VIII COURTE PREFACE
souvent Tidée première, embryonnaire du livre prochain, dont on pourrait suivre ainsi à quelques mois de distance les jalons, les esquisses, jusqu'au complet éclaircissement.
De ces pensées, celles dont justement il se servait, il les rayait, les sabrait d'un gros crayon rouge ou bleu : c'était fini, usé, employé, et la rayure en est décisive et comme satisfaite; c'est le coup de faux sur l'épi mûr. Les autres, restées intactes et nettes, sans lien apparent, c'est ce que j'ai réuni.
Il m'a fallu du courage pour ce travail de glaneuse, il m'a fallu remonter jusqu'en 1868, Tannée qui suivit notre mariage, où les premières annotations du jeune écrivain sont mêlées à des dates de famille, à des rendez-vous chez l'éditeur ou le directeur de théâtre, à des
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dates d'échéances, à toutes les préoccupations sérieuses d'une entrée dans la vie littéraire, qui fut laborieuse et difficile. Le ton et l'écriture se modifiant, on peut suivre, entre les lignes où la pensée s'étend et s'approfondit, l'existence courante, familière, mêlée à l'existence de l'auteur bientôt célèbre, dans une trame où ne manque pas un fil conducteur, pas un point de vie.
Ce fut un travail pénible pour moi, cette recherche dans toute son œuvre éparse dont je pouvais marquer chaque étape, soit du titre d'un de ses livres, soit de la naissance d'un de nos enfants ; et si, par la magie de sa pensée toujours colorée, précise et vivante, il me semblait parfois causer avec lui, passer deux ou trois heures dans l'illusion de cette étroite compagnie où nous vécûmes, je