‹ Note sur les dunes de GascogneChapitre 5 sur 41 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

On a vu précédemment que, sous le ministère de M. de Sartiue le baron de Gharlevoix-Yiliers, colonel, inspecteur des fortiBcations, travaux, ingénieurs de la marine et des colonies, avait préparé, pendant les années 1778 et 1779, un projet comprenant l'amélioration du port d'Arcachon, l'ouverture de canaux du bassin d'Arcachon à Bordeaux, par les étangs de Lacanau, Carcans et Hourtin, et, à Bayonne, l'assainissement des landes et la fixation des dunes. Cette étude avait été précédée elle-même d'un travail partiel de même nature.

Conformément aux ordres qui lui avaient été donnés le 29 juillet 1771 par l'intendant de la généralité de Bordeaux, et suivant les instructions des 5 août et 17 décembre suivants de M. Bon de Saint-André, ingénieur des ponts et chaussées et inspecteur de la navigation à Bordeaux, M. Clavaux, ingénieur géographe, avait été chargé d'établir un projet d'utilisation , au moyen de canaux de décharge dans le bassin d'Arcachon, des étangs du Porge et de Lacanau pour la navigation, et de dessèchement des landes par des canaux ou rigoles appelés cr crastes t) dans le f ays. Les études sur le terrain étaient presque terminées vers la fin de l'année 1 77 1 » mais le projet n'a été fourni qu'à la fin de 1773.

Les principes étant posés, il s'agissait de passer de la conception à l'exécution. Dans ce but, par lettre du a 6 septembre 1786, le contrôleur général des finances a mis à la disposition de l'intendant de la généralité de Bordeaux (*' (tune somme de 5o,ooo livres pour

^'^ François -Claude -Michel -Benoit Le Camus, chevalier, seigneur châtelain et patron de Nëville, etc., intendant de justice, police et finances de la gënëralitë de Bordeaux.

être emploiée aux ouvrages qui ont pour objet de s'assurer de la possibilité de l'exécution du canal projeté dans les landes et de trouver le moîen efficace de fixer les dunes ^.

Cette mission fut confiée à Brémontier, ingénieur en chef des ponts et chaussées. Il s'adjoignit pour la surveillance des travaux sur le terrain M. Peychan, de la Teste, qui avait dirigé des ateliers d'ensemencement de leltes pour le compte de M. de Ruât

Le plus ancien document important signé de Brémontier est un Ménwire relativement à F administration des travaux de corvée daté du 28 septembre 1 781 ; il avait alors le titre d'inspecteur des ponts et chaussées du département de Bordeaux. Il indique, dans ce mémoire, les inconvénients de la corvée fournie en nature et préconise le rachat, les paroisses devant d'ailleurs être mises en demeure chaque année d'opter entre les deux procédés. D'après lui , le rachat pourrait se faire à raison de 20 sols par journée de corvéable et de 5o sols par bête de trait; pour 19,000 corvéables et i3,ooo bêtes de trait on obtiendrait ainsi 618,000 livres pour les 200 paroisses du déparlement de Bordeaux. Une somme de 90,000 livres seulement pourrait être exigée en argent et serait suffisante pour assurer le bon état d'entretien des voies de communication.

M. de Villers avait fait connaître les principales dispositions à adopter pour l'ensemencement des dunes : « Commencer les travaux du côté de la mer, à l'endroit même où les hautes marées ne montent pas; pour arrêter les sables dans les parties complantées, protéger ces parties par de légers clayonnages ou fiascinages; jeter de la graine de pin à distance égale, quelques glands de loin en loin et beaucoup de graines d'arbustes et de plantes diverses pour opposer un rempart à la course du sable; l'ajonc, le genêt et le gourbet paraissent surtout propres à remplir cet objet •*).-»

Des instructions détaillées, dans ce sens, ont été adressées le

^*^ Mémoire de 1 779 de M. de Viiiers* Voir le chapitre II.

21 avril 1797 par Brémontier à M. Peychan, chargé de la direction des travaux d'essai à la Teste :

Je vous envoie un état détaillé de la nature et des dimensions des ouvrages à faire relativement aux différents moyens qu'on a cru devoir employer pour fixer les gables et dont on se propose de faire Tessay.

Le premier objet qu on devait avoir en vue à cet égard était d'empêcher les sables qui s'échappent continuellement du lit de la mer de venir ensevelir et étouffer les jeunes plants de pins destinés, lorsqu'ils auront acquis une certaine hauteur , à retenir ces sables et en même temps de fixer ceux actuellement existants sur lesquels les semis seront faits assez longtemps pour que les graines aient celui de s'y enraciner.

Le premier moyen et le plus sûr qu'on ait trouvé pour y réussir est de former dès cordons de fascines ou de fagots d'arbustes ou branchages fixés dans le sable avec de forts piquets disposés parallèlement entre eux et perpendiculairement aux vents régnants de la partie de l'ouest. Ces cordons suivront à peu près les différentes sinuosités de la laisse des plus hautes mers.

Le premier sera établi à environ &o à 5o toises de distance de cette laisse et aura U pieds de hauteur; les autres à la suite auront un pied et demi.

