NOMBREUX TRAVAUX EN CHIRURGIE DE M. PIORRT
II- Dans plusieurs cas de volmtlm et de rétrécissement intestinal , M. Piorry a démontré, aumoyenduplessimétrisme (lequel faisait constater par une matité hydrique la présence de matières dans une anse d’intestins, tandis que dans les portions du tube digestif situées au-dessus et au-dessous il y avait des gaz sonores), a démontré, dis-je, le siège du rétrécissement, et c’est par suite d’une diagnose précise et de cette sorte établie par ce médecin, que le docteur Amussat,de regrettable mémoire, aopéré-avec succès Un rétrécissement intestinal qu’il-avait l’intention de perforer précédemment dans un point inférieur à celui où la matité et le rétrécissement existaient.
12“ Plusieurs fois M. Piorry, toujours guidé par le plessimétrisme, est parvenu, en sondant profondément le rectum, à pénétrer jusque dans le côlon rempli de gaz, de scories, et à produire ainsi une évacuation salutaire.
13“ Dans des cas d’hydropéritonie, en portant une sonde recourbée dans la portion du ventre, où après la ponction on trouvait encore des liquides, M. Piorry a pu vider la cavité abdominale de la dernière goutte do 'liquide qu’elle contenait,
14“ M. Piorry a pratiquement et très-spécialement étudié la gangrène de la région sacrée, et a indiqué des procédés nouveaux : 1“ pour prévenir les dermites, la mortification de la région sacrée (diachylum récemment étendu sur la soie, position du malade fixée au moyen de simples bandes roulées, etc.); 2“ pour conserver les parties nécrosées et pour empêcher leur mortification; Bien des années avant qu’il fût. question dè l’acide phëiiiqüe, etc., M. Piorry avait non-séulement dit : il faut dessécher, saler, alcooliser, créosoter les escarres et les abriter contre le contact de l’air ; non-seulement il avait ajouté que l’on ne doit jamais détacher les escarres de façon à faire saigner les vaisseaux encore conservés, parce qu’alors le putrilage pénètre dans le sang, et la mort a lieu vingtquatre heures après. Il a fait mieux que de parler ainsi dans les hôpitaux et en ville, il a agi de cette façon et il a conservé la vie à de nombreux malades chez lesquels des escarres étaient d’une étendue immense. Plusieurs thèses ont été soutenues sur ce sujet par des élèves de M. Piorry, tels que MM. les docteurs Blanchet, Guichard ; et M. le docteur Chotomski a publié sur ce sujet des figures fort bien faites.
1 5“ M. Piorry a fait fabriquer un spéculum très-portatif et très-court, qui est à deux valves glissant l’une sur l’autre; mais il avoue que celui de M. le docteur Ricord lui a plus utilement servi quand il s’est agi de Irai-
ter les nombreuses maladies des femmes qu’il a soignées, que l’instrument de son invention.
16“ M. Piorry a employé avec un succès très-grand la compression du bas-ventre et le tamponnement du vagin, dans des cas-d’épouvantables hémorrhagies utérines survenues après l’accouchement.
17° M. Souligouxa publié, dans[le Traité de plessimètrisme, n“ 961, p. 415, une très-remarquable observation de M. Piorry relative à un cas d'anévrisme de cause traumatique, ayant son siège dans l’artère crurale et qui fut guéri au moyen, d’un appareil compressif confectionné par la maison Charrière. Cet appareil est figuré & la page 148,,du Traité de plessimètrisme.
