‹ Note relative aux travaux d'anatomie, de physiologie, d'hygiène, de médecine et de chirurgie auxquels, depuis 1856, s'est livré M. P.A. Piorry...faisant suite à l'exposé analytique de ses titres scientifiques...à l'appui de la candidature de M. Piorry à une place vacante dans la section de médecine et de chirurgieChapitre 1 sur 4 · A LA CHIRURGIE · texte numérisé non relu

A LA CHIRURGIE

Établir une distinction entre la médecine et la chirurgie est une impossibilité. Les écrits attribués à Hippocrate ou plutôt aux Hippocrates, l’admirable livre de Celse, les travaux gigantesques de Galien, prouvent que les anciens s’étaient bien gardés de séparer en deux branches, l’art de prévenir, de guérir oude pallier les maladies qui, constamment, même pour les modernes, se confondent en un tronc commun. Le moyen âge, les préjugés traditionnels ont créé des chirurgiens distincts des médecins; mais le progrès a de nouveau réuni, dans les Facultés, les études médicales aux exercices chirurgicaux ; il faut autant d habileté de la main pour bien explorer les organes internes que pour pratiquer convenablement des opérations, dont les règles sont le plus souvent tracées a priori. L’armée ne connaît qu’une classe de docteurs appelés à panser les blessures, à extraire les balles et à soigner les victimes des épidémies.

Tout médecin instruit est capable, au besoin, de lier avec succès une artère, ou d’amputer un membre, et le praticien des campagnes est luimême dans la nécessité de faire de la haute chirurgie. M. Velpeau a commencé par concourir avec M. Piorry en médecine et est devenu plus tard une sommité chirurgicale. (Concours de 1823 et 1826 pour une place de chirurgien au bureau central.)

Boyer, Roux, Dupuytren, Lisfranc ont d’abord été les maîtres de M. Piorry, qui a concouru à deux reprises, en 1823 et 1826, pour une place de chirurgien dans les hôpitaux; au scrutin il ne s’en est fallu alors que d’une voix qu’il ait été nommé, et ce n’est pas celle de M. Dubois père qui lui a manqué; il a été, de 1812 à 1815, chirurgien à l'armée d’Espagne ; l’administration de l’assistance publique lui a confié, en 1830, â l’hospice de la rue de Sèvres, dix-sept blessés par armes à feu, lesquels, sous l’influence d’un traitement qu’il employa le premier , et alors que la

chaleur était excessive et que les conditions hygiéniques laissaient beaucoup à désirer, ont tous été parfaitement et promptement rétablis; cette méthode consistait à panser ces blessures, à les rmttre à l'abri du contact de l'air, comme Roux traitait par la méthode anglaise les ulcères des jambes, au moyen de bandelettes de diachylum; le pansement des blessés, soignés par M. Piorry, se faisait rarement; on lavait l’appareil par des courants d’eau qui entraînaient le pus fétide; une compression modérée de la plaie était établie; on maintenait élevés au-dessus du niveau du tronc les membres lésés ou fracturés, et l’alimentation était assez abondante pour réparer les pertes de-liquides qui se faisaient chaque jour.

La pratique de M. Piorry en médecine est presque tout hygiénique et à tendance chirurgicale; le plessimétrisme est à la chirurgie, à la diagnose, comme l’auscultation de son maître Laennec est à la médecine appliquée aux maladies des poumons du cœur, ; Que si l’on n’a pas su tirer, en chirurgie, tout le parti possible de la percussion sur la plaque.d’ivoire, c'est que les spécialistes, trop confiants dans leur habileté .à palper, ne s’en sont pas assez occupés, et n’ont pas, en conséquence, pu apprécier par euxmêmes les documents importants qu’elle fournit à la chirurgie. Ils ne savent pas à quel point la connaissance exacte de l’état actuel des organes d’un blessé donne de la certitude : soit à la main qui guide le bistouri incisant les chairs; soit au caustique escarrifiant les tumeurs; soit au trocart ponctionnant la plèvre, l’abdomen, les kystes, les abcès, à l’effet d’évacuer la sérosité, les hydatides, le pus, etc.

Le plessimétrisme exige, dit-on, une grande habileté manuelle; on trouverait plus de gens maniant bien un bistouri que de médecins sachant bien se servir du plessimètre !

Combien la médio-percussion n’est-elle pas utile pour déterminer si des articulations tuméfiées contiennent des liquides, et dans quelles proportions cette contenance,a.lieu! Avec quelle facilité ne dessine-t-on pas,* au moyen du plessimétrisme, la forme, l’étendue des anévrismes artériels et leurs rapports avec les parties voisines !

La chirurgie moderne cherche à guérir en étant avare d’opérations saignantes. Un des grands moyens de les éviter est de constater au juste les états organiques; le plessimétrisme éclaire énormément certaines parties de la chirurgie; il est indispensable au chirurgien qui a F audace <Topérer une tumeur de Fmaire, puisqu’il faut, pour le faire, connaître les rapports de cette tumeur avec les intestins.

