R = K = EC-(EF + ER
Ec " Ec
Un organisme animal, envisagé à ce point de vue, depuis le moment où naît l'ensemble des réactions qui correspond à la vie, traverse d'abord une période de croissance pendant laquelle son énergie disponible et par suite son rendement varieront à mesure que la quantité d'énergie fixée pour édifier l'organisme variera elle-même; il atteint ensuite son état de complet développement : état caractéristique de l'organisme qui correspond à la période de plus grande et de meilleure utilisation ou oxydation des matériaux du milieu propre et pour lequel EF se trouve réduit à zéro (du moins, au bout d'un temps notable) et ER à sa valeur minima, le rendement ayant alors sa valeur maxima. Cet organisme arrive enfin à sa période de décroissance, pour laquelle ER augmente, l'utilisation des matériaux se faisant de moins en moins bien, le rendement en énergie disponible allant donc en diminuant jusqu'à ce que les réactions organiques s'éteignent. Ceci suppose évidemment un organisme normal, fonctionnant dans des conditions normales, c'est-à-dire un organisme soustrait à toute espèce de perturbations et plongé dans un milieu réunissant les conditions chimiques et physiques, capables de lui fournir indéfiniment les matériaux énergétiques nécessaires à son développement. Dans ces conditions, qui sont purement théoriques, le rendement d'un organisme donné, à un moment quelconque de son existence, a évidemment une valeur fixe qui est sa valeur normale à ce moment. Cette valeur ne dépend que de la nature, c'est-à-dire de la structure de cet organisme, et varie par conséquent suivant l'espèce considérée.
Nous n'approfondirons pas davantage dans ces pages l'étude de ce rendement qui exige des recherches expérimentales nouvelles.
La valeur moyenne des rendements de l'organisme aux différentes époques, rapportée à la durée totale de la vie, constitue ce que l'on peut appeler le rendement moyen de cet organisme considéré comme accomplissant régulièrement le cycle vital. Le rendement moyen a donc une valeur tixe et parfaitement déterminée pour tout organisme normal et la quantité d'énergie potentielle Ec puisée par lui dans les matériaux de son milieu correspond à ce que l'on pourrait appeler sa consommation normale d'énergie.
Dans cette manière de voir, l'organisme normal est celui qui. a un état
quelconque de son développement, se trouve soumis à des perturbations — des privations, des maladies, des accidents — qui diminuent la valeur de son rendement moyen. Un tel organisme doit emprunter finalement au milieu ambiant, pour libérer une même énergie, une plus grande somme de matériaux énergétiques, c'est-à-dire que sa consommation d'énergie se trouve être anormale, de même que son rendement.
L'organisme normal diffère dans une certaine mesure de l'organisme moyen. Nous introduisons ici cette conception de l'organisme normal et plus tard, dans le développement de cette note, nous introduirons des notions analogues pour ce qui concerne l'homme et la société. Même il y aura lieu de considérer l'organisme parfait, caractérisé par des rendements tendant vers l'unité et dont peuvent se rapprocher plus ou moins des organismes normaux. Nous pensons que, dans le domaine de la physiologie et dans celui de la sociologie, ces notions peuvent rendre les mêmes services que la conception des gaz parfaits, définis par les lois de Mariotte et de Gay-Lussac, a rendus dans le domaine de la physique.
Abordons maintenant l'objet de la présente note, qui est de montrer sommairement la possibilité théorique d'étendre au domaine sociologique l'application des formules physio-énergétiques qui précédent.
Si, au lieu déconsidérer, comme nous l'avons fait jusqu'ici, un organisme animal isolé quelconque, nous prenons le cas de l'homme vivant en société, envisagé à un moment donné de son existence, la formule :
nL c.v -j- cT = nc (^cF -j- tR;
servira évidemment à caractériser sa valeur physio-énergétique propre ou individuelle à ce moment, abstraction faite de sa valeur intellectuelle que nous étudierons plus loin. Mais si nous voulons considérer un groupe d'hommes formant une société, le point de vue sociologique, auquel nous devons nous placer, ne nous permet plus de nous borner à différencier les organismes en raison unique de leur valeur physio-énergétique individuelle, c'est-à-dire en ne faisant entrer en ligne de compte que la quantité totale d'énergie qu'ils sont capables de fournir isolément pendant l'unité de temps, évaluée conformément à la formule ci-dessus.
En tout premier lieu, il est évident que c'est la partie utilisable Fr de cette
énergie totale EL qui sera seule à considérer au point de vue social. Cette énergie Ev s'exprimera par la formule :
Cy = EC (.Cp -\~ CR -J- CTJ.
