‹ Note sur l'inoculation variolique et la vaccinationChapitre 3 sur 3 · TOUT CE QUI SE RATTACHE A L’HISTOIRE DE BELFORT ET DE · texte numérisé non relu

TOUT CE QUI SE RATTACHE A L’HISTOIRE DE BELFORT ET DE

l’Alsace et spécialement de reconstituer et d’accroître la Bibliothèque de la ville. » — « Cette société doit sa création à l’initiative de quelques hommes d’étude et de goût. A la tête de ces promoteurs d’une association dont le but est des plus louables, a pris place M. le Secrétaire général de préfecture Diétrich (de Colmar), connu dans le monde des savants par de bonnes études d’archéologie et de paléographie. »

(2) Emmanuel Timoni et Jacques Pilarini, italiens de naissance, exerçaient la médecine à Constantinople sur la fin du XYIR siècle et au commencement du XVIIIe ; le premier, docteur de Padoue et d’Oxfort, était médecin du Sultan; le second, docteur de Padoue, avait été médecin du czar Pierre le Grand — Au cours d’une grave épidémie de variole, ils furent frappés des résultats d’une pratique venue d’Arménie où le hasard avait faii découvrir, il y avait bien longtemps déjà, que la petite vérole acquise par accident préservait de la petite vérole spontanée, tout au moins en atténuait les effets et les outrages, ei où l’esprit de lucre avait facilement conduit à utiliser celle

découverte pour conserver leur beauté aux tilles de Géorgie et de Circassie dont il se faisait un commerce fructueux avec les Musulmans, Cela fut pour nos deux docteurs un trait de lumière. Observateurs judicieux des faits qui sc multipliaient autour d’eux et qui relevaient d’une pratique populaire exploitée sur une assez large échelle, à Constantinople, par une vieille thessalienne, ils s’employèrent à faire passer cette pratique dans le domaine de la science et préconisèrent l’inoculation préventive de la variole. Leurs écrits datent: ceux de Timoni, de 1713, lettre au docteur Woodward (de Londres), dans les Transactions philosophiques, appendice aux voyages delaMotray; de 1714, dans les Actes des Savants de Leipsick; de 1717, dans les Éphémérides des curieux de la nature ; — un livre de Pilarini, de 1715, édité à Venise (Nova et tuta excitandi variolas per transplantationem methodus). En même temps que ces documents étaient publiés, une thèse sur l’inoculation byzantine pour le doctorat était présentée en 17 IG peut-être, mais plus vraisemblablement en 1722, et soutenue, à l’université de Leyde, par Antoine Le Duc, né à Constantinople de parents grecs et lui-même inoculé : Dissertatio de Byzantinâ variolarum institutione.

(3) An inquiry into the causes and efjects of tlie varioles vaccinas , a disease discovered in some of the western counties of England, parliculary Gloucestershire , and Knowen by the nome of the Cow-pox-, 1798, London, in - 8°. — Vingt-trois observations relevées avec soin mettent en relief deux ordres de faits : 1° Des sujets qui avaient gagné accidentellement la petite vérole des vaches, le cow-pox, n’ont pu, même longtemps après cet accident, contracter par contage ou autrement la petite vérole vul-

gaire; 2° des sujets, enfants ou adultes, ont été inoculés avec du fluide vaccin ; plus tard, après l’évolution du mal ainsi provoqué par une insertion de cow-pox, ils ont été soumis à l’inoculation régulière du pus varioleux, et celleci a complètement échoué.

(4) En 1774, Louis XYI, ses frères, les comtes de Provence et d’Artois, et la femme de l’un d’eux avaient été inoculés, sans que le moindre accident en fût résulté. — En 1756, le 12 mars, le duc d’Orléans avait déjà fait inoculer, par Tronchin, son fils et sa fille, le duc de Chartres et Mademoiselle, également avec succès; l’exemple donné par ce prince avait eu des imitateurs : Turgot, maître des requêtes, le marquis de Villequier, les fils d’Héricourt, de Vernège, du duc cl’Estillac, du marquis de Gentil, le comte de Gisors, le comte de Béthume, le duc d’Estillars, Mesdames de Yalle, de Yilleroi, de Forcalquier, etc., puis il y avait eu un temps d’arrêt. — Le mouvement ne datait cependant pas de Lien loin chez nous.

