BOULETS DE FEU REVÊTUS COMPLETEMENT OU PARTIELLEMENT
d'un MÉTAL PLUS MOU.
Des canons rayés en hélice, je passe aux boulets de fer revêtus d'un métal plus mou ym en sont le complément indispensable.
3'avais proposé le plomb dans mon mémoire ainsi que le constate le rapport : M. Armstrong et d'autres ingénieurs anglais ont depuis employé ce métal. En France, m'a-t-on dit, la préférence a été donnée au zinc. J'ignore si c'est par économie ou par uli autre motif, mais peu importe pour le principe que ce soit l'un ou l'autre de ces métaux mous, ou un alliage, ou même une substance non métallique, pourvu que cette enveloppe ou cette saillie serve à imprimer au boulet allongé le mouvement de rotation nécessaire à sa juste , direction.
Ici se présente une question importante : Le métal mou doit-il être fixé par places sur la surface du boulet de manière à y former des saillies, des ailettes, qui correspondent aux rayures de Vàme du canon, ou bien ce métal doit-il entourer le boulet comme un anneau, ou bien enfin doit-il le revêtir en totalité?
En d'autres termes, faut-il laisser du vent au boulet, ou peut-on tirer à boulet forcé ?
Je suppose qu'il était deprincipeen artillerie de laisser du vent au boulet puisque plusieurs ordonnances, une de ^ 752, une autre de 4 765^ ont réglé la différence qui doit exister entre le calibre du projectile et l'âme du
canon. Celte différence est diversement appréciée. Le général la Martillière veut qu'elle soit grande et que le boulet ait beaucoup de vent.
« S'il n'en avait pas, dit-il, la résistance qu'il éprou- « verait en avançant dans la longueur de l'àme serait « comme le carré de sa vitesse multiplié par quatre, « parce qu'il aurait à soulever le poids entier d'une « colonne atmosphérique ayant pour base un grand « cercle du mobile; mais s'il a du vent, le fluide élas- « tique imbibé du calorique rayonnant devance le « mobile et le soulage de cette résistance. »
A quoi le général de Gassendi répond :
« Puisque le fluide élastique imbibé de calorique « rayonnant doit pousser le projectile et la colonne « d'air qui lui résiste, il ne fait pas plus d'effort en « les poussant ensemble quand il n'y a pas de vent « qu'en les poussant séparément lorsqu'il y en a. »
Si je ne craignais de prendre part à ce débat, j'essayerais de corroborer l'opinion de Gassendi en faisant observer : >l^ que l'air contenu dans l'âme du canon est plus énergiquement refoulé par un corps solide que par un gaz; 2® que l'inflammation de la poudre est plus complète lorsque la marche initiale du boulet dans le canon est ralentie par une résistance. C'est l'effet que doivent produire aujourd'hui le frottement du métal mou qui recouvre ce boulet contre les rayures des parois du canon, et l'hélice rayée ou à pans coupés.
Les hommes qui font le plus autorité, avec ceux que je viens de nommer, Hutton, Clément, Lombart, Robin, partagent l'opinion de Gassendi et sont par-
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tisaus du vent restreint^ mais aucun ne va jusqu'à sa suppression complète; il n'est donc pas étonnant que ma proposition de tir à boulet forcé ait été accueillie avec tant d'incrédulité et d'ironie. Aujourd'hui je vois dans les articles du Times traduits par le Moniteur que le boulet hexaédrique de M. Witworth remplit hermétiquement l'àme de même forme contournée en hélice de son canon, que M. Armstrong et d'autres adoptent le tir à boulet forcé, et que leurs projectiles sont portés à des distances qui dépassent tout ce que l'on avait obtenu précédemment.
3'avais donc raison en principe; toutefois je n'avais pas osé trancher une question débattue entre des hommes aussi éminents. Ne sachant quel système était le meilleur, j'avais mis un pied dans chacun d'eux; à côté du boulet revêtu de plomb dans, toute sa circonférence, je présentai le boulet à mitraille sur la surface duquel des rondelles de plomb étaient fixées dans des trous de foret, laissant entre elles des intervalles qui pouvaient servir de vent au boulet. C'est ce que constate le rapport en ces termes: « Dans la masse de ces boulets sont creusés des côneâ c dont les sommets aboutissent à une cavité centrale; « l'ouverture extérieure de chaque cône est fermée « par un bouchon en fer ou en plomb. »
Cette phrase, qui suffit pour constater la fixation de rondelles de plomb espacées sur la surface du boulet, ne rend pourtant pas exactement et complètement la pensée du mémoire dans lequel il y a : « Dans chaque « cône on met une charge de poudre comprimée par
« des rondelles de fonte superposées qui deviennent « autant de projectiles; la rondelle la plus superficielle « sera en plomb, elle affleurera le boulet par son bord, tt et son centre formera une saillie qui entrera dans la a rayure de tâme du canon. »
Je faisais ressortir ensuite les avantages que j'attribuais au boulet à mitraille. « Ce boulet, disais-je, ne « se briserait pas au moment de l'explosion comme « Tobus et la bombe : tiré de but en blanc, il exerce- « rait sur les premières lignes son effet de masse, car « il perd peu de son poids ordinaire, et il produirait « sur les secondes lignes Teffet de Fobus. »
Le rapport est loin de reconnaître cet avantage. tt On sait, dit son auteur, que de pareils boulets au- « raient nécessairement moins de portée et de justesse « que les boulets pleins : il ne peut donc y avoir lieu « même de proposer d'en faire Fessai. »
Une opinion exprimée d'une manière si générale, si tranchante relativement à l'infériorité des projectiles creux sous le double rapport de la portée et de la justesse est en opposition avec les idées de S. M. l'Empereur; elle est démentie par les expériences comparatives entreprises en >I850 d'après l'ordre du président de la République à Vincennes, Strasbourg, Metz et Toulouse dont les résultats sont consignés dans une brochure publiée en >I85>I par le capitaine Favé, aujourd'hui colonel [Nouveau système d'artillerie de campagne de Louis-Napoléon Bonaparte, p. 64 et suivantes).
Les obus avec lesquels ont été faites ces expé* riences n'étaient pas encore ces boulets-obus dont
ta voix publique rapporte Tinvention à TEmpereur Napoléon III, et qui, lancés par les canons rayés, ont produit parmi les Autrichiens une si désagréable surprisé.
J'ai montré un point de similitude entre ces obus et mes boulets à mitraille qui consiste dans les rondelles de plomb fixées dans des trous percés sur la surface du boulet à distances égales correspondant aux rayures. Mais le boulet-obus de Sa Majesté a de bien autres avantages : le cône qui le termine favorise la rapidité de sa marche, sa portée et sa pénétration. La multiplicité des mèches ou fusées calculées pour déterminer Texplosion à des distances voulues, en font une invention d'un effet puissant.
Ce terrible projectile a peut-être d'autres conditions de supériorité que j'ignore, fcar je ne l'ai pas examiné, et je n'en parle que d'après la description qui m'en a été faite.
J'arrive à ma quatrième proposition, et je laisse la ^ parole à M. le rapporteur.