SOCIÉTÉ BOTANIQUE LE FRANCE
meut pétiolée, elle est munie de stipules membraneuses plus ou moins développées ; enfin le limbe de cette feuille, articulé ou non-articulé, conserve plus ou moins la forme d’une feuille carpellaire normale; quelquefois ses bords sont rapprochés mais non soudés et ne présentent pas de traces d’ovules; plus fréquemment cette foliole terminale conserve complètement la forme d’un carpelle et ses bords sont soudés dans toute leur longueur. Si l’on ouvre ces carpelles, on trouve généralement la suture placentaire chargée de plusieurs ovules plus ou moins régulièrement conformés, mais quelquefois réduits à une primine à limbe plus ou moins foliacé et à bords dentés. Dans un cas particulier, j'ai trouvé le carpelle fermé seulement par le haut, béant dans sa moitié inférieure et ayant émis à ce niveau des folioles secondaires dont les plus inférieures étaient ovales-dentées comme ies folioles normales, et dont les supérieures étaient de simples lobes foliacés de forme lancéolée; ces lobes ou folioles représentaient chacun un ovule
réduit à la primine.
L'aspect des capitules, dans cette deuxième forme,
est celui d’une ombelle simple à fleurs foliacées. Les fleurs, dans cette forme et dans la suivante, sont longuement pédicellées. Mais tandis que dans cette deuxième forme les fleurs le plus longuement pédicellées sont celles de la circonférence (les plus extérieures), dans la troisième forme les fleurs le plus longuement pédicellées sont celles du centre. Il en résulte que tandis que dans la deuxième forme le capitule est en forme d'ombelle, dans la troisième il a la forme extérieure d’une panicule ovoïde, bien que dans les deux cas la structure soit la même.
fo
l e calice est à dents lancéolées-acuminées. La co¬
rolle tend à se régulariser; elle est gênée dans son développement et no franchit qu’incomplétement la gorge du calice, dans le tube duquel elle reste chiffonnée; il en résulte que, par la pression qu’elle exerce, pendant sa croissance, sur les parois du tube, elle le déchire longitudinalement et s’échappe partiellement en hernie latérale au-dessous de la gorge du calice qui ne cède pas. — Les étamines sont subnormales. —La feuille carpellaire est brièvement pétiolée et le pétiole ne dépasse pas le tube du calice, mais la partie ovarienne qui est de forme subnormale est d’une longueur excessive, et, dès l’epoque de la floraison, dépasse très longuement les autres parties de la fleur. — De la hernie latérale de la corolle, de la brièveté de son limbe apparent, et de la longueur démesurée du jeune fruit, il résulte une fleur de l’aspect le plus bizarre. — f.es ovules contenus dans les feuilles carpellaires sont abortifs et généralement réduits à un funicule et à une primine rudimentaire. — Comme dans les cas précédents , tous les capitules de la même plante et toutes les fleurs du même capitule sont affectés
d’une même anomalie.
.le signalerai, en terminant, un cas de prolification axillaire remarquable, que j ai rencontré dans un capitule de la seconde forme. Le calice et la
edrolle étaient réduits, dans cette fleur, à des écailles imbriquées, ou si l’on veut il existait des bractées imbriquées et le calice et la corolle étaient nuis; àl’aisselle de chaque écaille était née une fleur (dont le calice était normal et lesautres parties abortives), puis venait un verticille subnormal d’étamines, et le centre était occupé par un carpelle transformé en feuille trifoliolée.
M. Chatin signale deux anomalies qui ont été rencontrées dans les herborisations des jours précédents. La première, qu’il a trouvée lui-même, est un Luzula ylabrata dont les feuilles rappellent, par leur coloration, celles du Phnlaris arundinacea , var. picta, cultivé dans les jardins sous le nom de Chiendent-ruban. — La seconde anomalie a été trouvée par M. Passy sur un Hypericnm quadranyidwn. Les feuilles de cette plante sont panachées de jaune et de vert, quelques-unes même sont entièrement jaunes. M- Chatin pense que cette teinte des feuilles ne provient pas, dans ce cas, d’une décoloration ou d’un étiolement; mais il la considère comme le résultat d’une prédominance de la couleur jaune, qui appartient essentiellement à la plante et donne aux fleurs du Millepertuis leur coloration normale (1).
M. Germain de Saint-Pierre présente à ce sujet les observations
suivantes :
Je ne partage pas, relativement à la panachure des feuilles de la plante dont il vient d’être question, la manière de voir de notre honorable confrère M. Chatin. La panachurejaune des feuilles de VHypericnm, que nous avons examinée l’un et l’autre, constitue, selon moi, un fait de décoloration partielle. Je regarde la plante comme étant dans un état qui tient de l'étiolement. Une plante étiolée au plus haut degré est décolorée ou blanche ; si I étiolement est moins prononcé, la plante présente une. teinte jaune; or, le jaune est en quelque sorte la couleur verte affaiblie ou incomplète par I absence du bleu. Toutes les plantes étiolées peuvent donc présenter la couleur jaune, quelle que soit d’ailleurs la couleur normale de leurs fleurs. En effet, je puis citer parmi les plantes dont les feuilles vertes sont fréquemment panachées de blanc, de blanc-jaunâtre, ou de jaune, le Houx (Ilex Aquifolium ) et le Sureau commun (Sambucus nigra ); or, la couleur de la fleur de ces plantes est le blanc, et l’on ne saurait par conséquent attri-
(1) M. Chatin, pensant que ces plantes, le Luzula surtout, ne perdront pas, sous 1 influence de la culture, les vives couleurs qui leur assigneraient une place dans les parterres, les a confiées aux soins de MM. Tollard frères, habiles horticulteurs flui ont pris part à la session extraordinaire de la Société.