M. Piorry affirme encore que la médio-percussion (moyen de diagnose médicale dont on ne peut lui contester la découverte), sert à faire connaître les tumeurs situées profondément dans les orgaues ; que grâce à elle on parvie'nt à déterminer leur consistance, leurs rapports, leur contenance,leur nature, et k, préciser les points où la main du chirurgien peut être facile-

Le plesùmétrisme permet de retracer extérieurement par le dessin : soit leS modifications survenues dans le volume des os profonds; soit, dans certaines fractures , le siège et le rapport des fragments ; soit encore les points des membres qui correspondent aux extrémités osseuses déplacées.

Avant de pratiquer une opération sanglante, quel est le chirurgien consciencieux qui ne voudrait pas constater si le malade a assez de sang pour pouvoir supporter une hémorrhagie'! N’est-ce pas M. Piorry qui a donné les moyens positifs de déterminer au juste, par la mensuration plessimétrique du cœur, des gros vaisseaux, du foie, etc., quelles sont les proportions de sang contenues dans les organes ? Ce fait est, relativement à la conduite à tenir dans les maladies dites chirurgicales, d’une extrême importance..

Par la percussion de la plaque d’ivoire on, peut suivre au loin dans la profondeur des tissus les trajets fistuleux et, par conséquent, les ouvrir sûrement tout auprès du foyer où le pus prend naissance, et, par là, on évite que le pus ne parcoure une route dangereuse à travers les trames organiques.

Dans les anévrismes, le plessimétrisme fait juger si le sang qu’ils contiennent est encore mou, ou si des caillots solides et durs s’y sont formés.

Cette méthode de diagnose médicale démontre au chirurgien prudent qu’il ne doit pas opérer un kyste ovarique, alors qu’un intestin rempli d’air traverse sa masse. 11 guide le bistouri qu’il s’agit de porter au voisinage d’organes qu’il serait dangereux d’intéresser.

S’agit-il d’une tumeur des bourses que l’on est sur ie point d’opérer, ou encore de sarcocèles ou d’hydrocèles supposés, et sur la nature desquels on hésiteîLa médio-percussion fait vpir,par la sonorité, l’élasticité, ou par la,matité qu’elle produit, que l'opération est ou, non convenable, et conduit à éviter de perforer le tube digestif plein de gaz et que l’on pourrait prendre pour une tumeur solide. M. Piorry a publié sur ce sujet plusieurs observations remarquables.

■ Souvent, une des plus grandes difficultés en chirurgie est de savoir si la vessie contient ou non un calcul ; or, de temps immémorial, la percussion avec une sonde a fait connaître un tel fait.et si, chez un illustre général, M. le professeur Nélaton areconnu avec une grande habileté une balle logée dans l’articulation du pied, il n’a pas négligé de se servir de la percussion, et, certes, il n’avait pas oublié les travaux plessimétriques qui ont fait voir que chaque corps frappé a un son spécial. La balle de plomb ne petit en rien donner au stylet explorateur ou à la percussion sur la plaque d’ivoire une résonnance ou une sensation tactile semblables à celles auxquelles un os donnerait lieu. Cet excellent chirurgien avait souvenance de l’anévrisme profond de l’aorte qu’il avait vu percuter et dessiner sur le thorax, par M. Piorry, lequel avait pu déterminer avec exactitude, au moyen de la plaque d’ivoire, la forme et le volume de cette tumeur ; car M. Nélaton avait bien voulu parler de ce fait dans son Traité de chirurgie si justement estimé.

Ainsi les travaux de médecine sont confondus avec les découvertes chirurgicales; on ne pourrait donc contester ta convenance de la candidature de M. Piorry à la place vacante, sous prétexte qu’il serait plutôt médecin que chirurgien. Tout au contraire, de ce qu’il s’ést occupé avec quelque succès de médecine, ce serait une raison de plus pour qu’il méritât ici les honorables suffrages de l’Académie; eh effet, on nepeut consciencieusement opérer un malade sans un examen approfondi. Celui qui guérira le mieux, qui obtiendra le plus de succès, ce sera à coup sûr : l’homme, médicalement instruit, qui traitera le mieux le blessé ou l’opéré ; qui le mettra dans lés meilleures conditions hygiéniques ; celui qui évitera l’action des miasmes délétères ; qui nourrira à propos ; qui combattra avec le plus de soin les maladies internes concomitantes ou accidentelles dont il reconnaîtra l’existence, et qui pansera les plaies résultant des opérations par des procédés et avec des soins que la médecine avoue et consacre.

Veut-on des exemples h l’appui de ces propositions? Ils se présentent en grand nombre à l’esprit, et je puis prouver que c’est par des soins presque exclusivement médicaux et hygiéniques que l’on remédie le plus sûrement aux affections dites chirurgicales.

C’est ainsi que j’ai fait voir que les érysipèles de la tête se dissipent le plus souvent avec promptitude et sont rarement dangereux alors qu’au moyen de l’application constante sur la peau malade d’une couche épaisse de mixture graisseuse demi-solide, on met le tégument enflammé à l’abri du contact de l’air.

