matique$, et ne les énonçaient pas clairement '. »
Cet enseignement par If^ révélation ne ressemblait, ÇKk aucune mwièrç, aux enseignemens prétendus religieux , ou^ plutôt à cette exposition dogmatique que les prêtres du paganisme faisaient aux époques philosophiques et sceptiques, dans les beaux )0f r# ^ la civilisation grecque et romaine. On écoutait religieusement les prophètes des premiers temps; on r<fillait ceux qui leur succédèrent. — C'est (|ue les pi^^iers parlaient par inspiration et avec conscience;» Xand^ que les seconds ne croyaient plu2 aux doctrines qu'ils prêchaient dai\s les temples et aux oracles qu'ils rendaient dans leur antre et sur leur trépied.
* Pausa9ûa$,yiiu
HT PROPBBTIES. l55
On oonœTra faeiiement qae les crojMices reli* gieases de l'antiquité aient été basées et étaUtes sur les réTélatîonsâes prétresét des prophètes, pmsqne le panthéisme des anciens ayant donné la TÎe âi tons les êtres qni appartiennent an monde matériel et fait adopter cet axiome : « Tont est l'image de la divinité », Vhommeyqni était considéré conme Tétre le plus parfait et la représentation Bdèle des dîenx, de- Taitnécessairementse trouver en rapportaTecen.O^ en admettant , pour quelques instans , le panthéisme des anciens , le don de prophétie semble '»f>ôtr été donné par une puissance céleste et inconnue à certains hommes , pour que ceux-ci puissent annoncer aux peuples les décrets émanés de TOI jmpe , et dé* Toiler les secrets de l'avenir. « Voilà ooanmenl, sons le double empire de la crainte qui abaisse Thoinme et du sentiment intérieur qni le relève à ses propres yeux, dit un savant de TÂllemagne, se forma l'antique croyance selon laquelle, seul entre tous les êtres vivans , l'homme jouit du privilège d'être en commerce avec les dieux. La nuit, dans ses songes, le jour, par le vol desoiseaux, par les entrailles des victîmes,pardes exhalaisons souterraines, enfin par mille présages divers et sondains,les dieux parlent à ses sens, pour manifestera son intelligence, soit le présent,soit l'avenir*. » — Ainsi donc, il n'y avait dans les énigmes des prêtres de l'antiquité ni raisonnemens nidémonkrations
I Religions de Vantiquité du docteur Greuzer, déreloppées par J.-D. Guigniaut. Introd., p. 7. Edii. de 1825.
1 5G PROPÙTSS
tbéologîqBes , mais seulement Une rëvëlalîon, one ilianifesUtion snrnatorelley — une prophétie.
Le panthéisme confondit, plus tard, la tradition sacrée avec le réTélatenr, les augares et les présages avec les prêtres et les prophètes. Alors on adora les livres sibyllins comme les oracles qui les avaient écrits, les chênes prophétiques comme ceux qui les avaient consacrés et rendus divins , tels qu'Orphée et Mélampe en Grèce , et Hermès en Egypte.
Bien plus , chaque arbre devint le symbole ou la représentation sacrée d'une des divinités païennes. On rendit au chêne le même culte qu'à Jupiter; ensuite le pin, l'olivier, le laurier , le myrte, le cyprès, le frêne, le lierre et le peuplier, furent consacrés à Cybèle, à Minerve, à Vénus , à Pluton, à Mars , à Bacchus , à Hercule , et adorés comme eux.
Hermès, qu'on appelle aussi AnaubU et Tha^ , passe pour avoir été le premier prophète égyptien, ou celui qui régularisa d'une manière positive les doctrines matérielles d'Osiris et d'Isis et qui écrivit le premier livre de prédictions. — En Egypte comme en Judée, les prophéties se conservaient bien par tradition, mais elles ne s'écrivaient jamais. Hermés^qui représente la vie intellectuelle personnifiée, ta réflexion, la pensée, la sagesse et la science, invente les deox écritures hiéroglyphique et alphabétt-
ET PROPaBTlES. iSj
que, des prétreset dupeaple, do temple et delà cité. Il reforme Tamaëe antique des Égyptiens bxiglody tes , obserre de nonvean te lever et le coucher do soleil y et trace sor des colonnes de granit des maximes morales et religieuses, Abs prophéties snr les ërénemens politiques ou sociaut, des prédictions sur la hauteur future des eaux du Nil et sur la fertilité des années qui doivent suivre. -*- Hermès est donc, sansoontredityl'inventeur desalmanachs ches l'un des plus anciens peuples de la terre. « Les colonnes y nous dit Proclusy étoient en Egypte, les dépositaires de toute science ; et l'on sait que cette coutume passa de bonne heure à Athènes, où des bornes décorées du nom d'Hermès offraient aux passans les saintes maximes de la morale, et formaient ime sorte de catéchisme populaire. Tout ce qui s'écrit, ajoute notre auteur, est Hermès ; Hermès est le précepteur par excellence , le prophèU; , le scribe sacré ^. »
Les successeurs d'Hermès continuèrent à prédire l'avenir, et à tracer leurs prophéties sur du papyrus que l'on conservait soigneusement dans les temples, et sur d'autres colonnes de granit que nous connaissons sous le nom de pyramides et d obélisques. -*- Les orades les plus recherchés des Égyptiens se rendaient à Thèbes, au nom d*Osiris-i4i7u<m ou Ammon, et à Pamprenis au nom à'Anoubis ou d'Hermès.
Quand la foi déserta les temples, les prophètes
■ in Plat. Tinummt p. 31.
i68 BAOtannùa
égyptiens, n'ëtant plus animes de ta religion primitive de leur» anoétres, firent do sacerdoce an métier fort lucratif. Ils annonçaient , poor de l'argent, les ëvénemeiM fatars à l'aide de Tastrologie qu'ils ne saf aient pku. Ils tiraient l'horoscope des grands et des rois y oonsuUaknt l'astre sons lequel lesindividasétaientnés ; mais leoars prédictions avaleaft Taf antage de ne se réaliser jainais.
Tout le monde s'arrogea les fonctions d'oracles » de prophètes on de vojans. Certains rois d'Égjpte, tds que Saphis et Amenophls) demandèrent à être admis «unombredes vo/aos sacrés. X^es prêtres, qnî étaient alws sous la domination des souverains d'Egypte^ leur octroyèrent cette grâce , par faveur probablement ; mais il est très-certain que ces voyansy privilégiés de la fortune, ne voyaient rien du tout.
Les anciens philosophes grecs ne crttgnirent pas d'être disciples des prophètes égyptiens de ce tempslà. Saint Clément d'Aleiiandrie nous apprend que le célèbre Thaïes suivit assiduement Les leçons des prophètes de l'Egypte, et que Py thagore fut un des meilleurs élèves de Sonchidès, archi-fNTophète on grand voyant d'Alexandrie '.
Chez les Grecs et les Romains les oracles, les devins, les prophètes et les sibylles tenaient le premier rang. On les consultait quand l'état était en
« SsintQémeDt, Alei. Lih. 1 et 6. Stumal.
IT MOPHéTIES. \5q
danger <m lorsqn^on Toulaît connaître l'avenir. Non se«il«nieiit dkarqtie viUe prinelpàle de h Grèce oa de ^'f tifKe edt ^n prophète, mais les dleui rendaient encore ées oracles par l'intermédiaire des prêtres. Aînny oatre les sibylles de Delphes et de Claros^ de Dodone et d'Attimon, Mars eat tin oracle en Thrace, Mei^éure k Paieras, Venus à Paphos, Minerve à Micènea, Diane dans h Golchtde, Pan eiiÂrcadie , Escolape à Épidanre, Hercule à Athènes , et Trëphonius dans la Bëotîe. — On voit qoe les oracles ne manquaient pas chez les anciens.
