EXERCICE DE LA MÉDECINE
S'il fallait une nouvelle preuve de la manière étrange et inconsidérée avec laquelle Alger a été gouverné , nous citerions la controverse pour ainsi dire
officielle des deux parts , qui s'est élevée à l'occasion de l'exercice de la médecine dans la campagne d'Alger.
M; Dutrône, membre de la Société de la Morale Chrétienne, conseiller à la Cour royale d'Amiens, a été envoyé à Alger avec une mission toute d'utilité publique qui lui a été donnée par deux Ministres réunis, MM* les Ministres de la guerre et de Tinstraction publique. Il a été chargé par eux d'inspecter tons les établissemens d'instruction et d'éducation; de leur faire des rapports sur ce qui est établi à cet i-gard, et de leur présenter ses vues sur les améliorations nécessaires et les moyens de les opérer. Il a dignement rempli sa mission, et s'il avait été donné à Alger des instructions intelligentes et actives, les - rapports qu'il a faits au Ministre de la guerre auraient été soigneusement insérés nu Moniteur algérien. Bien au contraire, ce journal ne contient chaque jour que les arrêtés du Gouverneur et les annonces des notaires et avoués 5 et la première fois qu'il sorlit.de sa réserve habituelle, ce fut pour cri tiquer vivement et personnellement l'envoyé, mandataire de deux Ministres.
Encore a-t-il singulièrement choisi le sujet de ses reproches C'est encore sur un autre employé en activité de service et qui joignait au dévoûement aux devoirs que lui imposait son état, un courage intrépide, en se hasardant chaque jour au milieu des Ara* bes , que s'est portée la censure amère et peu généreuse du Moniteur.
Voici la lettre que M. Dutrône publia le 24 octobre
« Monsieur, je viens vous entretenir de la chose
la plus digne d'attention à laquelle ait encore donné lieu notre établissement en Afrique.
» M. le docteur Giscard, chirurgien major des Zouaves, exerce gratuitement la médecine au milieu des tribus non soumises , qui l'accueillent et le recherchent avec empressement depuis plusieurs mois, tandis que, jusqu'à présent, elles immolaient sans scrupule les autres européens qui se présentaient isolés chez elles.
» Il est établi officiellement que depuis dix mois le docteur Giscard a donné des soins à 975 Arabes.
» Sur ce nombre, 88 ont été à la petite infirmerie qui, par ses soins et ceux du commandant Lamorissière, a été improvisée dans la maison qu'ils habitent au camp de Dély-Ibrahim ; les autres malades ont été traités chez eux.
» Les localités où ne pénètrent pas les européens, et où le docteur Giscard va porter ses soins, accompagné seulement de deux cavaliers indigènes , qui sont plutôt des guides qu'une escorteront Beni-Moussu , Oulidchabel , Sidi-Aïd , Guerrouah , Ëlkachena , Aïn-Kobhla, Addi-Yacoub, Oulidmendel, Doueira, Bad-Hassem, Exhariah, Aïd-Kaïla, Oulid-Fayet, Aïd-Zébouéia, Ko u ara. Malgré l'antipathie que leur inspire contre nous la différence de religion , tous les cheiks et marabouts de ces localités sont liés de cœur au docteur Giscard.
