ËGULETS A MITRAILLE ET A POUDRE FULMINANTE
« On réunit ces deux inventions dans le même ar- « ticle parce que la disposition principale est com- « mUne à l'une et à l'autre. Cette disposition a pour but tt de déterminer (explosion de la poudre que contient ^ k projectile > au moment précis oii il frappe le eut*
« Elle consiste à remplacer la fusée ordinaire par des « étuis ou des boites métalliques dans rintérieùr des- (( quelles se meut librement une tige ou une masse « également métallique portant des capsules fulmi- « nantes sur des pointes disposées pour les recevoir. a Ces appareils s'introduisent dans la cavité des pro- « jecliles dont Tceil est ensuite fermé par un boucbon « de fonte. Dans le tir, au moment où le choc a lieu, « la tige ou la masse garnie de capsules vient frapper « l'enveloppe qui la renferme; Tune des capsules prend « feu, et le communique à la charge de poudre par des « trous percés à travers cette enveloppe.
« Le modèle d'un étui avec sa tige mobile est joint « au mémoire. L'inventeur conseille de placer dans « les bombes et les obus deux de ces étuis en les « croisant à angles droite pour qu'on soit plus asc( sure que l'inflammation d'une capsule ait lieu quel « que soit le point du projectile qui vienne frapper « le but; mais il ne fait pas connaître comment il « sera possible de les établir et de les fixpr dans cette « position.
« On peut sans doute concevoir qu'une capsule fulmi- « nante puisse s'enflammer dans les circonstances qui « viennent d'être indiquées et qu'elle communique le « feu à la charge du projectile ; mais il faut aussi pré- « voir un grand nombre de cas dans lesquels l'effet « sera manqué, par exemple lorsque la poudre au « milieu de laquelle est placé l'appareil percuteur « amortira l'impulsion qui le pousse contre les parois « du projectile, ou lorsque la flamme de la capsule ne
« sera pas reçue par quelques grains de poudre dans « les conditions nécessaires pour que ceux-ci s'enflam- « ment à leur tour. Un autre inconvénient plus grave « résulte de ce que l'explosion des projectiles pourrait « avoir lieu dans les mouvements réguliers ou acci- « d en tels auxquels ils sont exposés avant d'être placés « dans la bouche à feu^ et qu'ainsi on aurait à cfain- « dre à chaque instant dé les voir occasionner les « plus fâcheux accidents. Après ces observations, il est « sans doute inutile de parler de la difficulté d'exé- « cution du moyen proposé et de la dépense qu'il en- « traînerait , et l'on doit le regarder comme tout à fait « inadmissible. »
( Rapport fait au comité cC artillerie dam la séance du 5 juin 1832.)
11 m'est permis de supposer que l'idée de produire l'explosion des projectiles creux par le choc contre le but était nouvelle en i 850, autrement M. le rapporteur n'aurait pas manqué de m'opposer les précédents qui pouvaient m'enlever la priorité d'invention tout en faisant preuve d'érudition. Il ne dit pas non plus que cette idée soit mauvaise en principe ; en sorte que je puis renouveler, à l'occasion de ces appareils explosibles, la réflexion que je faisais au début de cette note, c'est-à-dire que si le second rapport m'eût élé notifié comme le premier, si j'avais connu ces critiques en temps utile, j'aurais pu corriger les défauts et expliquer les dispositions inexactement comprises. Il est vrai qu'elles eussent été probablement rejelées après comme avant correction.
Le rapport me reproche de n'avoir pas exposé clai- ^ rement le mécanisme par leqael les étuis contenant le percuteur introduits parallèlement dans l'œil de la bombe ou de l'obus (fig. ^6) se placent en crois lorsqu'ils sont au centre du projectile (fig. 17). Ce croisement à angle droit s'opère d'une manière simple par un resso'rt tordu autour du pivot qui en se détordant place en croix les deux étuis. Un petit cliquet C (fig. -16, -17) maintient cette position.
La poudre n'amortit pas le choc des tiges coiffées à chacune de leurs extrémités d'une capsule fulminante.
comme le suppose le rapport, parce que la longueur de Tétui répondant au diamètre intérieur de la cavité du projectile, le contact immédiat des métaux donne un point d'appui suflBsant pour que le choc produise la déflagration de la capsule et transmette la flamme à la poudre.
