SÉANCE DU 11 JUIN
qui m’a longtemps intrigué est celle-ci. Les bâtonnets au nombre de 20 à 30 sont réunis en une colonie régulière de la grosseur, de la forme et de la couleur d’un Chlamydomonas. Très fréquemment, la colonie est séparée en son milieu par une ligne incolore qui la fait paraître double. Ce sont ces formations que nous trouvions incluses dans la gelée des Sulfuraires qui attirèrent notre attention; il nous fallut un certain temps pour reconnaître leur véritable nature. Lorsque ces colonies se trouvent libres dans le liquide, elles se meuvent à la façon d’une Volvocinée. Nous avons douté longtemps de ce mouvement pensant que le déplacement était dû à l’action des cils vibratiles d’infusoires situés dans le voisinage; il a fallu se rendre à l’évidence. La colonie tourne sur elle-même en progressant : elle s'arrête, repart, va un moment dans une direction, revient et avance dans une autre. La rotation régulière du corps pendant la marche est remarquable : il s’agît d’un mouvement rythmé comme celui d’une Volvocinée. Nous ignorons si des faits du même genre ont été signalés chez les Bactériacées; il y a là un stade du développement intéressant et qui ne saurait être confondu avec les colonies ordinaires que nous allons retrouver tout à l’heure.
4° Les bâtonnets peuvent rester associés en formant un réseau à mailles assez régulières. Je n’ai trouvé cette forme que deux ou trois fois.
5° Les cellules se développent en donnant des colonies de dimensions variables qui forment un revêtement membraneux à la surface du support.
C’est tout à fait par hasard que j’ai observé ces sortes de membranes formées par les colonies du Bacille.
Afin de retenir au fond du vase de culture les débris d’Algues en putréfaction qui s’y trouvaient, j’avais placé sur eux un entonnoir en verre; c’est à la partie interne de cet entonnoir que j’ai trouvé en culture presque pure, au bout de plusieurs mois, ce Bacille.
La pellicule membraneuse qui recouvrait ainsi la paroi de verre s’enlève facilement; examinée au microscope, elle se montrait formée presque exclusivement par des colonies du Bacille vert; ces colonies sont de grosseur et de forme differentes; elles se touchent les unes les autres; les bâtonnets y
P.-A. DANGEARD.
sont très rapprochés les uns des autres, sans qu’on puisse distinguer la gelée qui la réunit; une coloration à l’hématoxyline laisse cette gelée incolore. Parmi ces colonies, on en trouve quelques-unes du stade n° 3; elfes se reconnaissent facilement au milieu des autres; on trouve également, çà et là, quelquesuns des stades en chapelet; les filaments d’aspect « streptocoque », souvent enroulés en spirale, semblent se dégager de la masse générale.
Des portions de cette membrane, examinées dans l’eau, ressemblent à des fragments d’Ulve : elles sont transparentes; leur couleur est d’un beau vert; sous le microscope, à un faible grossissement, la teinte des colonies se montre plus jaune.
Nous avons fait agir sur ces colonies un certain nombre de
réactifs en comparant les résultats avec ceux qui étaient obtenus simultanément avec des Oscillaires et des Chlorophycées.
L’acide azotique faible produit d’abord une couleur vert bleuâtre très foncée sur le Bacille, décolore les Spirogyra, fait passer au rose les Oscillaires; au bout de quelques minutes la teinte verte des Bactéries passe au rouge vif.
Cette coloration rouge s’obtient presque instantanément avec la Bactérie, si l’on emploie l’acide azotique à 40°.
L’acide chlorhydrique donne au pigment bactérien une couleur verte très franche, très belle, alors qu’il rougit les Oscillaires et laisse aux Algues vertes leur coloration.
L’acide formique colore en rose les Oscillaires et laisse au pigment bactérien comme à la chlorophylle sa couleur verte.
L’alcool dissout bien le pigment; l’opération à froid demande quelques heures. '
Nous avons observé d’autre part des Bactéries vertes ingérées par des Infusoires ciliés; elles conservent leur couleur fort longtemps dans les vacuoles digestives. Ce n’est que très tard qu elles montrent comme les autres cellules vertes soumises à l’action digestive une teinte jaunâtre, passant au brun rougeâtre.
Il y aurait grand intérêt à pouvoir établir la nature de ce pigment vert bactérien qui présente avec la chlorophylle des point de ressemblance incontestables : malheureusement nos efforts en ce sens sont restés jusqu’ici infructueux.