‹ Note sur des formules d'introduction à l'énergétique physio et psycho-sociologiqueChapitre 3 sur 3 · ES = U[EC-(EF + ER + ET · texte numérisé non relu

ES = U[EC-(EF + ER + ET

Ec, EF, ER et ET représentant la totalité des matériaux énergétiques consommés, fixés, rejetés et transformés en chaleur par la société pendant l'unité de temps et le coefficient U exprimant la moyenne générale, à l'époque considérée, des degrés d'utilisabilité sociale attachés à l'énergétisme des individus qui constituent la société.

La formule

es u[ec-(ef + er + et)]

Ec fcc

exprimerait la valeur du rendement social dans la mesure où il dépend des énergies organiques disponibles des individus.

Quelle que soit, d'ailleurs, celle de ces formes que l'on considère, on voit que les formules physio-énergétiques, d'où nous sommes partis, s'étendront, par

INSTITUTS SOLVAY (SOCIOLOGIE) 2

l'emploi du coefficient d'utilisabilité sociale, à l'homme vivant en société et à la société elle-même. 11 s'ensuit avec évidence que finalement l'énergétisme social disponible se trouvera rattaché à l'énergétisme des matériaux consommés et il importe de définir ici de manière bien précise ce qu'il faudra, au point de vue social, entendre par « matériaux consommés » et aussi par « énergétisme de ces matériaux ».

Pour les matériaux, nous les avons déjà définis ailleurs (i), lorsque nous avons désigné sous le nom de « production et consommation intégrales », l'ensemble de tout ce que l'homme social produit et consomme, cet ensemble se divisant en cinq grandes catégories, qui comprennent respectivement toutes les choses et objets — d'ordre matériel, immatériel et intellectuel — qui se rapportent à la nourriture, au vêtement, au logement, à la protection et enfin à l'instruction et à la récréation de l'homme social, chacune de ces catégories pouvant, à son tour, être subdivisée, en vue d'une classification des objets en quantité considérable qu'elle renferme.

Comme on le voit, nous avons étendu ici le, sens du mot consommation. qui, pris dans son acception propre, sous-entend généralement la destruction, par usage qui en est fait, des objets consommés; nous comprenons indistinctement dans la consommation intégrale toutes les choses dont l'homme social fait usage, alors même qu'elles subsistent intégralement après avoir été employées, ou alors même qu'elles n'ont pas d'existence matérielle et échappent par conséquent à toute usure.

Les matériaux consommes comprendront donc, à côté de choses purement matérielles et destructibles, telles que les substances alimentaires, des choses matérielles presque indestructibles, telles que des terres et des bâtiments, et des choses d'ordre purement sensoriel ou intellectuel, n'ayant même qu'une existence éphémère, telles qu'il en est parmi les productions de la science et de l'art.

Pour ce qui est de l'énergétisme de ces matériaux, il est hors de doute que la vale;;r énergétique des objets compris dans la première catégorie : les substances alimentaires, répond bien à la définition donnée au début de cette note, puisque les aliments fournissent à l'organisme les éléments chimiques indispensables aux réactions physiologiques aboutissant aux oxydations qui sont à la base même de la vie. Mais il ne semble pas, à première vue. qu'il soit possible d'attribuer aux objets compris dans les quatre autres catégories des valeurs énergétiques.

Nous allons voir pourtant qu'il doit en être ainsi, et il nous suffira pour

(i) Voir Note sur le Productivisme et le Comptabilisme, par E. Solvay, p. 3S, 1900. Lamertin, Bruxelles.

cela d'approfondir la notion de valeur physio-énergétique pour les substances alimentaires.

Nous avons vu précédemment qu'un aliment quelconque, considéré en soi, possède, en raison de sa composition chimique, une valeur physio-énergétique propre, que nous désignerons par ec> et qui représente le nombre total d'unités énergétiques que, par unité de poids, cet aliment pourrait apporter à l'organisme. En fait, jamais cette énergie ne sera intégralement transformée par l'organisme, puisqu'une certaine quantité er de celle-ci se trouve, en général, attachée aux résidus de la consommation. Ce que cet élément apporte donc réellement, finalement, effectivement . à l'organisme considéré, c'est la différence [ec — er) qui constitue ce que nous appellerons sa valeur physio-énergétique effective. Et cette valeur effective variera du tout au tout avec les circonstances dans lesquelles s'opère la consommation et l'assimilation, pour la simple raison que si ec a une valeur fixe, l'énergie attachée aux résidus est susceptible de prendre des valeurs très différentes. Ce n'est que dans le cas théorique que nous avons visé précédemment d'un organisme normal fonctionnant dans des conditions également normales, que er prendrait aussi une valeur normale et que la différence (ec — ey) se trouverait constante. Dans la réalité des faits, on sait, en effet, que telle substance ne sera pas assimilée, ou sera mal assimilée, par un organisme déterminé, si certaines conditions générales, physiques et physiologiques, ne sont pas simultanément réalisées; on sait aussi que telle substance n'intervient avec un réel effet utile dans les phénomènes organiques que si elle est accompagnée de certaines autres substances et ce dans des proportions plus ou moins déterminées. C'est ainsi notamment que l'alimentation de l'organisme humain réclame des quantités définies de matières albuminoïdes, d'hydrates de carbone, de graisse et de différents sels. Tous les éléments matériels constituant le corps doivent être représentés dans la nouriture : que l'un de ces facteurs vienne à manquer, les autres cessent de faire à l'organisme leur apport normal nécessaire et le rendement humain diminue en même temps que l'organisme dépérit.

