CHAPITRE IV
GOMMISSIOlf DES DUNES (iSoi-lSiy)*
Organisation de la Cîonunission des dunes. — Bré-
roontier n'avait pas été découragé par l'interruption de ses travaux en 1793. 11 continuait à poursuivre le but qu'il s'était proposé et intéressait à son œuvre le Gouvernement, l'Administration départementale , l'Institut et la Société d'agriculture de la Seine. Les résultats de ses premiers essais servaient de base à ses mémoires relatifs à la fixation des dunes de Gascogne.
Les dunes de la Teste étaient visitées les 18 prairial an v (6 juin 1797) et jours suivants par M. Duplantier, président de l'Administration centrale du département de la Gironde , accompagné de MM. Guyet-Laprade, maître particulier de l'administration provisoire des forêts nationales, Marichon, commissaire du directoire exécutif près l'administration municipale , et Peychan , directeur des semis. Les observations faites dans cette visite ont été consignées dans un procès-verbal du aS prairial an v (1 1 juin 1797) dont un extrait suit :
Après avoir parcouru les nouveaux semis, dous avons observé qu'il y avait environ douze cents journaux (huit cents arpents) de semis de pins de divers âges, généralement bien venants, ayant 8, 7, 6 et 5 ans; avons toutefois remarqué que dans la partie la plus élevée de la dune semée en 1788 les pins élaîent rabougris et mal venants, et, en ayant cherché la cause, avons reconnu, ainsi qu'il nous Ta été dit par le sieur Peychan, que cela provenait de ce que les semences n'avaient été mélangées d'aucune espèce de graine d'arbuste propre à abriter les jeunes semis de pin. Â cette époque on était astreint à se conformer aux ordres reçus qui se bornaient à faire enfermer par des clayonnages, formant différentes figures, un certain espace de terrain dans l'enceinte duquel on faisait répandre uniquement de la graine de pin. Mais, dès la pre-
lAUX ET TOVhs, — M. J. BBBT. h
bO UES DUNES DE GASCOGNE.
mière annëe, Tinutilité et le vice de ce procédé dispendieux ayant été reconnus, on Ta abandonne pour s'en tenir à la manière connue et usitée depuis longtemps par les habitants du pays, et qui consiste à répandre la graine sur le sable et à la recouvrir de branchages qu on fixe avec de petits piquets. En suivant cç dernier procédé et en croisant les semences de pin avec des graines de genêt et de jonc marin épineux, on a supérieurement réussi, au point que, partout où les sefnénces ont été croisées et simplement abritées des vents salés et des grandes chaleurs, les pins sont de la plus grande beauté: ceux de 8 ans ayant jusquà 17 pieds de tige sur 8 pouces de grosseur, ce qui est prodigieux et annonce une végétation très forte et peu commune.
Nous avons également observé que partout où les semis ont été abrités, soit naturellement, soit par les divers arbustes qui y ont été mêlés, le gazonnement des sables s'est très bien opéré, au point qu'ils se trouvent dans toute cette partie définitivement fixés , ce qui démontre d'une manière incontestable la possibilité de les fixer sur toute la côte, notamment le long du bassin d'Ârcachon jusques à la pointe du Sud, soit sur une lieue de longueur et un quart de lieue de largeur, si Ton veut du moins préserver ce vaste pays de l'envahissement des sables dont il est menacé et qui font des progrès très rapides.
Indépendamment de 'l'intérêt particulier du pays, le gouvernement aurait un très grand avantage à couvrir ces dunes de diverses essences de bois, qui, dans la suite, pourraient réparer les pertes que l'État a faites dans cette partie de la richesse nationale et dont la disette effrayante se fait sentir journellement. Cet avantage nous a paru démontré jusques à l'évidence par la comparaison que nous avons faite de la nature de ces sables avec ceux de la grande forêt de la Teste, dont nous aurons occasion de parler dans le cours de ce rapport, et d'après laquelle nous avons reconnu que ces dunes, ou montagnes de sable, sont propres à élever toute espèce d'arbres de haite futaie, tels que le chêne, le hêtre, le sapin, le pin, le mélèze, le châtaignier, le cèdre le liège, le chêne vert et généralement tous les arbres verts. Une plantation pareille sur les côtes de l'Océan et sur les bords du plus beau bassin qu'il y ait en Europe serait pour l'État une source inépuisable de richesse.
Dans un mémoire du 26 messidor an vui (i5 juillet 1800), intitulé : Projets d'amélioratiom pour une partie du f* arrondissement de Bordeaux, M. Fleury, de la Teste, membre du conseil de cet arrondissement, expose ses vues sur la fixation des dunes et men-
tionne , à l'appui de ses propositions , les premiers travaux de Brémontier :
Dominé parles considërations que je viens de mettre sous vos yeux, l'ancien Gouvernement accorda quelques fonds pour faire des essais d'ensemencement de ces dunes. Ces essais eurent lieu peu de temps avant la Révolution; ils cessèrent à peu près lorsqu'elle éclata. Quelques fonds y furent employés depuis, mais il y a longtemps que ce travail a entièrement cessé.