Pour prévenir l'explosion à laquelle les mouvements réguliers ou accidentels des bombes et obus pourraient donner lieu, quatre bouts de ressorts à boudins s'opposent à la mobilité trop grande des tiges ou masses qui portent les capsules à leurs extrémités, et ne leur permettent de heurter lesj)arois de Tétui que par l'impulsion d'une secousse très- violente, comme la chute de la bombe ou le choc de l'obus touchant le but. Ils les maintiendraient suffisamment pour que les cahots des fourgons ou une chute de quelques mètres ne pussent produire l'explosion (fig. ^7). Ces étuis d'ailleurs peuvent n'être introduits dans l'obus qu'au moment du tir. Enfin j'ajoutais dans mon second mémoire : « On peut varier à volonté le degré d'inflam- « mabilité de la poudre fulminante : il sera donc facile « d'arriver à celui qui sera convenable pour que Técla- « tement n'ait lieu ni pendant le transport du projectile « ni par l'impulsion qu'il reçoit au moment où rince flammation de la poudre le chasse du canon , mais « seulement à l'instant précis où il touche le but. »
Cela montre que je m'étais préoccupé des accidents auxquels* pouvait donner lieu l'emploi mal calculé de tels projectiles, que je m'étais mis en mesure de les prévenir, et que la première application de cette idée nou-
velle n'était pas aussi informe et méprisable que le dit le comité d'artillerie.
Quant au reproche do la dépense qu'entraîneraient ces étuis, je le reconnais fondé.
Cet appareil, complètement enfermé dans la cavité du projectile, était spécialement applicable aux obus ronds susceptibles de rouler en pénétrant dans l'obusier, et aussi à la sortie; ce roulement ne permettait de mettre en saillie aucune partie du mécanisme percuteur; mais je ne tardai pas à imaginer d'autres dispositions plus simples et moins coûteuses; la rayure et
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l'hélice de l'àme des canons, l'allongement et la conicité des projectiles leur assurant une direction invariar
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lile dans la pièce et à peu près constante au dehors, rien ne s'opposait à ce que la broche A dont le choc enflamme la poudre fulminante ne forniàt la pointe/ plus ou moins large, du cône qui touche le but (fig. iS). Cette broche et sa capsule C ne devaient être placées qu'au moment du tir pour éviter tout accident dans le transport. Un tube 6 mis en place avant la charge de poudre favorise leur introduction. Une rondelle en caoutchouc empêche le ballottement.
Quant à la bombe, comme elle tom*be toujours du côté le plus pesant, on peut, au moyen d'un culot intérieur, faire en sorte que la chute ait lieu sur les anneaux, et placer dans l'œil fermé par un bouchon métallique ou en bois percé d'un trou, la broche, dont une extrémité fait saillie entre les anneaux, tandis que l'autre, coiflee d'une capsule, appuie contre la paroi opposée de la cavité de la hombe. Cette broche ne serait non plus mise en placé qu'au moment du tir. J'aurais soumis ces modifications au comité d'artillerie si les conclusions de son second rapport n'étaient venues éteindre mon ardeur et me détourner de m'occuper davantage d'inventions si mal accueillies.
Ces idées déjà vieilles sont peut-être dépassées; j'aurais dû m'en assurer avant de les mettre au jour; mais il faudrait consacrer à cette étude un temps que j'emploie plus utilement en résumant à la fin de ma carrière chirurgicale les enseignements de l'expérience. Je n'en ai déjà dérobé que trop à cette tâche pour une simple satisfaction d'amour-propre.
En lisant dans les journaux la description de la
Ce système conTienf particulièrement aux canons se chargeant par la culasse : pour rappliquer aux canons chargés par la bouche, il faudrait approfondir Texcavation conique du refouloir.
bombiB Orsini, j'ai été frappé de sa similitude avec le boulet à mitraille fulminant par le choc que j'avais imaginé en >I854. Ce n'est pas^ grâce à Dien^ mon mémoire^ enfoui dans les archives de la guerre, qui en a fourni l'idée; aussi puis-je en toute liberté d'esprit émettre cette réflexion que les machines dites infernales sont l'arme des conspirateurs politiques tels que Saint-Gérant, Fieschi, Orsini, tandis que le poignard est l'arme du fanatisme religieux : témoin Jacques Clément, Ravaillac, Suleïman, assassin de Kléber, etc. Cette différence vient de ce que les premiers espèrent jouir en ce monde du fruit de leur action : ils frappent de loip, du milieu de la foule, et font en sorte d'avoir la vie sauve; les seconds croient gagner le ciej , ils frappent de près , ne cherchent pas à fuir et attendent le martyre.