L'énergétisme d'une substance au point de vue organique apparaît donc ainsi comme ayant une valeur toute relative, et l'on est dès lors amené tout naturellement a concevoir que l'on puisse, au point de vue organique, attribuer une valeur énergétique à un objet de la consommation intégrale, alors même que cet objet se trouverait complètement dépourvu de toute valeur physio-énergétique propre, par ce seul fait que sa consommation a pour effet de permettre à l'organisme d'assimiler, ou tout au moins de mieux assimiler, certains matériaux dont l'assimilation serait nulle ou défectueuse sans l'intervention de ce facteur.

Cela ressort avec évidence si l'on remarque que la formule

hv = cc (fcR -j- cT)

qui fixe l'énergétisme utilisable d'un organisme, au point de vue physiologique, est en réalité de la forme

Eu = 2 [ec - & + eo]

cette somme comprenant autant de termes qu'il y a de facteurs énergétiques intervenant dans les phénomènes organiques. Les matériaux alimentaires doivent nécessairement y figurer avec les ec et les er qui correspondent à leur consommation isolée, et si le résultat de l'intervention d'objets quelconques, même dépourvus de valeurs physio-énergétiques propres, ou même immatériels, est de produire une meilleure assimilation de certains de ces matériaux, ce qui se traduit mathématiquement par une diminution des valeurs énergétiques ef des résidus, tout se passera comme si chacun de ces objets introduisait dans la somme un terme positif de même nature que e c, c'est-à-dire comme si ces objets avaient une valeur énergétique propre.

C'est évidemment là une façon en quelque sorte mathématique d'étendre la notion de l'énergétisme, mais elle n'en est pas moins parfaitement justifiée dans la réalité des faits.

L'importance fonctionnelle des matériaux alimentaires est à coup sûr prépondérante : alors qu'il est possible d'imaginer que, dans des circonstances exceptionnelles plus ou moins hypothétiques, un homme puisse vivre sans avoir besoin de se vêtir, de se loger, de se protéger, de s'instruire ou de se recréer, il faut toujours qu'il se nourrisse, qu'il consomme des aliments, c'està-dire qu'il brûle, qu'il oxyde des matériaux énergétiques; il n'en est pas moins vrai toutefois qu'à certains moments de la vie, fût-ce pour des eauses d'ordre purement Imaginatif ou moral, un objet de seconde nécessité relatif au vêtement, au logement, à la protection ou à la récréation de l'homme peut — et les exemples en sont fréquents — se trouver aussi indispensable ou même plus indispensable qu'un aliment pour assurer le maintien normal des réactions vitales. On voit donc que de tels objets, tout en n'introduisant pas dans l'organisme de l'énergie d'origine chimique, augmentant pourtant sa valeur physio-énergétique disponible; si, directement, ils n'apportent rien aux sources chimiques de la vie, ils améliorent, ils prolongent, et, dans certains cas, ils vont jusqu'à permettre l'existence de l'organisme humain qui périrait sans leur intervention. Comment, dès lors, ne pas leur reconnaître une valeur physioénergétique exprimable de tous points comme celle des matériaux alimentaires! Comment faire abstraction de cette valeur si l'on veut synthétiser et condenser en formules les phénomènes de la vie individuelle et sociale!

A côté des facteurs énergétiques directs qui composent la première catégorie des objets de la consommation intégrale, nous devons donc faire intervenir les

fadeurs énergétiques indirects, constitués par les objets des autres catégories, facteurs dont l'énergétisme s'exprimera, dans nos formules, au moyen des mêmes unités que l'énergétisme des aliments.

Il s'ensuit que notre principe général d'évaluation physio-énergétique ne saurait se trouver en défaut et qu'il s'appliquera indistinctement à tous les objets de la consommation intégrale, précisant leur part d'intervention dans l'énergétisme individuel et social, montrant leur influence finale sur les rendements énergétiques.

C'est ainsi que nos formules rendront compte même des abus que, sous forme d'exagération, d'excès ou de contre-utilisation, l'homme social peut faire de certains objets de la consommation intégrale, puisque ces abus se ramènent toujours essentiellement à une consommation anormale de matériaux énergétiques.

Il va de soi que l'homme normal, conforme à la définition que nous avons donnée précédemment de l'organisme normal, qui, idéalement sain et sage, vivrait au sein d'une société normalement organisée, ne se laisserait pas aller à ces abus. L'homme vivant dans un état social imparfait le fait cependant, mais simplement, parce que son organisme s'écarte pathologiquement, parfois même antisocialement, de sa direction théorique, pour des causes qui peuvent être propres à son organisme ou qui peuvent dépendre du milieu social.

Nos formules montrent clairement que toute consommation anormale aboutit nécessairement à une modification des rendements physio-énergétiques de l'homme. Que cette consommation anormale soit pathologiquement due à l'abus de facteurs énergétiques, conduisant au surmenage et pouvant amener la destruction partielle ou totale de l'organisme; qu'elle résulte de la privation ou de l'insuffisance des éléments qui sont indispensables à la vie dans le milieu social ; qu'elle provienne de l'usage de substances dont on escompte à tort ou à raison l'action énergétique sur l'organisme et qui augmentent ou diminuent, momentanément, facticement, anormalement la puissance physique ou intellectuelle; qu'elle soit occasionnée par l'emploi de substances qui, en modifiant l'état de santé ou de maladie, aient pour effet de diminuer ou de prolonger la durée normale de la vie: qu'elle soit due à toute autre raison, peu importe: on conçoit — tout au moins au point de vue théorique, qui est le seul auquel nous examinions la question dans la présente note — la possibilité d'évaluer la valeur physio-énergétique des facteurs qui interviennent ainsi anormalement dans les phénomènes de l'organisme. L'intervention de ces facteurs se traduira donc par l'introduction pure et simple de termes positifs ou négatifs dans les formules exprimant la valeur physio-énergétique et le rendement de l'individu qui commet l'abus.

