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buer les panachures jaunes de leurs feuilles à la prédominance et à la diffusion de la matière colorante qui appartient à la fleur.
Je ne veux pas dire cependant qu’un suc coloré, tenu en réserve dans une partie du végétal, ne puisse colorer des parties nouvelles développées dans les conditions de l’étiolement ; j’ai cité, comme exemple de ce fait, des Betteraves (i) dont les feuilles développées dans l’obscurité présentaient la couleur écarlate du suc précédemment accumulé dans la racine, ce suc et sa matière colorante avaient été absorbés par les jeunes feuilles.
Je ne veux pas dire non plus qu’il y ait similitude complète entre le phénomène de l’étiolement et le phénomène de la panaehure ou décoloration des feuilles par bandes ou par taches tranchées ; je maintiens seulement qu’il existe une grande analogie entre les deux phénomènes, ou, pour mieux dire, que la panaehure est un étiolement incomplet ou local. Je citerai à l’appui de cette assertion une touffe d 'Arum maculation, dont les premières feuilles de couleur normale avaient été coupées et dont la souche avait été recouverte d’une assez forte couche de terre. La terre ayant été enlevée quelques jours après, je trouvai de nouvelles feuilles développées sous la terre dans l’obscurité ; ces feuilles, gênées dans leur développement, étaient plissées et contournées, le fond des replis était de couleur blanche ou d’un jaune pâle, et les parties en contact avec la terre et les plus voisines de la surface du sol, étaient vertes. Ayant laissé la touffe exposée à la lumière, les feuilles s’étalèrent et présentèrent l’aspect de feuilles panachées de vert et de blanc ; enfin, au bout d'un certain temps, les parties blanches se colorèrent peu à peu en vert.
Ce qui s’est passé dans la production des feuilles panachées de cet Arum , me paraît se passer chez les feuilles panachées qui se développent à l’air libre. Si l’on examine les jeunes feuilles de ces végétaux à l’époque de leur préfoliaison, on remarquera que les parties primitivement soustraites à l'influence de la lumière par suite des plissures ou des enroulements sont celles qui sont décolorées et forment plus tard, sur la feuille dépliée ou déroulée, les panachures blanches ou jaunes. Chez le Sureau, par exemple, dont les folioles sont à bords roulés en dedans pendant la préfoliaison, ce sont, en effet, les bords qui sont frappés de décoloration ; au delà du bord blanc ou jaune se trouvent des parties d’un vert pâle, formant des taches également limitées par des nervures; enfin, les parties qui avoisinent la nervure moyenne sont d’un vert normal.
Il faut néanmoins admettre chez les plantes à feuilles panachées une prédisposition originelle à la chlorose, prédisposition qui date des influences sous lesquelles s’est opérée la formation de la graine ou du bourgeon. La panaehure des feuilles ne se reproduit pas nécessairement par les semis,
(t) Voyez le Bulletin, t. Il, p. TUU.
mais elle persiste assez généralement chez l'individu lorsque la plante est vivace, qu’elle soit herbacée comme dans le cas du Calamagrostis colurata, ou qu’elle soit ligneuse comme le Houx et le Sureau ; l’anomalie se propage même, dans ce dernier cas, par la greffe, et les horticulteurs emploient fréquemment ce procédé. Cependant, en transplantant le végétal et en changeant les conditions de sa culture, on peut le ramener plus ou moins complètement à l’état normal. Plusieurs Sureaux à feuilles la plupart panachées, plantés dans mon jardin il y a plusieurs années, ne présentent aujourd’hui qu’un petit nombre de feuilles panachées; chez l’un de ces arbres toutes les feuilles se sont même reproduites entièrement vertes.
M. Eugène Fournier rappelle que, dans quelques espèces du genre Salvia , on rencontre assez fréquemment, sur un pied en pleine végétation, des feuilles colorées en jaune, et quelquefois, sur une même feuille, la teinte jaune et la teinte verte très nettement distinctes l’une de l’autre. Or ce n’est pas ici la matière colorante de la fleur, laquelle appartient à la série cyanique, qui a passé dans les feuilles pour leur donner cette coloration anormale.
M. Lamotte fait à la Société la communication suivante :
J’ai l’honneur de présenter à la Société deux plantes, considérées jusqu’ici comme étrangères à l’Auvergne, et que j’ai été assez heureux pour trouver pendant nos herborisations d’avant-hier et d’hier. Ces plantes sont le \eronica saxatili s Jacq. et le Car ex vaginata Tauseh. Cette dernière, autant que je puis me le rappeler, n’a même jamais été signalée en France (1).
C’est avant-hier, «après avoir franchi la crête abrupte et descendu les pentes rapides qui séparent la Vallée de la Cour du Val-d’Eufer, que j’ai rencontré le Veronica saxatilis, sur les rochers qui sont à droite en entrant dans la vallée. Il se trouvait là associé au Uianthus cœsius , à YErigeron alpinus, au Seditrn repens , etc. Cette espèce, trop souvent confondue ou réunie au V. fruticulosci, s’en distingue facilement par des caractères invariables, la couleur bleue de ses fleurs et ses poils j.amais glanduleux, tandis qu’ils le sont constamment dans le V. fruticulosa , qui a les fleurs ‘oses; chacune de ces espèces a, en outre, un faciès particulier qui ne permet pas de les confondre.
Hier, nous nous dirigions, M. Nylander (le savant iichénographe) et n 'oi, du pie de Sancy à la vallée de Chaudefour, lorsque nous avons découvert sur les pentes nord du Puy-Gros, directement au-dessus du marais de •a Dore, le Cor ex vaginata. Il croissait dans les endroits peu herbeux , en
(1) Il est positif que cette espèce est entièrement nouvelle pour la flore française. MU. Grenier et Godron n’en font aucune mention.