‹ Note pour servir a l'histoire de l'hydrothérapie moderneChapitre 1 sur 2 · NOTE · texte numérisé non relu

NOTE

« Que chaque médecin asisse suivant les circonstances, » ii la condition qu'il ne sacrifiera jamais les inspirations » de sa conscience aux incitations de son intérêt, »

(Le Proijris médical, t. III, p. 3U. — 1859.]

J'avais l'intention de répondre à votre gracieuse et bienveillante hospitalité en vous apportant le modeste tribut de mes travaux.

Mais il m'en coûtait de débuter au milieu de vous par l'exposé de mes recherches sur l'hydrothérapie.

J'aurais voulu, par exemple, vous parler tout d'abord des doctrines thérapeutiques et des appareils d'électricité de Remak. Ce devoir accompli , j'aurais été plus à l'aise pour vous entretenir plus tard de l'objet spécial de mes éludes.

Les circonstances en ont décidé autrement; qu'elles soient mon excuse.

Je tiens d'autant plus à faire ces réserves avant d'aborder mon sujet, que ce dernier, l'hydrothérapie, paraît offrir au premier abord un côté industriel qui lui a nui quelquefois dans une certaine mesure.

Ceci n'est pas un reproche, bien loin de moi cette pensée, mais cette remarque est d'autant plus nécessaire, qu'il est

impossible d'éviter 1 ecueil dans la discussion scientifique la plus pure de cette méthode de traitement.

Toutefois, je vais essayer, en relevant le gant lancé avec autant de courtoisie par notre confrère M. Sales-Girons, de m'inspirer de ce beau passage d'un discours prononcé, il y a treize ans, par l'illustre professeur Boyer (de Montpellier) au Congrès hydrologique de Toulouse : « L'industrie seule, disait-il, ne peut offrir à l'hydrothérapie qu'un appui fragile et éphémère; pour obtenir des succès durables et légitimes, elle doit s'établir sur le terrain de la science, qui est la véritable mère de l'industrie; car celle-ci n'est que la science appliquée à nos besoins » ( l ).

M. Sales-Girons a publié, dans le numéro du 31 mars de son journal, la Revue médicale, un article qui a pour titre : De V hydrothérapie el de ce que l'on pourrait faire pour la relever ( 2 ).

Pas n'est besoin de dire l'orage assez violent qu'a soulevé cette manière de poser la question.

Notre honorable collègue, M. Paul Dupuy, vous a communiqué, sur l'invitation de M. Sales-Girons, le sens et les conclusions de ce travail. J'ai demandé la parole pour fournir des explications et vous exposer le débat scientifique qui s'en est suivi.

Les réponses à M. Sales-Girons ne se sont pas fait attendre ; elles se sont même succédé si rapidement, que, son journal n'offrant pas une voie d'écoulement assez prompte, elles ont débordé dans deux autres feuilles.

J'ai pensé que vous prendriez plus d'intérêt à connaître le résumé de ces réponses que ma seule opinion.

Mais avant je rappelle brièvement le sens et les conclusions du travail de M. Sales-Girons.

(') Cunijrès hydrobgique de Toulouse, 10 mai 1853, p. 2. ( 2 ) La Revue médicale, 31 mars 1300, p, 321 et suivantes.

Notre confrère s'élève tout d'abord contre l'emploi de l'hydrothérapie à domicile. Les mauvais résultats, les insuccès, les dangers de cette pratique erronée et incomplète ont rejailli sur la méthode et sur les établissements sérieux qui la représentent.

« Et cependant, ajoute-t-il, quelle médication a-t-on vu surgir après elle qui pût la remplacer dans les maladies chroniques? Il n'en est aucune; elle n'a pas d'équivalent dans la thérapeutiquegénérale. » Les maladies auxquelles elle s'adresse n'ont fait que croître au milieu du tourbillon des affaires et de la vie fiévreuse de notre société moderne.

Ce qui fit le grand succès de cette méthode au début, c'est que, sortie toute fruste de la pratique grossière et empirique de Priessnitz, elle fut analysée, synthétisée et mise en rapport avec nos connaissances et nos doctrines en physiologie.

La déchéance actuelle viendrait de ce qu'elle n'a pas progressé dans cette voie. Elle serait restée immobile et indifférente à tous les progrès scientifiques accomplis depuis lors. .M . Sales-Girons en lire la preuve :

1° De ce que le froid serait encore l'agent exclusif de la médication sans s'inquiéter du véhicule;

2° De ce que nous ne distinguons pas entre les eaux de mer et celles des rivières; la première devant posséder, en vertu de sa riche minéralisation, une puissance particulière que n'aurait pas l'eau commune;

3° De ce que, pour l'hydropatbe, la dose de la médication serait invariablement fixée à l'unité de temps, une minute;

4° De ce que, ne tenant aucun compte de la qualité de l'eau, et le temps d'application étant extrêmement réduit, la possibilité de l'absorption par la peau ne nous avait pas préoccupé.

« Du reste, ajoule-t-il plus loin, les recherches négatives sur cette question de physiologie viendraient nous donner

raison, si Réveil, par ses expériences, n'avait pas démontré la réalité du fait au moyen de fhydrofère; »

5' De ce que la pulvérisation, méthode qu'il a créée, n'a pas été adoptée par les hydropathes, malgré les beaux résultats qu'elle a donnés dans les stations thermales.

