‹ Note sur l'inoculation variolique et la vaccinationChapitre 2 sur 3 · IMPRIMERIE PAUL HOFFMANN · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE PAUL HOFFMANN

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l’inoculation variolique et la vaccination

à propos d’une lettre de Mr de Berckheim de Schoppenwihr à Mr le baron de Klinglin en 1777.

Nous devons h l’obligeance de M. le Secrétaire général de Préfecture Diétrich, — un chercheur habile et nécessairement heureux, — communication d’une lettre qui n’est pas sans intérêt pour l’histoire de la médecine en Alsace. Nous croyons pouvoir la produire dans ce Bulletin d’une Société (1 ) qui, pour donner satisfaction à l’un des plus incontestables besoins de l’esprit, — l’étude à titre de délassement, — vient de se fonder sur ce petit coin de terre du Haut-Rhin que la sagesse et le patriotisme d’un homme d’État éminent ont réussi à nous conserver alors qu’il était menacé lui aussi de succomber et de passer sous la domination des Allemands.

Cette lettre a trait à la pratique de l’inoculation variolique; elle porte la date de 1777. A cette époque, et bien que la méthode de l’inoculation variolique, conseillée, dès 1701,

par les docteurs Timoni et Pilarini, de Constantinople (2), eût déjà quelque peu tempéré les excès du mal, la variole, un des plus impitoyables fléaux du genre humain, décimait encore à loisir les populations et gravait trop souvent de cicatrices à tout le moins désobligeantes le visage de celles de ses victimes que la mort avait épargnées. On n’opposait pas encore à cette terrible maladie, comme préservatif, la vaccine, bien que Jenner en eût déjà surpris le secret, l’année précédente (1776), à Berckeley. On sait, en effet, que Jenner, frappé de l’importance de la découverte qu’il venait de faire, ne voulut pas en compromettre l’avenir par une divulgation prématurée; qu’il ne la fit connaître qu’en 1796, après vingt années de patientes recherches et d’expériences conduites avec sagaci té, et qu’il ne publia que deux années plus tard le livre qui, sous la garantie de son nom, devait porter — et porta rapidement, — urbi et orbi, la bonne nouvelle (3); si bien que c’est de 1 798 que date l’ère de la vaccination. C’est alors que l’on apprit, à l’étonnement général, que depuis des années dans le Holstein, depuis des siècles en Irlande, le cow-pox était connu; qu’étaient connus les bienfaisants effets de son inoculation accidentelle, et cela sans que jamais personne eût

songé à en tirer un parti régulier; que la science indoue connaissait depuis longtemps la vaccine, la vaccine intentionnelle, mais que les Rrahmines inoculaient la précieuse maladie seulement aux enfants de ceux qui avaient une foi dévotieuse, absolue, en la Déesse Bhovonny, la souveraine directrice de tout ce qui a rapport à la petite vérole ! !

Donc, en 1777, on ne vaccinait pas; on se bornait à inoculer. . . C’était déjà bien beau. On inoculait; on donnait une petite vérole artificielle afin d’éviter l’éclosion spontanée de la petite vérole naturelle, celle-ci presque toujours dangereuse et dommageable; l’autre, habituellement exempte d’inconvénients sérieux. Les ravages causés par la variole étaient si grands ; leur atténuation par la variole inoculée était si patente pour qui voulait se donner la peine de voir et de comparer, que les personnes du meilleur monde ne dédaignaient point de prêter l’autorité de leur nom et de leur exemple, de leur expérience et de leur plume à la vulgarisation de la pratique de l’inoculation.

Ainsi, sans parler du père Dentrecolles ni de Voltaire, de la Gond amine ni de Tissot, de d’Alembert ni du pasteur Chais, ni de bien

d’autres encore, on a vu paraître chez les libraires de Paris en 1775, un opuscule de 48 pages in-8° ayant pour titre : Avis aux mères au sujet de rinoculation, ou lettre à une Dame de province qui hésitait de faire inoculer ses enfants. — L’auteur, M. de Boissy, — - un nom connu ailleurs que dans la spécialité qui nous occupe en ce moment,— explique à la mère de famille « que, communément, on n’a pas deux fois la petite vérole ; que la petite vérole artificielle est une petite vérole vraie, mais quelle est moins dangereuse, beaucoup moins dangereuse que la petite vérole naturelle; qu’il n’y a aucun danger à se donner la petite vérole quand on ne l’a pas eue ; que c’est au contraire se préserver du danger que porte avec elle la peti te vérole naturelle. Aussi, les médecins les plus célèbres ont-ils adopté l’inoculation, et, qui mieux est, les têtes couronnées s’y sont-elles soumises » (4).

Mais il est inutile que nous fassions faire au lecteur le tour du monde à la suite des prôneurs de l’inoculation ; revenons tout modestement à notre sujet et tenons-nous en à la lettre de M. de Berckheim. Celui-ci, on le remarquera sans peine, a su se conforme]* aux mesures de précaution que commandait la situation au-devant de laquelle il avait été, et

tenir, autant que possible, à l’abri de la contagion, par son fait, soit ses amis, en se privant du plaisir de leur rendre visite durant la maladie provoquée sur deux de ses enfants, soit ses enfants non encore variolés ou inoculés, en évitant un rapprochement trop hâtif entre eux et les convalescents : la maladie acquise au contact de sujets inoculés ne laissait pas, en effet, d’être dangereuse. — De cette lettre, voici le texte pris sur l’original par notre honorable et savant ami, M. Diétrich :

A Monsieur

Monsieur le Baron de Klinglin, colonel de cavallerie seigneur d’ Oberherkheim et autres lieux à Oberherckheim.