» Des malades sont venus de Médéah , ville située à trente lieues au delà de nos avant-postes recevoir
les secours de son art dans l'infirmerie' de DeJy- Ibrahim. Les personnages influons auxquels le chirurgien major de* Zouaves a donné des soins, soins qui ont eu un retentissement incroyable dâns les tribus, sont Oulid-Sidi-Hassi , marabout de Sidi-Ha» beki, près de Blida ; Kaider-Ben-Râbaa , chef des Âdjoales, qui forment fa tribu la plus puissante, et qui se sont montrés les plus hostiles contre nous; Sidî- Hamed, marabout de Sidi-Aïd, près- de Bonffarick. ' » 11 se rattache au traitement reçu par ce dernier marabout une circonstance que je dois vous signaler. Sidi-Hamed avait réclamé les soins du docteur Giscard , alors que celui-ci était au marché de Bouffarick, localité qui n'était abordable sans escorte pour aucun autre européen que 1u*k Le docteur, sachant que Sidi-Hamed usait de son immense influence pour empêcher les Arabes de Venir parmi les Français, déclara qu'iî ne le traiterait que s'il venait à Pinfirmcrie du camp. L'Incommodité du marabout, quoique très-grave, était telle qu'il pouvait sans inconvénient faire le trajet. Le marabout fit dire qn'H avait juré sur le Coran de ne jamais venir chez les Français. Ledocteur répondit qu'il avait juré de n'aller que chez ceux des Arabes qui venaient ou avaient la volonté de venir chez les Français. Par transaction,Pon convint d'un rendez-vous h inoitié routei Une affaire de service mit le docteur dans Pimpossihilité de s'y rendre; alors, malgré son serment, le marabout acheva le reste du chemin, et après un
court séjour l'ait au camp, il reparut délivré de ses longues sou ITra uces. ( 'estseulement après sa guérisou, que cet homme, qui exerce un grand pouvoir sur sa tribu, a consenti à se rendre chez te général eu chef.
» Je reviens au commencement de ma lettre; .sur les 975 Arabes qui ont reçu le» soins du docteur Giscard, il y a i8fenm.esdont SGsont veuuesse fairetraiter à l'infirmeriedeDely Ibrahim, au milieu de notre camp, d'une troupe de nos soldats, sous leur protection et par un. médecin français. Frappé de l'importance de ces résultats, je n'ai pas eu de scrupule d'interrompre pendant quelquesheuresl'accouiplissemeiit de ma mission pour aller constater des faits qui peuvent si puissamment concourir à consolider nos conquêtes militaires eu Afrique et à les étendre pacifiquement.
» Je me suis donc rendu à De! y-lbrahim , trois lieues d'Alger; j'y ai vu à l'infirmerie du camp , le» Arabes, Bédouins et Kabaïlesqui sont venus s'y faire traiter. J'y ai vu l'étroit local dans lequel le docteur Giscard et le commandant Lamorissière ont établi, au moyen detoiles,des corn parlimens, où six femmes à la fois ont pu recevoir, avec une décence qui satisfit aux exigences si grandes de leur religion et de leurs mœurs, les soins que réclamait leur étal. Notez bien que les 56 femme» traitées à l'infirmerie de Dely-Ibralnm y ont été couduiles et laissées pendant plusieurs jours par leurs maris et leurs frère* avec l'autorisation de leurs marabouts. H est supei lîu
-SOtle vous rappeler que les marabouts sont considéré* comme saints par les Arabe3,et qu'ils ont la puissance religieuse la plus absolue. Ils tiennent les populations dans leurs mains, et les chefs militaires n'ont de pouvoir, n'ont d'existence que sous leur bon plaisir; mais ils sont pauvres comme l'étaient nos ermites,
» Celui qui , malgré son serment , est venu se faire guérir au camp de Dely-Ibrahim, a prié le docteur d'établir une infirmerie dans son pays. Le docteur est impatient de pouvoir satisfaire à cette demande; mais il a épuisé ses ressources personnelles par les dépenses qu'il a faites depuis dix mois , en exerçant gratuitement la médecine dans les tribus. 1,000 fr. de premier établissement pour une baraque eu bois , édifice immense et confortable, comparé à la tente des Bédouins , 1,000 fr. , ai-je dit , de premier établissement , et 200 fr. pour les dépenses mensuelles suffiraient au docteur Giscard, d'après le devis qu'il m'a montré. Il établirait cette petite infirmerie sur le ruisseau de Bouffarik , à trois lieues au delà dt Doueira , où se trouve notre poste militaire le plus avancé. D'après ce qui a déjà été obtenu , on peut prévoir ce que l'on obtiendrait de ce moyen pour inspirer de la confiance aux Arabes.
» Veuille* , je vous prie , Monsieur , porter ces faits à la connaissance de vos compatriotes , afin que l'attention publique s'y attache , et que la philan-
thropie appelle l'action du Gouvernement dans cetté voie , ou qu'elle y supplée par elle-même.
DUTRONE.
» A Alger , ce 4 octobre 1 854. »
C'est cet article si inoffènsif , et qui révélait une suite de bonnes actions faites par un officier français avec tant décourage et de simplicité, que le Gouvernement a vivement attaqué par son interprêle officiel à Alger, le Moniteur de la Colonie.