D'autre part, le coefficient d'utilisabilité sociale et par conséquent la fraction

de la phvsio-énergie de l'individu disponible au point de vue social se trouveront en général modifiés en raison même de la consommation anormale effectuée.

Il s'ensuit donc que les formules sommatoires relatives à la société se trouveront directement et immédiatement influencées par toute consommation anormale, quelle qu'elle soit, en raison même de la modification qu'y subit le terme propre à l'individu qui commet l'abus.

Bien plus, dans le cas où la consommation anormale se trouve être abusive, elle peut influer doublement sur les formules sociales : l'abus se répercutera encore dans les formules par le fait des variations que subiront par contre-coup les termes propres à d'autres individus du milieu social. En effet, la production intégrale n'est pas indéfinie, mais limitée: elle apparaît d'une façon générale comme étant certainement plutôt inférieure que supérieure aux nécessités sociales, et l'on conçoit que toute consommation abusive de matériaux à énergétisme direct ou indirect, effectuée par certains individus en raison d'un état de fortune qui le leur permet, puisse, dans certaines conditions, être accompagnée de privations, c'est-à-dire d'une consommation insuffisante ou inférieure à la valeur normale, pour d'autres individus non privilégiés sous le rapport de la fortune. Ces privations se traduiront par une diminution corrélative du rendement phvsio-énergétique et du coefficient d'utilisabilité sociale propres à ces individus, et conséquemment l'abus viendra se répercuter à nouveau dans les formules sociales.

On constate donc que toute consommation excessive peut réagir doublement sur le rendement social général, puisque la mise en jeu d'energetisme excessif par certains individus peut s'accompagner de la mise en jeu d'energetisme privatif pour d'autres. Le caractère antisocial de la consommation abusive et excessive se trouve ainsi nettement mis en lumière.

Remarquons pourtant que ce caractère antisocial n'est pas indissolublement lié à l'abus lui-même. Il peut disparaître, en effet, si l'influence de l'abus se trouve contrebalancée au point de vue énergétique par le fait qu'il est commis par des hommes capables d'apporter à la production intégrale, c'est-à-dire à l'énergétisme social, une quote-part supérieure à la moyenne et si la consommation abusive semble indispensable pour maintenir leur apport individuel à son niveau constant : l'abus, toujours nuisible en soi au rendement social. n'est ainsi vraiment antisocial que lorsqu'il est commis par des individus incapables d'apporter leur quote-part à la production intégrale.

En résumé, nous pensons avoir montré que tous -les facteurs qui interviennent directement ou indirectement dans les phénomènes organiques relatifs à l'homme vivant en société, ont une valeur physio-énergètique susceptible d'être évaluée au moyen d'une même unité : Vu itè pbysio-ènergètique, qui su confondra

elle-même avec une des unités physico-mécaniques d'énergie couramment employées : le kilogrammètre, le joule, la calorie ou toute autre de même espèce. Nos formules organiques ressortent donc bien comme susceptibles d'application générale.

Il nous reste à généraliser encore et à montrer que nos formules pourront être étendues de manière à tenir compte des phénomènes d'ordre intellectuel que nous avons systématiquement laissés dans l'ombre jusqu'ici. Nous n'avons introduit explicitement dans nos formules aucun terme se rapportant à ce que l'on désigne généralement sous le nom de « travail cérébral » ou de » travail intellectuel », désignation d'ailleurs vague et qui comprend en somme tout ce que l'on peut sous-entendre dans l'appellation plus générale de « phénomènes de cérébration ». Notre avis est que ces phénomènes, considérés en eux-mêmes. ne peuvent normalement trouver aucune représentation dans l'oxydation qui est à la base des phénomènes organiques, c'est-à-dire qu'ils ne correspondent à aucune mise en jeu spécifique d'énergie, en laquelle ils puissent trouver un équivalent permettant de les faire figurer directement dans les formules organiques susdites. Nous considérons, en effet, — et nous avons déjà eu l'occasion d'exposer sommairement cette manière de voir (i) — ces phénomènes comme ne faisant que traduire des états différents de la distribution générale de l'énergie neuro-musculaire au sein de l'organisme, états de distribution pouvant varier continûment et à l'infini sous l'influence d'excitations soit extérieures, soit auto-provoquées par l'organisme lui-même, sans que le quantum de l'énergie organique en jeu soit nécessairement modifié. Suivant nous, chaque idée serait ainsi l'état momentané de distribution de l'énergie neuro-musculaire, état provenant d'excitations anciennes renouvelées et combinées entre elles ou avec de nouvelles excitations extérieures ou internes, et ce que l'on appelle le travail cérébral ou intellectuel consisterait essentiellement en un enchaînement, une succession continue de ces états généraux de répartition. Le travail cérébral ne saurait donc être mesuré par des variations d'un quantum déterminé d'énergie. Quant aux manifestations organiques auxquelles les actes de cérébration se trouvent inséparablement associés, elles devraient être rattachées finalement aux phénomènes calorifiques qui accompagnent les variations du tonus musculaire, quoiqu'elles affectent épisodiquement les formes mécanique et électrique. Elles correspondraient, en général, au régime d'oxydation qui