J'ai encore imaginé d'appliquer la détonation par le choc à des appareils sous-marins destinés à défendre l'entrée des ports, analogues à ceux qu'ont heurtés les vaisseaux anglais et français aux abords de Cronstadt,
Leur description est consignée dans un mémoire adressé en \ 854 au ministre de la marine, dans lequel se trouve également exposé un système de fusées sousmarines dirigées par des baguettes conductrices en fer, fixées au fond de la mer et recourbées à l'extrémité de manière à faire arriver les fusées sous les navires qui franchiraient les passes. J'avais été conduit à l'invention de ce système en lisant ce qu'a écrit Mongery de la puissance d'action que les fusées
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sous-marines acquièrent par la résistance du milieu dans lequel a lieu l'explosion. Il résulterait d'expé* riences relatées dans son livre qu'une fusée de grande dimension éclatant au-dessous de la ligne de flottaison d'un navire y produit l'effet d'une fougasse, de laquelle résulte une ouverture assez large pour le couler en peu d'instants. C'est aujourd'hui le point par lequel les vaisseaux cuirassés et blindés seraient le plus vulnérables.
Cette invention est mentionnée dans une de mes biographies publiée en ^ 842 faisant partie du recueil intitulé te Biographe universel, galerie scientifique, à la page 2^ .
M. le rapporteur du comité d'artillerie a examiné encore et critiqué d'autres inventions consignées dans mes mémoires ayant moins de connexité que les précédentes avec les progrès récents de l'artillerie. Je n'en parlerai pas par égard pour mes lecteurs , me rappelant à propos ce vers de Voltaire :
Le secret d'ennuyer est celui de tout dire.
Si ces inventions ont un jour la même chance que celles relatives aux canons rayés en hélice, la date de leur naissance est inscrite aux archives de la guerre.
De cet exposé ne résulte-t-il pas que j'ai droit à une ligne dans l'histoire de l'artillerie? J'ai tardé longtemps à la réclamer par une raison simple et na-
furelle^ c'est celle que Molière plaçait dans la bouche de Tun dé ses personnages :
Je vis de bonne soupe et non de beau langage»
disait Chrysale à Philaminte ;
Je vis d'uropathie et non de canonnage^
pourais*je dire à mon tour. Aussi ai-je défendu unguibus et rostro ma part de l'invention de la lithotritie^ tout en me taisant sur les armes de guerre.
Si j'en parle aujourd'hui, ce n'est pas seulement parce que je cède à l'aiguillon de la vanité : j'espère encore tirer de la publicité donnée à ce produit ignoré de mon Imaginative, le bénéfice d'une présomption de plus en faveur de l'originalité de mes travaux sur différentes parties de l'art de guérir et de la priorité d'inventions qui m'ont été disputées.
Un autre motif encore pouvait me faire hésiter à écrire sur les canons et les armes de guerre : que de quolibets, bien vieux mais toujours neufs, vont pleuvoir sur un médecin qui cherche de nouveaux moyens de destruction !
Bon Dieu ! quelle ràgé homicide
Vous pousse a donner le trépas !
Votre métier, tout seul, ne suRisait-il pas?
De telles plaisanteries, dont je prends l'initiative afin de ne pas la laisser aux rieurs, ne m'empêchent pourtant pas d'avouer hautement la part que je puis avoir dans le progrès de l'artillerie, et les motifs qui m'ont porté à 'm'en occuper.
J'ai racunté au début de cette note comment le patriotisme a délourné un instant mes idées de la chirurgie pour les porter vers le perfectionnement des armes de guerre; s'il me fallait une autre excuse, j'ajouterais, dût-on me taxer de paradoxe, que de telles inventions seront un jour profitables à l'humanité, r/ accroissement indéfini de la puissance des armes à feu finira par rendre la guerre impossible^ et la stratégie deviendra l'art d'éviter la rencontre des armées, jusqu'à ce que la paix universelle rende les armées inutiles.
En attendant ce résultat encore bien éloigné de nos canons rayés en hélice, de nos canons chargés par la culasse et des autres inventions passées, présentes et futures, je reviens à mon art pour le cultiver avec autant d'ardeur que m'en laissera le poids des années jusqu'à la fin de ma carrière.
Pu». — ImprinE pit E. Tlianol
Paris. — Imprimé par E. Thunot et C% 26, rue Racine.