Les semis qui ont eu lieu à diverses reprises couvrent une étendue d'environ 1,900 journaux. Il est impossible de voir ces semis sans en admirer la croissance : déjà les premiers forment une véritable fbrét. Les pins y sont généralement beaucoup plus forts qu'on devait s'y attendre. Il en est de même de tout ce qu'on y a semé.
Tai surtout remarqué que le genêt commun y croit et s'y propage d'une manière étonnante; il est ordinaire de voir les semis de cette graine couvrir, dès la première année, une surface de près de deux pieds carrés, ce qui est un double avantage, et pour la fixatioù des sables et pour la croisèànce du semis de pin qu'il favorise en l'abritant.
Précédemment, les mémoires deBrémontier, soumis à Texamen de rinstitut, avaient été l'objet, le 16 floréal an viii (6 m'ai 1800) d'un rapport favorable de Coulomb , Parmentier et Prony ; dans le cours de la même année, la Société d'agriculture de la Seine lui avait accordé une médaille.
Les principales conclusions du rapport du 1 6 floréal an vni sont les suivantes :
Le résumé ci-après présente toutes les conséquences que l'ingénieur Brémoniier a tirées de ses recherches et de ses expériences; c'est lui qui parie:
(T 1^ Il ne peut rester aucun doute sur la possibilité de fixer et de fertiliser les sables désastreux de la c6te de Gascogne.
(T n^ Il est parfaitement reconnu que le pin maritime y prend un accroissement extraordinaire, y produit plus tôt, et y donne un revenu beaucoup plus fort que dans les meilleures terres des landes, où il est très soigneusement et très avantageusement cultivé.
(r3® Les frais d^ensemencement sur les plages, ou dans les vallons qui se trouvent entre les dunes, ne sont guère que le quart de ceux que ces mêmes ensemencements exigent dans ces mêmes terres des landes.
(c/i® La fixation et la fertilisation de la totaUtë de ces sables ne peut guëre s'élever au delà de quatre millions, et s 5 années après leur ensemencement ils peuvent produire & millions de revenu.
(r5^ La végétation des genêts, de Tosier rouge, des vignes et de plusieurs autres plantes y est extrêmement vigoureuse.
«6° Il résultera de Texécution de ce projet d'immenses avantages pour les particuliers riverains dont les propriétés ne seront plus envahies ; pour les commerçants dont les marchandises seront moins exposées aux dangers de la mer. y»
Il est encore reconnu, dit Tauteur, que la mer qui sera obligée de remanier sur ses bords tous les sables qu'elle rejette sera ralentie dans les progrès rapides faits journellement dans cette partie de la France ...
Le supplément dont nous venons de rendre compte nous a paru, comme le premier ouvrage dont il est la suite, écrit correctement et rédigé avec soin. On trouve dans l'un et dans l'autre des détails intéressants et curieux sur la formation, la marche et les mouvements de ces montagnes errantes, des moyens de prévenir leurs effets dévastateurs, et des expériences qui rendent bien probable la possibilité de les fertiliser et de les fixer.
Le citoyen Brémontier est connu depuis plus de 3o ans par ses talents distingués et par des travaux importants exécutés avec autant d'habileté que de succès. Les commissaires pensent que ce dernier ouvrage soumis au jugement de la classe, les projets et les expériences qui y sont décrits, augmentent les droits que cet ingénieur avait déjà à la reconnaissance publique; ils ajoutent qu'il serait à désirer que le Gouvernement donnât à ce supplément la même publicité qu'il a déjà donnée au premier mémoire.
L'attention du Gouvernement ayant été ainsi appelée sur les travaux de fixation des dunes de Gascogne, un rapport du 9 frimaire an IX (3o novembre 1800) présenté aux consuls par le ministre de l'intérieur, Chaptal, a été suivi d'un arrêté du i3 messidor an IX (2 juillet 1801) réglant définitivement la question et chargeant de l'exécution des travaux une commission spéciale. Cette disposition législative a été complétée à bref délai par un arrêté du S"" jour complémentaire an ix (20 septembre 1801).
Par arrêté préfectoral du 17 thermidor an ix (5 août 1801) la Commission des dunes a été composée ainsi qu'il suit au début de
son fonctionnement: MM. Dubois, préfet de la Gironde, président, Brémontier, ingénieur en chef, Guyet-Laprade, conservateur des forêts, Bergeron, Catros et Labadie de Haux, ces trois derniers, membres de la Société des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, nommés par Tarrété préfectoral du 17 thermidor sur la présentation de cette société.