En effet, le premier inoculé connu en France avait été le chevalier de Chastelux (14 mai 1755). — Jusque là, malgré la thèse en faveur de l’inoculation présentée par Boyer, devant la faculté de Montpellier, en 1717, l’année même où, à Constantinople, on inoculait, en même temps que le fils de l’ambassadeur d’Angleterre Lord Wortley Montaigu, les trois enfants du Secrétaire de l’ambassadeur de France le marquis de Châteauneuf ; malgré l’approbation de médecins d’une grande notoriété et en possession, autant qu’il est possible de l’être, delà confiance publique, la méfiance avait longtemps tenu les esprits en suspens. En Angleterre, l’exemple que Lady \V. Montaigu avait

donné, d’abord à Constantinople en 1715, puis, en 1721, à Londres même et que le prince de Galles avait suivi sans retard (1721), cet exemple avait rapidement trouvé des imitateurs, et nos voisins, en dépit des clameurs de l’opposition qui s’éleva chez eux comme chez nous contre la pratique de l’inoculation, s’étaient engagés avec moins d’hésitation que nous dans celte voie où un progrès remarquable se faisait, où un progrès plus grand encore allait se taire bientôt.

(5) « Il n’y a que trois femmes sérieusement et véritablement charmantes de conversation dans toute l’Alsace ; ce sont Mesdames de Berckheim de Schoppenwyr, d’Oberkirch, et de Dietrich ; les autres parlent et ne causent pas,» disait souvent le cardinal de Rohan. C’est la baronne d’Oberkirch elle-même qui a consigné le propos, certes sans disgrâce pour elle, dans ses Mémoires écrits en 1789, et publiés, par son petit-fib, M. de Montbrison, en 1858 seulement.

Ces Berckheim de Schoppenwihr venaient de la branche de Jebsheim qui n’est pas éteinte et qui est aussi connue, de notre époque, pour le mérite et la bienveillance de ses représentants, qu’avaient pu l’être pour de semblables qualités, du temps de la baronne d’Oberkirch, les possesseurs du domaine de Schoppenwihr, tant adorés de leurs vassaux et tenanciers.

(6) C’est en 1798 que le médecin de Berckeley a fait connaître sa découverte... La même année, Pearson contrôle les expériences de Jenner, et le duc d’Yorckfait vacciner, puis soumettre à la contre-épreuve de l’inoculation de la variole, tous les soldats de la garde du roi Georges III qui n’avaient pas eu la petite vérole spontanée.

L’année suivante, le docteur Woodwille (de Londres) publie les résultats de vaccinations nombreuses et parfaitement réussies; en 1800, il vient en France prêter son concours à des expériences auxquelles président le duc de Larochefoucault-Liancourt, le préfet de la Seine Frochot et le directeur de l’Ecole de médecine Thouret, le docteur Colon dont le jeune fds parait avoir été un vaceinifère de choix et largement mis à contribution au profit de la France et de l’étranger, les professeurs Leroux et Pinel, le docteur Husson qui, en 1801 déjà, publiera ses Recherches historiques et médicales sur la vaccine, un travail de science important aujourd’hui encore et malgré les travaux plus récents et si justement remarqués de Bousquet , deM. Depaul, de Steinbrenner et autres. Dans le reste de l’Europe et hors de l’Europe, le mouvement n’est pas moins rapide. Odier à Genève, Sacco à Milan, Sachs à Berlin, Fries àBreslau, Hortez en Catalogne font en faveur de la vaccine une propagande sérieuse, et Walherhouse (du Massachussetts), qui dès 1793 s’était distingué parmi les partisans de l’inoculation, va devenir le Jenner de F Amérique, comme de Carro, qui, de Vienne, fait passer la vaccine en Turquie, en Perse, en Grèce et aux Indes orientales, est déjà devenu le Jenner de l’Allemagne et plus en particulier des États de la monarchie d’Autriche. — De Carro, détail intéressant, a eu la bonne fortune de faire parvenir à Constantinople, pour le fils de Lord Elgin et alors que les envois de l’Angleterre n’étaient pas arrivés à destination dans de bonnes conditions, du vaccin de bonne nature; il a pu rendre ainsi à la Turquie, mais en le centuplant, et par l’intermédiaire d’un enfant de l’ambassade d’Angleterre, le bienfait qu’une femme intelligente « l’une des femmes d’Angleterre, au dire de Voltaire, qui eut

le plus d’esprit et de force dans l’esprit, » Lady Wortley Montaigu, avait su tenir et nous rapporter de la Turquie quatre-vingt deux ou trois ans plutôt, en empruntant à ee pays la pratique de l’inoculation variolique.