Ils seront espacés de deux manières; suivant la première ils seront exactement à la distance de 8 toises et, suivant la deuxième, à la distance de 33 toises 3 pieds entre eux.

Comme le premier moyen ne laisse pas d'exiger une dépense assez forte on ne l'exécutera que sur une longueur de 5 00 toises, savoir : aBo toises de la première manière et 3 5o de la deuxième à l'endroit qui paraîtra le plus convenable et sur une largeur de 100 toises; en sorte que la première manière nécessitera douze cordons et la deuxième seulement trois, y compris pour l'une et pour l'autre le premier cordon dont la hauteur, comme il a été dit, sera de h pieds.

Le deuxième moyen n'exigera que le seul premier cordon de k pieds de hauteur, disposé comme il vient d'être dit. Comme il est essentiel, afin d'être mieux à portée de juger quel sera le succès de cet essay, de le faire sur une largeur un peu considérable, ce deuxième moyen sera exécuté sur celle de 5,360 toises, lesquelles jointes aux 5oo toises à faire d'après les deux manières portées dans le premier moyen formeront une longueur totale de 5,760 toises.

Ces 6,760 toises embrasseront toute la partie de la côte à prendre depuis le bassin du Pilât et peut-être encore au-dessus jusques à la rencontre de la

partie de la forât d'Arcachon qui s'ëtend jusques sur le bord du bassin de ce nom, vis-à-vis le chenal de Bon.

Dans Tun et l'autre moyen cy-dessus, on sèmera en graine de pin la partie de sable qui sera on dedans des cordons du côté oppose à la mer, sur une largeur de loo toises réduite.

Cette graine sera espacée de six en six pouces et on en mettra deux ensemble.

A Tabri et à la suite de ces premiers semis, en allant vers le pied des premières dunes, on ensemencera partie de l'espèce de plaine qu'on rencontre presque tout le long de la côte. Ces graines seront Clément à six pouces de distance entre elles, mais il n'y sera fait aucun cordon; et c'est là le troisième moyen de fixation que l'on a adopte et qui pourra réussir dans plusieura circonstances.

Ce dernier moyen pourra être employé sur environ /îoo journaux de surface et dans les lieux qui seront plus particulièrement indiqués dans la suite, l'essentiel étant de s'occuper pour le présent de l'exécution des deux premiers moyens sur la largeur réduite de loo toises ainsi qu'il est dit cy-dessus.

Il sera bon, en outre, de faire unessay sur deux de ces premières dunes; on en choisira à cet effet deux qui soient un peu considérables, saillantes et disposées de manière à n'être point recouvertes par les sables des dunes voisines.

Chacune de ces dunes sera défendue contre l'efTort des vents d'une manière différente.

Par la première on établira en prenant depuis le pied et même un peu en avant des cordons de fascines ou fagots d'un pied et demi de hauteur, disposés suivant les contours de la dune et perpendiculairement aux trois vents régnants de la partie de l'ouest. Ces cordons seront parallèles entre eux espacés de six en six toises en allant vers le sommet de la montagne. a,ooo toises de longueur réunie de plusieurs de ces cordons exécutés à la distance indiquée cydessus, formant environ i3 journaux de superficie, suffiront pour faire juger de leur effet.

Les semis seront faits ensuite à l'abry de ces cordons, tel qu'il a été prescrit cy-dessus.

Par la deuxième manière, on n'établira qu'un seul cordon au pied de la dune, mais disposé comme celui indiqué pour la précédente. On ensemencera ensuite une partie de cette dune à prendre depuis le cordon et en allant vers son sommet sur une surface d'environ i3 journaux; mais afin de retenir les sables de la partie ensemencée, on la recouvrira d'une couche de branches

d'arbres ou arbustes maintenues par des espèces de fourchettes de bois Gxées dans les mêmes sables.

Tels sont les différents moyens que Ton s'est propose de suivre dans Tessay dont on s'occupe. Je vous prie de vouloir bien veiller à ce que chacun d'eux soit exécuté tel, en telle quantité, et suivant ce qui a été prescrit cy-dessus. L'état concernant ces ouvrages étant en ce moment arrêté et fixé par M. l'Intendanty je ne suis pas le maître d'y faire aucune espèce de changement, sans y être auparavant expressément autorisé; c'est pourquoi je vous serai infiniment obligé de ne pas permettre qu'on s'écarte nullement de ce qui est porté dans la présente lettre. Je compte beaucoup sur les soins que je suis persuadé d'avance que vous voudrez bien y donner et je ne vous ferai pas à cet égard de recommandations.

Ces instructions ne mentionnaient pas Temploi des graines de genêt, d'ajonc et de gourbet, recommandé par M. de ViHers. Mais cependant le directeur des travaux, M. Peychau, a mélangé la graine de genêt à celle de pin , et depuis il a été reconnu que ce mélange était indispensable.

On a eu recours au genêt et à Tajonc dans les dunes, et on a employé le gourbet pour fixer la zone littorale.

Les travaux sur le terrain ont été commencés le 1 2 mars 1 787 et les dépenses successives sont énumérées dans l'état suivant :

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