Les membres de cette commission avaient droit à une indemnité de tournée fixée à la francs par jour par arrêté du 3 5 fructidor an IX (13 septembre 180 s). Par arrêté du âo brumaire an xn (12 novembre i8o3)(^\ approuvé par le préfet le 37 pluviêse suivant (17 février 180/1), cette indemnité a été élevée à 1 8 francs par jour.
En fait, la Commission des dunes a été présidée par Brémontier jusque vers la fin de Tan xi, époque à laquelle il fut nommé inspecteur général des Ponts et Chaussées, et appelé à Paris où il est décédé sept ans plus tard.
Le préfet ayant fait connaître à la Commission, par lettre du 13 messidor an xi (1^ juillet i8o3), que Brémontier était alors à Paris, la délibération du 3 /i du même mois (i3 juillet) a été présidée par M. Didiet, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées à Bordeaux , et il en fut de même jusqu'en 1 8 1 1 • A cette époque , M. Guyetr-Laprade, conservateur des forêts à Bordeaux, réclama l'exécution de l'article k de l'arrêté du 3*^ jour complémentaire an IX, ainsi conçu:
Le préfet présidera la commission établie par Tarticle 3 de rarrétë (du i3 messidor an ix), et à son défaut elle sera présidée par Tingénieur en chef des Ponts et Chaussées lorsque la délibération aura pour objet des ouvrages d*art, ou par le conservateur lorsqu'il s'agira de semis et de plantations,
En réalité , il s'agissait toujours de semis et de plantations , et
^*) Cet arrête, de même que cdui du q5 fructidor an n, a ëtë pris par la Commission des dunes.
M. Guyet-Laprade était fondé à réclamer la présidence en l'absence du préfet.
La difficulté a été soumise au Directeur général des Ponts et Chaussées, qui a adressé à ce sujet, le 9â avril 1811, la lettre suivante au préfet de la Gironde:
Tai lu avec attention les pièces que vous m'avez adressées, avec vos lettres des 1^ et 3 de ce mois , et qui renferment la copie d'une lettre de M. le maire de Soulac, ainsi que celle de la correspondance de M. le Directeur général des forêts avec M. Guyet-Laprade, conservateur au 11' arrondissement, et M. Didiet, ingénieur en chef de votre département, président de la commission des travaux pour Tensemencement des dunes du golfe de Gascc^ne. Quelque intérêt que j'attache à cette importante opération, je dois m'abstenir d'y prendre une part directe , puisqu'elle a été confiée à l'Administration des forêts, à qui il appartient de peser les observations développées par M. Didiet et d'y avoir tel égard qu'elle jugera convenable.
A la suite de cette réponse , TAdministration des forêts consultée par le préfet lui a fait savoir qu'il y aurait lieu , à l'avenir , de se conformer aux prescriptions de l'article U précité.
Ck>ïimi6ncGm6nt des travaux* — Ces dispositions d'organisation ayant été 'prises, une reconnaissance des dunes a été effectuée à l'embouchure de la Gironde, ainsi que le constate un procès-verbal du 2 vendémiaire an x (ti/i septembre 1801), et a été suivie d'un commencement d'exécution des travaux :
Unanimement convaincus que le point le plus avantageux, pour l'établissement de notre premier atelier, se trouvait au midi du fort, nous y avons fait transporter les lattes, piquets et branchages que nous avions fait provisoirement couper et approvisionner sur la côté, et à & heures précises de l'aprèsmidi (le & vendémiaire an x, s6 septembre 1801) le conseiller d'État, préfet, le comnjiissaire principal de la. marine, les mem})res de la commission et le citoyen N.-T. Brémontier, nommé président de la commission par les consuls de la République, et auteur du projet, les citoyens Peychan, inspecteur, et Barennes tracèrent chacun leur sillon, établirent les premières couvertures et commencèrent enfin cette grande et utile opération, d'où doit
dépendre la coneerYaiion de tant de possessions précieuses, le salut d'un très grand nombre de navigateurs, la fertilisation de plus de douze cent milles quarrés de terrain, qui, sans exagération dans les dépenses ni dans les produits, doivent apporter un revenu à peu près égal à cette dépense, qui ne peut former un objet de plus de quatre ou cinq millions.