(i) Du rôle de l'électricité dans les phénomènes de la vie animale, chap. V, pp. 52 et suiv, Bruxelles, Hayez, 1894.

s'établit dans l'organisme sous l'influence de l'ensemble des excitations externes ou internes, et les phénomènes de> cérébration provoqués par ces excitations ne pourraient, en eux-mêmes, donner lieu à aucun surcroît d'oxydation. Les surcroîts d'oxydation qui se produisent concomitctmment aux travaux cérébraux ne peuvent donc servir à les mesurer, des travaux de valeur très inégale pouvant d'ailleurs être liés au même surcroît d'oxydation : un travail cérébral donné n'a, par conséquent, aucun équivalent énergétique fixe qui lui soit assignable et qui puisse le caractériser.

Dans ces conditions, il va de soi que les phénomènes de cérébration ne pouvaient être directement représentés jusqu'ici dans des formules organiques où nous n'avons fait intervenir que la physio-énergie propre des individus.

L'action sociale, essentiellement énergétique, de ces phénomènes, qu'il convient de placer au tout premier rang des facteurs sociologiques, est pourtant certaine, et ils doivent avoir, de toute nécessité, une représentation effective dans les formules énergétiques que nous cherchons à construire.

Cette représentation est possible, comme nous allons le voir, mais indirectement, et c'est, en réalité, par les effets qu'ils produisent, et non par les dégagements d'énergie concomitante, que les phénomènes cérébraux peuvent se mesurer.

On peut dire d'une manière générale que, envisagé au point de vue individuel, l'exercice normal de l'effort cérébral, quelle que soit sa direction, aboutit, en dernière analyse, à protéger l'individu contre les causes de destruction d'ordre physique ou moral. Nous disons exercice normal, car il se produit évidemment chez l'homme anormal, dans l'exercice des phénomènes de cérébration, des renversements, de tous points analogues aux abus que nous avons eu l'occasion de noter dans sa consommation de matériaux énergétiques, et qui sont exprimables également, comme on le verra, par des termes négatifs dans nos formules. Considéré au point de vue social, l'exercice normal de l'effort cérébral tend cà accroître le pouvoir de l'homme collectif sur la nature. L'histoire de la science prouve qu'il est impossible de considérer comme inutiles les efforts les plus abstraits, pourvu qu'ils soient logiquement coordonnés. Même les constructions cérébrales les plus artificielles, comme les religions et les métaphysiques, qui, dans l'évolution, précèdent nécessairement l'avènement de la science positive et sont appelées à être éliminées par celle-ci, tendent généralement à une morale et souvent à une hygiène qui se sont efforcées de procurer à l'humanité de meilleurs rendements sociaux. L'effort cérébral, en somme, tend à une meilleure utilisation sociale des énergies naturelles ou humaines disponibles et par suite — et c'est là sa vraie caractéristique — à une augmentation du rendement énergétique social. Si l'on admet cette manière de voir, le fait de l'augmentation même du rendement social fait ressortir avec clarté la possibilité

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d'attribuer au travail cérébral une valeur exprimable en unités physio-énergétiques. On peut, en effet, constater d'une façon en quelque sorte mathématique que — ainsi que cela a lieu pour ce qui concerne les facteurs énergétiques indirects — tout se passe comme si l'intervention de l'effort cérébral dans les phénomènes sociaux introduisait purement et simplement dans les formules du rendement social des termes correspondant à des valeurs physio-énergétiques réelles.

Cela est évident, si l'on considère le cas d'un effort intellectuel ayant abouti à une invention dans le domaine des arts mécaniques, par exemple. Toute invention de cette nature conduit, en général, à une augmentation, directe ou indirecte, du rendement social; autrement dit, elle permet d'obtenir d'une même énergie organique consommée un travail utilisable plus grand. C'est ainsi que la mise en jeu d'un engin permettant de réaliser, en un temps donné et avec le concours d'un seul homme, tel travail ayant exigé jusqu'alors l'intervention d'un plus grand nombre de bras, économise évidemment, en fait, un travail physio-énergétique organique utile qui est représenté exactement par la valeur physio-énergétique utilisable des hommes dispensés de l'exécution de ce travail; elle augmente donc le rendement social tout comme si elle introduisait gratuitement dans les formules cette même valeur physio-énergétique; par conséquent, cette valeur pourra logiquement servir à caractériser et à mesurer l'influence énergétique sociale de l'acte de cérébration ayant conduit à l'invention. Et, de façon tout à fait générale, quelles que soient les formes sous lesquelles les manifestations de l'activité cérébrale interviennent dans les phénomènes, il sera toujours possible de les ramener, plus ou moins directement, à ce système d'estimation : une valeur physio-énergétique pourra leur être attribuée.

11 importe d'ailleurs de remarquer, à ce propos, que les valeurs physioénergétiques indirectes, attachées à des objets de la consommation intégrale, tels que les productions de la Science et de l'Art, pour ne citer que les plus caractéristiques, sont liées intimement, au fond, aux phénomènes cérébraux qui ont présidé à la genèse de ces objets chez les producteurs comme aux états cérébraux qu'ils évoquent chez les consommateurs. C'est par l'intermédiaire de phénomènes cérébraux, tels que ceux qui accompagnent l'audition d'un air de musique, par exemple, que ces objets provoquent, au sein des organismes, des excitations qui conduisent, non seulement aux modifications de l'oxydation organique qui nous ont servi à définir leur valeur physio-énergétique, mais encore à de meilleures utilisations de l'énergie disponible, à de meilleurs rendements. Ces objets, agissant comme des excitants, augmentent relativement Ev , diminuant d'autant ET dans l'énergie totale EL : tout se passe comme s'ils augmentaient EL ou Ec.