Or, à Yintérieur, cette méthode est d'une utilité incontestable dans les maladies des voies respiratoires; elle pourrait en outre donner naissance à un nouveau mode de réaction en empruntant l'immense étendue de la muqueuse pulmonaire; elle s'appellerait Y hydrothérapie bronchique. Ce nouveau mode d'administration de l'eau froide viendrait en aide à la diète respiratoire en activant l'oxygénation du sang dans son foyer. A ^extérieur, elle donnerait naissance, avec la douche en cercle d'eau poudroyée, de l'hydrofère, des douches en jet capillaires, filiformes, à des effets particuliers de sédation, de révulsion, et à une action topique qu'on ne retrouverait pas dans l'hydrothérapie actuelle.

.le crois avoir reproduit intégralement les points principaux du travail de M. Sales-Girons.

Je vais résumer les réponses laites à cette critique. Quant à la mienne, je la réserverai pour les conclusions à tirer sur le fond et la forme de ce débat scientifique.

Mais, chemin faisant, je développerai les réflexions qui me sont venues à la lecture de chacune d'elles.

A ce point de vue surtout, je réclame toute votre indulgence. Si je suis contraint quelquefois de quitter le terrain scientifique pour le champ de l'industrie, si fertile pour les uns, si aride envers les autres, ne me blâmez pas. Il est de toute nécessité de soulever le coin du voile, de regarder derrière le rideau pour juger en connaissance de cause les faits et les opinions.

Heureux, si dans cette tentative téméraire je parviens à apporter dans votre esprit la conviction que la science est

mon seul guide, la vérité le but vers lequel je tends.

Plusieurs auteurs de ces réponses se sont laissés aller à leur penchant naturel, à leurs préoccupations. Quelques-uns ont glissé à côté de la discussion et n'ont pas abordé le débat dans les termes précis posés par M. Sales-Girons.

M. Fleury, plus qu'aucun autre, a cédé à l'impulsion de faire valoir une idée préconçue.

Voici le résumé de sa lettre :

Notre savant confrère s'étonne tout d'abord de n'avoir pas été nommé dans l'article de M. Sales-Girons. « Vous le savez, dit-il, et vous ne le contesterez pas, je suis le premier et à peu près le seul qui ait opéré cette transformation de l'hydrothérapie empirique et brutale de Priessnilz en une méthode médicale avouée par la science » (*). Une simple observation en passant : Je crois que M. Fleury oublie au moins Schédel, qui l'avait très brillamment précédé dans cette voie huit ans avant lui ( 2 ), comme il le reconnaît lui-même dans son ouvrage ( 3 ).

Cette réserve olympienne faite, notre illustre confrère établit que l'hydrothérapie ne s'est bouchée ni les yeux ni les oreilles pendant son séjour en Allemagne et en Belgique. Cette assertion de sa part ferait croire que du jour où M. Fleury nous a quitté il a emporté avec lui tout le bagage de l'hydrothérapie; je me permettrai de lui faire observer humblement que la charge eût été peut-être un peu lourde.

« La pulvérisation, dit-il, est une bonne chose, un utile adjuvant à l'hydrothérapie, mais il ne suffit pas qu'une médi-

(') Lu Revue médicale, 1866, page J92.

( 8 ) Schédel, Examen clinique de l'hydrothérapie, Pari?, septembre 1845.

( 3 ) Traité d'hydrothérapie rationnelle, par Louis Fleury, 185C, p. 89, 2 e édition.

cation fasse intervenir l'eau à un titre quelconque pour quelle appartienne de droit à l'hydrothérapie » ( 1 ).

Après avoir bien établi ces prémisses, notre illustre confrère est de l'avis de M. Sales-Girons sur l'état de décadence de l'hydrothérapie actuelle.

Ces causes à ses yeux sont les suivantes :

1° Le médecin n'a pas voulu intervenir directement et personnellement dans l'administration des douches comme il l'a conseillé et fait lui-même à Bellevue ;

2° Depuis ses publications, il n'y a pas eu un seul travail sérieux sur l'hydrothérapie;

3° Landry et Tartivel pouvaient seuls continuer YÉcole de Bellevue; mais le premier est mort, et le second a préféré les paisibles travaux du cabinet aux luttes de la pratique;

4° L'hydrothérapie ne se relèvera qu'en se réfugiant dans l'enseignement clinique et par la création de services hydrothérapiques dans les hôpitaux.

« 5° L'hydrothérapie à domicile, dit-il, peut faire beaucoup de mal ou beaucoup de bien à l'hydrothérapie médicale, suivant la manière dont elle est pratiquée. Elle fera du mal si, abandonnée aux malades, à leurs parents, à leurs domestiques, elle persiste dans l'emploi d'appareils insuffisants » ( 2 ).

M. Fleury — notez ce détail — ajoute après les lignes qui précèdent : « Et vous voyez qu'en émettant cette opinion je suis personnellement aussi désintéressé que peut l'être votre correspondant inconnu, réel ou fictif» ( 3 ).

Des six questions posées par M. Sales-Girons, pas un seul mot.

Messieurs, je ne m'appesantirai pas sur l'impression pénible que doit faire cette réponse sur tout esprit sérieux.

(') La Revue médicale, 1866, p. 396.

(') Loc. cit., p. 393.

( s ) Loc. cit., p. 39*.

Je suis plus que personne grand admirateur du génie initiateur de notre illustre confrère. Je lui ai rendu hommage dans une foule d'occasions; je ne puis oublier les visites que j'ai faites à Bellevue et l'accueil bienveillant que j'y ai reçu. J'ai toujours été convaincu, et je le suis encore, que, sans son audace, sans ses remarquables travaux sur l'hydrothérapie, cette médication aurait succombé sous le coup des exagérations qui accompagnèrent ses débuts. Mais de là à prétendre, comme le fait M. Fleury, que depuis lui et avant lui on n'a rien fait pour l'hydrothérapie, il y a une légère différence.