Cette reconnaissance a été suivie d'un arrêté du s â nivôse an x (la janvier 1803) du préfet de la Gironde, réglant la reprise des travaux, dans les départements de la (rironde et des Landes, en exécution de l'arrêté des consuls du 1 3 messidor an ix :
Le CoNSKUiLER d'État, Préfet du DiPABTEMENT de la Gironde,
Vu
h? La lettre du citoyen Crétet, conseiller d'État, chargé spécialement des ponts et chaussées, canaux, navigation intérieure, etc., du 18 fructidor (5 septembre 1801), laquelle annonce Touverture d'un premier crédit' de 1,900 francs pour commencer les travaux;
9^ La lettre des ac|ministrateurs généraux des forêts, du 31 vendémiaire (ïh octobre 1801), qui nous a été communiquée par le conservateur du 1 1' arrondissement, et par laquelle ils manifestent l'intérêt qu'ils attachent à une opération dont les résultats doivent être aussi avantageux, et offrent de faire un fonds de 5o,ooo francs pour l'article seul des plantations,
Arrête :
Art. 1^. L'état estimatif des ouvrages et dépenses accessoires, fourni par ladite commission pour la fixation et l'ensemencement de^ dunes des côtes de la Gascogne, pendant l'an x, est approuvé.
Art. 2. Pour continuer l'ensemencement et les ouvrages, il sera établi dans le mois cinq ateliers sur les points suivants, savoir :
Le premier au Verdon, entre la pointe de Grave et les balises de Soulac; le second, sur la c6te d'Arcachon; le troisième à la pointe de Pachou; le quatrième au cap Ferret; le cinquième au boucaut de Mimizan, département des Landes.
Art. 3. L'ensemencement et les ouvrages seront surveillés et dirigés par la commission. Elle réglera et arrêtera les dépenses. Le préfet les approuvera définitivement et les ordonnancera.
Art. k. L'inspecteur remettra au préfet, le i*' et le 16 de chaque mois, l'état des travaux.
Abt. 5. L'Administration générale des forêts est invitée à nommer des gardes pour veiller à la conservation des semis, des clayonnages et des autres ouvrages accessoires, au fur et à mesure qu'ils s'effectueront, et à mettre incessamment à la disposition de la commission des dunes la somme de 5o,ooo francs, pour les plantations à faire en l'an x, indépendamment des fonds que le Ministre de l'intérieur doit faire, aux termes des arrêtés des consuls, pour les ouvrages d'art et les clayonnages dont les dépenses ont été aussi jugées par la commission, devoir s'élever à la somme de 5o,ooo francs pendant la même année, et pour acquitter les travaux exécutés en l'an ix.
Art. 6. La commission est invitée à faire mêler dans l'ensemencement des graines de diverses espèces d'arbres , et notamment de ceux qui sont reconnus les plus propres à la construction des navires.
Des graines de pin maritime et de genêt ont été récoltées à la Teste en Tan ix et un commencement d'exécution d'ensemencement a été effectué dans les sables du Verdon le h vendémiaire an X (â6 septembre 1801), sous la direction du préfet de la Gironde, parles membres de la Commission des dunes. Â la même époque les travaux de fixation ont été repris à Arcachon et au cap Ferret, puis dans le département des Landes, en 180 3 à Lit, et en 180& à Mîmizan.
Commission du département des Landes. — Décret de Bayonne. — Bien que la Commission des dunes instituée par l'article â de l'arrêté du 1 3 messidor an ix fût composée de fonctionnaires du département de la Gironde et de membres de la Société d'agriculture de Bordeaux, son action s'étendait sur les deux départements de la Gironde et des Landes.
Cette situation ayant présenté l'inconvénient de mettre obstacle à la rapidité d'exécution des travaux, le décret de Bayonne, du 13 juillet 1808, a institué une commission pour le département des Landes, tout en laissant au préfet de la Gironde la direction supérieure dans les deux départements.
Chaque année, pendant le mois de décembre, aux termes de l'article â5 du décret, les deux commissions devaient se réunir à Bordeaux, sous la présidence du préfet. Le décret de Bayonne complétait, en outre, l'arrêté du i3 messidor an ix, en prévoyant les concessions de dunes à des communes ou à des particuliers et en réglant la procédure à suivre par l'article â 6 ainsi conçu :
Toutes demandes en concession de dunes, qui viendraient h être faites par des communes ou des particuliers, seront adressées à l'une ou l'autre commission, lesquelles donneront leur avis, qui sera remis au préfet et transmis au Ministre des finances.
Par l'article 37, une concession de 5o hectares, sur le territoire de la commune de Tarnos, était consentie au sieur Bourgeois, enseigne de marine et pilote-major de la barre de Bayonne, crà la charge d'en faire le semis à ses frais dans le délai de deux années, suivant les procédés du sieur Brémontier, inspecteur divisionnaire des Ponts et Chaussées, et d'entretenir les plantations en bon état?).
Les concessions de cette nature avaient été prévues précédemment dans le rapport présenté , à l'appui du projet de l'arrêté du 1 3 messidor an IX, aux consuls de la Bépublique, le 9 frimaire an ix (3o novembre 1800), par le ministre de l'intérieur, Ghaptal. Ce rapport renferme, en effet, le passage suivant:
Les premières plantations faites peuvent encourager des spéculations particulières; dans ce cas, on pourrait les concéder à la charge de les planter.