D'autre part, il apparaît avec la même évidence, que l'organisme « homme » ne peut plus être envisagé en lui-même et pour lui-même exclusivement. Il doit être considéré dans ses rapports énergétiques avec la société. En d'autres termes, de même que l'on ne saurait considérer une société comme étant simplement une somme d'individus, de même l'énergie sociale ne sera pas, purement et simplement, la somme des énergies individuelles utilisables des hommes qui la composent. Il est bien vrai que chaque homme conserve au sein du milieu social, en tant qu'organisme, son intérêt physio-énergétique (i) et que la vie sociale même doit tendre sans cesse à le mener vers un rendement meilleur, c'est-à-dire à mieux assurer le fonctionnement de sa réaction organisée, productrice d'énergie, et aussi à prolonger la durée de celle-ci; mais la société dans son ensemble a, de son côté, surtout intérêt à ce que l'énergie disponible fournie par tous les organismes qui la composent soit utilisée aussi complètement que possible au profit de tous, fût-ce même parfois au détriment de l'intérêt de quelques-uns, en vue de la réalisation d'un rendement social sans cesse supérieur.
L'énergie physio-énergétique utilisable des individus ne pourra donc pas s'introduire, telle quelle, dans les formules sociales. Elle ne pourra y figurer qu'en raison de son degré d'utilisabilitë sociale et aussi en raison de sa durée d'utilisation sociale. Ce degré de socio-utilisabilité variera essentiellement, il va de soi, tout comme l'énergie disponible elle-même, avec les individus; et, pour un même individu, il dépendra de l'époque considérée de sa vie : enfance, âge mûr, vieillesse, et aussi des circonstances accidentelles : maladies, privations, excès, pouvant marquer chacune de ces époques. Il s'introduira donc dans les formules un coefficient de socio-utilisabilité qui marquera le caractère social de 1 energétisme en cause. Ce coefficient fixera, en somme, la fraction de l'énergie utilisable Ev vraiment utilisé au point de vue social, et pourra, suivant le moment considéré, être positif, négatif ou nul, selon que l'organisme se trouvera apporter sa quote-part à l'énergie sociale collective ou selon qu'il s'édifiera ou se maintiendra à la charge de la société.
A un moment quelconque de chaque phase de sa vie, l'énergie sociale de l'homme, par unité de temps, s'obtiendra en multipliant la valeur Ev de son énergie utilisable disponible, telle qu'elle a été formulée précédemment, par la
(i) Voir page 4.
valeur // de son degré d'utilisabilité sociale à ce moment. Elle sera donc représentée par uEjj, et l'énergie socialement utilisable Es correspondant à une phase de durée / sera uEvt. Enfin, pour la durée totale T de la vie d'un individu, elle sera la somme d'une série de termes analogues afférents aux différentes phases, régulières ou accidentelles, de la vie :
Es =2//Eu/-
L'énergie individuelle de chaque organisme humain étant ainsi évaluée en tenant compte de ses rapports avec la société, la valeur de la disponibilité d'énergie sociale, c'est-à-dire la formule fixant la valeur physio-énergétique totale Es de la société, en dérivera par voie de sommation pure et simple, c'est-à-dire que l'on aura pour expression de l'énergie sociale disponible par unité de temps, n étant le nombre d'individus constituant la société :
Es=2;'("E,)-
Plus exactement, on pourrait dire que la valeur physio-énergétique ELI attachée à un individu, ainsi que son coefficient u d'utilisabilité sociale, variant non seulement avec les différentes phases de la vie, ce qui est une manière trop globale de considérer les choses, mais à chaque instant de la vie, // etEu doivent, en dernière analyse, prendre la forme de fonctions de l'âge de l'individu, c'est-àdire de fonctions du temps /, si l'on convient de faire coïncider, pour chaque individu, l'origine du temps avec l'origine de la vie. Alors, la disponibilité d'énergie sociale à un instant quelconque, c'est-à-dire sa valeur invariable pendant un temps infiniment court dt, s'exprimera par le produit :
i/Evdt,
les fonctions u et Ev ayant dans cette expression les valeurs qui correspondent au moment considéré. La disponibilité totale d'énergie, après un intervalle de temps 6 = / — /', correspondant à une période de la vie allant de l'instant / à l'instant /'. sera donnée par l'intégrale
\tuEvdt>
et enfin pour la durée totale T de la vie d'un organisme, on aura :
Es = | uEvdt.
Il va de soi que les fonctions Ey = cp(t) et // = </>(/) devront être déterminées pour que l'intégration que nous figurons ici soit possible.
On remarquera que ces deux fonctions caractérisent complètement l'individu, au point de vue de son physio-énergétisme social. La première, Ev = ^(/), exprime à chaque instant sa valeur physio-énergétique propre, en tant que simple transformateur des énergies qu'il puise dans le milieu ambiant; elle s'attache ainsi à sa vie physiologique, tandis que la seconde, // = </>(/), exprime, à chaque instant, le quantum de cette énergie organique que l'individu, considéré cette fois comme élément social, apporte sous une forme utilisable à la société; cette fonction caractérise donc la vie sociale de l'individu à ce point de vue.
L'énergie organique totale socialement disponible pendant un temps quelconque 6 s'obtiendra en totalisant tous les termes individuels analogues aux précédents, et on aura :
Es=Xti>„«4
les âges / et /' devant être pris pour chaque individu de manière à correspondre à l'intervalle 0.
On pourrait encore exprimer, sous une forme qui correspondrait mieux à celle que nous avons primitivement adoptée, l'énergie sociale totale disponible, à une époque quelconque, pendant l'unité de temps, en écrivant :