Ainsi ne tfemble-t-ii pas que le Gouvernement repousse tout moyen de conciliation et de fusion avec les Arabes? Ainsi nesemble-t-ilpas qu'il craigne pour ainsi dire , autant la propagande d'humanité , que la propagande révolutionnaire ? On se trompe peut-être en pensant à de repréhensibies intentions , lorsqu'il se peut qu'il n'y ait que de la négligence. Il est vrai que quelques personnes ont imaginé qu'il y avait rivalité entre le docteur militaire agissant par l'effet de sa propre inspiration, et d'autres docteurs , également désintéressés, ayant moins de droits sans doute, parce qu'ils ne sont pas venus les premiers, mais ayant plus de confiance dans l'appui et l'action administrative ; et il est probable que c'est encore par négligence que le Gouvernement a laissé courir ces bruits mal fondés.
Quoi qu'il en soit, peu doteras après que M. Du- - trône avait publié les tac tes du docteur Giscard , révélé ses bienfaits et propose 1'éUblisseraent d'un
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hôpital , au sein des tribus arabes , aux frais d'une souscription de la philanthropie , on a vu paraître le prospectus d'un semblable établissement , fondé sur les souscriptions volontaires de la bienfaisance. Voici en quels termes il est publié :
« Philanthropie , Civilisation,
» Au milieu de la Mitidja , à douze lieues d'Alger, au delà de notre poste le plus avancé, s'élève une construction récente , ouvrage de quelques Français. C'est une ambulance ou hôpital provisoire destiné spécialement aux Arabes malades des tribus de la plaine et des montagnes de l'Atlas.
» A peine les travaux étaient terminés et déjà, le 19 mai dernier, dix-sept hommes, trois femmes et trois en fans , tous gravement malades , se trouvaient réunis dans ce lieu et recevaient des soins , des tnédicamens , de la nourriture comme dans nos hôpitaux de France.
» Un infirmier, une infirmière, un interprète , deux petits arabes de treize à quatorze ans, faisaient le service, dirigés par le docteur Poussin qui, sous les auspices du Roi et de la reine et sous la protection du gouverneur général , a créé cet établissement et lui prodigue ses soins désintéressés.
» Plusieurs autres demandes d'admission avaient été faites et un grand nombre d'Arabes prives dans leurs tribus des secours de la médecine, accouraient réclamer des consultations et des médicamens.
» A la fondation Je cette ambulance se lie un plus grand projet , c'est de faire précéder tous les pas importans de notre armée en Afrique par des établissemens semblables , afin de ne pas maintenir seulement les populations indigènes par la force des armes , mais de les attacher par les bienfaits de la civilisation.
» Une telle entreprise doit trouver en France de la sympathie et des encourageraens. Nous avons , il est vrai, bien des pauvres près de nous, et Alger est bien éloigné ; mais la bienfaisance sait com pâtir à tous les maux, et il sera glorieux pour elle , de les soulager jusque sur les terres d'Afrique. Ce sera sans doute avec une émotion profonde que des Arabes et des Kabiies apprendront qu'à tant de distance, des Français, des Chrétiens ne sont pas indifférons à leurs souffrances , et leur envoient des secours comme à des frères. Aiusi , un acte de la plus noble politique est uni à cette œuvre d'humanité.
» Déjà de pieuses filles , dévouées au service des pauvres et des malades, ont demandé au Ministre de la guerre le passage , pour offrir leurs secours aux Français malades à Alger ; et si elles n'y sont pas retenues , elles veulent aller jusqu'aux ambulances des avant-postes, donner l'exemple de vertus et d'un zèle inconnus à ces contrées.
» D'autres personnes désireront aussi concourir à cette œuvre : une souscription , est, à cet effet, ouverte à Paris ,
y» Chez M. Pasturin, avoué , rue de Grammont , ii° 12 ;
» Chez M. Huillier , notaire , rue du Mail , n* i3 ; » Et chez M. Guy et Desfontaines, rue du Faubourg- Poissonnière , n° 6 , qui veulent bien recevoir les fonds et en donner des reçus.