11 en est fait mention également dans une lettre, du mois d'octobre 1806, adressée par le préfet des Landes au président de la Commission des dunes et relative à une demande de concession de 5oo à 600 hectares, faite par M. Texoères, sur la commune de Mimizan :
Les demandes de concession ont été proposées par M. Brémontier, dans son mémoire sur les dunes imprimé en thermidor an v. Tout donne lieu de présumer que non seulement le Gouvernement les accueillera favorahlement , mais encore qu*il accordera des primes d'encouragement.
Évaluation des avantages de l'opération (1775 ài8o3). — Dans la demande de concession de canaux adressée^ en 1775, par M. de Montausier à M. Trudaine, intendant des finances, les avantages de la fixation des dunes sont appréciés ainsi qu on Ta vu précédemment, page 33.
D'après le projet, les dunes proprement dites devaient être fixées au moyen de plantes herbacées, et des travaux de boisement devaient être entrepris à peu de distance des dunes, c'est-à-dire sur les lettes intérieures et extérieures : on espérait tirer parti de ces sables, mais on ne donnait aucune évaluation en argent de laproductiou.
Il semble que Ton avait surtout en vue l'avantage que la fixation procurerait en mettant obstacle à Tenvahissement des terres fertiles par les sables que l'Océan dépose sur ses bords.
Dans le projet de lettre à M. Necker et à MM. des Domaines, qu'il avait préparé en 1778 pour M. de Sartine, ministre de la marine , M. de Yillers s'exprime ainsi qu'il suit :
L'intérêt, la sûreté de toute la navigation du golfe de Guienne et de la marine de Sa Majesté exige le plus prompt ensemencement des dunes de sable depuis la pointe de Grave jusqu'à Bayonne, pour les fixer invariablement par une plantation de pins et d'un cinquième de chêne, qui, en contenant les sables, prévienne leur irruption continuelle, en même temps qu'ils formeront une vigie naturelle, un point fixe et élevé de reconnaissance pour tous les bâtiments sur une côte dangereuse, et seront, dans peu d'années, d'une très grande production ...
Dans son mémoire de 17 79 9 il estime que le revenu, en résine seulement, d'un journal de dune reboisée peut être fixé à 1 3, livres par an.
D'après M. Guy etrLaprade , «r vingt>-cinq ans au plus sont suffisants, dans cette contrée, à l'arbre pin pour produire de la gomme. Un arpent ne peut contenir que 100 arbres; il doit être réduit à ce nombre par succession de temps; chaque arbre produit annuellement k livres de gomme, ce qui fait U quin-
taux par arpent, à 6 livres le quintal, soit â/i livres par arpent. Ainsi, les dunes de la Teste, contenant â 0,000 arpents, recouvertes d'arbres pins et converties en ateliers résineux donneraient, au bout de vingt- cinq ans, â8o,ooo livres de revenu tous les ans, pour un capital d'environ 5 s 0,000 livres, le* quel, augmenté des intérêts à 5 p. 0/0 pendant ces vingt-cinq années, formerait au total un capital d'environ 1,170,000 livres. D'après ce calcul, on peut avancer que, indépendamment de l'intérêt public, le Gouvernement ne pourrait mieux placer son argent (^). d
M. Fleury évalue de la manière suivante les avantages de l'opération :
D'après les données résultant des essais qui ont eu lieu, on pourrait évaluer la dépense de rensemencement total des dunes à une somme de & à 5 millions au plus. Indépendamment de Timmense quantité de bois de toute espèce que ces forêts fourniraient à TÉtat, on en sortirait encore un produit énorme par la vente des matières résineuses qu'on peut évaluer à raison de 8 francs par journal, si du moins Tarbre pin y est Tessence dominante ^).
D'après Ghaptal, tr l'exécution du projet rendrait à la culture des bois 1 00 lieues de terrain carrées, susceptibles un jour de rapporter annuellement plus de 5 millions de francs (^)^.
Brémontier, dans ses premiers mémoires, avance que cria fixation et la fertilisation de la totalité de ces sables ne peut guère s'élever au delà de U millions, et, vingt- cinq années après leur ensemencement, ils peuvent produire k millions de revenu W 7).
^'^ 93 prairial an y. Procès-verlMd de ^^ Rapport du 9 frimaire «un ix, du
visite des dunes de la Teste , par M. Gnyet* ministre de Fintérieur, ChaptaL Laprade, maître particulier des forêts. ^^^ Institut nationid des sciences et arts.
^) Mémoire du 96 messidor an yin, Séance du 16 floréal an vm. Rapport de
de M. Fleury, de la Teste. Coulomb, Parmentier et Prony.
Son mémoire du âo pluviôse an xu renferme le passage suivant:
Nous avons établi que, pour les dunes du golfe de Gascogne, les avances effectives à faire par TÉtat seraient de 3 millions, soit 9/5 de la dépense totale, que les travaux pourraient être termines en trente-cinq ou quarante ans, et qu'à cette époque les produits cumulés atteindraient 3 millions pour la résine seulement.