INSTITUTS SOLVAY (SOCIOLOGIE) }

On voit donc que les phénomènes de cérébration, de même que les facteurs énergétiques indirects, tout en ne trouvant pas leur équivalent au sein même de l'organisme qui les produit, peuvent pourtant provoquer dans cet organisme, et ultérieurement dans d'autres organismes, les modifications de rendement qui permettent de les mesurer.

Voyons maintenant comment on peut introduire dans les formules sociologiques le travail cérébral.

Jusqu'ici nous n'avons considéré que le terme pbysio-énergétique uEv, le moins intéressant à coup sûr au point de vue social.

Pour déterminer le terme psycho-énergétique, nous allons utiliser, en le précisant, ce fait, dont nous venons d'établir la généralité, que l'exercice de l'intelligence se traduit par des économies d'effort dans l'unité de temps.

Si nous reprenons la formule

Ev - Ec - ER,

nous voyons que, pour un certain résultat bien défini a obtenir, l'être intelligent diminue Ev et par là même Ec, car ER ne varie pas sensiblement. Si on désigne par EUt l'énergie dépensée pour effectuer un travail donné par un être dénué d'intelligence et par EUo , l'énergie dépensée dans le même but par un être intelligent, l'économie (EUt — EUo), qui ne peut être déterminée que par comparaison, mesure la capacité intellectuelle C de l'être intelligent dans ces conditions, et Ton a

Chez l'être inintelligent, C = o; chez l'être intelligent, C prend, entre deux limites, des valeurs, variable suivant la nature des opérations, et ce qui caractérise cet être intelligent, c'est un C total représentant, pour des opérations bien définies, des unités physio-énergétiques épargnées. C se décompose, à notre avis, comme toute puissance énergétique, en deux facteurs, dont l'un A exprime ce que nous appellerions la force cérébrale de l'individu, liée au degré d'activité de l'ensemble des couples de neurones, c'est-à-dire au nombre de leurs contacts réciproques dans l'unité de temps, et l'autre S figure le degré d'appropriation de l'organe à la mise en jeu de ces contacts, lié au nombre des neurones actifs et présentant l'équivalent d'une section efficace. Ces deux éléments de la capacité cérébrale, C = AS, ne sont évidemment pas directement mesurables. 11 appartient à l'histo-physiologie de démontrer que ces deux termes sont les

ENERGETIQUE PHYSIO- ET FSYCHOSOCIOLOGIQVE 10

facteurs nécessaires et suffisants de la capacité, et ce serait un important problème de la psycho-physiologie que de chercher à instituer des expériences capables de rattacher, pour un individu donné, ces éléments inaccessibles à d'autres nombres psycho-physiquement mesurables, comme les nombres d'idées successives possibles, par unité de temps, sur un sujet bien déterminé, etc.

Chez l'être intelligent, tout se passe donc comme si, du fait de l'intelligence, il y avait, pour un mime Ec et par unité de temps d'applications de la capacité intellectuelle, un gain réel d'énergie utilisable E'.

Ce gain peut rester potentiel : il peut être absorbé complètement par l'individu au profit de sa consommation personnelle, auquel cas l'intervention des phénomènes de cérebration influe purement et simplement sur le terme organique uEv de la formule; il peut, en tout ou en partie, être employé dans des buts inutiles, voire même nuisibles à la société, ou bien, et c'est le cas le plus général, une partie de ce gain peut être utilisée socialement. Il faut donc introduire dans la psycho-énergie comme dans la physio-énergie et pour les mêmes raisons, un coefficient d'utilisabilité sociale //' qui peut avoir une valeur nulle, positive ou négative plus petite que i. Et les termes affectés des valeurs négatives de ce coefficient embrasseront non seulement les efforts cérébraux tels que ceux absorbés par l'éducation, mais encore les énergies soustraites à la collectivité par les abus intellectuels et les contre-utilisations de toutes sortes. La psycho-énergie, socialement utilisée, sera donc représentée par u'E^ si l'on considère l'unité de temps, et par u'E^% si on considère une durée d'application -r de la capacité intellectuelle.

Mais ce terme n'épuise pas la valeur énergétique sociale du travail cérébral. De même que l'exercice normal de la capacité intellectuelle productive épargne des unités physio-énergétiques à l'individu et, dans une certaine mesure marquée par //', à la société, et qu'elle tend ainsi à lui faire personnellement produire davantage pour une même énergie consommée, en général, les inventions et les idées épargnent en elles-mêmes, indépendamment de l'individu, des unités énergétiques à l'humanité: il entre donc dans l'énergie totale socialement

utilisable E, de l'individu, en outre des termes //ET. et //'E ', un terme E ". que l'on

pourrait appeler Vidéo-énergie, représentant le gain social d'unités énergétiques réalisé par unité de temps, en dehors de l'individu, par le fait de sa capacité productive. Ce gain social, qui pourra être positif ou négatif, sera réalisé aussi longtemps que l'activité cérébrale dont il provient porte ses fruits, c'est-à-dire pendant un temps S pouvant dépasser de beaucoup la vie de l'individu. On a donc pour E,, en unités de puissance :

Il s'ensuit que, dans les formules fixant les valeurs physio- et psycho-énergétiques totales de la société, et qu'il est facile de calquer sur les formules physioénergétiques simples données précédemment (i), chaque homme interviendra non seulement en raison de sa valeur physio-énergétique Ev, mais encore en raison des valeurs psycho-énergétiques individuelle et sociale E^ et E"v, qui résultent de sa capacité intellectuelle productive. Ces valeurs E^ et EL,, comme la valeur physio-énergétique E0, très différentes suivant les individus, seront, ainsi que le coefficient d'utilisabilité sociale //', évidemment soumises à des variations incessantes pendant la durée de la vie de l'individu et qui pourront se prolonger bien au delà de celle-ci en ce qui concerne l'idéo-énergie.

