SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FBANCE
Veronica Teucrium Lin., dont ies fleurs m’ont offert des particularités assez intéressantes pour mériter, j’ose le croire, d’être signalées à la Société. Leur corolle était affectée d’une tendance à la division, ou, si l'on veut, au dédoublement, qui se manifestait à des degrés très divers. Les 6 ou 7 fleurs inférieures de la grappe étant déjà tombées, j’ignore si cet état tératologique s’était montré dès les premiers moments de l’évolution de l’inflorescence. Mais les corolles que j’ai pu observer, au nombre de à,suivaient, dans leur déviation de l’état normal, une marche d’abord ascendante, ensuite descendante; ce qui me fait penser que la grappe entière a dii être composée d’abord de fleurs normales, et qu’elle aurait été terminée de même pardes fleurs normales, si ses boutons supérieurs s’étaient ouverts.
La première particularité qui m’a frappé, c’est que la corolle était le seul verticille floral qui se fût écarté de l’état habituel. Le calice, l’androcée et le pistil avaient conservé, dans toutes leurs parties, le nombre, la configuration et la place qui les caractérisent dans cette espèce. Un autre fait digne de remarque consistait en ce que le lobe ou pétale supérieur que, pour abréger, j’appellerai l’étendard, avait aussi constamment échappé à la déformation qui avait affecté les trois autres lobes ou pétales.
Deux fleurs étaient épamouies au moment où j’ai trouvé cette plante. Voici ce qu’elles m’ont présenté l’une et l’autre :
1° Dans la première, le lobe étroit inférieur de la corolle était resté normal de forme et de grandeur; les deux lobes latéraux étaient seuls modifiés. Même celui de droite ne l’était qu’à un faible degré ; il n’était, en effet, qu’éehancré profondément au sommet ou presque bifide, de manière à former deux petits lobes courts et à peu près égaux. Quant au lobe gauche, il était fortement altéré. En premier lieu, il avait tellement gagné en largeur qu’il rejetait vers la droite le lobe inférieur de la corolle. Il résultait de là qu’une ligne menée verticalement par le milieu de cette fleur aurait laissé vers la droite une moitié de l’étendard, un lobe latéral et le lobe impair inférieur tout entier, tandis qu’à sa gauche se seraient trouvés la seconde moitié de l’étendard et le lobe gauche monstrueux. En second lieu, ce dernier lobe avait été partagé presque jusqu’à sa base en deux segments sensiblementinégaux ; ensuite le plus grand de ses segments, tendant à se dédoubler à son tour, avait formé une sorte de grande dent saillante au milieu de son bord inférieur.
2° La fleur située plus haut était beaucoup plus profondément modifiée. Son lobe impair inférieur était partagé presque entièrement en deux segments oblongs, égaux entre eux et divergents. Chacun des deux lobes ou pétales latéraux était également divisé en deux segments; mais, parmi ceuxci, le supérieur était resté entier, tandis que l’inférieur avait commencé à se dédoubler sur chacun d’eux et présentait une échancrure terminale. Ici, malgré la déformation profonde subie par la corolle, une ligne verticale au-