Enfin , dans sa lettre du â 5 frimaire an xi , adressée à la Société d'agriculture de la Seine, il donne des renseignements plus détaillés :
Je voulais procurer à TÉtat, avec une très modique dépense, une richesse de denrées qu'elle n'avait pas, et plusieurs millions de revenu. En effet, d'après un calcul que nous ne croyons point exagéré et dont le détail est ci-joint, vous vous convaincrez facilement, citoyens, qu'au moyen de la somme de 9,35o,ooo francs que fournira le Gouvernement, il retirera, en lvii (i8&8), un revenu net de 676,000 francs qui s'accroîtra successivement; qu'en l'auLx (i85i), il sera remboursé de sa première dépense, et qu'en l'an lxxxi(i873), à peu près, il jouira presque complètement des produits de cette entreprise, que nous pouvons porter, sans trop d'erreur, à & ou 5 millions de revenu, et vous serez convaincus encore que l'époque de la fertilisation des dunes ne peut être portée au delà de quarante-trois ans ou, an plus, de quarante-six ans.
Mode d'exécution des travaux. — Prix de revient. — Essences. — Les semis des chaînes de dunes assurent Tensemeucement des lettes dans un délai très court, pourvu que les troupeaux en soient éloignés, de sorte que le fait de les couvrir de végétation constitue une occupation complète du terrain.
Aussi, la Commission portait surtout ses efforts sur les dunes proprement dites. Il aurait été préférable, toutefois, de semer aussi toutes les lettes ; on aurait ainsi évité des revendications ultérieures.
On a' vu, dans le chapitre III, qu'au début des travaux on employait pour couverture des broussailles étendues sur le sol et maintenues par des lattes fixées dans le sable au moyen de piquets
à crochets. En Tan un (i8o/i), M. Dejean, inspecteur des travaux des dunes, fit supprimer les lattes et les piquets; on se servit alors de rameaux coupés en forme d'éventail, dont les tiges étaient enfoncées de o m. i o dans le sable. On employait de préférence la bruyère, le genêt et lajonc, puis le tamaris et les branches de pin; enfin, on a eu recours aux roseaux, aux joncs et au gourbet.
Un rapport du 6 juillet 1827, de M. Dejean, renferme les renseignements ci-après sur le mode d'exécution et le prix de revient dans les principaux ateliers.
An dëbat, les travaux se faisaient à la journée. En 1809, les fagots ont été fournis par entreprise, puis, peu à peu, la r^ie fut supprimée pour tous les travaux.
Prùc â'wn keetarejixi à la Teste.
Coupe de i,ioo fagots, à ofr.So le cent 11 'ao'
Façon, à o fr. 80 le cent 11 90
Transport a une distance de i,5oo & s,ooo mètres, à
& francs le cent 56 00
Étendage, à 1 franc le cent i& 00
Surveillant et firais de cordes pour les bgots, à ofr. yS le cent « 10 5o
i/a hectolitre de graines de pin maritime 1 o 00
5 kilogrammes degraines de genêt 3 5o
Faux frais et réparations à la suite d'ouragans & 60
Total 1 so 00
A Tatelier du cap Ferret, il fut fait un premier essai pendant les années x, XI et xu. On couvrit en broussailles, vers la pointe, une surface de 96 hectares de sable mobile qu'on chercha à garantir par un clayonnage. Couverture et clayonnage coûtèrent 1 9,0/18 fr. 76 c, mais les sables pénétraient à chaque coup de vent, et les pins et genêts ne résistaient pas au vent de mer.. Le travail fut abandonné et la couverture envahie, mais alors parut une grande quantité de gourbet semé naturellement et le sable fut fixé.
L'atelier d'Hourtin a été organisé en Tan xi. Les fagots de brande (bruyère) étaient coupés dans la lande d'Hourtin. La coupe et le liage coûtaient 6 francs le cent, pris entre Hourtin et Carcans. Le transport au bord de l'étang, la
traversée et le transport i.la côte coûtaient 97 francs. Les frais de semis pour 1 hectare, sur la cAte, étaient :
i,5oo feigotsà 33 francs le cent igS^oo*"
1,000 lattes. 5o 00
9,000 crochets i5 00
Étendage et crochetage 70 00
Surveillant, 6 jours à 1 fr. 78 c 10 5o
Chef d'atelier, 6 jours. 30 00
1/9 hectolitre de graines de pin maritime 90 00
& kilograounes de graines de genêt A 00
Frais de cordes pour lier les fiigots o 5o
Total 685 00
L'atelier du Verdon fut organisé en Tan x. Depuis cette époque, jusqu'au 30 avril 1818, on a dépensé i/i8,o3ofr. 5i et on a semé, dunes et lettes, &99 h. 86 a. 66. Les semis coûtaient très cher au début, parce que la broussaille était rare et qu'il fallait Tacheter à grands frais.