Un philosophe sceptique , qui a eu l'honneur d'être réfute par Moebius , doyen des professeurs en théologie de Leipsick , et traduit par le célèbre auteur de la Piumiité des Mondes , Van - Dale enfin -— et avec un nom comme le sien on devait être fort peu religieux y — a entrepris de prouver la fausseté Aes prophéties anciennes. Malheureusement pour lui il cite le fait suivant : « Thulès, dit-il*, fut un roi d'Egypte dont l'empire s'étendoit jusqu'à l'Océan. C'est lul^àcequ'ondit, qui donna le nom de Thulé à l'ile qu'on appelle présentement Islande. Comme son empire alloit apparemment jusque-là, il étoit d'une belle étendue. Ce roi , enflé de ses succès et de sa prospélité , alla à l'oracle de Sérapis et lui dit : Toi qui es le maître du feu et qui gouvernes le cours
* Histoire des Oracles , de Van^Dale , insérée dans le tome III éH OÈuvres de Fontemlle, édit, de 1825, p 2G0.
l6o FAOruETES
dn cîel ) dis-moi la Térîtë. Y a-t-î) jamais eu , et y am*a-t-il jamais qoelqu'an aussi paissant que moi? Uoracle lairëpondit '.—Premièrement Dieu ; ensmte la parole et l'esprit avec eox ; tons s'assemblent en on 9 dont le ponToir ne pent finir. Sors d'ici promptementy mortel, dont la vie est tonjoors inœrtaine. -*- An sortir de là , ajoute naïvement notre auteur, Tfanlès fut égprgi. •
Si en citant de telles* choses, Van -Date prétend réfuter les oracles , nous pensons qu'il se trompe«
Les oracles grecd suivirent entièrement les erremens des prophètes égyptiens ; et , après avoir prophétisé avec onction, avec sagesse, avec conscience, ils tombèrent dans un tel discrédit, que les philosophes les tournèrent en ridicule. Cependant les pla^toniciens et les stoïciens prirent leur défense ; mais les cyniques , les péripatéticiens et les épicuriens eurent le dessus, et les oracles ne furent plus consul-* tés.
L^auteur que nous citions tout -à- l'heure e^t forcé d'avouer, malgré lui, que l'institution des oracles n'était pas aussi ridicule qu'il avait Tintedtion de la faire paraître : « Je ne crois point , dit-il, qœ le premier établissement des oracles ait été mie imposture méditée ; mais le peuple tomba dans quelque superstition qui donna lieu à des gens un peu plus raffinés d'en profiter » car les actions du peuple
BT PBOFBBTIBS l6l
«ont fellea aases aouTent qu'elles n'ont pu être prë- ▼ncs , *et quelquefois ceox qm le trompent ne songeoient à rien moins ^ et ont été inTÎtës par Inimême à le tromper *. »
Pourquoi donc mettre sur le compte du peuple ce qui n'appartient qu'aux prêtres païens 7 — Si ces derniers avaient toujours été les plus capables y les plus moraux» les plus rdigieux de la société , les laïques ne seraient point devenus athées, et le don de prophétie , nous en avons la conviction, aurait toujours été Tapanage des serviteurs d'Osiris , d'Hermès et de Jupiter. -* Il parait que M. Van-Dale, tout protestant qu'il était , entendait fort peu de chose à la philosophie de l'histoire.
Un écrivain de l'antiquité, dont le témoignage vaut certes bien celui deVan-Dale et de Fontenelle , le judicieux Plutarque , dans son intéressant ouvrage de la Cessation desoraciesj seprononce ouvertement enfaveur des prophéties. « Quoique tout cela, dit-il, ressemble assez à des fables , cependant la ruine de plusieurs villes de la Grèce détruites ou dépeuplées, les irruptions subites des barbares , et la chute de plusieurs empires^ attestent la vérité des oracles. Les malheurs que viennent d'éprouver Gumes et Dioéarchie, n'étoient-ils pas une dette que le temps a acqmttée envers les sibylles, qui les avoient anciennement prédits? Je parle de ces éroptious de volcans ,
• id. tM.,p. 317.
102 P&Or££TfiS
de ces bouillonnentens des mers , de ces pierres enflammées que le vent poossoît avec tant de violeoce ; de la ruine de si grandes villes, qui ont été tellement détruites que le lendemain même on n'a pu retroaver la place qn'eUes occupolent. S'il est difficile de croire que la Divinité a'ait point ea de part à ces événemens , à plus forte raison n'a*ton pu les prédire sans son inspiration *. » — Les ad- Tersaires des oracles et des prophéties ont en le soin de ne pas citer ce curieux passage , qni se trouve peut-être reproduit ici pour la première fois. Il est vrai que la justesse des observations , le discernement et l'autorité de Plutarqne, étaient on grand obstacle ; mais , au moins , quand on veut réfuter une doctrine, il faut étreimpartial,etciter,com* me nous le faisons ici) les ouvrages des apologistes et ceux des détracteurs*
Si Plutarque n'avait seulement écrit que ce que nous venons de rapporter , ce serait déjà beaucoup ; mats il va plus loin, et, pour Délaisser aucune prise aux critiques , il ajoute : « Quand Toracle , non content d'annoncer l'événeihent , spécifie la manière , le temps , l'occasion et les personnages , alors ce n'est plus une conjecture incertaine, c'est une prédiction réelle de ce qui doit arriver.
' OKuvres morahs de Plutarque, traduites par Ricard, t. v, p il\>, édit, de 17S6, in.J2.
ET PAOffliTIBS. l63
Tel est Toracle qai prédit qu'Agésilas resleroit bdteax d'une blessure :
Tremble, Lacédémone, aa fiitte de U glofre; Grains qne loa roi MîeuXf nuisant à tes succès, Par des maux impréTUs n'arrête tes progrès. Et de longs flots de sang ne souille ta Tictoire.
» Tel est encore celai qui regarde Vile que la mer fit sortir de son sein devant Théra et Thërafia, vers le temps de la guerre de Philippe avec les Romainsi
Quand la race troyenne aura soumis Carthage, Des prodiges nouveaux surprendront VOniTers ; L*Océan tout en feu déchaînera sa rage, La foudre et les rochers élancés dans les airs Eflirayeront Thétîs dans ses grottes profondes. Une Ile cependant, sorlmt du sein des ondes. Des mortela étonnés frappera les regards; Alors un peuple obscur» «n gré de sa vengeance , Signalera sa force au milieu des hasards Et d*un grand souverain abattra la puissance.
» Que dans un espace de temps assez court les Ro« mains aient défait Annibal et soumis les Carthaginois ; que , joints aux Etoliens j ils aient vaincu Philippe ; qu'enfin une lie soit sortie du fond des eaux , dans une éruption de flammes , peut*on dire que tous ces ëvënemens aient concouru ensemble par un effet du hasard? L'ordre dans lequel ils sont arrivés n'atteste-t-il pas la certitude de la prédiction ? N'en
l64 PROPlièTBS
est-il pas de même de Voracle qui y plus de cinq cents ans avant rëyënement, prédît anx Romains qu'ils ferolent en même temps la gaerre à toutes les nations y ce qui se vérifia lorsqu'ils Tentreprirent pour soumettre leurs esclaves révoltés ? Il n'y a dans ces oracles rien d'incertain , rien d'obscur, f^ouloir en attribuer Vévénement au hasard >, c'est se perdre dans tinfini. L'expérience est ici la garantie de la prédiction j et montre , pour ainsi dire , la route qu'a tenue le destin. Je n'imagine pas qu'on puisse dire que le hasard seul a fait cadrer l'événement avec la prédiction ; car alors qui empécheroit aussi de soutenir qu'Epicure n'a point écrit son Traité des Maximes certaines^ mais que, le hasard ayant réuni les lettres et les mots qui le composent , ce livre s'est trouvé fait*? » — Il estbien malheureux queceslignes du livre de Plutarqne n'aient point été lues. Nous espérons donc que nos lecteurs nous sauront gré de leur avoir fait connaître un des passages les plus intëressans de ce savant ovyrage.
Le critique Fontenelle ayant dit, d'après Van- Dale y que si on lui donnait une demi-douzaine de personnes à qui il puisse persuader que ce n'est pas le soleil qui fait le jour, il ne désespérerait pas de faire embrasser cette opinion à des nations entières , le sarant P. Baltus , dans son exoellentTraité sur les oracles, lui fit cette réponse si juste et si spiri*
Oeuvres MoraltSt t. y. p. 1^ et suivantes.