On voit l'importance extrême qui doit être attachée à ce terme E^ qui marque, en réalité, l'importance sociale des résultats du travail cérébral. 11 apparaît comme devant jouer dans nos formules un rôle infiniment plus étendu que celui des termes wE et u'E'v relatifs à la physio-énergie et à la psychoénergie propres à l'individu. Ces derniers, en effet, sont indissolublement liés à l'existence de l'individu et ils s'évanouissent nécessairement au moment où s'éteignent les réactions organiques. Tout autres, bien plus étendues et bien plus durables, apparaissent les variations que peuvent subir les valeurs idéoénergétiques E" Elles émanent de l'individu, mais ne s'y confinent pas; elles ne sont pas seulement des fonctions de son âge, mais des fonctions du temps indéfini ; comme telles, leur influence dans les formules sociales peut s'exercer pendant une durée illimitée et elles peuvent prolonger indéfiniment, dans le temps et dans l'espace, l'action sociale de l'individu qui leur adonné naissance. C'est ainsi que le terme E' qui au fond mesure le degré productiviste de l'œuvre d'un homme, subira les variations les plus étendues; alors qu'il peut être nul pendant sa vie même, si l'œuvre produite reste méconnue ou incomprise par ses contemporains, il évolue à travers les siècles et peut s'accroître indéfiniment en raison de tous les développements et de toutes les conséquences qu'il provoque et qui viennent s'y ajouter. Une pensée initiale féconde apparaît comme provoquant dans l'humanité, à travers les âges, des excitations cérébrales nouvelles productrices d'idées nouvelles et de progrès nouveaux, qui accroissent indéfiniment la valeur sociale utilisable de l'idée première. Ce n'est qu'au moment où la machine à vapeur, ayant réalisé ses ultimes perfectionnements, sera détrônéee définitivement, que l'idée géniale de Watt pourra être considérée comme ayant porté tous ses fruits et que la totalisation définitive de sa valeur idéo-énergétique E" pourra être effectuée.

(i) Voir page 8.

En résumé, alors que les facteurs E' et //' doivent être considérés, ainsi que cela a été fait pour ELr et // (i), comme des fonctions de l'âge de l'individu, E' prend le caractère d'une fonction plus étendue du temps, et, par suite, dans la formule :

E(j = fâvdt + \u%dt + JE>

qui permettrait de totaliser la valeur énergétique d'un individu, les deux premiers termes devront être intégrés entre les limites o et T, T étant la durée totale de sa vie et le troisième entre les limites o et l'infini.

Les formules énergétiques sociales complètes dériveront par simple sommation de formules individuelles semblables à la précédente, la sommation s'effectuant, ainsi que nous l'avons indiqué pour la physio-énergie (2).

Il n'entre pas dans le cadre de cette étude d'examiner en détail la question des méthodes qui seront à utiliser ou à créer pour arriver à l'évaluation des valeurs physio- et psycho-énergétiques, individuelles ou sociales que nous venons de définir. Il est visible, notamment, que la détermination des différents termes de notre formule implique tout l'ensemble des recherches sociologiques proprement dites : c'est l'étude, au point de vue énergétique, de la genèse et du mode d'action des facteurs sociaux dans le temps et dans l'espace, qui" permettra de préciser les relations des organismes individuels avec le milieu social et d'arriver à des évaluations numériques précises. Nous n'avons d'autre but que d'indiquer les grandes lignes du côté purement théorique de la question, et nous pensons l'avoir atteint, en prouvant l'existence des valeurs physio- et psycho-énergétiques et en montrant qu'elles permettent de construire les formules énergétiques relatives à la société. Nous pensons avoir établi, assez clairement pour qu'il soit inutile d'insister, l'importance qui doit être attachée à ces points de vue nouveaux dans l'étude vraiment positive des phénomènes sociologiques.

Sans vouloir pénétrer ici dans le domaine économique, il convient pourtant de se demander s'il n'existe aucune relation entre les valeurs physio-énergétiques

(1) Voir page 8.

(2) Voir page 9.

des objets de la consommation intégrale, telles que nous les avons définies, et les valeurs transactionnistes, les seules qui caractérisent à l'heure actuelle ces mêmes objets.

En effet, tous les facteurs énergétiques s'évaluent aujourd'hui exclusivement au moyen à' imites transactionnistes (i), unités monétaires dont nos travaux antérieurs font prévoir déjà l'évolution en unités comptabilistes, et nous avons eu l'occasion de montrer ailleurs que le nombre de ces unités attaché à un objet quelconque, c'est-à-dire la valeur transaetionniste de l'objet, dépend généralement de l'offre et de la demande qui en est faite.