Prix pendant les exercices {ans i, zi et xii).
Achat à Saint- Vivien de la broussaille pour 160 fiigots de
10 kilogrammes en pin 9& francs^
Coupe et liage, le cent 3
Transport de Saint-Vivieu au port; 6
Transport par hateau 8
Transport du lieu de débarquement au lieu d'emploi 3
Prix de 100 fagots à pied d'oBUvre. . . kk
On employait i,5oo fagots par hectare, d'où le détail ci-après :
i,5oo fagots à Uk francs le cent 660^00 *"
1 ,000 lattes et 9 ,000 crochets 65 00
Lattage, crochetage et étendage 70 00
Chef d'atelier , 6 jours à 3 francs 18 00
Surveillant, 6 jours à 1 fr. 76 10 5o
1/9 hectolitre de graines de pin maritime 90 00
& kilogrammes de graines de geaét & 00
Frais de cordes o 5o
Total 848 00
Ayant pris Finspectionde cet atelier en frimaire an xii, je fis semer les plaines où les pins pouvaient réussir sans couverture, et, en attendant le développement de ces semis, j^employai, pour les couvertures, des roseaux de marais et autres plantes de bas-fonds que je payais jusqu a 1 5 francs le cent. Enfin, en juillet 1808, «je fis un marché avec les sieurs Barrère et Bourgeois, à raison de 8 francs le cent rendu sur place, de fagots d^herbes et autres plantes deslettes. Les semis ne réussissaient pas aussi bien qu'avec les couvertures de broussailles, attendu que Therbe se tasse trop et que, pour cette raison, le vent fatigue davantage les jeunes pins et en détruit beaucoup; mais il en reste toujours assez pour former un massif et même fournir des produits pour couverture (*).
Les marais salants conservés à Soulac par suite des travaux donnent à TËtat 600,000 firancs pour droits.
Lors de l'exécution des travaux, il était nécessaire de prendre certaines précautions pour la disposition de la couverture.
Les vents les plus violents et les plus fréquents sur les côtes du golfe de Gascogne sont ceux du sud-ouest, de l'ouest et du nordouest.
Dans le cas d'une dune isolée vers le nord et reliée au sud à une chaîne continue, l'ensemencement était dirigé en allant du nord au sud, de manière à former, autant que possible, des zones parallèles à la direction du vent du sud-ouest et en ayant soin de disposer les lisières des couvertures suivant cette même direction. Alors le semis n'avait rien à redouter des vents du nord,xlu nordouest ou de l'ouest, et, les vents du sud-ouest formant en peu de temps une dépression profonde vers le périmètre, le vent du sud, qui d'ailleurs n'est pas très à craindre , ne pouvait occasionner au-* cun préjudice.
Dans le cas d'une dune isolée au sud, il fallait, au contraire, commencer par le sud et donner aux zones formées par la couverture une direction parallèle au nord-est.
^^ Les joncs, les roseaux et les autres 96 février 1810, de Tingénieur en chef plantes aquatiques sont de beaucoup pré- des ponts et chaussées au Conseil général fërables aux branches de pin. Rapport du de la Gironde.
Si les travaux étaient commencés au mîiieu d'une chaîne, il fallait se rattacher à des dépressions orientées vers le nord et vers le sud, et arrêteriez lisières des couvertures dans le sens des vents du sud-ouest et du nord-est.
Les dunes à ensemencer étaient, en outre, protégées par des clayonnages contre lesquels le sahle venait s'amonceler.
D'après un extrait du registre des délibérations de la Commission des dunes, pour la séance du ii janvier 1808, on a substitué, à cette époque, aux clayonnages, des châssis portatifs eu planches.
Les prix de revient moyen, par hectare, étaient alors les suivants pour les contenances ensemencées depuis la reprise des travaux:
Département de la Gironde.
Atelier du Verdon i56'8o*
Atelier d'Hourtin 67 4o
Ateliers de la Teste et d'Arcachon i35 00
Département des Landes.
Atelier de Mimizan &i9^oo''
Atelier de Saint-Julien 807 90
Atelier de Neuf-Boucaut 8 3o
Le rapport du 11 janvier 1808 renferme les renseignements ci-après :
On doit observer que, depuis quelque temps, les procédés se sont simplifies et sont devenus beaucoup plus économiques. On se sert, partout où Ton peut s'en procurer, d'herbes, de joncs ou de roseaux pour faire des couvertures. Une fois que les semis seront assez grands pour être ëclaircis et fournir des branchages, la dépense des ateliers de Saint-Julien et Mimizan sera considérablement réduite.