» Les noms des souscripteurs, et les sommes par eux versées seront publiés dans les journaux, et en attendant qu'une administration choisie parmi les principaux fondateurs soit organisée, aucan emploi de fonds n'aura lieu sans l'approbation de M. le Gouverneur-général. »
On voit que rétablissement aujourd'hui proposé , et qui va être formé au milieu de la Métidja sous les auspices du Roi et de la reine, et sous la protection du Gouverneur- général, par le docteur Poussin , est bien le même qui avait été proposé par le docteur Giscard , annoncé par M. Dutrône , réprouvé par le Moniteur algérien, le même dont l'emi avait été fait d'une manière si heureuse dans la petite infirmerie élevée par les soins de cet actif et zélé médecin , dont on ne fait pas même mention dans ce prospectus, non plus que des 973 Arabes ou Kabaïles déjà soignés par lui.
C'est ainsi qu'on voit trop souvent se réaliser le sic vos non vobis de Virgile , et il est du devoir des organes de l'opinion publique de rappeler ceux qu'on oublie* Mais il n'en faut pas moins accepter et adopter rétablissement créé par le docteur Poussin , et
encourager Administra lion à donner à cet estimable médecin, tous les moyens d'action bienfaisante qui ont été refusés au docteur Giscard.
La lettre suivante prouve combieu d'heureux résultats ont déjà couronné les efforts de ce médecin , digne par sa loyauté ainsi que par son dévoûroent , de la plus entière confiance.
» Monsieur,
» L'intérêt que vous avez bien voulu porter à tout ce qui pourrait contribuer à la propagation de la médecine en Afrique » me fait un devoir de vous fixer sur les résultats positifs obtenus depuis plusieurs mois.
»» Vous avez, sans doute , déjà appris par quelques journaux que , fidèle à la marche que je m'étais tracée dès le commencement de mes excursions dans les tribus arèbes , j'étais parvenu à mon but principal , celui de créer, dans la Mitidja, un hôpital spécialement destiné aux indigènes.
» Les consultations et les secours distribués gratuitement, dans leurs tribus et dans leurs principaux marchés, ont , selon moi , contribué pour beaucoup à répandre la confiance aussi loin que possible dans l'état actuel des choses; car quoique plusieurs chirurgiens militaires, et notamment M. Giscard, se sont livrés avec dévoûment, depuis leur séjour en Afrique, à répandre les bienfaits de la médecine parmi les Ara-
l>es, tous cependant avoueront avec moi qu'il reste encore aujourd'hui beaucoup à faire pour arriver aux résultats que promet ce moyen puissant de civilisation.
» Déjà les résultais obtenus à l'ambulance de Delilbrahim , et ceux qui s'obtiennent chaque jour à celle de la Mitidja , ont fixé l'attention de l'autorité , et je ne doute pas que les gens qui veulent véritablement le bien de la colonie n-5 facilitent, par tous les moyens qui sont à leur disposition, l'installation de semblables établissemens sur plusieurs autres points où ils seraient très-utiles.
» Dans ce moment , il est question d'établir une troisième ambulance à Doueira; je désire beaucoup que ce projet s'accomplisse promptement ; il ne peut qu'accroître les résultats du système auquel il se ratla che , et rendre d'im porta ns services à tout le plateau qui s'étend du côté deStaonéli.
» C'est avec un bien grand plaisir que j'ai vu S. M. et la Reine honorer de leur auguste patronage les établissemens de ce genre \ car pour moi , tous ne doivent être que les anneaux d'une même chaîne qui doivent consolider un même système. Dans les petites comme dans les grandes choses, l'union fait la force; c'est la puissance qui donne une somme de résultats devant servir tous à résoudre un seul fait.
)• Si un jour la médecine peut arriver en Afrique, et contribuer à sa civilisation autant qu'elle Ta fait en ivgygte , nous le devrons en grande partie à notre
digne gouverneur et à M. le général Voirol , qui , pendant son séjour en Afrique, a toujours aidé et soutenu ceux qui s'occupaient philanthropiquemént de médecine chez les Arabes.
y* Si nous devons à notre gouverneur d'avoir honoré de sa protection notre premier établissement dans la Mitidja , nous devons aussi à la coopération des autorités civiles et militaires d'Alger, d'avoir non-seulement honoré notre souscription , mais d'avoir créé des secours et doté ce petit hôpital d'une certaine quantité de terres qui devra, à l'avenir, pourvoir à ses besoins annuels.