Notre illustre confrère, comme tous les grands esprits, après avoir inondé d'un jet de lumière toute la doctrine hydrothérapique, s'est peu préoccupé des détails. Aussi a-t-il nécessairement laissé dans l'ombre un certain nombre de questions pratiques, de détails d'application à élucider, à résoudre. Aussi semble-t-il éviter, dans sa lettre, de répondre et de discuter les points précis posés par M. Sales-Girons.

Convenir, par exemple, que la température, que la qualité, que le mode d'administration de l'eau devaient varier dans les termes établis par notre confrère, c'était admettre que l'hydrothérapie rationnelle n'était complète ni en 1852 ni en 1856.

Les traités de M. Fleury datant de ces époques ne répondent pas aux questions posées par M. Sales-Girons.

Prenons quelques exemples :

Notre savant confrère établit comme règle invariable* que tous les malades doivent être soumis d'emblée à l'eau froide. Les uns au drap mouillé, aux affusions, aux lotions; les autres à la douche. « Au bout de huit jours, dit-il, tous les malades sont parfaitement habitués » { 1 ).

i 1 ) Traité théorique et pratique de l' hydrothérapie , par Louis Fleury, î« édition, 1856, p. 170.

Je l'ai cru moi-même, j'ai pratiqué ainsi, et je l'ai dit en 1861 dans un travail intitulé : Des procédés à mettre en usage au début d'un traitement hydrothérapique ( i ). Or, depuis cinq ans, j'ai été obligé de modifier complètement cette pratique erronée, dangereuse parfois, et toujours pénible pour les malades.

J'ai dû commencer chez tous ceux qui n'avaient jamais fait d'hydrothérapie par des douches chaudes, tièdes ou tempérées. Et c'est en abaissant graduellement cette températuie initiale, qui peut varier entre 28 et 36°, jour par jour, degré par degré, que j'ai dû de rencontrer rarement des réfractaires. Le plus grand nombre de malades traités ainsi s'habituent sans secousse, sans souffrance réelle, à l'application de l'eau froide. En suivant les errements de M. Fleury, quel que soit au début le peu de durée de l'application de l'eau froide, on ne peut évidemment éviter la secousse, l'impression subite du froid qu'on ressent, lorsque le corps n'y est pas habitué.

Notre très savant confrère avance que l'hydrothérapie doit être faite avec de l'eau à 8° ( 2 ). Ici une question préjudicielle à poser : Existe-t-ilde véritables sources à cette température? J'en doute un peu ; il est en effet un fait avéré, reconnu par tout le monde, c'est que la température des sources en France est de 11 à 13°. L'eau au dessous de cette température provient de la fonte des neiges et doit être consommée à son point de départ, condition presque toujours impraticable; sinon, elle s'est bien vite mise en équilibre avec la température de celle des rivières.

Il y a dans l'établissement de Lonchumps à Bordeaux (je vous demande pardon de cette immixtion dans le débat, je l'éviterai le plus possible), il y a, dis-je, une source sortant de

(') Paris, Germer-Baillière, éditeur ( 2 j Lou. cil,, ùdition 1856, p. 169.

la roche même à 2 mètres au dessous du sol ; sa température, prise au plus fort de l'hiver et au cœur de l'été, a toujours oscillé invariablement entre 11 et 13°.

Cette température de 11 à 13°, que nous porterons volontiers à 15°, est la véritable température générale de l'eau nécessaire à une bonne application de la méthode hydrothérapique.

M. Fleury, qu'il me permette de le lui dire avec tout le respect dont je suis pénétré à l'égard de sa haute autorité scientifique en hydrothérapie, a contribué plus qu'aucun autre à propager, à l'exemple de Priessnitz, cette doctrine funeste de croire qu'il est besoin d'eau glacée pour faire de la bonne hydrothérapie. Et puis, comment concilier l'opinion qu'il a émise dans son ouvrage avec sa proposition toute nouvelle de pratiquer l'hydrothérapie à domicile? Trouvera-t-il souvent, à Paris par exemple, des propriétaires assez généreux pour donner et des locataires assez fortunés pour recevoir de l'eau à 8°? Est-ce possible? Proposera-t-il de refroidir l'eau avec de la glace? Mais alors à quels frais n'entrainera-t-il pas ses malades ! car il ne suffit pas de quelques seaux d'eau froide pour faire de la bonne hydrothérapie , comme il le dit lui même dans son Traité et ailleurs ( 1 ).

Je me suis élevé énergiquement contre cette doctrine. Toutes les fois que j'ai eu l'honneur de recevoir des visites ou des demandes de renseignements à cet égard, j'ai dit franchement que l'eau à ma disposition avait de 11° à 13°, l ï" et 15"; et que ceux qui faisaient de l'hydrothérapie ailleurs qu'à l'origine des gaves ou aux pieds des glaciers, n'avaient pas d'eau plus froide à leur disposition. Notre illustre confrère avait-il mieux que cela à Mondorf, à Schival-

(') Traité d'hydrothérapie, de A. Fleury, 1856, p. 160.— La Revue

médicale, I866, p, 391.

leini. à Bruxelles et ailleurs? Du reste, n'est-ce pas suffisant? Je n'en veux pour preuve que la sensation éprouvée et la réaction obtenue chez quiconque se place sous une douche à cette température.

Je n'en ai pas tini avec cette question de température, base essentielle, fondamentale, de l'hydrothérapie rationnelle. J'y insiste, parce que si je parviens, comme je le crois, à vous démontrer que mon illustre confrère n'a pas tout dit sur cette question de température, j'aurai prouvé par là qu'il n'est pas tout à fait le seul ou à peu près le seul à avoir créé l'hydrothérapie rationnelle ; ses successeurs auront donc fait et ont dû faire nécessairement quelque chose.

Je poursuis.

