‹ Note et observations thriques sur la plage soulev de SangatteChapitre 3 sur 4 · PRESTWICH. — PLAGE SOULEVÉE DE SANGATTE · texte numérisé non relu

PRESTWICH. — PLAGE SOULEVÉE DE SANGATTE

ciaire, ni un dépôt de transport hors des limites de l'endroit considéré. L'idée m'a d'abord frappé que ce pouvait être le résultat d'une de ces vagues qui s'élèvent dans les grands tremblements de terre et qui envahissent les côtes adjacentes jusqu'à une hauteur de 30 à 40 pieds, laissant, en se retirant, la plage couverte de débris rapportés de la terre. Mais l'explication n'est pas suffisante. Ces dépôts s'étendent trop loin dans l'intérieur des terres et atteignent des altitudes trop grandes.

Voici donc l'hypothèse que j'aurai à proposer : vers la fin de la période quaternaire, les plages soulevées nous montrent que nos côtes avaient à peu près les mêmes contours qu'à présent, et les vallées étaient creusées à peu près à leurs profondeurs actuelles. La mer était habitée par une faune semblable à celle qui existe, mais pas aussi riche en espèces, et la terre était habitée par le Mammouth, le Rhinocéros, le Renne, le Cerf et autres animaux de la période quaternaire. En outre l'homme habitait cette terre depuis longtemps, comme nous indiquent les silex taillés des dépôts des hauts et des bas-niveaux de la Somme, de la Seine et de la Tamise.

Alors un affaissement lent s'est produit, par suite duquel la mer a envahi la terre. Après une submersion très temporaire, qui n'a pas donné aux animaux marins le temps de s'établir sur le terrain submergé, un mouvement élévatoire s'est établi avec des intervalles de repos, comme il se tait dans les grands tremblements de terre. A chaque mouvement la grande nappe d'eau recouvrant les terres est refoulée, et en même temps la surface submergée est déblayée et le déblai transporté de haut en bas, ce déblai étant grossier ou fin suivant la rapidité du mouvement et la force résultante du courant. De cette manière la masse du dépôt vient toujours des hauteurs environnantes et se dirige de tous côtés, vers les fonds les plus bas, soit vers la mer, soit vers les vallées ou les plaines de l'intérieur.

En se retirant, la mer. entraînait avec les débris des terrains submergés, les restes épars des animaux noyés, les coquilles terrestres, les plantes et les silex taillés laissés par l'homme palseolithique. Ces débris ont suivi les bas-fonds ou les vallées qui descendent des hauteurs et puis, débouchant dans les grandes plaines, le dépôt s'est déployé dans ces larges couches de gravier comme celles qui s'étendent de Calais à Saint-Omer, devenant de plus en plus roulé au fur et à mesure qu'il s'éloigne de son origine.

Quand au contraire il y avait des sous-fonds ou des falaises comme à Sangatte, les débris précipités ont rempli ces inégalités et ont fini par les niveler. En effet, le dépôt à Sangatte ne forme pas des couches différentes et distinctes ; ce n'est qu'un amas de masses lenticulaires et

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irrégulières, toutes de même nature, sauf que la couche supérieure est toujours la plus caillouteuse. C'est cette couche caillouteuse qui, plus dans l'intérieur, comme dans la vallée de la Somme, forme la couche de gravier du centre de la vallée, que recouvrent immédiatement les couches de limon et de tourbes alluviennes.

C'est au phénomène que je viens d'indiquer qu'il faut attribuer la séparation nette et prononcée existant entre les dépôts palseolithiques et les dépôts néolithiques. Je regrette de ne pouvoir ici entrer dans tous les détails de l'hypothèse, pour laquelle il faudra embrasser une bien plus grande étendue de terrain, ce que j'espère faire plus tard. Il ne s'agit ici que d'expliquer les faits qui s'observent à Sangatte et il me paraît que cette hypothèse y répond suffisamment. Elle explique d'abord pourquoi les cailloux sont peu ou point roulés, pourquoi plus loin ils le sont, tandis qu'en même temps la partie meuble a disparu, pourquoi le dépôt est irrégulier et déposé alternativement en couches fines et grossières, pourquoi il est toujours d'origine locale, pourquoi il varie d'ailleurs suivant la nature du terrain, en conservant toujours les mêmes caractères physiques, et pourquoi ce dépôt ne contient que les restes d'animaux terrestres; elle explique enfin le passage subit entre ces dépôts diluviens et les dépots alluviens de la tourbe, la disparition nette et de la faune paléolithique et l'apparition, sans transition, de la faune néolithique.

Il n'y a pas d'endroit où ces phénomènes se montrent mieux qu'à Sangatte et dans l'intérieur jusqu'à Saint-Omer, et sans doute encore plus loin, mais ces phénomènes ont une bien plus grande étendue. Partout je ne peux me les expliquer que par l'hypothèse indiquée plus haut et dans ce cas les faits de la science sont en accord avec les anciennes traditions.

Meulan, imp. de A. Masson.

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