BT PaOPBBTIES. t65
tuelle à la fgîs : « Je ne scal pas trop , Monâeor, cq que Toos prétendez par*là , ni $i c'e9t 9nz oracle^ seuls à qni tous en youies. Ce qui est.de vrai j c'est que )e connois une personne très-habjie et trèsr éclairée qui , ayant tu cet endroit de votre lir Tre^ y a tvouTé je ne scai ^uel venin cacbé qui lui a déplu iafinimenl. Mais j sans m'arréter à vouloir pénétrer vos intentions , je vous prie de nie dire si TOUS avec vu dans l'bistoire quelque exemple d'une erreur semblable , et qui se soit établie de la ma^ nière que vous dites. Assurément vous can^Onz beaucoup sur la stupidité des hommes. Il me semble néanmoinsqu'ils ne se rendent pas facilement à tout ce que l'cpa veut leur persuader , particulièrement si ce sont des cboses contraires à leurs sens et à leur expérience. Pour peu qu'ils aient de l'esprit et derin«teUîgence, ils demandent des preuves et des raisons. » Ce n'est pas tout , ils veulent encore , dans ces occasions , des prodiges et des miracles , ou vrais , ou au moins qui leur paroissent tels. Ce seroit, en vérité, une cbose bien curieuse de voir comment vous vous y prendries pour persuader à cinq ou six personnes que ce n'est pas le soleil qui fait le jour. Et quand vous en sériée venu à bout , ce saroit encore une cbose plus curieuse à voir, coomient ces cinq ou six personnes s'y prendraient pour persuader la même erreur à des nations entières. Il faudrait, pour cet effet , qu'elles fussent «yi même temps infiniment stupîdes et infiniment babiles :-«»înfiniment stupidcs, pour donner ilans une erreur si gi*05sière et si pal-
l66 PROPHÈTES
pable; — infiniment habiles, pour la persaacler à des nations entières.
» Voos dites que qaand les oracles se sont établis , rignorance ëtoit beaacoap plus grande qa*dle ne fut dans la suite. Premièrement tons les oracles ne se sont pas établis en même temps :onpentvousen montrer qni ont été établis dans les siècles les plos ' éclairés , et pour cela )e n'ai besoin que de Totre témoignage. Vous reconnaissesqne les oracles d'Héphes* tioD y d'Antinous et d'Auguste ont été de véritables oracles , semblables aux anciens , à cela près qu'ils n'étoient pas si ûuneux. Et quand est-<» que ces oracles se sont établis, si ce n'est dans les siècles les plus cultivés par les sciences et la philosophie? Mais quand bien même tous les oracles se seroient établis dans des. siècles d'ignorance, n'ont-ils pas subsisté durant les siècles les plus éclairés ? Gomment s'estil pu faire que tant de gens habiles , tant de grands philosophes , tant de royaumes , de yilles et de républiques si florissaptes n'aient jamais reconnu qu'ils étoient les dupes de quelques fourbes qui en sa voient beaucoup moins qu'eux en toute manière ? Comment ces fourbes et ces imposteurs ont-ils pu, sans discour tinuation , se succéder perpétuellement les uns aux antres, et si bien cacher leur jeu, pendant plus de deux mille ans , que personne ne s'en soit jamais aperçu? Etoient-ilsd'one espèce différente des autres hommes qui vLvoient de leur temps ? Naissoient-ils tous infiniment habiles et rusés, tandis que tous les antres naissaient stupides et hébétés au dernier point? Par quel
ET PAoraiTiBs. i(>7
artifice ayoient-ils pu faire ea sorte qu'il n y eût de l'esprit que parmi eux , et que tous les autres hommes en fussent absolument dépourvus ' ?»«^Nous n'%* TOUS pas besoin d'ajouter que F<mteneUe ne répondît rien à cette critique.
Nous avons tu , au commencement de ce paragraphe , que les fdhctions sacerdotales étaient asses souvent héréditaires chez les Egyptiens ; il en fut de même chez les Grecs et même chez les Romains. « Les idées des Grecs sur le don de prophétie , dit Benjamin Constant j paraissent avoir ea quelque analogie avec celles des peuples modernes sur la noblesse : ils pensaient que cette faveur des dieux se transmettait du père an fils '. » On conçoit parfaitement que ces peuples , qui avaient entièrement copié les institutions , les lois, les moears, les sciences et les arts des Egyptiens, se fussent aussi conformés à leur principe stattonnaire sur l'hérédité*
Presque toutes les villes de la Grèce possédaient des familles sacerdotales. Ainsi les Branchides et les Deucalionides habitaient Delphes ; les Evangéli^ des, descendans adoptifs des Branchides, résidaient à Milet, et les Telliades à Gela. Chez les Eléens, deux ou tnns familles s'arrogeaient de père en fils le don de prédire l'avenir et de guérir toutes les maladies. Nous ne devons donc pas être surpris
« neponse à VhiiUnre des Oracles, p. 173. • V9 la H^li^ion , t. II , Uf . V, p. 293.
i68 paoF^éTBS
si Galchas descendait d'un famille qat prophëtijail depuis trou gënératioDS. Amphiloqne a^ait été prophète comme son père Amphiaraâs. Hérodote nous raooote fort sérieusement qu'E^enins ajant été injustement renda aveogle par les ApoUoniates , le del le gratifia da don de prophétie, lai et son fiiSy qni remplissait anssi» dans les arméesi les fonctions de deWn! .
Comment se rendaient les oKacles?
Poar répondre h cette important^ qnestion, noQS allons interroger nn grand poète de l'antiqnité, et chercher,dans on beaa poème latin qu'on ne lit pins aojonrd'hai, des détails corienx sur les prophéties païennes.
Locain, l'antenr de la Pharsale, le poète romain dont nons Toolons Tons parler, ne peut être aocQsé de tomber dans les idées snperstitieoses (comme disent les esprits forts) ; car on sait qu'il fat accueilli à bras ouvert par l'école philosophique dudixrhuitième siècle, que Voltaiie , dans son Essai sur la Poésie épique , dit que « ce génie original a ouvert une route nouyelle > (Voltaire ne l'avait sans doute pas bien lu ) , et que Marmontel et Laharpe écrivirent que « ce poète seroit goûté dans Ions les siècles ». — Acceptons donc ce jugement, qui nous parait, à nous, très-juste, mais qui dérange singulièrement les théories sceptiques desen-
' Hérodote, u, 9-2 93^
ET PBOPHBTIES. 169
cyclopëdîstes. Il est à prësnmer qne le passage suivant leur était probablement inconnu j quand ils ont jugé Tauteur de la Pharsale.
Lorsque le commandement de la république fut décerné à Pompée , Appîns,n'osant affronter les hasards d'une lutte incertaine , alla consulter l'oracle de Delphes : — « A une distance égale du couchant et de l'aurore, dit l'élégant traducteur de Lucain, s'élancent dans les airs les deux cimes du Parnasse , montagne chère h Apollon et à Bacchus dont les Ménades tbébaines confondent le culte dans les fêtes triennales qu'elles viennent célébrer à Delphes.... Quelle divinité se cache en ce lieu? Quel dieu possédant tous les mystères du monde étemel et les secrets de ravenir> se résigne au séjour de la terre , toujours prêt à se révéler aux mortels et à souffirîr le contact de Thomme ; également admirable et puissant , soit qu^il révèle seulement la destinée, soit qu'il la détermine par sa parole ?... Quoi qu'il en soit, dés que le souffle divin est entré dans le sein virginal de la prétresse , il ébranle avec un bruit terrible cette Âme humaine ; il fait éclater la bouche de ta prophétesse , comme la flamme déchire en bouillonnant le cratère de Sicile... Le dieu se mc»tre accessible à tous , et ne refuse à personne ses oracles ; seulement // ne se rend Jamais complice des passions humaines. Il n'est point permis de Tenir dans son temple murmurer à voix basse de coupables vœux ; car, annonçant Tordre fixe et inunuable des destins, il n'accorde rien aux prières de l'homme. . .