Je disais tout à l'heure : M. Fleury n'admet pas d'eau au dessus de 8° à 10" pour pratiquer l'hydrothérapie.

Notre très savant confrère cite dans son ouvrage des cas de névralgies et de rhumatismes aigus guéris par des sudations à l'alcool, suivies de douches générales à cette température, et il ajoute : tous mes malades ont guéri ( 1 ). J'avoue humblement n'avoir pas été tout à fait aussi heureux; je l'aurais été bien moins encore, si, comme lui, je n'avais eu que de l'eau froide à ma disposition.

J'ai vu souvent ces maladies s'exaspérer sous l'influence des applications froides. Il me fallait de toutenécessité revenir à l'eau chaude.

J'avance ici un fait dont je suis tellement certain, que je suis à me demander vraiment si M. Fleury a eu réellement à soigner ces affections à l'état aigu.

Je poserai, en principe, qu'il faut traiter les rhumatismes et les névralgies aigus à l'aide de sudations douces et longues, suivies de douches générales bien brisées et chaudes

(') Luc. cil., édit, I85G, p. 304.

(32° à 38°). Il vaut mieux renoncer à les traiter, si Ton n'a pas les moyens suffisants à sa disposition.

Et puis, cet appareil de sudation tant vanté, le fauteuil et la lampe à alcool, est-il là, franchement, le nec plus ultra de lart? Je n'ose l'affirmer, même à la suite de M. Fleury. 11 a des défauts que notre savant confrère a oublié de mentionner, lorsqu'il l'a mis en parallèle avec l'emmaillotement des Allemands.

Ainsi, il arrive fréquemment qu'un malade sujet à avoir les pieds froids, ne peut les réchauffer pendant la sudation au fauteuil. Veut-on lever la difficulté : en mettant la lampe en avant, on grille les mollets et le torse se refroidit; la place-t-on en arrière, les jambes se réchauffent difficilement. Ce sont des inconvénients qu'on finit par lever le plus souvent soi-même; mais M. Fleury a laissé ce soin à ses successeurs, puisqu'il n'en fait pas mention dans son ouvrage.

Il est un moyen bien préférable à celui-ci dans une foule de cas ; c'est le bain de caisse chauffée avec la vapeur d'eau ou un courant d'air chaud ; il a surtout l'avantage de se prêter à une graduation de température beaucoup plus facile. Il suffit d'ouvrir ou de fermer insensiblement ou rapidement, suivant les besoins, un robinet ou une valve. En outre, dans le cas où l'on use de la vapeur d'eau, on peut joindre à l'action du caloriq'ue les effets excitants, sudorifiques, balsamiques, des espèces médicinales : de la résine, du goudron, de la thérébentine, etc. Mais pour ce faire, il faut des chaudières à vapeur, des réservoirs surélevés d'eau chaude, des installations multipliées, et je ne sache pas que notre savant confrère ait usé de ces divers moyens lorsqu'il écrivit son ouvrage. J'ai vu depuis M. Bourguignon, son premier successeur à Bellevue, procéder tout différemment. J'ai vu cet honorable praticien administrer des douches chaudes, tièdes, tempérées, là où M. Fleury usait exclusivement d'eau froide.

Cette doctrine exagérée de réduire l'hydrothérapie à l'application de l'eau commune à basse température et à la sudation au fauteuil , a bien d'autres conséquences sérieuses.

Ainsi, par exemple, notre savant confrère constate ses échecs dans les paraplégies, les hémiplégies et les congestions sanguines chroniques de la moelle. Les deux chapitres consacrés à ces affections sont incomplets. 11 n'y a ni faits, ni détails d'application ( 1 ). Qu'il me permette de lui dire que les médications révulsives et excitatrices propres à ces affections ne consistent pas seulement dans l'emploi de douches en jet, en colonne, en poussière froide et dans la sudation au fauteuil, déjà nommée, déjà conseillée par lui dans les névralgies, les rhumatismes, les affections chroniques du tube digestif, etc., etc.

Il est trois autres moyens d'excitation, de révulsion, bien autrement puissants contre ces maladies. Ce sont : la douche écossaise (jet chaud et jet froid dirigés alternativement le long de la colonne vertébrale et sur les membres inférieurs), la douche de vapeur aromatique, le bain de caisse, avec des vapeurs humides, stimulantes, et l'éluve complète suivie d' emmaillotemenl.

Avec le premier de ces moyens, on agit beaucoup mieux dans les hémiplégies qu'en employant les douches froides simples, aussi percussives qu'on voudra ; avec ce même moyen joint, alterné avec la douche de vapeur et les procédés de sudations indiqués plus haut, on arrive à des résultats sérieux, inespérés dans bien des affections de la moelle de nature congestive. Il est bien entendu que nous mettons de côté tous les cas où il existe une lésion physique, organique des centres nerveux, car nous n'avons pas plus que notre

(') Luc. cit., édit. 1856, p. 523-284.

illustre confrère la prétention de renouveler le miracle de l'Évangile ( 1 ).

Je ne m'appesantirai pas sur les détails de l'application; il ne s'agit pas ici de faire un traité pratique, mais de démontrer simplement que notre très savant confrère, en parcourant à pas de géant ce champ si vaste de la doctrine hydrothérapique, nous a laissé bien involontairement le soin d'y recueillir quelques très modestes lauriers.

Je le répète donc, il y a dans toute cette partie des œuvres de M. Fleury une lacune qu'il a fallu combler.

Et puisque je viens de citer la douche écossaise, je ferai remarquer encore que, sans cet appareil, un grand nombre de névralgies chroniques et de rhumatismes anciens guérissent difficilement, surtout lorsqu'il existe, comme dans certaines vieilles sciatiques, un léger affaiblissement de la sensibilité et de la motilité.

