ANALYSE CHIMIQUE DE LA COSCBÈTIOS
Cette analyse a été faite avec beaucoup de soin par M. Guilliermond 61s, pharmacien et chimiste distingué de Lyon. Voici la note qu'il m'a fournie , el dans laquelle il relate les expériences auxquelles j'ai pris part moimême.
(I) Plusieurs internes do l'Hotel-DIeu ont assisté 4 celle autopsie ; les pièces ont été mises sous les ycui des médecins do même établissement et des membres de la Société médicale d'Émulation. Ceui-ci ont vu, de leurs propres yeui , les différentes substances qui ont été eilraite» de [a
entier «ton,
• La pesanteur spécifique Je cette concrétion Était moindre que celle de l'eau; elle était d'une consistance friable , se brisant au moindre choc ; presque noire à la surface, elle était inléri eu rement d'une couleur brune devenant plus foncée au centre. Coupée transversale ment on voyait qu'elle était formée de couches concentriques, parsemées de petits dépôts blancs cristallins, déduite en poudre elle était d'un rouge brique communiquant aux doigts une matière onctueuse jaune. Exposée à l'action du feu elle brûlait avec flamme.
Les débris de la matière qui a été mise à ma disposition étaient du poids de 1 gramme 50 centigrammes ; je l'ai pulvérisée et séparée en deux parties.
(A) Une première partie a été traitée par l'alcool bouillant; presque aussitôt ce liquide prit une teinte jaune, et il resta dans le fond du raatras une poudre rouge qui, épuisée de tout principe soluhle, fut recueillie sur un filtre. L'alcool ainsi séparé était transparent; mats par le refroidissement, il laissa déposer une matière micacée que j'ai eu soin de recueillir et qui était de la choleslérine d'un blanc jaune.
(B) La liqueur alcoolique dans laquelle avait cristallisé la cbolestèrine ayaut été évaporée à siccité, le résidu avait l'aspect de la cire, se ramollissant cuire les doigts ; i| était d'une couleur jaune et d'un goût amer et sucré. L'alcool n'a pu le redissoudre entièrement et a laissé insoluble une substance molle et élastique.
La poudre rouge insoluble dans l'alcool a été séparée en deux portions (A).
(C) L'une a été mise en contact avec quelques gouttes d'acide azotique; aussitôt il s'est manifesté une vive elTervescenco , et, soumise a l'impressiou de la chaleur ,
■tte substance s'est tuméfiée considérablement; la petite quantité d'acide azotique ayant été sur-le-champ décomposée , la matière devint sèche et cristalline ; elle se dissolvait alors dans l'alcool en prenant une belle couleur jaune orange; l'eau troublait celte dissolution. Enfin, l'ensemble de ces phénomènes m'a fait penser qu'il s'était formé de l'acide cholestèrique du à la p râle □ ce de la c ho I entérine que l'aicool n'avait pu dissoudre.
(D) L'autre partie de la poudre insoluble dans l'alcool a été mise en contact avec une solution de potasse caustique. Aussitôt ce réactif en dissolvït la plus grande quantité en prenant une couleur d'un vert brun.
La substance insoluble de la potasse caustique fut traitée par l'acide azotique qui réagit comme précédemment. (C)
(E) -Quelques gouttes d'acide rfdorhydriquc ayant été versées dans la solution alcaline , une belle couleur verte foncée se développa , et une multitude de petits fiocons verts troublèrent la liqueur qui ne tarda pas à passer au bleu. (Caractères dislinclifs de la bile.)
(F) La seconde partie de la concrétion pulvérisée a été traitée par l'eau distillée froide ; elle s'est colorée aussitôt en jaune ; séparée de la partie insoluble et portée à l'èballition , elle ne s'est point troublée ; évaporée, elle a laissé un résidu d'une couleur jaune et d'un gout amer et sucré.
(G) La poudre insoluble h l'eau ayant été traitée par l'alcool bouillant , il s'est formé comme précédemment, un dépôt abondant de choleslérine qui celte fois était parfaitement blanche. (A)
Les solutions alcooliques d'un jaune verdàtrc au commencement, devenaient de plus en plus vertes; ôvapo-
rues aux deux liera île leur volume , elles ont laissé déposer une nouvelle quantité de cholestèrinc et on voyait nager à la surface une substance blanche , grasse , que j'ai reconnu pourètre de la stéarine; évaporée à siccilè, une partie de celte liqueur a laissé un résidu d'un jaune vert et d'un goût acre.