I ^O i-KOPHÈTES
Le plo9 grand malheur de notre siècle , c'est d'avoir perda cet admirable présent du cieL L'oracle de Delphes est maet depais qae les rois craignent l'avenir et ne veulent pins laisser parler les dienx... » Ainsi dormaient les trëpieds depuis long-temps immobiles , qaand Appias vint troubler ce repos et demander le dernier mot de la guerre civile... Sur le bord des sources de Gastalie , au fond des bois solitaires f se promenait , joyeuse et sans crainte , la jeune Phëmonoée : le pontife la saisit et l'en traîne avec force vers le sanctuaire. Tremblante et n'osant toucher le seuil terrible , elle veut par une ruse inutile détourner Appias de son désir ardent de connaître l'avenir... On reconnaît cette ruse, et la terreur même de la prêtresse fait croire à la présence du dieu qu'elle avait nié. Alors elle noue ses cheveux sur son front y et en ferme cen\ qui flottent sur ses épaules d'une bandelette blanche et d'une couronne de laurier de la Phocide. Mais elle hésite encore et n'ose avancer ; alors le prêtre la pousse violemment dans l'intérieur du temple... La vierge court vers le trépied redoutable; elle s'enfonce dans la grotte et s*y arrête pour recevoir à regret dans son sein le dieu que lui envoie le souflle souterrain dont les siècles n'ont point épuisé la force. Maître enfin du cœur de sa prêtresse, Apollon s'en empare... Furieuse et hors d'elle-même , la prêtresse court en désordre à travers le temple , agitant violemment sa tête , qui ne lui appartient plus ; ses cheveux se dressent; les bandelettes sacrées et le laurier prophétique bondîs-
ET PBOPHÉTIES. X 7 I
sent sur son fiout ; elle renverse le trépied qui lui lait obstacle dans sa course vagabonde ; elle écume dans l'ardeur qui la dévore : ton souffle brûlant est sur elle, ô dieu des oracles ! — Le tableau qui se déroule devant elle est immense ; tout l'avenir se presse pour sortir à la fois , et les événemens se disputent la parole prophétique ; le premier et le dernier jour du monde , la mesure des mers , et le nombre des grains de sable , tout se présente à la fois. — « Tu échapperas , dit-elle , aux dangers de cette guerre funeste , et seul tu trouveras le repos dans un large vallon sur la côte d'Eubée. •
» Le sein de la pjthonisse vient heurter la porte du temple qui cède à son effort ; elle s'échappe ; mais sa fureur prophétique n'est pas encore apaisée : elle n'a pas tout dit , et le dieu resté dans son sein la domine toujours. C'est lui qui fait rouler ses yeux dans leurs orbites et lui donne ce regard farouche et égaré ; son visage n'a point d'expression fixe : la menace et la peur s'y peignent tour à tour : une rougeur enflammée le colore et succède à U pâleur livide de ses joues , pâleur qui inspire i'efiroî plutôt qu'elle ne l'exprime. Son cœur battu de tant d'orages, ne se calme pas encore; mais il se soulage par de nombreux soupirs semblablesauxgémissemens sourds que la mer fait encore entendre quand le vent du nord a cessé de battre les flots. Dans son passage de celte lumière divine qui lui découvrait l'avenir à la lumière du jour, il se fit pour elle nn intervalle de ténèbres. Apollon versa l'oubli dans son cœur, pour
173 PBOPsàTES
loi Mer let secrets du ciel : la science de l'aTenlr s'en échappe, et la prophëtesseretoarne aux trépieds fatidiques. Revenoe àelle-méme, la malheoreuse vierge tombe expirante *. »
Cette excellente description de l'état extatique on somn^mbuliqae dans lequel tombaient les prophètes anciens, nous fait voir que les oracles de l'antiquité ne pouvaient se rendre qu'au moyen de certaines cérémonies préparatoires ignorées des profanes. Nous savons , tout aussi bien que nos adversaires, que l'état extatique seul, que l'enthousiasme et le somnambulisme ne prouvent rien en faveur des prophéties : cela est vrai. Mais ce que nous tenons 4 établir, c'est que les prophètes anciens , et principalement ceux des époques religieuses, ne rendaient leurs oracles qu'en passant de l'état normal à un état surnaturel ; s'ils eussent été de simples charlatans, comme les devins des temps philosophiques, ils auraient trouvé d'autres cérémonies moins propres à la raillerie, et ils ne se seraient pas donné tant de peine. — Mais, en prenant au pied de la lettre la narration de Lucain, il est facile de s'aperce* voir que les sibylles anciennes et les jeunes prophétesses des temps antiques se rapprochaient assez de la somnambule clairvoyante qui souleva contre elle l'Académie et la Faculté.
> PharêoU de Lucain , trad. par MM. Pliilarète Ghaalet et , 1 1 1 1»- 349 et «uW. — V. 71-223.
ET PROPHÉTIES. tji
Disons maintenant quelques mots de ces prophétesses ou sibjlles anciennes.
La première femme, dit-on, qui prophétisa^ s'appelait Sibylla : nous ne garantissons point l'authenticité de cette origine. Pausanias nous apprend que cette femme eut pour père Jupiter, et pour mère Lamîa, fille de Neptune. On voit, d'après Vantiquitë de ses parens, qu'elle devait vivre bien avant le siège de l'ancienne ville de Troie.
Varron, cité par Lactance , fait dériver le nom de sibylle de deux termes ëoliens ou doriens \ il le croit même synonyme de Théoboulé {con%tà divin ou de Dieu). Diodore dit qu'il signifie, à )a lettre : c être saisi par l'esprit divin. » Strabon et Arrien , en sontenant la même opinion, avancent, en d'autres termes que sibylle veut dire une femme qui porte un dieu j ou plutôt une femme qui parle d'après l'inspiration donnée par ce dieu.
Suivant Diodore de Sicile ,Daphné , fille de Tiré* sias, fameux prophète païen , après avoir été transportée à Delpdes, y écrivit un grand nombre d'oracles ; on la nomma Sibylle j parce qu'elle tombait souvent dans des fureurs surnaturelles.
Strabon et Pausanias parlent des sibylles Ery thrée, Athénaïs et Érophile , qui étaient , selon eux , fort célèbres. Tons nos lectenrsconnaissent l'élogie que Virgilefaitde la fameuse sibylle de Cnmes', et les rédlf
* fiMltf., lib, VI -*» Cet auteur noat apprend que la al-
pompeux de Vairon, de Cic^ron, de Pline et de Procope, touchant les prédictions merveillenses des prophétesses anciennes.
Les réponses des sibylles furent recueillies par des
bylle ëcriTaît ses prédictions sur des feuilles d'arbres qu'elle arrangeait à l'entrée de sa cayeme. Il fallait pour deiiner être assez habile pour prendre ces feuillesdans iemême ordre qu'elles étaient placées; car si on les dérangeait tout était perdu. Voîcî le texte latin :
... Qu» rupe sub ima Fata canit, follisque notas et nomina mandat. Quaecumque in foliis descripsit carmina, virgo, Digerit in numerum , atque antro sectusarelinquit; lUa manent immota locis , neqne ab ordine cédant, Yerum eadem, Terso tenuis quum cardlne ventus Impulit , et teneras turbayitjanua frondes, Numquam deinde caTO Tolitantia prendere saxo » Neo revocare situs, aut jungere carmina curât, fnconsulti abeunt, sedemque odere Sibyllae.
Lib. m, V.4i3r— 453.
(Voir, pour plus de renseigneniens sur les oracles, les sibylles et les prophètes antiques : Observations sur les recherches des prédiction» écrites, par Fréret; Mém.de VAcad. des Tnserijh tions, t. xuiifp. 187. — Mém^ sur V Oracle de Doâane, par M. le Président de Brosses. — Mém. de VAcad. ^ U inT» p. 89. — Mémoire sur les Oracles anciens, par Clarîer ; in-8^. Paris, 1818.^ Ce dernier ouvrage ne se troaro pas k la Bibliothèque royale. )
KT PnOPUBTlES. 175
scribes et conservées dans des livres qae les antîqaaires ocAinaissent sons le nom de Lwres Sibyllins* Une vieille femme , qae Pline prétend être une sibylle , se présenta an jour devant Tanjain-r Ancien et lut fit cadeau d'une collection des livres sibyllins. On assembla les prêtres, les augures et les oracles ; et Ton créa de nouveaux pontifes chargés de garder ce dépot précieux, où les destinées de Rome se trouvaient renfermées^ Plus tard ces lirres furent mis dans un des souterrains du temple de Jupiter au Gapitole.
L'an de Rome 671, ces livres ayant été brûlés , on en recomposa d'antres qu'Auguste fit renfermer dans des coffres d*or et placer sous la base du temple d'Apollon Palatin. Ils y restèrent jusqu'au règne d'Honorius, c'est-à-dire jusqu'au commencement du cinquième siècle de l'ère chrétienne , époque à laquelle ils furent brûlés par ordre de Stilicoo.