S'il est un genre de révulsion spécial propre à ces affections, c'est celui fourni par la douche écossaise; toutes les douches froides du monde ne produiront jamais des elfets équivalents.

Cette douche est encore utile dans l'aménorrhée, dans la dysménorrhée; donnée quatre à cinq jours avant l'époque sur le bas des reins et sur les membres inférieurs, elle facilite mieux le retour du flux menstruel que la simple douche froide.

Ne sait-on pas, — soit dit sans vouloir porter la moindre atteinte aux eaux minérales, — que cet appareil est la clef de voûte d'une partie des eaux qui s'administrent à l'extérieur? Croit-on, lorsqu'on donne ces douches, que le jet froid soit toujours fourni par l'eau minérale refroidie? Non, certes; on prend l'eau voisine le plus à portée, sans s'inquié-

') Loc. cil., èdit. 185G, p. 284.

ter de sa constitution, et Ton donne jet froid d'eau commune et jet chaud d'eau minéralisée. N'est-ce pas de l'hydrothérapie? Poser la question, c'est la résoudre.

Je ne puis malheureusement qu'effleurer cette question de température, sur laquelle il y aurait encore beaucoup a dire.

Ainsi, par exemple, notre savant confrère relègue dans l'ombre le bain de vapeur, le type des agents sudorifiques, et bien supérieur à la sudation au fauteuil.

Ce bain est préférable dans les rhumatismes musculaires et les névralgies aiguës; il est indispensable dans les affections de la moelle, ai-je dit. Supprimez-le, et n'ayez pas de douches écossaises à votre disposition, et vous ne pourrez rien, ou presque rien, contre ces redoutables maladies.

L'emmaillotement, autre moyen de sudation qu'il critique si vivement, ne doit pas être repoussé d'une manière absolue ( 1 ). S'il n'a donné aucun résultat et présenté beaucoup d'inconvénients entre ses mains, c'est qu'il s'en est tenu au procédé primitif. M. Andrieux l'a simplifié, l'a rendu très supportable par l'interposition de demi-cylindres d'eau chaude entre les couvertures et le corps du malade. Il est encore plus pratique employé au sortir d'un bain de vapeur. Il est cause du ramollissement, de l'affaiblissement de la peau, dit M. Fleury. Oui, si vous ne le faites pas suivre de la douche; non, dans le cas contraire.

Encore un chapitre où notre savant confrère n'a pas tout dit, celui de la spermatorrhée ( 2 ).

11 reconnaît qu'il n'a pas toujours guéri cette affection. Ceci ne m'étonne pas, s'il a employé le traitement incomplet qu'il conseille contre elle ( 3 ). Il y manque l'appareil princi-

(') Loc. cit., édit. 1856, p. 129 et suiv.

(*) Loc. cit., édit 1856, p. 565.

( 3 ) Loc. cit., édit. 1850, p. 565,

pal, sans lequel le traitement des affectiuns génito-urinaires de l'homme, du ressort de l'hydrothérapie, ne peut être entrepris avec fruit.

Cet appareil, c'est la douche périnéale; il doit être muni d'eau chaude et d'eau froide pour répondre à toutes les indications. Il a une action antispasmodique et sédative toute spéciale sur les organes génito-urinaires.

Ainsi, j'ai vu maintes fois des érections anormales, le priaprisme, le satyriasis, même symptomatique, d'une affection cérébrale ; les érections douloureuses et la turgescence de la verge, de la prostate, suite d'une urétrite aiguë et profonde, céder très rapidement à l'application sur le périnée, entre les bourses et l'anus, d'une douche froide, tiède ou chaude de dix à trente minutes de durée, douée d'une force de percussion équivalente à une chute d'eau de 2 ù 4 mètres de hauteur.

Supprimez la douche périnéale, et les affections chroniques des organes génitaux de l'homme, dans lesquels l'hydrothérapie convient, ne guériront plus dans la majorité des cas.

M. Fleury passe également sous silence le traitement hydrothérapique de l'hystérie, de l'épilepsie, de la chorée infantile, des contractures idiopathiques, rhumatismales, hystériques; de l'ataxie locomotrice, du goitre exophthalmique, etc., etc.

N'y avait-il donc rien à dire sur ces différentes questions?

La chorée infantile ( l ), par exemple, guérit si souvent à l'aide exclusif de l'hydrothérapie et de la gymnastique, qu'on serait presque tenté de blâmer tout praticien qui n'emploie pas ce moyen avant tout autre, s'il ne fallait pas éviter recueil d'être taxé d'exagération.

(') Nous voulons parler ici, bien entendu, de la chorée qui a plus de deux mois de date.

J'ai vu des crampes professionnelles (tailleurs d'habits, joueurs de flûte, écrivains, etc.), des spasmes convulsifs de nature hystérique extrêmement rebelles, céder sous l'influence de la médication hydrothérapique.

L'hystérie est souvent améliorée, quelquefois guérie, par ce traitement; on obtient des améliorations assez nombreuses dans l'ataxie locomotrice; l'épilepsie, dans quelques cas rares et bien déterminés, peut fournir quelques résultats.

N'aurait-il pas été utile de connaître l'opinion de notre savant confrère sur toutes ces questions importantes? Quels procédés hydrothérapiques conviennent à ces cas divers? Dans quelle proportion réussit-on à les soulager, à les guérir? Il s'est peu ou point expliqué à cet égard. Il a donc fallu, comme dans d'autres circonstances, après avoir pris connaissance des principes généraux établis par M. Fleury, instituer soi-même la médication, comparer, juger le degré d'efficacité de chaque procédé dans tels ou tels cas.

N'est-ce donc rien? Je vous laisse le soin de répondre.

