DÉFINITION ET CONSTITUTION MORPHOLOGIQUE
DU MÉTAMÈRE
Le métamère de l’Arthropode est, en réalité, une unité bien définie.
Il est caractérisé :
1° Au point de vue phylogénique, par le fait qu’il dérive d’un Métazoaire ancestral simple, pourvu d’un système nerveux central, et menant une existence individuelle libre. Ce Métazoaire ancestral dérive lui-même, directement, d’une Blastea qui menait, elle aussi, une existence individuelle libre et dont l’origine phylétique est une colonie de Protozoaires, Flagellâtes, à dendrum d’union protoplasmique;
2° Au point de vue ontogénique, par son apparition précoce, sous forme d’un rudiment qui est, dans une large mesure, initialement et définitivement indépendant des rudiments des métamères voisins;
3° Au point de vue morphologique, par la possession d’un ensemble typique de parties qui se répètent métamériquement, de telle sorte que chacune d’elles concourt à former, dans l’ensemble métamérique du corps de l’Arthropode, une série homotype;
4° Au point de vue anatomique, par l’adaptation de ces parties à la constitution d’organes en rapport avec la spécialisation de la triade à laquelle il appartient;
5° Au point de vue physiologique, par l’indépendance fonctionnelle résultant de la possession d’un neuroméride propre, neuroméride qui, malgré sa liaison avec ses voisins a conservé une grande autonomie.
Le neuroméride, ou système nerveux propre du métamère, consiste en un anneau ouvert qui réunit les quatre tétrates du métamère et possède, dans chacune d’elles, un renflement neurodermique qui constitue son centre nerveux. Dans chacun des métamères de l’Arthropode, les deux renflements neurodermiques des deux tétrates droites donnent le ganglion droit, et les deux renflements neurodermiques des deux tétrates gauches donnent le ganglion gauche.
Division du Métamère de l'Arthropode en un Hémimère
supérieur et un Hémimère inférieur. *
On sait que le chitinoméride de FArthropode présente, dans de nombreux cas, une division nette en deux portions successives.
C’est un point sur lequel plusieurs auteurs ont insisté.
Kolbe, par exemple (1889-1893, Einführung in die Kenntnis der Insekten , p. 114) dit, en parlant du thorax : « ... der aus drei Segmenten besthehende Brustabschnitt ist aus der paarweisen Vereinigung von sechs Ursegmenten hervorgegangen.
Aehnlich die Segmente des Hinterleibes. »
Verhoeff, qui admet cette manière de voir, a été amené à distinguer, dans le thorax de l’Insecte, les métamères suivants :
Microthorax,
Prothorax,
Sténothorax,
Mésothorax,
Cryptothorax,
Métathorax.
La théorie exposée ci-dessus ne permet pas d’attribuer à chacune de ces six parties thoraciques la valeur d’un métamère, mais seulement la valeur d’une portion de métamère dérivée de deux tétrates de la Blastea.
Vue par l’un de ses pôles, la Blastea montre les quatre quarts ou tétrates qui la constituent, à savoir :
Une tétrate droite supérieure,
Une tétrate droite inférieure,
Une tétrate gauche supérieure,
Une tétrate gauche inférieure.
Ces quatre tétrates peuvent être groupées de deux façons, à savoir : en hémisphères droit et gauche ou en hémisphères supérieur ou céphalique et inférieur ou anal.
Si l’on considère, d’une part, l’importance fondamentale, et l’indestructibilité qui en résulte, des caractères sur lesquels repose la division de la Blastea en tétrates et, d’autre part, la façon dont les lignes séparatives des tétrates se transfor- \
ment lorsqu’on suit la série : Blastea, Depea, Gastrea, Mar-
supea et Siphonea, pour arriver au métamère qui dérive de l cette série, on est amené à reconnaître que le métamère est,
lui aussi, divisé, par un plan sagittal et par une surface transversale, en quatre tétrates ou domaines distincts d’innervation. r On a donc, dans le métamère, comme dans Blastea :
1° Un hémimère supérieur ou céphalique formé des tétrates supérieures droite et gauche;
2° Un hémimère inférieur ou anal formé des tétrates inférieures droite et gauche.
Je considère comme très probable que les divisions anatomiques admises par Kolbe et Verhoefï ont, réellement, une valeur morphologique et sont en rapport avec cette division du métamère en un hémimère supérieur et un hémimère inférieur, dérivés, l’un de l’autre, des hémimères homologues de la Blastea.
Chez les Diplopodes, l’innervation démontre que, dans chacun des métamères qui possèdent quatre membres, chacun de ces membres appartient à l’une des tétrates constitutives du métamère.
La théorie phylogénique qui vient d’être exposée est, somme toute, très simple, et, si l’on admet comme étant exacts les schémas que j’ai donnés, dans mes précédentes publications (Fasc. 16, 1897; 17 et 19, 1898; 20 et 21, 1899; 22, 1902; 25, 1905), on reconnaîtra que cette théorie concorde, bien réellement, avec la constitution morphologique de l’Insecte.