: C’est ainsi qu’ayant prouvé que la stase plus ou moins complète du sang veineux, qui se déclare consécutivement au rétrécissement de l’artère principale d’un membre, détermine la gangrène des parties les plus éloignées de ce membre, M. Piorry a été conduit par ses travaux relatifs 1 l’influence de la pesanteur sur le cours du sang (1828) à élever la région où la circulation languit au-dessus du niveau du tronc. Son but était ici de favoriser !a circulation veineuse, et il a pu arrêter par cette précaution les progrès de la nécrosie ou gangrène.

C’est encore par suite de ces expériences qu’il a arrêté (sans ligature et en comprimant à peine l’artère au-dessus de la lésion) une blessure de l’artère palmaire- profonde, et cela en élevant et en maintenant la main au-dessus du niveau de la tête. (Mémoire sur tinfluence de la pesanteur sur le corn du sang, 1832.)

C’est encore ainsi qu’ayant établi, sur des faits nombreux, que les hémorrhoïdes, les fissures et les ulcérations, même les fistules h l’anus, reconnaissent pour principales causes la difficulté du passage des fèces vor lumineuses, inégales, indureés ou même irritantes, à travers Jes sphincters resserrés, il lui a suffi : pour prévenir la formation de ces lésions, d’introduire en grande proportion dans le rectum, soit par des injections, soit par des applications directes, une couche épaisse de graisse demi-solide, et le même moyen a rendu facile la sortie des scories, a évité les déchirements de la membrane muqueuse, a calmé les douleurs, et a permis de guérir,ces fissures et ces fistules.

C’est en tenant compte des travaux médicaux sur la septicémie (travaux qui sont én très-grande partie dus à M. Piorry) ,et sur les épidémies que l’on comprend l’influence déplorable de l’air imprégné de miasmes putrides sur les accidents funestes qui se déclarent dans les plaies, les blessures, dans les lésions qui suivent les opérations, dans les érysipèles, etc.

C’est encore par des recherches de plusieurs médecins et de M. Piorry que l’on a démontré que la gangrène d’hôpital, que le non-succès des opérations, que certaines ophthalmies purulentes et contagieuses, etc., sont dus dans bien des cas au contact et à la respiration d’un air imprégné de matières putrides.

C’est en tenant compte de l’altération du sang par ces matières putrides que l’on conçoit tout d'abord comment^ il se fait que le pus qui, mis à l'abri du contact de l'air, cause à peine des accidents (ce gui était connu bien longtemps avant les recherches deM. Jules Guérin), devient un affreux

poison et donne lieu à la pyémie aiguë ou chronique (comme On le voit dans les abcès par congestion), alors qu’il est altéré par suite de l’abord du gaz atmosphérique dans les cavités où il séjourne.

C’est la connaissance de ce dernier fait qui a conduit les médecins et les chirurgiens à chercher et à trouver des moyens pour empêcher l’abord de l’air dans les cavités internes, telles que les abcès, les kystes, les cavités séreuses et surtout les plaies (1).

C’est cette même connaissance qui a inspiré à M. Piorry l’idée de se servir lé premier d’une sonde recourbée en siphon et portée dans les cavités abdominale et pleurale au moyen d’une- canule dont l’extrémité, plongée dans l’eau,- livrait passage au pus. L’immense avantage de ce procédé, qui a donné lieu à une grave et longue discussion à l’Académie impériale de médecine, est, d’une part, de rendre impossible toute pénétration de Vair extérieur dans les plaies, et de l’autre, de se servir soit des mouvements d'expiration pour évacuer le pus, soit des efforts inspirateurs pour injecter dans la plaie malade et sans autres instruments, des liquides propres à. laver cette membrane et à y déterminer des modifications capables de remédier à. ses lésions.*

La connaissance des faits relatifs aux altérations des liquides par les matières putrides avait déjà, conduit M. Piorry, en 1834, à pratiquer le premier (ainsi que l’a revendiqué pour lui M. le docteur Friedrichs, dé Dresde) la ponction réitérée et le lavage du péritoine, dans un cas dé perforation intestinale où les fèces remplissaient le péritoine, et cela avec un succès si marqué que le malade, contre toute croyance, put vivre près d’un mois avec une lésion tellement épouvantable que l'imagination se refuserait presque à croire, dans un cas pareil, à la possibilité de la conservation de la vie même pendant quelques heures. (Bulletin clinique, 1834; Événement médical, 1867.)

Des faits nombreux, plus ou moins analogues aux précédents, ont porté M. Piorry a croire qu’avant d’injecter, dans les kystes ovariqùes ou autres, delà teinture d’iode, de l’alcool, de l’ammoniaque, ainsi que le faisait notre regretté Jobert, il convenait de laver aussi avec des injections d’eau distillée les cavités où l’on cherchait à déterminer des adhérences salutaires. Le but de ce procédé est de mettre en contact direct, et sans qu’il soit

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