(7) Précis historique de l’établissement de la vaccine dans le département du Haut-Rhin ; Colmar 1811, in-8°. — L’auteur de ce mémoire, L. G. Morel, né à Colmar en 17G9, Docteur en médecine et en chirurgie de l’École de Strasbourg en 1787, est mort à Colmar en décembre 1842. Au cours de cette longue carrière, il lui fut donné de rendre des services qui lui acquirent une légitime réputation de science et d’habileté. Homme de progrès, il ne pouvait manquer d’entrer dans le mouvement Jennérien ; il fut, en effet, un des membres les plus écoutés du Comité de vaccination du Haut-Rhin.

Entre autres mérites, le docteur Morel eut celui d’organiser à l’hôpital civil de Colmar, sous l’administration du préfet Félix Desportes et en exécution de la loi du 10 mars 1803, une École départementale d’accouchement pour la création de laquelle les fonds nécessaires furent fournis par un homme généreux, Peyra (de Sainte- Marieaux-Mines). — Introduire ici ce détail n’est point sortir tout-à-fait de notre sujet. En répandant jusque dans les moindres communes des sages-femmes instruites, on fournissait à la médecine des auxiliaires utiles à plus d’un point de vue. Dans le cas particulier qui nous occupe, la vaccine, ces auxiliaires ont souvent contribué et contribuent certes souvent encore à vaincre des résistances contre lesquelles peuvent se heurter, impuissants à les vaincre, les conseils et les raisonnements du vaccinateur officiel qui fait sa tournée et passe pour ne revenir que l’année suivante . . à moins d’une épidémie de variole.

(8) Arrêté du préfet <lu Haut-Rhin (M. Cambacérès) en date du 1 5 février 18 5G ; Assistance publique-, organisation du service des médecins cantonaux (Recueil des actes de la préfecture, du Haut-Rhin, p. 35).

(9) Arreté de l’Administrateur du Territoire de Belfort (M. Ch. Lebleu), en date du 26 mai 1873 ; Médecine cantonale (Recueil des actes de l’administration du Territoire, p. 51). Cet arrêté, pour la rédaction du quel l’honorable préfet s’est inspiré des principales dispositions de l’arrêté du 15 février 1856, en même temps qu’il prenait l’avis d’un médecin éclairé alors Inspecteur de l’Assistance publique à Belfort (M. le docteur Minel), institue dans le Territoire « un service médical gratuit pour le traitement des malades indigents » et confie ce service à des « médecins cantonaux » qui auront encore dans leurs attributions de veiller à tout ce qui intéresse l’hygiène publique.

Comme l’arrêté du 15 février 1856 qu’avaient déjà précédé en Alsace, aux mêmes fins et avec un grand succès, les arrêtés pris dans le Bas-Rhin, le 31 octobre 1810 par Lezay-Marnésia, un préfet dont la mémoire est encore vénérée dans le pays, et par Chopin d’Arnouville, le 30 juillet 1835, l’arrêté du 26 mai 1873 consacre plusieurs articles au service spécial des vaccinations, en charge les médecins" cantonaux et demande à la gratuité de l’opération mise sous le patronage de l’administration d’être, aussi bien que l’interdiction de l’Ecole aux enfants non vaccinés, un des meilleurs moyens de persuasion à mettre en œuvre pour faire accepter de tous une mesure d’utilité et de salubrité publique et privée aussi importante que la vaccination.

Le Territoire compte 106 communes formant cinq can-

tons. Ceux-ci pour le service de la médecine cantonale, ont été divisés en neuf circonscriptions médicales ayant chacune son médecin cantonal, vaccinateur officiel.

D’après les rapports présentés au Conseil général du Territoire par M. Minel pour les années 1873 et 1874, le service des vaccinations a fourni les résultats suivants :

En 1873, sur 1442 enfants à vacciner, 129G ont été présentés à l’opération et celle-ci a réussi 12G5 fois.

En 1874, sur 1492 enfants à vacciner, 1247 ont été présentés à l’opération, et celle-ci a réussi sur 1209 sujets.

Montbéliard (doues), lmp. P. Hoffmann.

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