‹ Note sur l'administration d'AlgerChapitre 5 sur 5 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

Enfin, nous devons faire remarquer- combien l'Administration est contrainte sans cesse par la force des choses à coopérer à tous les progrès qu'elle s'efforce d'abord d'arrêter.

Elle s'oppose constamment â toutes les améliorations, et elles ont toutes lieu malgré les obstacles qu'elle y met. Alger se civilise lui-même; on a choisi, tout en disant qu'on voulait le conserver, tous les moyens de le perdre et de le détruire* On a refusé de le faire Français, il s'est francisé lui-même en s'aliachant par tous les liens de moeurs, de langage , et de relations de famille et de commerce à la nationalité française; on a maltraité les indigènes, on a employé contre eux les massacres, les exactions, les déportations el les cachots; ils ont appriaà leurs vainqueurs, les uns en fuyant dans les montagnes, les autres en ^migrant , d'autres en subissant les tourmens avec l'impassibilité musulmane, qu'on n'obtient rien par la force; et on a été contraint de revenir, bien malgré soi , aux mesures de sagesse et de douceur qui peuvent seules affermir les conquêtes et assurer la prospérité des nouveaux états. Alors on a proclamé à toutes les tribunes, par la voix de tous les Ministres, qu'on ne voulait pas coloniser, que le Gouvernement ne coloniserait pas, et qu'il n'aiderait même d'aucun secours les malheureux qui vien-

tiraient offrir au pays leurs bras et leur travail. Oh a même fait plus, car on a chassé en niasse et déporté en Espagne plusieurs centaines de laboureurs et d'ouvriers qui auraient défriché et fécondé le sol , et commencé l'essor de l'industrie. Eh bien , des hommes riches qu'on n'a point osé repousser, ont adopté la terre fertile et l'ont exploitée; des élablissemens d'agriculture et de fabrication ont été créés ; une grande ville et tout le midi de la France se sont associés à la nouvelle possession française et le pays s'est colonisé lui-même. Enfin, le Gouvernement, après avoir tourmenté le culte des indigènes , détruit leurs mosquées, violé leurs cimetières, arraché leurs tombeaux , vendu leurs cercueils, a vu les chrétiens se faire musulmans, malgré lui ; et lorique revenu au respect du culte qu'il avait promis , il s'est porté en sens inverse à d'autres excès, lorsqu'il a chassé les missionnaires catholiques, de peur de propagande , interdit les enseignement religieux particuliers sous prétexte de jésuitisme, empêché le? prédications des réformés a tin de conserver le culte indigène dans l'ignorance des vérités chrétiennes , il a vu les conversions arriver une à une, avec plus d'éclat parce qu'elles étaient plus saillantes à travers les obstacles qu'il leur opposait, lien a été de même de l'instruction publique ; il a voulu d'abord contraindre les indigènes à livrer leurs enfans à l'éducation donnée parle vainqueur; nul ne pouvait tenir une place de l'administration s'il n'envoyait ses enfans à l'école française, et les uns

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ontqditté les places, les autres en ont appelé au pouvoir supérieur ; pas un de leurs coreligionnaires n'a voulu se joindre â ceux qui se soumettaient, et dès que Tordre a été cassé, tousse sont retirés, irritésjustement de la contràinte qui leur avait été imposée. Mais lorsque peu a peu la liberté de ne pas venir s'est affermie, on a commencé à en voir venir quelques-uns dans des établisseniens particuliers; et bien que le Gouvernement, si zélé pour contraindre en France toutes les communes à contribuer aux frais de l'instruction publique, n'ait rien constitué, ni ordonné à Alger , et n'y ait aidé ni encouragé aucune institution, l'éducation se (ait, se pratique et s'améliore chaque jour dans le pays par le pays lui-même,' ainsi que je viens de le dire , la médecine même a établi des relations devenues indispensables entre les Arabes et les Européens $ les mœurs des indigènes étant respectées se rapprochent peu à peu des moeurs françaises $ des rapports d'intérêts continuels associent les nouveaux et les anciens ha bi tans; on lie les familles en se régularisant les uns avec les autres $ et bientôt les pensées et les sentimens se coordonnent de manière à préparer pour l'avenir une nation nouvelle. C'est ainsi , je le répète pour ceux qui ont été opposés & la conservation et à la colonisation d'Alger , c'est ainsi que, malgré les excès de tous genres , les aberrations les plus opposées , les repoussemens les plus désespéra os de la part du pouvoir et de l'Administration contre cette contrée, AU

ger se suffit à lui-même pour se créer et prospérer. Aujourd'hui, quoiqu'on ait constamment refusé de le faire France , Alger s'est nationalisé avec nous ; quoiqu'on arrête tout son essor et qu'on mette obstacle à tous ses moyens d'action et de population , Alger *e colonise lui-même ; enfin , quoique l'on y comprime les religions , que Ton y abandonne les mœurs à elles-mêmes, et que l'on ne fasse rien en aide de l'intelligence , Alger se civilise ; Alger devient une nation, et la prédiction de M, Pitt s'accomplit : V Afrique se tire de V interdit.

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