S'il n'a pas parlé de l'emploi de l'hydrothérapie dans un certain nombre d'affections nerveuses, en revanche je trouve qu'il a été un peu loin lorsqu'il a préconisé l'eau froide dans la période menstruelle ( 1 ). Quoi que j'ai pu faire, je n'ai jamais été assez heureux pour éviter toujours quelques inconvénients; ils n'ont jamais été sérieux, mais ils n'en existaient pas moins. Je crois donc que M. Fleury a été un peu trop absolu clans son opinion.

L'eau froide a été conseillée dans le lymphatisme et les scrofules par M. Fleury; il la place au premier rang ( 3 ). Je crois, — et je pense avoir la majorité des médecins en faveur de mon opinion, — je crois, dis-je, que les eaux salines chlorurées et les bains de mer ont une action plus directe,

(') Lor. cit., êdit. 1856, p. 289.

( ! ) Loc. cit., èdit. 1856, p. 400 et suiv.

plus spéciale que l'hydrothérapie simple. Cette dernière méthode ne peut être, dans ce cas, qu'un simple adjuvant à ces médications.

Notre savant confrère n'a pas répondu à la question si précise posée à cet égard par M. Sales-Girons.

La doctrine hydrothérapique elle-même sur laquelle, je me plais à le reconnaître, M. Fleury a jeté une si vive lumière, n'est pas complète. Il faut aujourd'hui la mettre en harmonie avec les découvertes toutes modernes sur les fonctions mystérieuses des nerfs vaso-moteurs.

Depuis les expériences de Pourfour Du Petit, Claude Bernard, Schiff, Brow-Séquard, Longet, etc. ( 1 ), ont démontre l'influence des nerfs vaso-moteurs sur la circulation capillaire, l'une des principales bases d'action de l'hydrothérapie. Là où nous disions : réaction physiologique en vertu d'un raptus sanguin, d'un effet actif, il faut dire sédation, paralysie des nerfs vaso-moteurs, dilatation capillaire, afflux du sang, diminution de la tension artérielle, augmentation des mouvements du cœur. A l'effet contraire, que nous considérions comme une forme de paralysie de ces mêmes éléments, il faudra dire : excitation des nerfs vaso-moteurs, contractilité des capillaires, augmentation de la tension artérielle, ralentissement des mouvements du cœur.

Notre illustre confrère avait reconnu que les battements du cœur sont précipités ou ralentis suivant qu'on provoque les

(•) Pourfour Du Petit, Mémoiresde l'Académie des Sciences, 1727. Claude Bernard, Liquides de l'organisme. — Substances toxiques et végétales.

Brown-Séquard, Paralysies.

Marey, Circulation du sang.

Longet, Physiologie .

Schiff, Comptes-Rendus de l'Académie des Sciences, 1S62. Ghauveau, Berlulus cl Laroyenne, Journal de Physiologie, 1SG0, etc.

actiofls sédatives ou excitantes ( 1 ) ; Marey et Barel de Pontevès en ont donné le mécanisme physiologique ( 2 ).

Un nouveau mode d'application hydrothérapique a été basé sur ces doctrines physiologiques : c'est la méthode de M. Chapman, de Londres. « Elle consiste dans l'application de la chaleur ou du froid le long de la colonne vertébrale. Cette application se fait au moyen d'un sac en caoutchouc très ingénieusement construit, et renfermant de la glace ou de l'eau à différents degrés de température.

» La chaleur (suivant les idées de l'auteur) augmentant l'afflux du sang dans les centres nerveux, détermine ainsi la contraction des artères qu'ils animent, en exaltant leurs fonctions; tandis que le froid, en diminuant l'afflux du sang dans les centres nerveux, amène la dilation des artères qu'ils tiennent sous leur dépendance ( 3 ). »

De cette diminution ou de cette augmentation de l'afflux sanguin, il résulterait, d'après le D r Chapman, des actes réflexes du plus haut intérêt, et qui pourraient éclairer la nature intime de plusieurs maladies dont la cause est restée inconnue.

« Ainsi, dit-il, quand il y a afflux sanguin dans les centres nerveux, la peau se couvre de sueurs, et la sécrétion muqueuse devient plus abondante; au contraire, la sueur disparaît et la sécrétion muqueuse se tarit lorsqu'il y a olighémie des centres nerveux ( 4 ). »

(') Hydrothérapie, M. Fleury, 2» (Mit., 1856, p. 120 et suiv.

( 2 ) De Barel de Pontevès, Des nerfs vaso-moteurs et de la circulation capillaire. Thèse Paris, 1864.

( 3 ) Consulter •

Journal de Médecine de Bordeaux, 1866, p. 2 16 et suiv.

Gazette médicale de Paris, 1806, n° 6. **

Médical Unies and Gazette, 1866.

Arch. Fur Wissens Chaftliche Heilkunde, 1865.

(') Journal de Médecine de Bardeaux, 1860, p. 216.

L'auteur combat les congestions, les inflammations de diverses parties du corps, par l'application de la chaleur à certaines parties du rachis en rapport avec le siège de ces désordres.

Il traite le choléra par le froid dans la période algide, et par la chaleur dans la période de réaction.

Il emploie la glace le long du rachis contre le groupe entier des affections convulsives : hystérie, épilepsie, convulsions de l'enfance, laryngite striduleuse, etc.

De même, la paralysie avec contracture, la paralysie infantile, céderaient au même moyen.

Il emploie la chaleur sur le rachis dans la pleurésie et la bronchite au début, et l'abondante sécrétion muco-purulente qui survient secondairement dans cette dernière, serait arrêtée par l'application du froid.