18° 11 est une précaution d’une extrême importance à, prendre dans, Je, pansement des blessures, grandes ou petites, résultant soit d’un, accident, soit d’une opération : c’est d’avoir le soin do so,servir d’un emplâtre très-agglutinatif, très-flexible, qui ne se, laisse,pas pénétrer par l’air, et qui ne se dessèche que lentement. JJtî tel emplâtre estje moyen Je plusutile : joow?? obtenir l’agglutination des lèvres d'une plaie récemment, faite,; pour mettre, m contact les lambeaux des chairs à la suite d[une amputation, et pour mpêcher la putréfaction , du pus- :
Or M. Piorry, en se ressouvenant de la manière dont il préparait, en 1815 et 1816, ainsi que les autres élèves du service, les emplâtres de diachylum, â la> clinique de Boyer et de Roux, a fait voir qix’en confectionnant soi-même, m moment de s’en servir, des bandelettes ou des pièces de, sparadrap de diaohylum, et en étendant ce médicament sur un tissu trèsflexible, tel que le taffetas un peu usé, on obtient un, excellent emplâtre agglutinatif qui remplit toutes les conditions recherchées pour réunir les plaies par adhésion immédiate. Tel chirurgien qui s’en servira réussira dans les suites de ses opérations, tandis que ceux qui useront de l’emplâtre, de diachylum des pharmacies ou même de celui des hôpitaux verront souvent périr leurs blessés ou leurs opérés, soit par la résorption d’un pus putride, soit par les conséquences fâcheuses de pansements mal faits.
19” M. Piorry a traité chirurgicalement la variole parvenue à la période de suppuration. Chaque pustule, a-t-il dit dans son Traité des altérations du sang, doit être, considérée comme un abcès et. traitèe comme telle. Dans cette idée, ayant ouvert ces pustules alors qu’elles étaient mûres, il a enievé leur surface épidermique, et une prompte disparition des
20* Profilant de l’admirable travail de M. le professeur Serres sur la méthode eclrotique de l’éruption variolique, méthode que l’on n’a pas, bien à tort, assez utilisée, M. Piorry a pratiqué quatre ou cinq fois dans un seul jour, et à leur début, la cautérisation avec l’azotate d’argent des pustules varioliques siégeant au pharynx et à l’orifice supérieur du larynx; il a été assez heureux deux fois, en 1866, à. l’Hôtel-Dieu, pour prévenir la mort qui, dans tous les cas où ce procédé ne fut point employé, n’avait pas manqué de survenir.
. 21" Enfin, une variolée, agonisant et périssant par suite de la présence
des pustules pharyngo-laryngiennes et d’écume bronchique qui rie pouvait être expectorée, a pu encore vivre pendant vingt-quatre heures à la suite de la trachéotomie iÿtie Bérard jeune ne voulut pas faire, et qu’a pratiquée M. Piorry sur une malheureuse femme occupant un lit dans son senice h la Pitié. Ce'fait-remarquable a soulevé âl’Académie irhpérialé de médecine une importante discussion.
22" Eviter une opération dans les maladies dites chirurgicales et indiquer les'moyens de les guérir par une médication hygiénique ou non dangereuse est, à coup sûr, le but que le médecin doit avant tout chercher k atteindre; Or, M. Piorry est parvenu h ce but désirable, Soit en faisant aspirer l’air contenu daiis la trompe d’Eustache pour déboucher ce conduit, au lieu d’avoir recours au cathétérisme de ce même Canal; soit en utilisant les lois de la pesanteur pour évacuer les liquides renfermés dans' des cavités ; soit en remédiant d’abord Via- circonstance anatomique qui donne lieu à un abcès (1), puis en injectant avec la teinture d’iode, et en comprimant successivement de proche en proche, à partir de leur foyer, les conduits fistuleux dont le plessimétrisme : lui faisait connaître le siège et la direction (2).
Mais il convient surtout de parler des publications médico-chirurgicales que M. Piorry a faites dans les trois dernières années ou qu’il fera d’ici à peu dé temps sous la forme d’un Volume;
La principale dé ces publications est le Traité de plessimétrisme ; la seconde est un volume in-18 intitulé : Médecine du bon sens, ou de l'Em-
plot des-petits moyens en thérapeutique; la troisième aura pour titre : Leçons de clinique; cette publication est sous presse et paraît hebdomadairement et par parties dans chaque numéro du recueil périodique intitulé: P Événement médical.
Cet ouvrage est le résumé succinct d’un très-grand-nombre de recherches personnelles à M. Piorry, et qui sont relatives à la préservation, à la palliation et h la curation des lésions organiques ou des maladies.