Si l'on va au fond des choses, il faut bien reconnaître pourtant qu'il ne peut évidemment s'attacher aux objets d'autre « valeur » réelle, fondamentale, que celle qui résulte de leur nécessité physio-énergétique finale, quelque indirecte d'ailleurs qu'apparaisse cette nécessité quand il s'agit, par exemple, d'objets relatifs à la récréation de l'homme. En effet, la seule chose que l'on puisse réellement payer en acquérant un objet de consommation, ce sont les calories, c'est le travail physiologique d'oxydation, qu'il apportera directement ou indirectement, normalement ou abusivement, à l'organisme : c'est l'accroissement de rendement en énergie utilisable ; et il apparaît comme impossible de « payer » autre chose. C'est donc cette valeur physio-énergétique qui, au fond, implicitement ou explicitement, règle l'offre et la demande.

Et, à ce point de vue, les valeurs transactionnistes devraient, semble-t-il, être de simples représentations de la valeur énergétique des choses et, par conséquent, il devrait exister en principe un équivalent pbysio-énergètique de la valeur transaetionniste des choses.

En fait, aucune concordance n'est possible actuellement, tant à raison de l'imperfection de nos connaissances que de l'écart qui nous sépare de l'état normal et de la parfaite appropriation du milieu; l'on ne saurait donc passer de l'un des systèmes de valeurs à l'autre sans recourir à l'emploi de coefficients de correction qui varieraient, au surplus, suivant le lieu, l'époque et .les circonstances.

A notre point de vue, ce qu'il importe de constater, c'est que. sur ce terrain encore, la physio-énergie et la psycho-énergie, par les variations de rendement qui mesurent les phénomènes de plaisir et de peine, apparaissent comme les facteurs irréductibles et essentiels qui se trouvent à la base des phénomènes de l'économie sociale.

i Voir Xoies sur le Productivisme et la Ceinptabilisme, chap. I, pp. 2 et suiv.

Un grand fait, que nous considérons comme absolument général, dont nous aurons l'occasion de rechercher ailleurs les raisons physiques, mais dont il nous paraîtrait important de poursuivre, en attendant, les vérifications numériques précises, domine, à notre avis, tous les phénomènes organiques et sociaux : c'est la tendance des organismes normaux et des sociétés normales vers le rendement énergétique maximum.

Et pour terminer cet exposé de principes généraux, il nous reste à faire voir que la conception énergétique de la société et le système de formules mathématiques qui en dérive, permettent d'indiquer avec netteté les voies dans lesquelles il faudra s'engager pour s'approcher de ce rendement maximum et par là même réaliser quelque progrès dans le domaine économique et social.

Dès à présent, il ressort avec évidence de ces formules que c'est par l'amélioration des rendements physio- et psycho-énergétiques de l'homme moyen que l'amélioration du rendement social pourra et devra être réalisée.

L'organisme humain naît, se développe, vit dans un milieu qui lui est imposé: son existence s'y trouve soumise à des conditions générales inéluctables, plus ou moins favorables, qui tiennent à la situation géographique, aux richesses naturelles du soi et du sous-sol, au climat du milieu considéré. C'est, en premier lieu, de l'amélioration, c'est-à-dire d'une meilleure appropriation de ce milieu au profit de tous et d'une utilisation meilleure de ses matériaux, que dépendra l'augmentation du rendement physio-énergétique de l'homme moyen. Mais il faudra également faire en sorte que les énergies individuelles, intellectuelles et morales des hommes composant le milieu social soient utilisées de plus en plus complètement au point de vue collectif. Pour que le rendement social tende effectivement vers sa valeur maximum, il faut, en effet, que les coefficients d'utilisabilité // et u' de la physio- et de la psycho-énergie individuelles prennent des valeurs positives de plus en plus voisines de l'unité et que les facteurs Ev et E', exprimant les énergies individuelles utilisables, de même que les termes E", exprimant l'idéo-énergie positive des idées, soient le plus grand possible. Sans cesse il faut donc améliorer le milieu social, et pour cela il faut améliorer l'homme moyen au double point de vue de son développement physique et de sa capacité intellectuelle. Et, à notre avis, pour atteindre ce résultat, il est moins nécessaire de rejeter les principes d'action fondamentaux qui régissent les sociétés humaines les plus civilisées que de perfectionner, aussi complètement que possible, l'application qui en est faite aujourd'hui. 11 est essentiel surtout de ne pas perdre de vue que toute mesure qui aurait pour effet direct ou indirect de diminuer la valeur de la production intégrale existante n'atteindrait pas le but et aurait, au contraire, pour conséquence certaine, de diminuer le rendement social au lieu de l'augmenter.

Toute mesure de perfectionnement ou de redressement social devant favoriser

la tendance au rendement maximum, ce seraient logiquement le physiosociologue et le psycho-sociologue qui devraient indiquer au législateur la mesure dans laquelle ce redressement devrait être effectué pour augmenter, sans danger de régression, le rendement énergétique social.

C'est de longue date que nous avons cette conviction sur la prépondérance de l'énergétisme dans les phénomènes sociaux, et c'est cette conviction qui nous a conduit antérieurement à indiquer, dans le sens des voies d'application — l'énergétisme étant le principe scientifique du productivisme (i) — le cbômagecapacitariat, la libre socialisation, l'impôt unique successoral et réitère, et, en ordre subsidiaire, le comptabilisme (2), comme devant constituer les points essentiels que doit embrasser tout programme de perfectionnement social. Si l'on veut bien se reporter à la définition que nous en avons donnée ailleurs, on constatera que l'orientation vers ces buts, en même temps qu'elle serait le plus sûr moyen de prévenir les bouleversements économiques, permettrait d'approcher, en un minimum de temps et sans nuire à la production intégrale existante, de l'égalité sociale du point de départ (3), qui apparaît comme réalisant la forme supérieure et définitive du progrès social.