Je ne puis m'étendre davantage sur ce point nouveau de la doctrine hydrothérapique, qui vient à peine de surgir; les publications sur ce sujet sont encore trop incomplètes pour qu'il soit permis de se former une opinion à cet égard. J'ai voulu simplement, en vous les signalant, vous donner la preuve que l'hydrothérapie se perfectionne chaque jour depuis l'apparition en 1856 de la deuxième édition du Traité de M. Fleury.

La seconde cause de la prétendue déchéance de l'hydrothérapie viendrait, d'après M. Fleury, de ce que le médecin n'a pas voulu intervenir directement, personnellement et toujours, dans l'application de tous les traitements hydrothérapiques.

Ici, sans vouloir m'arrêter à l'impossibilité matérielle d'une telle pratique, impossibilité qui ressort surabondamment aux yeux de tous, je poserai encore une question préjudicielle. Notre illustre confrère suivait-il toujours cette pratique? J'ai en ce moment, comme par le fait du hasard, deux per-

sonnes, une dame et un monsieur, dont l'un a suivi l'hydrothérapie sous sa direction en 1859, à Bellevue, et auquel il a donné trois douches; le reste du temps elles ont toujours été administrées par un simple baigneur. La dame a été dans l'élablisment de Bruxelles pendant l'automne de 1864; elle a toujours été douchée par une baigneuse.

Du reste, cela ne se passe-t-il pas ainsi dans tous les établissements thermaux? Sont-ils pour cela en décadence? Et s'il fallait établir un parallèle entre eux, il serait, à coup sûr, bien en faveur de l'hydrothérapie actuelle, que notre savant confrère considère comme tombée entre des mains mercenaires. Qu'il y ait de fâcheux abus, soit, je l'accorde; mais est-ce la faute des établissements sérieux et de ceux qui sont placés à leur tète? A ce compte, la multiplication des rebouteurs serait la décadence de la chirurgie. Mais qu'il se rassure, et qu'il n'ait aucune crainte sur notre sort. Cela n'est pas sérieux, et il faut vraiment s'étonner que notre très savant confrère se soit laissé aller à des assertions aussi regrettables.

Enfin, M. Fleury constate que la bibliographie hydrothérapique est veuve de toute publication sérieuse depuis l'apparition de son Traité. J'avoue être plus embarrassé, au premier abord, pour répondre.

Cependant, si j'ai démontré, comme je l'espère, que notre honorable confrère n'a pas tout dit sur la question de température, sur la qualité de l'eau, sur les procédés de sudations ; qu'en fait d'appareils, il a passé sous silence la douche écossaise, la douche périnéale; qu'il ne s'est pas expliqué sur l'emploi de l'hydrothérapie dans la chorée, dans l'hystérie, dans l'épilepsie, dans les contractures idiopathiques, rhumatismales, hystériques; qu'il n'a fait usage ni des bains de caisse, ni des bains russes, ni des douches écossaises, périnéales, etc...., j'ai répondu par cela même.

Il est vrai qu'aucun traité dogmatique n'a vu le jour depuis le sien; celui-ci est, je me plais à le reconnaître, le véritable monument de la doctrine hydrothérapique. Mais n'est-ce donc rien que les travaux consacrés à toutes les questions que je viens d'énumérer ( ] )?

Cette méthode, dit-il, ne reprendra sa marche ascendante que par la création de services hydrothérapiques dans les hôpitaux. Ma réponse sera facile. Si je rappelais ce que j'ai vu de mes propres yeux dans plusieurs services hospitaliers où tout était livré au bon plaisir des doucheurs et des doucheuses, mon opinion ne serait pas favorable à cette innovation. Mais je suis, malgré ces faits, de son avis, à la condi-

(') Seoutteten, Hydrothérapie, 1843. — Schedel, id., 1845. — Baldou, id., 1846. — Guettet, id., 1849. — Lubanski, id., 1847. — Bachelier, id., 1846. — Bottentuil: id , 1858. — Vidart, id., 1855. — Fournier, id., 1857. — Boullay, id., 1859. — Duval, id., 1858. — Macario, id., 1857. — Collin, id., 1857. — Macario, id., 1859. — Petit, id., 1862.

— Andrieux, id., 1857. — Armand Rey, id., 1858. — Gillebert Dhercourt, id., 1845. — Bouland, id., 1861. -- Lubauski, id., 1854. — L. Boyer, id., 1845. — L. Boyer, id , 1853. — Rancoulet, id., 1852. — Villars, id., 1860. — Tartivel, le Progrès médical, 1858, 1859, 1860. Dictionnaire des Sciences médicales, Âfj'usion, 18C5. — Gillebert Dhercoui't, Dictionnaire des Eaux minérales, 1860. — Devergie, Maladie de la peau, 1803. — Forget, Des principes de thérapeutique, 1860. — Arqué, Thèse, Hydrothérapie, 1858. — Duvigneau, id., 1861. — Demeaux, id., 1860. — Brocard, id., 1859. — Cordonnier, id., 1858.

— Amussat, id., 1850. — Busquet, id., 1S49. — Tesson, id., 1864.— Boullay, id., 1853. — Goudoulin, id., 1S60. — Combes, id., 1861. — Tourton, id., 1865. — Richet, id., 1847. — Delmas, id., 1859. — Delmas, Hydrothérapie, 1860, 1861, 1862, 1863, 1864, 1865, 1866.

(Tons ces travaux appartiennent à notre pays. Il en resterait encore à énumérer. Tous ont immédiatement précédé ou suivi l'apparition du Traité de M. Fleury; tous appartiennent à l'hydrothérapie moderne. 11 y aurait encore à signaler tous les travaux anglais, allemands, italiens, qui datent des mômes époques, et ils sont nombreux; mais il est facile de voir, par ce simple aperçu, qu'un grand nombre de praticiens, et parmi eux des hommes d'une notoriété scientifique élevée, se sont préoccupés de l'hydrothérapie soit avant, soit après M. Fleury.)

tion toutefois qu'un service médical complet sera attaché spécialement à cette pratique, et qu'une direction familière avec cette méthode de traitement présidera à l'installation.

