REVUE DE CHIRURGIE
et Branca, dans leur intéressant mémoire 1 ; mais ils le signalent en passant, sans en tirer aucune conclusion. Or, il nous semble que ce point de détail de l’histologie du testicule ectopique peut présenter un certain intérêt : 1° au point de vue de la signification morphologique et physiologique des cellules interstitielles; 2° au point de vue de la pathogénie des dégénérescences néoplasiques si fréquentes du testicule en ectopie.
I. On sait que deux opinions ont été tour à tour soutenues sur la signification des cellules interstitielles du testicule. Pour Nussbaum, Mihalkoviczs, von Lenhossek, etc., les cellules seraient des éléments épithéliaux, et leurs amas représenteraient des tubes de Pflüger arrêtés dans leur développement. Pour Hofmeister, Hansemann, Plato, Tourneux et Renaut (et c’est d’ailleurs l’opinion la plus généralement admise aujourd’hui), les cellules interstitielles seraient une forme spéciale, différenciée des cellules conjonctives. Il est évident que la morphologie et l’ordination des cellules interstitielles du testicule ectopique ne sauraient fournir de documents suffisants pour trancher la question. Néanmoins l’état des cellules interstitielles du testicule ectopique nous paraît plaider en faveur de la seconde opinion : on pourrait en effet s’attendre, étant donné leur développement exagéré, à leur voir constituer des formations épithéliales caractéristiques, telles que des tubes de Pflüger plus ou moins typiques. En réalité il n’en est rien et leur augmentation de nombre n’aboutit qu’à exagérer l’évidence de leur systématisation périvasculaire et à mieux montrer leurs rapports intimes avec le tissu connectif intertubulaire.
Au point de vue physiologique, le rôle des cellules interstitielles n’est pas moins discuté : pour les uns, les cellules interstitielles seraient des adjuvants plus ou moins directs de la spermatogénèse (Plato, Reinke, etc). D’autres considèrent ces cellules comme indépendantes du processus spermatogénétique, et les regardent comme le substratum anatomique de la sécrétion interne (Tourneux, Renaut). Le rôle sécrétoire de ces éléments est évidemment très problématique; pour rester limité aux enseignements fournis par le testicule ectopique, il peut sembler singulier que, dans le testicule arrêté dans sa migration normale, ces éléments soient beaucoup plus nombreux que dans le testicule sain, normalement situé, alors que souvent les cryptorchides bilatéraux présentent justement les
attributs du féminisme, indice évident d’une sécrétion interne
1. Félizet et Branca. Journal de V Anatomie et de la Physiologie , 1898, p. 589-641, pl. IX.
CUNÉO et LECÈNE. — HISTOLOGIE de l’ectopie testiculaire 47
insuffisante. Quant aux relations de ces cellules avec la spermatogénèse, elles sont encore plus nettement controuvées par l’examen du testicule ectopique. Ne serait-il pas, en effet, au moins singulier que ces cellules présentassent justement leur maximum de développement dans des testicules dont la fonction spermatogénétique est absolument arrêtée? Remarquons, sans trop y insister, que cette observation concorde avec celle de Hansemann,qui a vu ces cellules interstitielles nombreuses surtout chez les cachectiques (tuberculose, cancer), et chez les animaux hibernants, à leur réveil, c’està-dire épuisés par l’autophagie.
II. La fréquence des néoplasmes développés dans un testicule ectopique est un fait absolument classique. Dupuytren et Marjolin l’ont depuis longtemps signalé; c’est ainsi que Fischer1 en relève 39 cas, auxquels Rocher 2 ajoute quelques années plus tard 12 observations nouvelles ; si bien que, en 1887, von Kahlden3 réunissant tous les cas antérieurement publiés, arrive au chiffre de 58. Étant donné le développement exubérant des cellules interstitielles que nous avons signalé plus haut; on est amené à se demander si ce ne sont pas justement ces éléments qui constituent le point de départ du néoplasme. Il suffit pour répondre à cette question, de savoir à quelle variété de tumeurs appartiennent les dégénérescences néoplasiques du testicule ectopique.
Or, il est un fait absolument remarquable, c’est que dans la presque totalité des cas de néoplasmes nés dans un testicule ectopique, il s’agit de tumeurs d’origine conjonctive : sarcomes, myo-sarcomes, chondro-sarcomes. Cela est d’autant plus digne de remarque que dans le testicule normalement situé, les dégénérescences néoplasiques affectent plutôt le type épithélial (épithéliome séminifère) épithéliome wolfien (Pilliet)4. Ne semble-t-il pas que le développement considérable des cellules interstitielles peut donner la clef de cette différence entre les néoplasmes du testicule scrotal et du testicule ectopique, et explique en même temps la fréquence relativement grande de la dégénérescence néoplasique de ce dernier?
En résumé, par la publication de ces deux cas et des réflexions qui les accompagnent, nous avons tenu à appeler l’attention sur ce point particulier de l’anatomie pathologique du testicule ectopique
\ . Fischer. Zeitschrift für prak. Heilk.
2. Kocher. Deutsche Chirurgie von Billroth und Lücke, Lief. 50.
3. Ueb. Neubild. bei Kryptorchismus ( Münch . med. Wochenschrift , 1887, p.587).