Le goût amer et sucré que j'ai signalé plus haut m'ayant fait soupçonner la présence du picromel , j'ai voulu essayer d'isoler ce principe. A cet effet, ayant réuni les solutions alcooliques et les ayant fait évaporer au tiers de leur volume , je les ai traitées par le sous-acè- (aie de plomb, mais le résultat de celte opération a été si minime qu'il m'a été impossible d'en déterminer la nature.
La poudre insoluble ayant été exposée a l'action vive et prolongée du feu , a été changée en un résidu charbonneux difficile à incinérer.
Ce résidu a été Irailé par l'acide azotique ; quelques gouttes d'ammoniaque versées dans la dissolution qui eu est résultée , ont occasionné un très-lcger nuage blanc , dù sans aucun doute, à la magnésie.
En résumé, la substance que M. le docteur Devay m'a chargé d'analyser , a tous les caractères physiques d'une concrétion biliaire. Sa constitution chimique renferme les éléments que l'on rencontre ordinairement dans ces substances.
La cholestérine s'y trouve en majeure partie , et le picromel , dont la présence n'est pas essentielle à la détermination de l'espèce du calcul, peut y être soupçonné.
On peut énoncer ainsi les principes que renferme la concrétion :
1" Cholestérine.
2° Stéarine.
3° Matière colorante jaune.
V Matière résineuse verte de la bile.
5" Picromel?
6° Sel magnésien.
Jo me sois abstenu Je donner en poids les quantités relatives de ces divers principes , parce que la matière sur laquelle j'ai eu à opérer était d'une trop petite quantité , et que je n'aurais pu le faire d'une manière satisfaisante , je rappellerai seulement que la choleslérine en formait la plus grande partie.»
J'ai voulu joindre à mon observation celle analyse consciencieuse, afin de lui donner plus de poids. Au point où de nos jours en est venu la science, il est nécessaire de donner aux faits rares et exceptionnels le cachet de la plus grande certitude. C'est le but auquel j'ai voulu parvenir.
BÉFLEXIONS PHYSIOLOGIQUES.
L'idée mère qui résulte de l'observation curieuse qu'on vient de lire est celle-ci : profondément lésé daus sa texture, l'organe chargé delà sécrétion hépatique ne remplissait plus ses fonctions ; il avait perdu la puissance d'élaborer les matériaux sanguins qui lui étaient fournis, et d'en extraire le produit biliaire; do là l'atrophie ou plutôt la disparition de l'appareil excréteur qui lui élait annexé. L'oblilèralion de la vésicule du fiel , des canaux hépatiques, s'explique naturellement par celte suspension de fonctions. Avant d'entrer dans quelques considérations sur la sécrétion de la bile , insistons encore sur une particularité anàtomique intéressante , l'hyper tro-
pfaîe du pancréas; une semblable anomalie avait sans Joute sa raison suffisante dans l'aboli lion de la sécrétion hépatique. C'était, en quelque sorte , pour suppléer à celle-ci que le pancréas était obligé de multiplier son produit el de le faire pleuvoir dans le duodénum qui ne recevait plus de suc biliaire. Une activité plus grande de fonction a du amener l'hypertrophie , comme l'abolition fonctionnelle avait nécessité l'occlusion des voies biliaires. Le principe desolidarilè physiologique qui unit les organes a été mis en action. Ce fait tendrait à confirmer l'opinon de quelques physiologistes ( MM. Lcnrct et Lassaigne entre autres) qui trouvent une grande analogie entre le mode de réaction opéré sur la pâle chymeuse , par les deux fluides biliaire et pancréatique; ce dernier étant alcalin, aurait pour effet, comme la bile, d'émousser l'acidité du chyme. La constipation opiniâtre à laquelle notre malade était en proie depuis de longues années , s'explique parfaitement par le défaut de stimulus exercé sur les intestins. La hile heureusement nommée par Viridet, 1111 lavement naturel, a pour usage d'eiciler normalement les mouvements du tube digestif : « Quod sale illo fibrarum intcslinorum cont ractio validior évadât , palet in illis , quibus humor ilie obcanales impeditos hepalis denegatur, qui alvo semper sunl adslrieli, ideoque liquor j|| e , elysterium naturale vocatur. (0 • Nous avons vu précédemment que, chez notre malade , pendant la longue durée de son allée lion, on n'avait pas observé de dérangement bien notable dans les actes principaux de la fonction digestive ; peu de vomissements, l'appétit s'était maintenu, l'embonpoint
(I) Viridet, de primé coelionc, p. ÎSS.
