SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
parmi les ouvrages d’horticulture les plus répandus, le Bon Jardinier dit, relativement à cette espèce : « Multiplication par éclats ou à l’aide » des bulbilles axillaires qui prennent facilement racine. » Le Manuel de l'amateur des jardins, par MM. J. Decaisne et Ch. Naudin, renferme une indication analogue au sujet de cette plante (II, p. 331) : « On la multi- » plie par fragments de la souche, ou mieux encore par la plantation des * bulbilles qui naissent à l’aisselle des feuilles. » Enfin, dans les Fleurs de pleine terre, par MM. Vilmorin-Andrieux, se trouve la phrase suivante (3 e édit., 1870, p. 156) : « On peut le multiplier, soit par la sépara- » tion des rhizomes, au printemps, soit au moyen des bulbilles qui se » développent en abondance à l’aisselle des feuilles. » Il est donc établi, pour les botanistes et les horticulteurs, que les bulbilles se développent uniquement à l’aisselle des feuilles chez le Bégonia discolor R. Br.
(B. Evansiana Andr. ; Alph. DC.).
Tout autre cependant est la situation dans laquelle j’ai eu récemment occasion d’observer ces bulbilles, ainsi que la Société peut s’en convaincre par les échantillons et les dessins que j’ai l’honneur de mettre sous ses yeux. En effet, celles en grand nombre que j’ai rencontrées sur cette espèce étaient venues sur l’axe secondaire qui était né à l’aisselle des feuilles, mais non à cette aisselle. On voit encore sur plusieurs de cesfragments de tiges sèches que deux bulbilles sont placées symétriquement à droite et à gauche de la base d’un rameau axillaire, en général tellement près de celte base, et, quand le rameau est gros et vigoureux, si éloignées l’une de l’autre, qu’on pourrait aisément croire qu’elles se trouvent à l’aisselle des stipules. C’est en effet à l’aisselle des stipules que je les avais crues situées, lors de mes premières observations qui avaient eu pour objet des tiges sèches, peu ramifiées.
Ce fait s’est montré constant sur cinq ou six pieds vigoureux de ce Bégonia qui avaient été plantés, pendant l’été dernier, en pleine terre, et qui, ayant été ensuite relevés pour être mis en pots à l’automne, avaient été laissés à sec, dans le fond d’une serre froide, jusqu’aux premiers jours du mois de mai 1879.
11 n’est peut-être pas inutile de donner ici une description succincte de ces bourgeons modifiés et tubérisés. Ils forment un corps ovoïde, sensiblement rétréci en pointe au sommet, long de 0 m ,005, épais de 0 m ,0025 en moyenne, arrondi dans le bas, souvent plus renflé à son côté externe qu’à son côté interne ou dirigé vers la tige; la masse en est essentiellement formée par un ramule ou axe tubérisé, dont toutes les parties cellulaires se sont hypertrophiées et sont remplies de grains d’amidon ovoïdes. Le tout est revêtu d’une enveloppe brun rougeâtre, très mince, composée de cinq ou six assises de cellules subéreuses à parois délicates, à section rectangulaire allongée dans le sens tan-
gentiel et rangées, comme d’ordinaire, en files radiales. Cet axe épaissi porte ordinairement quatre feuilles-écailles delloïdes-lancéolées, très minces, disposées un peu irrégulièrement en paires croisées. Les deux presque opposées qui forment la paire inférieure, et qu’on peut considérer comme deux préfeuilles, s’insèrent un peu au-dessus de la base de la bulbille, sur une ligne parallèle au plan qui passerait à la fois par le rameau et par la tige; les deux autres, situées aux extrémités d’un diamètre perpendiculaire à la ligne qui joint les deux premières, surmontent un entrenœud qui forme à lui seul environ les trois quarts ou les quatre cinquièmes de la longueur totale du ramule tubérisé. Celles-ci sont généralement moins allongées que les deux inférieures, et elles s’attachent par une base plus large. Enfin la pointe de la bulbille est occupée par un petit bourgeon qui déjà passait à l’état de pousse, dans beaucoup de cas, au moment où j’ai fait mon observation.
Je ferai observer que ces bulbilles de Bégonia discolor dans lesquelles les feuilles sont restées étrangères à la tubérisation et se trouvent réduites à l’état de lames très ténues, tandis que l’axe qui les porte s’est renflé en une masse féculente, diffèrent essentiellement, sous ce rapport, d’autres productions du même genre dans lesquelles, au contraire, le ramule n’a pris qu’un très faible développement, tandis que leur masse est presque uniquement constituée par des feuilles-écailles fortement épaissies. Je citerai comme exemples de cette dernière manière d’être les bulbilles qui se produisent, soit isolément, soit par deux ou trois, à l’aisselle des feuilles du Lilium bulbiferum L.,surtout duL. tigrinum Gawl. Celles-ci, bien qu’atteignant souvent près d’un centimètre d’épaisseur avant de quitter la plante mère, n’offrent que quatre ou cinq feuilles-écailles ovales, plus ou moins apiculées, fortement convexes en dehors, concaves en dedans, considérablement épaissies, qui se recouvrent l’une l’autre en spirale dans l’ordre quinconcial, et qui s’attachent par leur base à un axe ou ramule court et non épaissi.
On est donc en droit de distinguer, comme le faisait déjà un peu vaguement M. Herm. Peter ( loc . rit., p. -49), deux catégories de bulbilles, les unes axiles, les autres foliaires, analogues, les dernières aux véritables bulbes soit tuniquées,soit écailleuses, les premières aux bulbes solides qui forment le passage aux tubercules proprement dits.
Voici maintenant quelle est la situation dans laquelle j’ai vu les bulbilles du Bégonia discolor sur les tiges nombreuses de cette espèce que j’ai examinées, soit fraîches à l’aulomue, soit desséchées, sur des qui avaient été conservés à sec et en serre froide, pendant l’hiver.
Le bourgeon qui se produit à l’aisselle d’une feuille se développe en général en un rameau axillaire plus ou moins vigoureux. Ce rameau porte à sa base deux feuilles-écailles ou préfeuilles presque opposées, situées