Le titre de cet ouvrage a pour but de faire voir que la véritable médecine curatrice ne consiste pas dans un empirisme grossier, mais dans un rationalisme prudent et qui, fondé.sur les faits, s’accorde toujours avec le bon sens; il est écrit dans l’intention de faire voir que les médicaments dangereux, prodigués si généralement alors, que trop souvent on n’a pas assez étudié les conditions de leur emploi, doivent autant que possible être évités, et que les plus simples précautions hygiéniques valent beaucoup mieux que les médications hasardeuses et fantaisistes qui plaisent si fort au public. M. Piorry ne craint pas de le dire, cette publication est à la fois humanitaire et doctrinale. Elle se rapporte aussi bien aux faits chirurgicaux qu’à des observations médicales.
Le livre sur les petits moyens établit en peu de mots la plupart des conclusions pratiques que l’on peut tirer des nombreux articles que renferment huit volumes et les 12,600 paragraphes du Traité de médecine
On ne comprend pas, en vérité, comment on a pu dire que le livre sur les petits moy.ens a été adressé aux gens du monde ; pour prouver le con traire, il suffit de remarquer que l’on s’est servi dans tous les articles de cet ouvragc.de la nomenclature de M. Piorry, laquelle ne peut en aucune façon être destinée au public, et, à plus forte raison, en est-il ainsi du tableau de cette nomenclature qui termine le livre. Certains médecins devraient au moins avoir lu ce tableau avant de critiquer un système de mots que le progrès scientifique a rendu indispensable et qui est aussi lacile à comprendre et à retenir qu’il présente d’utilité ! M. Piorry n’a-t-il
pas d’ailleurs, en 1818, dans le Dictionnaire des sciences, médicales de Panckoucke, inséré dans un article qui n’était autre que sa thèse de doctorat en 1816, fait voir combien était grand le danger de la lecture des livres de médecine par les gens du monde (1)? Alors, comme aujourd’hui, il pensait que de3 écrits qui portent l’inquiétude dans l’esprit, des malades ou de ceux qui croient !’être ont.de grands inconvénients ; mais il estime que des livres, qui redressentdes erreurs populaires, qui portent à, prévenir par l’hygiène et par des moyens simples les souffrances humaines, sont essentiellement utiles et ne méritent que des encouragements; d’ailleurs, la médecine n’est pas un mythe absurde et incompréhensible; elle est, dans un grand nombre de ses parties, simple, claire et précise. L’illustre Arago n’a pas commis un crime en rendant l’astronomie accessible à l’intelligence du public.
Le Traité deplessimétrisme est le complément des innombrables expérimentations auxquelles M. Piorrys’est livré sur la médio-percussion depuis 18,26 (époque de sa découverte) et 1828, alors que l’Académie dès sciences, sur le rapport de son vénérable maître, M. le professeur Duméril, l’a favorablement accueilli, et a accordé à son auteur une première nomination pour le prix Monthyon. Cette méthode de diagnose est devenue une science et un art, à la fois applicables à la chirurgie et à la médecine, et a permis de lire en quelque sorte pendant la vie les principaux états pathologiques ou normaux que présentent les organes de l’homme et des grands animaux.
On a accusé d’exagération l’exposition de certains faits de diagnose plessimemque énoncés dans les divers écrits de M. Piorry; il prie en grâce l’Académie, ses confrères et ses élèves de vouloir bien se défier de ceux qui parlent ainsi ; Use fait fart de leur démontrer expérimentalement que les propositions établies dam le Tkaité de plessiméïkisme sont aussi' exactes qu’ utilement applicables. Il suffirait le plus souvent de mettre la plaque de percussion dans la main des personnes qui affichent Vincrédulité sur ce sujet pour faire voir à tous qu’elles ne se sont jamais exercées au plessimé-
Tels qui osent nier ou amoindrir une découverte sérieuse devraient au moins l’avoir expérimentée et, avant de la critiquer, avoir acquis l’habileté nécessaire pour s’en servir, à l’effet d’apprécier la valeur et l’étendue de ses résultats. Un nombre considérable d’élèves savent percuter utilement, et il en est beaucoup parmi leurs maîtres qui ne se doutent même pas des procédés qu’il faut suivre pour le faire avec avantage.