Les antagonistes des prophètes, des oracles et des sibylles nous apprennent naïvement que certains d'entre ces derniers se laissaient corrompre. Cela ne nous surprend pas. A l'époque où ces messieurs placent la corruption des prophètes , il n'y arait plus de croyances en Grèce. Les prêtres faisaient de leur dirin sacerdoce un métier , et le peuple allait les consulter, seulement par habitude « car, intérieurement, il doutait de la vérité des oracles* — Que certains prophètes se soient laissé corrompre , encore une fois cela ne veut pas dire qu'ils aient été tous corrompus. Il n'y a pas de règle générale sans exception,ni d'institutions parfaites. Aussi
176 PBOraÈTES
rhîstoire snÎTatnte^ qne raconte Van-Dale, ne fait aucun tort aox oracles de l'antîqnîtë : « Quand Cleomène, roi de Sparte, dit-il , vonlnt dépouiller de la rojrantë Dëmarate, l'antre roi , sons prétexte qn'il n'était pas fils d'Arbton^son prédécesseur , et qu'Âriston lui-même s'était plaint qu'il lui était né trop peu de temps après son mariage, on envoya à l'oracle sur une question sidiflicile; et, en effet, elle était de la nature de celles qui ne pouTaient être décidées que par les dieux. Mais Cléomène arait pris les devans auprès de la supérieure des prétresses de Delphes. Elle déclara que Démocrate n'était point fils d'Ariston. La fourberie fut dÀ^nverte quelque temps après, et la prétresse privée de sa dignité. Il fallait bien ▼enger l'honneur de l'oracle et tÂcher de le réparer*, b — Maintenant nous le demandons à nos lecteurs : cette anecdote prouve-elle que tous les oracles anciens eussent été corrompus? C'est comme n l'on disait que tous les poètes du dix-neuvième siècle sont des voleurs et des assassins, attendu qne le poète Lacenaire, qui vivait dans le même temps, était un voleur et un assassin !...
Aux époques philosophiques, les choses les pins saintesdeviennent ridicules. Le scepticisme se répand surtout etatrophie les plus nobles facultés de l'homme. Les peuples cessent de croire, les prêtres doutent d'eux-mêmes, et l'esprit de Dieu s'éloigne de la
« HiêMre <Ui OracUs, ch. 10, p. 808,
ET PHOPH^TIES. \^^
terre. Alors V^goïsme et Tamoar de Tarifent remplacent la foi, rimmoralîtë pénètre joscpe dans ie sanctnairej et les scènes les pins scandaleuses se passent an grand jonr !
Les oracles anciens, qui vivaient dans ces temps malhenrenxy envoyaient souvent les pins belles femmes d'Athènes on de Rome passer la nnit dans (es temples , parées de la main même de lenrs ëponx et chaînées de prësens pow les prêtres. On fermait bien les portes. . .^ mais les chemins souterrains et inconnus des profanes étaient seuls témoins des sacrifices nocturnes, qui avaient lien dans les sanc« tuaires d'Apollon et de Sérapis.
On dît qu'à Alexandrie, le dieu Saturne ordonnait^ par la bouche de son oracle Tyranus, à toutes led belles égyptiennes de venir à son temple, et d'y rester enfermées pendant des nuits entières, pour pouvoir mieux s'entretenir avec lui. Une d'elles, ayant été scandalisée de la conduite de Saturne on du moins de celui qui se faisait passer pour tel, se plaignit à son mari qui se plaignit aux tribrmaux ; et le malheureux Tyranus, ayant tout avoué, fut condamné à la peine de mort. — Voici des faits qui doivent sembler fort naturels aux époques où l'on ne croit plus à rien.
Les anciens auteurs ne s'accordent pas (comme cela arrive toujours) sur le terme delà cessation des oracles. Plutarque prétend qu'à la venue du Christ les prophètes païens quittèrent leur antre. Yan-Dale, an contraire , affirme que dans les deux on trois
premiers siècles de l'ère chrétienne il existait encore des sibylles et des oracles. -^ Pour mettre ces denx écrivains d'accord, nous pensons qae les fonctions de prophètes attachées à celles des prêtres sni- TÎrent les cbangemens, les Ticissitndes, les transformations des fonctions sacerdotales, c'est-à-dire qu'elles disparurent lorsque le sang des martyrs ent fait triompher la foi nouvelle, et donné un autre espoir, un autre amour, une autre croyance aux barbares d'Occident et aux peuples énervés de Rome et dltalie. Le poète Prudence, dans les prenvesqu'il donne pour convaincre les Juîfsde la divinité de Jésus-Christ, dit : « Depuis que le fils de Dieu s'est incamé, les <Mraclesde Delphes, de Dodone^ d'Âmmon et tons les faux prophètes des gentils,ont été réduits an silence. Le Gapitole gémit de voir les princes romains devenus cbrétiens et les temples des idoles renversa par leur ordre*. »
1 Bx qp» mortalen pnestrinxit spiritus almm , SpîritQs ille Dei , Deus , et se eorpore milris Induit y atqae bemtnem de Tirginittte cretTÎt; Delphiea dAmnatis tacuerant sortibus antra , Mon tripodas cortin régit , non spumat anheliis Fata BibylUnis fanaticua édita libris. Pttrdidit Intanoa mendax Dodona Tapores : Moitiia jam matsa logent oracula Gtun» , Née responsa rcfinrt Libyois inayrtibn» Ammon. Ipaa sois Chriatiim Gapilolia Romnia mosteat Principibua loeere Deum, destrueteqai tempto» otc , «te»
ET PROPQÈTIES. 179
Le nombre des fanx prophètes augmenta yisiblement en raison îles hërésies et des schismes. Saint Jérôme et Tertnllîen nous apprennent qn'an pvétre d'Asie , anime d'an faux zèle pour la gloire de saint Paul , avait compose nn lirre de miracles et de rëfélations, soas le titre de Périodes de Paul H TTiècle. Les mêmes historiens ajoutent que saint Jean prouva l'imposture de ce livre et qu*il fit dégrader son auteur.
Ce prêtre ne fut pas le seul qui, par zèle ou par un tout autre motif , inventa des prédictions relatives aux événemens futurs , et attribua à des personnages sacrés des prophéties auxquelles ces derniers ne pensèrent jamais;
Chez ces prophètes , qui n'avaient aucunement reçu de Dieu le don de prophétie y il 7 avait cependant un motif louable : ils voulaient contrebalancer les oracles païens qui existaient encore. Mais si les premiers chrétiens n'eussent en que de faux prophètes , certes ils n'auraient jamais triomphé! ILfal* lait lutter contre le paganisme par la talent et avec l'arme intelligente de la persuasion. On sait que les apàtres, animés d'une foi inconnue aux peuples qu'ils allaient convertir^ remportèrent une victoire digne de la sainte cause qu'ils servaient.
Dans les premiers temps du christianisme , les sibylles et les oracles païens, quoique ne possédant plus le don de prophétie existaient cependant encore, ainsi que nous venons de le dire. NérOn alla consuU ter l'oracle de Delphes. Il reçut apparemment une
jQq PROPHàTES
nSponse fort pea favorable, car U enleva les statues et les omemens qui décoraient le temple du révélateur, et fit égorger de malheoreuses victimes humaines (qui n'étaient pour rien dans cette affaire) à l'entrée même de la caverne d'où sortait l'esprit prétendu divin*
Le célèbre Apollonius de Tyane , au dire de Philostrate>son biographe , visita tous les oracles de la Grèce , ceux de Dodone , de Delphes et d'Amphiaraûs. — Sous Adrien, Dion Chrysostome consulte l'oracle de Delphes -, mais celui-ci lui répondit d'une si sotte manière , que Dion n'eut aucune peine à le convaincre d'ignorance.
L'un des plus fameux oracles anciens, et aussi l'un de ceux qui durèrent le plus long-temps, est celui de la célèbre statue de Memnon.
Gomme jusqu'à présent on s'est beaucoup occupé de ce monument, sans pour cela le connaître mieux, nous allons en dire quelques mots , qui donneront à nos lecteurs un aperçu de cette sUtue extraordinaire si vantée des secUteurs païens et tant de fois admirée par nos archéologues.