Il ne faut pas s'abuser à cet égard et s'imaginer qu'une création et qu'une direction hydrothérapiques s'improvisent du jour au lendemain. Il est nécessaire d'être passé par tous les déboires d'une pareille tentative, pour se rendre compte des difficultés qu'on rencontre à chaque pas. 11 est d'autant plus utile de prémunir les innovateurs, que l'esprit est trop enclin à rejeter sur le compte de la méthode ce qui n'est que le résultat de l'inexpérience. M. Fleury n'est peutêtre pas sans reproche à cet égard, malgré les détails qu'il nous donne dans son Traité ( ] ) sur son installation de Bellevue. La hauteur de la chute d'eau, la dimension des tuyaux d'écoulement, des orifices de sortie des appareils, toutes choses importantes à connaître, ne sont pas indiquées.

Ici, je ne dois pas oublier que, grâce à l'initiative de la Commission administrative des hospices de Bordeaux, et surtout à celle de l'un de ses membres les plus autorisés, M. Gintrac, l'hôpital Saint-André sera bientôt très largement pourvu sous ce rapport, après être resté si longtemps dans une position d'infériorité notoire.

Mais de ce que l'hydrothérapie se sera répandue dans les hôpitaux, il ne faut pas dire ou donner à entendre, comme le fait notre savant confrère, qu'elle est en déchéance; bien au contraire, puisqu'elle se répand et qu'elle se vulgarise de par ce seul fait.

En résumé, M. Fleury n'a pas cru devoir répondre aux questions posées par M. Sales-Girons. Et cependant, qui mieux que lui était en état de le faire? Son talent, son expérience, sa valeur scientifique, ne lui en faisaient-ils pas

1 Loc. cit., édit, I85(i, ji. 80.

un devoir? 11 semble s'être préoccupé surtout de deux points tout à fait étrangers au débat : mettre en avant l'hydrothérapie à domicile, et proscrire en masse les établissements hydrothérapiques et leurs représentants.

Messieurs, je ne sais si, dans les pages précédentes, j'ai, à mon insu, blessé quelques susceptibilités honorables en faisant une trop large part au côté industriel de la question ; mais, je vous l'ai déjà dit, je ne puis vous donner des renseignements sérieux, je ne puis vous faire apprécier sainement ce débat scientifique, sans être entraîné fatalement dans cette voie.

La deuxième réponse à la lettre de M. Sales-Girons est celle de M. Tartivel.

Ici encore, j'ai le regret de le dire, on a laissé complètement de côté les six questions posées par M. Sales-Girons, pour se livrer à des considérations toutes personnelles.

Quelques lignes suffiront pour résumer cette réponse, trop longue par ce qu'il y a d'étranger au sujet, et trop courte par tout ce qui y manque. M. Tartivel était, sans contredit, l'un des plus autorisés à traiter à fond cette question. Il nous aurait été très agréable de connaître son opinion.

J'emprunte au texte lui-même le sens de ce travail. Après avoir essayé d'établir que l'hydrothérapie positive n'existe pas, faute de statistique sérieuse composée d'un nombre suffisant d'observations bien prises, bien comptées et bien pesées, notre très honorable confrère ajoute : « Il appartient à un directeur d'établissement hydrothérapique assez riche pour n'avoir pas à faire fortune, et assez désintéressé pour accorder le pas à la science sur l'industrie, de donner satisfaction à ce desiderata de la méthode hydrothérapique.

» J'ai offert de grand cœur le concours de mes aptitudes, pour les travaux du cabinet et pour les épreuves de la pratique, au directeur actuel du nouvel établissement de Bellevue,

qui m'a paru vouloir rendre ce service à la science et à l'humanité, et que tente la gloire de fonder, après l'hydrothérapie rationnelle de M. Fleury, l'hydrothérapie positive qui est encore à faire. »

Comme corollaire à cette proposition principale, M.Tartivel ajoute : « La clinique hydrothérapique n'est pas morte; elle se recueille. Celle de Bellevue, par exemple, est en incubation, et va renaître bientôt de ses cendres, sinon plus brillante, du moins aussi rationnelle que l'ancienne, et non moins scientifique ( i ). »

Je vous laisse le soin de faire vos réflexions sur le sens et la portée de la réponse de M. Tartivel. Tout commentaire de ma part ne pourrait qu'affaiblir la valeur des paroles de notre honorable confrère.

M. Gillebert-Dhercourl est un des plus autorisés partisans et propagateurs de l'hydrothérapie moderne. A ce titre, il a cru devoir répondre à M. Sales-Girons.

Quelques emprunts faits à son travail vous permettront d'apprécier les tendances de notre honorable confrère.

« C'est sans doute à votre insu, dit-il, que notre lettre a pris le caractère d'un plaidoyer semblable contre l'hydrothérapie; car votre but évident était la préconisation de la diète respiratoire, de la pulvérisation des eaux, de notre douche en cercles, etc. Mais ce but ne pouvait-il être atteint qu'en jugulant cette pauvre hydrothérapie, qui était loin de s'attendre à un acte aussi agressif de votre part?

» Et d'abord, cher confrère, quel moment choisissez-vous pour proclamer l'état de décadence de l'hydrothérapie? C'est précisément celui où l'on voit les établissements hydrothérapiquesse multiplier de plus en plus, et l'hydrothérapie entrer, comme vous le dites, dans le domaine des soins domestiques!

(') Bévue médicale, 1806, p. 473 et suiv.

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