C'est sur l'énergétisme que reposera le droit futur. Au sein des sociétés humaines, c'est dans l'énergétisme que l'encouragement ou la répression, la soumission ou la révolte, la paix ou la guerre, la liberté ou la réglementation trouveront la raison de leur légitimité; de même, dans l'humanité, l'énergétisme qui représente la vitalité productive d'une nation, déterminera sa part légitime d'influence mondiale.

Un état social où le rendement normal serait atteint peut au moins se concevoir possible et même réalisable dans une certaine mesure : cela suppose simplement l'avènement d'une humanité normale. Des hommes idéalement sains et sages n'accompliraient évidemment alors que l'effort strictement nécessaire au maintien du rendement normal de leur organisme normal, et une fraction minima de leur énergie serait intégralement utilisée au point de vue social. Mais cet état normal n'entraîne pas la suppression de tout écart entre les valeurs énergétiques et les valeurs transactionnistes ; pour la suppression totale de cet écart, il faudrait que l'humanité réalisât son absolue souveraineté sur le milieu

(1) Voir Notes sur le Productivisme et le Comptabilisme, chap. VI. Le Productivisme social, pp. 65 et suivantes.

(2) Loc. cit. Voir notamment chap. XII, pp. i35 et suivantes.

(3) Loc. cit. Voir pp. 71 et 80.

ambiant et, par la parfaite domestication des énergies cosmiques, la substitution parfaite de ces énergies à sa propre énergie. Dans ce cas limite, EL., réduit à des efforts négligeables de déclenchements, atteindrait pour chaque individu sa valeur minime.' Dans cet état idéal, la production et la consommation intégrales s'équivaudraient exactement; l'offre et la demande se trouveraient en rapport exact avec les nécessités normales de la vie collective; le « bénéfice » prélevé sur les transactions par les producteurs ou les intermédiaires aurait disparu, n'ayant plus de raison d'être, et, par suite, les valeurs économiques et physioénergétiques de tous les objets de la consommation intégrale concorderaient parfaitement entre elles. Les coefficients de correction, dont nous parlions tantôt, s'élimineraient par cela même que les facteurs secondaires perturbant l'équivalence théorique de ces valeurs auraient été progressivement éliminés.

C'est cet état social parfait qui peut être considéré comme un idéal pour le progrès de l'humanité, quelle que soit d'ailleurs l'opinion que l'on ait sur la mesure dans laquelle on pourra s'en approcher.

Pour conclure, nous résumerons l'idée fondamentale que nous avons voulu renfermer dans ces pages en disant que les phénomènes physio- et psychoénergétiques, qui sont à la base de la vie et qui en sont la raison d'être, sont aussi à la base des groupements sociaux. Chaque groupe humain particulier, l'espèce humaine tout entière, doivent être considérés comme une réaction chimique organisée qui se continue et tend à se développer sans cesse, suivant sa loi inéluctable, malgré les obstacles de tous ordres et l'intervention de facteurs intellectuels toujours nouveaux.

Si l'on veut édifier une sociologie positive, on doit considérer avant tout l'énergie mise en jeu dans l'oxydation vitale; la physio-énergie et la psychoénergie doivent être évaluées par rapport aux diverses variables dont elles dépendent, et ces déterminations doivent être complétées par la mesure de la socio-énergie, qui représente les portions de ces énergies socialement utilisables et comprend, en outre, l'idéo-énergie : ces trois termes sommatoires énergétiques devant être intégrés aux différents moments de leur évolution dans l'espace et dans le temps.

L'énergétique domine la science moderne. Depuis que l'unification des différentes formes sous lesquelles l'énergie apparaît dans les phénomènes de l'univers a été opérée, on peut dire que l'énergétisme a en principe englobé dans son domaine toutes les sciences de la nature. Il n'est pas une action dans l'univers que l'on ne conçoive comme devant recevoir, un jour prochain, son

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évaluation énergétique, directe ou indirecte. Et les tentatives que nous taisons pour orienter la physiologie et la sociologie dans cette direction ne sont, en somme, que la conséquence logique des indications qui résultent de l'examen du mouvement scientifique moderne, pris dans ses grandes lignes d'ensemble.

Nous avons tenu à formuler ces conclusions au moment même où l'Institut de Sociologie se trouve réalisé sous la forme définitive que nous avions en vue. En montrant ainsi les liens étroits qui, dans notre manière de voir, unissent les phénomènes sociologiques aux phénomènes biologiques dont ils dérivent immédiatement et qui eux-mêmes prennent leurs racines dans l'énergie universelle, nous pensons avoir montré combien les recherches que nous avons indiquées comme devant être poursuivies en ordre principal par l'Institut de Sociologie se rattachent directement et intimement à celles qui sont en cours à l'Institut de Physiologie, édifié précédemment. Et, sans porter préjudice aux travaux scientifiques d'ordre général qui figurent à leurs programmes, l'œuvre commune à accomplir plus spécialement par ces deux instituts apparaît comme devant être de réaliser, sur le terrain de la science positive, une même idée : rattacher au domaine de l'énergétisme universel, c'est-à-dire réduire aux actions physico-chimiques fondamentales, à l'aide de quelques principes que nous croyons avoir précisés, l'ensemble des phénomènes biologiques et sociologiques.

Nous avons ia ferme confiance qu'un avenir prochain démontrera qu'une telle recherche n'a rien de chimérique.

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