était naturel. Ces circonstances tendraient à prouver, contradictoîremcnt a l'opinion de Brodie et de Blondet , que ta sécrétion de la bile n'est point indispensable à la chylificalion , et donneraient raison aux expériences de MM. Magendie , Leuret, Lassaigne, Philips , qui .ayant pratiqué la ligature du canal cholédoque , ont vu , dans l'intestin , du chyle bien formé. Il est vrai que le chyle trouvé par ces expérimentateurs était grisâtre ; il y manquait relie matière blanche que le professeur Ph. Bérard regarde comme le résultat de l'action de la bile sur le chyle.
Celle concrétion volumineuse, trouvée dans une des branches principales de la veine-porte, et qui était composée des éléments de la bile, ne peut être considérée que comme un dépôt laissé par le sang. Celui-ci , chargé outre mesure de principes sur lesquels le foie ne travaillait plus, qu'il n'éliminait plus , s'est déchargé de ces mêmes principes dans le calibre de la veine-porte. Les couches diverses dont cette concrétion était formée, le noyau plus foncé qui se trouvait dans son centre , prouvent que c'est peu à peu qu'elle a atteint son degré de développement. Elle s'est formée comme ces cristallisations qui s'opèrent dans un liquide qui tient beaucoup de sels en suspension. Mieux que les ligatures qui ont été pratiquées sur la veine-porte , et après lesquelles le foie est resté pale et ne s'est plus coloré en vert (Simon de Metz ) , celte observation prouve que le sang de la veine-porte fournil les matériaux de la bile. Pour Haller , cette question était résolue d'une manière affirmative (i); pour Bichal, elle était douteuse ; de nos jours
llj V. Ehm. Phtji. l.vi, psg. 001; h chavire inlftuU : SUil In Afjxiie ex uenu jipnarujn gencrutur.
l'opinion du premier physiologiste est celle qui jouit de plus de crédit. Cependant , comme un très-grand nombre de croyances physiologiques , celle-ci manquait encore de preuves directes et tirées de l'anatomic pathologique. Nous espérons que , sous ce rapport , notro observation pourra avoir quelque valeur. Il est d'ailleurs un autre point d'anatomie de structure qui pèse d'un grand poids dans la balance, en faveur de l'importance du rôle de la veine-porte dans la sécrétion hépatique; c'est la disposition de ses raniuscules dans les lobules du foie. Tandis que les ramuscules de l'artère hépatique ne vont pas au-delà des conduits excréteurs , dans Vin limité de la substance de l'organe , les ramuscules de la veineporte vont embrasser chaeun des lobules ( Kiernan ). On conçoit facilement que la spécialisation du sang de la vcine-porle , la différence de sa nature intime d'avec celle du sang veineux général , est une chose à peu près résolue par cette observation. Le sang de la veine-porte est un liquide spécial , contenant des principes autres que ceux du sang proprement dit , et ces principes sont ceux de la bile. Quelques expérimentateurs, M. Blamlin, entre autres , ont reconnu au sang de la veine-porte une saveur amère, étrangère au sang veineux général. Sur plusieurs animaux , dit ce professeur , sur lesquels j'ai goûté comparativement , et dans le même temps , le sang que je venais d'extraire de la veine-porte et d'une veine crurale, j'ai trouvé au premier une amertume complètement élrangère au second 0 ) . Scliultz do Berlin , a trouvé aussi que le sang de la veine-porte était plus noir que celui des veines ordinaires , qu'il ne se coagulait
(I) Netti ajoutéel à l'anatomit générait de Bkhal, 1. H, p. S7J.
pas, qu'il renfermait moins de fibrine que l'autre sang , que son cruor était d'un gris brunâtre 0). M. Blandin a Omis, il est vrai, une ibeorie hypothétique qui expliquerait bien cette amertume; il a pensé que la veineporte dirigeait vers k foie une partie de la bile déjà versée dans le duodénum , et que la glande hépatique en opérait de nouveau le triage. Noire observation ruine complètement cette explication hasardée , puisque l'état du foie , l'occlusion des voies biliaires ne permettaient pas à la plus minime parcelle de bile d'arriver jusque dans la seconde portion de l'intestin. Scemnicrïng, dont les opinions sont d'un si grand poids, a concédé à la veîne-porte, comme l'a fait Hailer, la propriété de fournir les matériaux de la hile. — Voici les raisons qu'il a fait valoir dans son anatomie , en faveur de ce point physiologique :