Tous les savans qui ont eu l'orgueilleuse prétention de parler de la statue de Memnon n'ont pas encore pu nous dire quelle fut son origine et l'époque de sa ruine. Les uns pensent que Gambyse la fit briser ; d'autres, qu'un tremblement la renversa de
ET PfiOPHÉTIES. iBl
dessus son piédestal. La difierence est assex grande entre ces deux versions ; mais ce qui rend la dernière encore plos înTraisemblabley c'est que les tremblemens de terre sont très-rares en Egypte.
fiairant les témoignages des foyagemrs , cette statue rendait des oracles , prédisait l'arenir et faisait entendredessons harnaoniienx qui réjouissaient Pâme de ceax qui l'écoataient. « Memnon , Gis de TAurore , régna en Ethiopie l'espace de cinq âges on générations. Les Ethiopiens plenrent Memnoo, comme s'il était mort dans sa jeunesse. Sa statue , tournée Ters l'orient, parle dès qu'on rayon du soleil levant Tient tomber snr sa bouche '. » — Celui qui en fait linsi la description , est un témoin digne de foi ; il .«▼ait entendu lui-même les oracles de la statue de Memnon depuis sa prétendue mutilation par Gambyse.
Pausanias et Jnrénal l'appellent Pbamenopée , et non pas Memnon ; ils sont du même sentiment que Philostrate : « Là , dit le second auteur, résonnent les cordes magiques du mutilé Memnon'. »
De nombreuses inscriptions attestent que , peu après le lever du soleil , des hommes ont entendus sortir de la statue, tantôt des sons, tantôt des paroles distinctes. Voici la traduction d'une inscription grec*
> Philostrat, de vii, Apollon„\ih. ti , cap. 6. • Pau8aD.,^||ic., câp. 42. — J^Y6D.,Sa<yr.,xv» ▼. 50. — Voici ce vers explicite :
pimidio inagicœ résonant ubi Memnonû ehoria»
lb2 PROPHÈTES
qne qu'on Ht sur la jamb« gaache du colosse : « Nous qaî, aQtrefoîs,n'avions entendu qa'un seul son^ maintenant Memnon, fils de TAurore^ noos a salua aSieotneosemcnt comme ses allies et ses amis. Plus heureux , j'ai saisi le sens de ses paroles ; la nature ellemême, créatrice de toutes choses, les a proCérées ^ Ceux qui se croient des hommes supërieurs |»arce qu'ils doutent de tout , ont voulu trouver dans cette statuece qui n'y avait jamais été» Ainsi, M. Dnssault , dans sa traduction de Juvënal, dit que la statue étant creuse , la chaleur du soleil échauffait l'air qu'elle contenait , et que cet air; en sortant par quelque issue , produisait un bruit que les prêtres interprétaient à leur gré*. Malheureusement pour M« Dussault , son opinion n'est pas soutenable ; car (en nous servant de Inobservation fort judicieose d'un auteur qui n'est pas toujours judicieux), pour arriver jusqu'à l'air interne, la cbalenr du soleil aurait en à pénétrer une couche de pierres très«compacte, épaisse an moMiB de deux ou trois décimètres, et cela instantanément, et lorsque le disque du soleil était & peine élevé au-dessus de l'horiaon \ — Or, M. Dus-
< Description de V Egypte t. 1 . — Revue encyclopédie' (1821.)' Langlès, Dissertation sur la statue voeaU de Memnon.
' Trad, de Juvén.yt, ii , p. 452.
» Easèbe Sal?erte, Des Sciences OeeuUes, t. n,p. 350. édit, de 182».
ET PROPHÉTIES. l6'ô
sfialt, en yoalant ici prouver quelque c^se^ est arrWë naturellement à ne rien prouver da tout.
Langlès , qui tenait aussi à trouver un mécanisme dans ce phénomène ( et nous ne l'en blâmerions pas , s'il avait rëussi) , est tombé dans de graves erreurs. Il a prétendu que les sons entendus par les voya^ geors pouvaient être produits par une suite de marteaux disposés le long d'un clavier, et frappant le granit même , ou des pierres sonores de la nature de celles qui , depuis des siècles , servent 9ux Cbkioîs d'instrumens de musique. Tout cela serait fort ingénieux; /7l^z/5 on prétend que la théorie de Langlès tombe d'elle-même , attendu qu'il n'a jamais existé de cavité pnipre à recevoir le moindre mécanisme y soit dans la base, soit même dans la statue de Memnon. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'à l'époque de l'introduction du christianisme en Egypte, le fameux colosse ne fît plus entendre aucun son. — Les nouveaux croyans avaient réduit an silence les oracles anciens et les faux dieux.
Après le règne des Ântonins, les Romains con-< snltèrent les oracles pour savoir lequel, des trois empereurs qui se disputaient l'empire, l'emporterait réellement. L'oracle y nous dit Sparticn , répondit par le vers suivant :
Le noir est le meilleur, rAfiricain est le bon, le blanc est le pire.
Par le noir, on entendait Pescennius Niger i par
l84 PROPHÈTES
rAfricain SëTère , qai naqoit en Afrique ; et par le blanc , Giodias-Albinas.
Non content de cette réponse ambigae> îb demandèrent de nouveau qui demeurerait maître de
l'empire ? L'oracle répondit
On Tersera le sang du blanc et du noîr ; L'Africain gouvernera le monde.
Sévère fut aussitôt nommé empereur par les chefs de aes troupes et par les soldats.
Constantin fut véritablement celui qui , de tous les empereurs romains , porta le coup le plus terrible aux oracles. Il fit piller Delphes et arrêter les prêtres qui parlaient au nom d'Apollon. « Alors , dit Eusèbe , on produisit aux yeux du peuple , dans les places de Constantinople , ces statues dont Terreur des hommes avait fait si long-temps des objets de vénération et de culte. Ici TApoUon Pjthien , le Sminthien , les trépieds dans le Cirque, et les Muses Hélioonides dans le palais , furent exposés aux railleries de tout le monde '••• »
Les oracles se relevèrent encore une fois sous Ju- Uen-l'Apostat ou le Philosophe ; ils reçurent de nouveaux honneurs et furent mis , conmie autrefois i au
> Vit, Confiant, ^ Ub. i.
JÎT PROPHETIES. l8r>
rang des dieax protectears et adorés. Cette obstination de Jalien à relever ce qui était tombé et à donner une vie factice à un cadavre, ne servit à rien : les sacrifices disparurent , et les oracles d'Apollon qai avaient tant raillé les essais du christianisme, furent tournés en ridicule à leur tour par les premiers chrétiens et chassés par enx des villes et des temples*
Saint Clément d'Alexandrie voyant bien que tous ces faux révélateurs n'étaient que des charlatans ; car, au lieu de parler par inspiration et d'instruire ceux qui venaient les consulter, ils se contentaient de répondre suivant l'argent que les pauvres esprits voulaient bien leur donner; St Clément, disons-nous, ne voulant pas qu*on abusât le peuple plus long- temps, s'écrie, animé d'un saint enthousiasme : « Vante-nous, si tu veux , ces oracles pleins de folie et d'impertinence , ceux de Claros , d'Apollon Pythien , de Didîme , d'Amphilocns ; tu peux y ajouter les augures et les interprètes des songes et des prodiges. Fais* nous paraître aussi devant TApollon-Pythien ces gens qui devinaient par la farine et par l'orge, et ceux qui ont été si estimés parce qu'ils parlaient des entrailles. Que les secrets des temples égyptiens , et que la nécromancie des Etrusques demeurent dans les ténèbres ; toutes ces choses ne sont certainement que des impostures extravagantes et de pures tromperies , pareilles à celles des jeux de dés. Les chèvres qu'on dresse à la divination, les corbeaux qu'on
|gg PROPHETES.
dresse à rendre des oracles, ne sont , poor ainsi ( que les associés de ces chariatans qai fonrbeat tooa les hommes. »
Saint Glëment n'aTatt-îl pas raison de s'âerer contre ces prêtres menteurs , contre ces faux prophètes qai Toulaient enseigner aax antres one religion à laqneUe ils ne croyaient pins 9 et prédire l'airenîr, sans avoir dans le coenr ni déTonement ni cinyiction,ni espérance nifoi?...
BT PBOPBérf B8« 187
TRCPHÉTIBS MODBBVKS.
Iiorsqae les oracles païens eurent cesse de parier, OQ pour mieux dire, lorsque le peuple y nouTellement converti au christianisme j cessa de les entendre j de nouveaux prophètes parurent ; mais des prophètes sacrés^ clignes de la sainte mission qu'ils remplissaient , et animés de l'esprit du vrai Dieu y du Dieu bon, tolérant et miséricordieux, qui voulait la fraternité humaine et la liberté des esclaves.