Depuis les premiers jours de mai , que nous avons commencé à recevoir des malades des deux sexes , les hommes y ont été en bien plus grand nombre que les femmes, chose naturelle pour qui connaît leurs préjugés et leurs mœurs. Cependant , tout donne a penser que dans quelque tems leurs préjugés céderont a la nécessité de soulager leurs souffrances. Jusqu'à présent , beaucoup d'entre elles , quel que soit leur âge ou leur maladie, amènent avec elles des enfans $ les unes par sécurité morale pour elles-mêmes et pour leur famille; les aulres , parce que ces enfans sont eux-mêmes malades; d'autres, enfin , arrivent avec leur père , frère ou mari , et viennent seulement chercher des conseils et des médicamens ; mais souvent après quelques voyages, encouragées par celles qu'elles rencontrent dans la salle, elles se décident à rester.
» L'occupation des moissons, qui se font dans ce moment , empêche beaucoup de malades de pouvoir rester à l'hôpital ; aussi , oprès ces travaux , les salles se trouveront au grand complet , un grand nombre ajournant leur entrée à cette époque. On doit leur accorder d'être, en général , assez reconnaiasans ; car jusqu'à présent /beaucoup d'entr eux, sortis guéris , ont envoyé , selon leurs moyens , des cadeaux d'œufs, de beurre, de poulets, comme ils font ordinairement et quelques-uns plus riches; ont envoyé quelques pièces de bétail.
» En général , presque tous ont une grande confiance dans tout Français qui s'occupe de l'art de guérir ; ils ont un grand courage et une parfaite résignation ; plusieurs personnes qui ont assisté à quelques amputations et autres opérations que j'ai eu occasion de pratiquer , en ont été étonnées.
» C'est ainsi , par exemple, qu'un d'entre eux auquel j'amputai la cuisse, n'a pis attendu la fin de Topératioirpour fumer sa pipe ; j'avais déjà vu pareil courage chez Un malade auquel notre confrère le docteur Beudens amputait un avant -bras dans un des hôpitaux militaires d'Alger.
» Tous guérissent comme par enchantement des blessures les plus graves.
» Nous avons dans ce moment on malade fort curieux, et que plusieurs confrères ont visité avec beaucoup d'intérêt , surtout ceux qui ont pu le voir au moment de son arrivée avant tout pansement.
Ce»t un jeune homme de viugt-quatre à vingt-cinq ans, qui , à la suile d'un combat particulier entre les tribus éloignées d'une trentaine de lieues de Bouffa rik, a reçu plusieurs coups de yatagan, dont un, après avoir enlevé une partie de la bas*? du maxillaire inférieur, a ouvert la partie moyenne de la région hyoïdienne , en tranchant muscles, vaisseaux , nert, cartilage, thiroïde et, oesophage, et est venu s'arrêter au ligament verlébral antérieur, qu'il a légèrement intéressé, ainsi que la gaine du tissu cellulaire recouvrant la jugulaire interne ; la carotide et le pneumogastrique ont été miraculeusement épargnés.
» Eh bien , ce malheureux laissé pour mort, nous est arrivé après dix jours de marche , soutenant sa tête entre ses deux mains. Aujourd'hui , il est à son vingt-cinquième jour d'hôpital ; tout donne l'espoir qu'il vivra. 11 se nourrit au moyen de la sonde œsophagienne ; et , depuis quelques jours , j'ai pu retirer la sonde que j'avais introduite dans la tranchée , afin de pouvoir tamponner la partie supérieure de ses yeux , qui a été complètement enlevée , avec Tépinglette , et éviter ainsi que la supuratton ne pénétrât dans les bronches 5 ce qui m'a parfaitement réussi , car il n'y a eu auçun accident du côté dé l'appareil respiratoire. Si ce malheureux guérit, c'est là , je crois, qu'on pourra faire l'application de cette belle pensée d'Ara hroi se Paré : « Je le pansai , Dieu, le guérit. »
» Le docteur Poussin. »