Le Traité de plessimètrisme est éminemment pratique. Encore une fois il contient autant de faits chirurgicaux que de médecine. — La méthode qui a présidé à sa rédaction ne diffère pas.de celle qui, dans les sciences exactes, a dirigé les investigations. Les premières feuilles de ce livre sont constituées par des expériences relatives aux résultats de la médio-percussion des corps Solîdes'ou mous, liquides ou gazeux, considérés en général et indépendamment de toute application à la médecine et à la chirurgie. Cette partie de la physique n’avait pas, avant M. Piorry, été étudiée; c’est-à-dire que l’on n’avait pas recherché, ainsi que le disait M. Savard, quelles sont les variations qui surviennent dans l’élasticité, la sonorité, la résistance (et j’ajouterai les vibrations des corps), suivant que l’on interposé ou non un corps solide entre ces corps et les agents qui les percutent. Les expériences faites par M. Piorry sur ce sujet pourraient être multipliées et modifiées; mais telles qu’elles sont, elles suffisent pour être appliquées à l’étude des organes sains ou malades du corps de l’homme.
Se fondant sur ces faits physiques, dont le positivisme est au-dessus de tonte contestation, M. Piorry applique les études dont il s’agit à toutes les parties de l’organisation auxquelles il est possible de le faire ; et reprenant ses premiers écrits en sous-œuvre, ne trouvant rien à retrancher dans les faits et leurs inductions logiques qu'il a successivement publiés ( Traité de la percussion médiate, 1818; Procédé opératoire de cette méthode, 1834; Traité de médecine pratique, de 1840 à 1830; Atlas de plessimètrisme, 1852, etc., etc.), il rappelle un grand nombre de recherches de médiopercussion faites par lui sur la peau, les os, les plèvres, le cœur, les artères, les grosses veines, la rate, le pancréas, les reins, les capsules surrénales, l’utérus, les premiers temps de la grossesse, les ovaires et leurs tumeurs, le crâne, le cerveau et la face, les os, etc. ; chacun de ces articles, contenant des expérimentations nombreuses, des faits cliniques, est suivi de considérations pratiques qui démontrent jusqu’à l’évidence l’immense utilité du plessimètrisme pour l’appréciation exacte de l’état matériel des organes sains et malades.
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En appelant à son aide soit les résultats du plessimélrisme, ceux de l’auscultation etdelapalpationbien pratiquée; soit les moyens d’exploration des artères du larynx, de l’intérieur de l’œil, dû col et du-corps de l’utérus ; soit les analyses chimiques; et l’examen micrographique de l’urine et dès autres liquides excrétés, etc *; la médecine, sous le rapport de la diagnose et de beaucoup d'indications thérapiques, a pris rang parmi les sciences exactes, et la routine, dite expérience; ri est plus la base de la conduite du véritable j t te Combien ne serait-il pas désirable que tous ceux qui ont pour mission de soulager les souffrances humaines ou d'y remédier fussent convaincus que, pour être digne du nom de médecin, on doit, avant d’oser traiter un malade, posséder les conmissanccs qu’il faut réunir, pour découvrir et déterminer les lésions dont ce malade est
Lorsqu’il a fallu que M. Piorry renonçât, par suite de manœuvres inqualifiables, à son enseignement ; lorsque le recueil périodique où il publiait ses travaux et qu’il dirigeait changea de propriétaire, il ne voulut pas renoncer à communiquer, soit â ses confrères, soit à ses élèves, les résultats de sa pratique. Un grand nombre de faits recueillis dans les hôpitaux ou en ville étaient présents à son esprit ; chaque jour il avait l’occasion d’observer dans sa pratique civile, devant ses élèves ou avec ses collègues, des cas intéressants dont l’histoire pouvait présenter un intérêt humanitaire. Loin de cesser l’enseignement, il prit la résolution de s’y livrer sous une autre forme. 11 avait d’abord l’intention de publier chaque mois des fascicules cliniques. Une société d’hommes honorables se présenta, qui lui proposa de rédiger un nouveau journal hebdomadaire, dans lequel il-pourrait défendre ses opinions médicales et livrer à la publicité des faits particuliers, suivis de réflexions pathologiques et thérapiques; il accueillit cette proposition, et il fut convenu que les deux premières colonnes de ce journal, auquel on donna le nom d 'Événement médical, seraient destinées à des articles qu’il rédigerait, et que ces écrits formeraient, à la fm de l'année, un volume, sous le nom de Leçons de