Ces révélateurs expliquèrent aux fidèles les prophéties des Hébreux, celles de Jésus-Christ, des Apôtres , et l'Apocalypse de saint Jean. — D'autres écrivains , tels que saint Cyprien et saint Isidore de Se ville , prouvèrent l'authenticité des prophéties qui avaient rapport à l'avènement du Christ et au triomphe de la foi. Mais bientôt des théurgistes d'Orient pénétrèrent en Europe, et donnèrent à un grand nombre d'individus , nullement doués du don de prophétie, l'idée de prédire l'avenir. Les chefs de l'Eglise s'opposèr3nt formellement à ces sortes de prédictions ; mais les défeoses n'empêchèrent pas les magiciens du moyen âge de faire chaque jour de
l88 PROPuèT£S.
noarelles expériences sur la nécromaDcie , la chiromancie, ia géomancie. Quelques thëorgistes ce* pendant arriyérent à de fort beaux résultats ; mais, généralement parlant > les yrais prophètes , qm Tiraient retirés dans leurs laboratoires on dans leurs cellules , se contentèrent de tenir leurs {NX>phéties inconnues, et de douter d'elles jusqu'à leur entier accomplissement.
Si tous eussent agi de la sorte certes le P.Menestrier n'aurait pas rapporté l'histoire de ce fameux yisionnaire du douzième siècle, nommé Joachim, qui croyait Yoircequ'ilneTOjaitréellemcntpas.vL'abbéJoachimy dit-il , étoit allé visiter les lieux saints à peine âgé de quinze ans ; n'ayant fait aucune étude , il se mit dans l'esprit qu'il avoit une connaissance infuse et parMte de tous les miracles cachés de l'Écriture , et surtout de l'Apocalypse, dont ilcroyoit avoir la clef. Il se mit alors à travailler sur les visions de ce livre, lesquelles il ajustoit aux siennes, compde il lui plaisoit , prenant ses rêveries pour le vrai sens de ces sacrés mystères. Kichard d'Angleterre , qui avoit de la faiblesse pour ces sortes de rêveries que Ton veut faire passer pour des prédictions , ayant touIu apprendre de ce visionnaire quel succès auroit spn entreprise pour la Terre-Sainte , il se mit à lui interpréter les visions de l'Apocalypse , surtout celle du dragon à sept têtes. Il lui dit que la sixième tête de ce monstre étoit Saladin , qui avoit pris Jérusalem, etc. La septième tête étoit l'Antéchrist, qui étoit déjà né à Rome , et qu'il seroit pape. Il ajouta qu'en
£T PROPBéTlES. tdi)
Tannée onze cent quatre-vîngt-dix*-neQf i le sixième sceau dalÎTre fatal se romproLt, etqne, bîentdt aprèsy on rerroit le règne, la persëcntion et la mort de TAntechrist. » — Voilà qaeiles étaient les fausses prédictions de ce yisionnaire. Nous savons^ par les témoignages de rhistoire, qu'elles ne se sont point réalisées.
Nous agissons , on le voit , avec une parfaite impartialité ; mais cependant nous avons besoin d'ajouter que nous n'admettons pas entièrement les idées philosophiques du P. Menestriet touchant les prophéties. Ce savant auteur jugeait trop le passé suivant les idées de son siècle. Il est si difficile de se soustraire à la contagion; et la contagion, au xvii* siècle^ c'était le protestantisme et la négation.
Le P. Menestrier, qui avait été si souvent trompé par les auteurs , en faisant des recherches pour sa Méthode du blason , son Traité de chevalerie y son Histoire des tournois ^ et ses autres ouvrages sur la science des devises, l'origine des armes et l'explication des emblèmes , était devenu sceptique comme un mathématicien. Le titre seul de Touvrage que nous avons déjà cité plusieurs fois n'indique-t-il pas l'œuvre d'un philosophe , et d'un philosophe précurseur de Voltaire ? Or, nous trouvons tout naturel qu'il n'ait point admis certaines choses fort admis- ' sibles du reste. Il pensait comme les P.Mabillon Montfaucon, etDGalmet, et prenait le moyen âge en pitié! Cependant ils pouvaient encore, ces illustres bénédictins, contempler les magnifiques travaux des époques religieuses des xn», xiii*, xiv* etxv* siècles jccssym-
Digiti
igo pnoruÈTES
boliqae^ cathédrales , ces spleadLdes verrières historiëesy ces statues si simples et si naïves, ces heaax manoscrits sar vélin si riches et si parfaits y cette écriture improprement appelée gothi^jue , si origi* nale et si gracieuse , et enBn tons les incomparables monunens qne noos ont légués le mojen-âge et le christianisme !
Nous devons pourtant reconnaîtra avec le P. Me* nestrier qu'il est venu un grand nombre de faux pro^ phètes y comme cet Arnold de Vion , par exemple , qui attribua à saint Malachie un livre de prophéties auquel ce bienheureux apôtre ne pensa jamais. Cet Arnold de Yion^yant été forcé de se retirer en Italie, écrivît à l'abbaye du Montp-Cassin le fameux livre de prophétie qu'il publia en i5g5.
La preuve que saint Malachie n'a point écrit de prophéties, c'est qu'un de ses contemporains, l'auteur des Annales de Clieaux^ Ange Manrique, assure qu'ayant eu en sa possession tous les papiers du saint, il ne trouva aucune prophétie. Mais, sans citer les témoignages de saint Bernard , le digne ami de saint Malachie > nous demanderons comment l'auguste personnage cité par Arnold de Vion aurait pu faire des prophéties touchant la succession des papes ; quand , de son temps, le schisme avait cessé, quand l'antî-pape Anaclet était mort , et quinnocent siégeait en toute sécurité sur le trône de saint Pierre. Ensuite, ni Otfaon Frisingen | ni Jean de Sarisbery, ni Pierre- Je-Vénérable, qui s'occupèrent beaucoup des affaires eodésiastiques et des travaux de saint Malachie,
ET PROPBiTÎESé IQÎ
ne parlent des prétendues praphëties pnblîto par Arnaald de Vion.
Passons maintenant aux prophéties authentiques.
Un livre très-intéressant , et fait avec beaucoup de conscience , vient de paraître : il contient un grand nombre de prophéties modernes, la pi»* part inédites. Toutes ces prophéties sont précédées des preuves de leur authenticité, et saivîcs d'une explication savante^ claire et impartiale. Gomme nous aurons souvent occasion , dans le cours de ce paragraphe, d'extraire quelques passages de ce précieux petit ouvrage , nous y renvoyons nos lecteurs, en les prévenant qu'ils trouveront en en« tier, dans V Oracle pour 1840^, les merveilleuses prophéties que nous sommes forcés de mutiler ici , et bien d'autres encore que l'espace nous empêche de citer.
Pour coordonner cet historique, nous grouperons tontes les prophéties qui auront rapport à un fait important de notre histoire. Ainsi , nous allons commencer par les prédictions concernant le passé,
> L'Oracle pour 1840 et les années smvanteê , ou Re-éveil de Prophétiee anciennes et modernes , coneemant le passé , le présent et Vaoenir, et annonçant partieMére-meni les destinées de la France , de VEurope et de tOrisnt, Par Henri Oujardln. — La première éditfon, publiée par Maillet, est épuisée ; la seconde, perfeotiomiée et 1 parait chei. Canna.
arant de parler de celles faites , il y a plosieers siècles, et annonçant les ëvénemens de l'aTenir, Qnant à ces dernières , nos lecteurs peavent fort bien n'y pas croire. Mais , si nous leur citons des covrages imprimés au seizième siècle et dans lesquels se tronye annoncée très-clairement la Révolution française j certes il ne leur sera plus possible de douter.
Une des plus anciennes prophéties sur les événemensde 1789 est celle de Jean MuUer, publiée en 1476, imprimée en i553 dans VOdoeporiconde Brusch ^ msérée dans le livre de la Sagesse profondcy et enfin reproduite dans Y Oracle ^ Cette prédiction latine, dont nous ne donnerons seulement que la traduction , est ainsi conçue : « Après mille ans accomplis f depuis l'enfantement de la Vierge , et de plus lanqneseptcents ans se seront écoulés^la quatre^ingthuitième année sera une année bien étonnante , et entraînera avec elle de bien tristes destinées. Si, dans cette année, toute la race perverse n'est pas frappée de mort , si la terre et la mer ne se précipitent pas dans le néant , du moins tous les empires du monde seront bouleversés , et il y aura de toutes parts un grand deuil *. » — L'auteur de cette pré-
« Pi0M 25 et suiT.