Strasbourg , ce 5 mai 1777.

Je nous serai Mon cher Klinglin très-obligé que vous me fassiez le plaisir de faire remettre ma maison de Schoppenwihr le plutôt possible dans le meme état , comme vous fanez trouvé en entrant, selon noire Bail. Car comme fai

fait inoculer ici deu c de mes enfants qui seron t bientôt rétablis, je désirerais demeurer avec eux en partant d’ici quelque temps à Schoppenwihr, pour les eloigner de ceux qui sont à Ribeaumllé. j’espère que comme nous ne sommes pas éloignés de votre campagne, nous aurons aussi la satisfaction devons voir quelquefois. Comme relégué hors de la ville, je n’ai pas encore osé faire ma cour à Mesdames de Litzelbourg et de Klingling. Ma femme me charge de vous faire bien des complimens, et elle a l’honneur de vons prier de bien vouloir aussi faire mil assurances de tendres Amitiés de sa part à Madame de Klingling, laquelle j’assure de mes hommages respectueux. Ayant l’honneur d’être Mon cher Klinglin avec les sentiments d’ attachement et la considération la plus distinguée

Votre très-humble et très-obéissant

serviteur,

Berckheim, de Schoppenwihr

Celle pratique de l’inoculation à laquelle M. de Boissy, en 1775, conviait les mères, et à laquelle nous venons de voir que M. de Berckheim de Schoppenwihr, le mari d’une femme remarquable par le charme de sa con-

versation suivant le jugé du cardinal de Rohan (5), a soumis ses enfants, en 1777, était l’application d’une première conquête de l’esprit d’observation pour combattre la variole, pour la combattre par ses propres armes en les retournant contre elle après les lui avoir arrachées. Près d’un siècle après la publicité donnée à la méthode qui, de Constantinople, s’était répandue peu-à-peu dans presque toute l’Europe, la découverte du coic-pox et de ses effets est venue mettre la médecine en possession d’un préservatif de la variole bien autrement efficace, alors même que son influence ne* soit pas d’une durée sans limites et qu’il soit parfois nécessaire de la rajeunir en la renouvelant. La vaccine dont il paraît certain qu’un français , un ministre protestant de Nîmes, Rabaut-Pommier, a eu connaissance, vers 1784, sans qu’il ait pu l’étudier assez pour en faire ou en proposer une application méthodique; la vaccine longuement et savamment expérimentée par Jenner, en ses effets prochains ou éloignés, est devenue une maladie utile, voire nécessaire, une sauvegarde à ne point négliger, et la vaccination n’a point tardé à se gagner des partisans de jour en jour plus nombreux (6).

Cela, toutefois, ne s’est pas fait sans peine.

Songez donc : une innovation! De fait, ii n’y a pas de progrès en ce monde, quelle qu’en soit la portée, quelle qu’en soit l’évidence, qui puisse d’emblée se concilier toutes les sympathies et ne pas rencontrer une chicanière opposition. Si bienfaisante que soit pour la vieille humanité la découverte de Jenner et surtout l’application qu’a su en faire la science moderne, la vaccine, après plus d’un demisiècle d’épreuve et de succès, a pu. comme aux premiers jours, trouver des récalcitrants, plus encore, des détracteurs, esprits chagrins et plus ergoteurs qu’amis delà vérité. Ces tracasseries ne l’ont cependant pas empêchée de suivre sa voie; ses insuccès même, là où elle a paru en avoir subi, n’ont pas réussi à infirmer son importance, sa valeur, ses titres à s’imposer à la confiance des peuples et des gouvernements.

L’Alsace, un pays de sang trop français pour ne pas faire à la science et au progrès, d’où qu’ils viennent, l’accueil qui leur est légitimement dû, a, de bonne heure, essayé d’abord, puis adopté et inscrit dans ses institutions sanitaires la pratique officielle des vaccinations. Pour nous en tenir au seul département du Haut-Rhin duquel nous dérivons, il est

constant que « les premiers essais de i’inocu- « lation de la vaccine dans ce département « datent du commencement de Tan IX de la « République (septembre 1800) et qu’à cette « époque la ville de Mülhausen devint le « berceau de la vaccine, tout comme elle « avait été l’asyle de l’inoculation de la petite « vérole (7). »

Plus tard, lorsque sous une impulsion aussi raisonnée que généreuse, la médecine cantonale a été instituée dans notre province, le service des vaccinations publiques est entré dans le cadre des attributions de l’institution nouvelle (8); et tout récemment, à la date du 26 mai î 873, sur cet héroïque Territoire de Belfort que la traversée de ces dernières années a tant éprouvé, nous avons vu ce service spécial occuper une large place dans les préoccupations d’une administration qui, sous le coup encore des embarras que lui causait l’occupation allemande, s’est montrée soucieuse des intérêts confiés à sa garde et n’a pas voulu ajourner la réorganisation du service général de l’assistance publique.

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