* Cette même prédiction est insérée dans le MitabUis £•hw. Classement attribué à saint Césaire, et dans on ouTra^re qui a pour titre : VAvsnir dévoilé, ou Concordance des Propkétits de Nostradmnut avec lu événements.
ET PROPHiriES. ig3
diction ne s'est , à la rigaenr, sealement trompé qne d*ane année. Cest nne légère faute qu'on peut bien pardonner à celni qni l'a faite paîsqn'îl Tirait iroiscent treize ans avant l'érénement-Nos lectearslîront arec plaisir, dans VOraclej nnefonle de détails sor Fanthenticité de cette prophétie.
Un antre oavrage non moins cnrienz , nn livre rarissime *> dont nos pins sa vans antiquaires ignorent l'existence y nn bijoa bibliographique , qui n'a probablement jamais été ouvert , contient, sur la Révolution française, des prédictions merveilleuses auxquelles nous n'aurions certainement pas ajouté foi si nous ne les avions lues nous-mêmes dans l'édition originale de i53i, — de i53i , remarquez bien ! c'est-à-dire dans celle qui a été publiée deux cent cinquante^huit ans avant la Révolution de 1789!..
Ce livre a pour titre : Le fi&riodb, c^est-àrdire
I Nous pouvons bien nous servir du mot raftmmé pour désigner ce livre , puisqu*!! ne se trouve ni à la Bibliothèque Royale, ni à celles de TÂrsenal et Mazarine. Brunet, dans son Manuel du libraiTe , et Tauteur de la BibliothéqM histori-' qu9 de la France n'en parlent point. Le P. Leiong fait mention de la Table géographiqtie de Bourgogne de P. Turrel, mais non du Période, Ves^ouveUe$reeherehe$bibUO' graphiques, publiées en 1834, ne contiennent même aucune indication sur cet ouvrage. Le Période t été porté par les anciens génovéfains sur leurs riches catalogues , à la lettre Y, n<»400.
la fin du monde ; contenant la dispùsition de$ thouu$ terrestres par la vertu et influence des corps cé^ lestes : composé par feu maisire Tvrrel, phtloso^ phe et astrologue , recteur des escoles de Diion. — Att dessous de ce titre explicatif y on voit une yignette sur bois, grossièrement gravée, représentant en encadrement ies signes du zodiaque ; aa milieu le soleil, la lune y les étoiles et une sphère soutenue par une main. An bas de la pag^, on lit :
AVKOMOHDT 553 1« — ESTC&ISTVS i53i.
L'exemplaire que nous avons entre les mains et que nous devons à robligeanoe de sou savant pos- $esseur, M. Gilbert , rédacteur du Bulletin scientifique de la Gazette de France, est de format in- 12, sans nom d'imprimeur, de 3i feuillets ou de 6a pages et relié en parchemin. L'auteur Ta dédié à « trés-hault, noble et puissant seigneur messire Girard de Vienne» cheualier de Tordre et de la Royne, seigneur de Ruffey et de Gommarien » Baron d'Antigny et de Sainct Aulbin ».
Sur le dernier folio , l'auteur nous apprend de la manière suivante en quel temps et en quel lieu il 6t son ouvrage:! Escript et composé en latin an monastère des Trois-Valées , et translaté en françoys en la très-noble maison de Gommarien, la plus illustre et magnifique que soit en la région deMandobis. Faict et terminé le second iour de septembre mil cinq cens trente ung. » — * La Croix du Maine n'a
doDC point commis d'erreurs en disant que Tarrel composa le Période en latin. La Monnoye, aa contraire^ s'est trompé dans ses annotations des Biblhthèquesfinnçoisesi , lorsqu'il a écrit que < ce livre n'aroit jamais été écrit i/u'en françois, quoique, pour le pea qo'il contient , il soit rempU de citations latines ».
L'antenr de ce savant et curieos opascule était d^Autan*. Il naqait à la fin de la dernière moitié da quinzième siècle ; et en l'an 1 513 1 il était probablement mort ) car dans le titre de son ouvrage imprimé à cette époque , on lit : « Composé pxr/eu maistre Turrel ». Or, LaMonnoye, qui passe pour un annotateur très-érudit, s'est encore une fois trompé dans ses remarques sur les articles bibliographiques de La Croix du Maine et de Du Verdier. « Ce savant^ dît-il, en parlant de Turrel, vivolt encore, ce semble, en i54a; Guillaume Paradin, du moins, dans son livre de Antiquo BurgundicB, imprimé cette même année, parle du vénérable Pierre Turrel comme d'un homme alors vivant ' ».^0n voitbienqueM. de La Monnoye
I T. III, p. 329, édit. iik40 de 1772.
'il n*ételt pas de DQon, eotnme Ta ditBayle, dans son JHttiimmirê historique ^ d*aprés TouTrage deLaOoizdu Maine , maïs d'Autuo. M. de la Monnoye vient à Tappui dA ce qae nous arançons , en citant un ouvrage où Tarrel se qualifie d'AuTONOis (Magistro Petro TurêUo AuoasTO-
DVXBNSI. )
Remarqués sur ta Croix du Maine et Du Verâierf lui, p. 829. ^3,
ig6 PAOPHÈTES
a fait oomme la plupart des critiques ie nos jours : d a parlé des ouvrages dé Turrel sans les connaître. S'il eût ouvert le petit livre dont nous vous entretenons en ce moment, il aurait vu que son auteur n'existait plus en i53i. Si Guillaume Paradin a commis un anachronisme) ce n'était pas une raison pour que M. de La Monnoye l'imitât !
Pierre Turrel S quoîqu'astrologue et prophète^ n'était pas un de ces faux savans si communs à toutes les époques. Du Verdier dit qu'il fut un des plus grands mathématiciens de son temps. GhasseneutE , dans son Catalogue de la gloire du monde, appelle Turrel « un très-savant homme*». Il devint recteur de l'école de Dijon et professeur de Tiliustre Castellan, grand-aumônier de France et l'un dès orientalistes les plus distingués du seizième siècle. Baylc
* Les terminaisons latines en ellus et en elhm ont tonvent trompé les biographes, n est arrivé q[ue plusieurs historiens, n'ajant connu Turrel que par son nom latin Turéllui, Tout appelé en français TurreaUt comme Bèie, ou Tur9au et Turelp comme La Croix du Maine.
* A là Ccntidératian 17» il le place au rang des plus grands savanï d*Egypte, de Grèce et de Rome : Quid de Petro Tu- TBÏlo he9duo (itoquit) quid altêr Ptolomœus in cosmogrt^hiâ , altêr Aleabiiiiu in astrologiâ , àUer Cieero in arU dicendi , aitér Bios in pMlotophiâ , àlter Livius in hittorià dieipotêtt^ 9$ unum dicere non pudebit , quàd nec mo^orem redpit GaUia, 9tc, , etc.
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dît, en parlant de Castellan j « qu'il ëtadia sons ai\ célèbre régent qui s'appeloit Pierre Tarrel ' ».
Notre auteor^ayant fait à l'aide de calculs astrologiquQB des prédictions qui se réalisèrent de sou temps, fut accusé de sorcellerie et. traduit derant le Parlement de Dijon. Son jeupe élèye } Pierre Cas-; tellan, plein de recpimaissaiiçe poiir son savant pro-* fesseor, plaida sa cause avec tant de force > de ta-? lent et de logique, que Turrel fut acquitté par. ses juges» Ce plaidoyer remarquable se trouve rapporté par Oalland dans sa Dissertation historique sur Pierre 4u ChasteL-^f^om ne savons rien de plus snr l'auteur do Période f
Turrel n'était pas un prophète exclusif : « Toutef* fois, dit-il, ie ne veuls pas dire que ie puisse composer, {nrongnostiquer, ne iuger des chouses aduenir; mai^ seulement ei^ coniectarer et oppiner ». Après avoir passé rapidement en revue toutes les révolutions^ produites sur le globe par la conjonction des planètes, il ajoute : « Or laissons h tant à plus parler des cbouses faicteS| et que ont faict, que quasi tousbomtnes scavent, s'ils ne sont ignorants, et parlons ^ela liuiclième maxime, et merueilleuse conionction que les astrologues disent estre faicte enuiron les ans de Ifostre Seigneur mil sSpt cens octàhtb bt vbvf %
* Bajle, Dictionnaire historique et eritique, t, i, p. 791,
* En 1789. — u était îopQSfiblc de mieux prédire ta RéTç* luUon irao^ae*