On peut donc regarder comme assuré le succès de cette grande entreprise, digne d'illustrer tout autre règne que celui de Napoléon le Grand. Des contrées immenses, condamnées à une stérilité qui paraissait devoir être étemelle el qui envahissaient successivement les terrains en arrière, fourniront à TEtat plus de 5 millions de produit; le haussement progressif des eaux sera arrêté
et leur écoulement à la mer rendu facile; le balisage des cAtes sera assuré; des productions territoriales remplaceront celles que l'étranger nous fournissait à très haut prix; enfin, ce qui est assez rare dans toute entreprise, la dépense sera beaucoup au-dessous des prévisions.
La Commission, toutefois, pense que les fonds mis à sa disposition sont insuffisants, même en n'augmentant pas le nombre des ateliers. Il est certain qu'en doublant la dépense effective chacun de ceux-ci ne coûtera pas plus de frais de régie et de garde; et les frais généraux d'administration resteront les mêmes. De plus, comme les frais d'enceinte et, ce qui est bien plus important, les avaries occasionnées par les coups de vent sont en raison composée de la circonférence des parties ensemencées, qui n'augpiente pas en raison des surfaces, et que ces mêmes avaries sont proportionnelles au temps que dure le travail, il y a tout à gagner par la célérité.
La Commission ne cessera donc de représenter au Gouvernement, au nom du bien public et d^s succès qu'elle a déjà obtenus et espère obtenir par la suite, la nécessité de doubler au moins les fonds destinés à cette entreprise, afin d'être mise à portée d'accélérer cette grande opération. Elle n'augmentera pas pour cela, au moins d'ici i quelque temps, le nombre des ateliers, mais elle sera en mesure de travailler plus en grand, de faire pour chaque atelier les frais d'établissement nécessaires dans des endroits éloignés de toute habitation, et où il faut retenir les ouvriers le jour et la nuit, à peine de perdre un temps considérable sur le travail effectif; enfin, elle pourra faire entreprendre chaque année une dune entière, ou au moins le revers exposé aux vents régnants. Le prix d'ensemencement se trouvera par conséquent réduit de beaucoup, et on n'aura pas le désagrément de voir des parties considérables, déjà couvertes, envahies par les sables et sur lesquelles le travail est à recommencer.
Les prix par hectare indiqués ci-dessus doivent être augmentés de 8 fr. 67 pour frais d'administration.
Le montant très élevé des travaux à Saint-Julien est la conséquence de l'éloignement des branchages pour couverture.
Le prix moyen des ensemencements d'Hourtin a été abaissé par les travaux de Tannée 1807; 3oo hectares ont été fixés pour la somme modique de 3,&oo francs.
En ce qui concerne Tatelier de Neuf-Boucaut, de vastes plaines ont été ensemencées sans couverture, et cries dunes ont été à peu près fixées par Tinterdiction seule du pâturage, qui a permis aux plantes de se développer (^) 99.
^'^ Rapport du 11 janvier 1808.
BAUX BT rOBÉTS. M. J. BBBT. 5
La seule essence forestière employée dans les dunes au début des travaux était le pin maritime.
En 1810, on a introd'uit des feuillus à Soulac et au Yerdon : ff On a essayé cette année de planter les lèdes en diverses natures d'arbres, principalement en robiniers dont on espère tirer à l'avenir un très bon parti en les vendant pour faire des échalas; les châtaigniers réussissent très bien^^^.i) Plus tard, on a planté des peupliers et des chênes; cette dernière essence, indiquée par M. de Villers dans son mémoire de 1779, a donné d'excellents résultats.
On employait encore, dans la même région, le tamaris et le gourbet pour fixer les sables.
Statistique. — Dans sa séance du s ventôse an xn (2a février 180/i), la Commission a décidé qu'il serait procédé à l'arpéntage des dunes déjà ensemencées et a chargé M. Sarlat, sous-inspecteur des forêts, de l'exécution de ce travail.
A partir de cette époque, le levé des sables fixés a été effectué régulièrement chaque année.
Conformément aux dispositions des articles k de l'arrêté du i3 messidor an ix et â de l'arrêté du 3*^ jour complémentaire an ix, une somme de 5o,ooo francs était prélevée annuellement sur le budget de l'Administration des forêts, pour être employée aux travaux d'ensemencement. A la suite du rapport du 1 1 janvier 1808, mentionné dans le paragraphe précédent, cette somme a été portée à 76,000 francs pendant quatre ans, à partir de
L'ordonnance du 5 février 1817 ayant confié l'exécution des travaux de fixation à l'Administration des ponts et chaussées, la Commission des dunes a cessé de fonctionner à cette époque.
^^^ Rapport du â8 février 1810, de Tingénieur en chef des ponts et cfaaussëes au Conseil général de la Gironde.
Les contenances ensemencées sous sa direction sont indiquées ci-après :
G0H1IKAIICI. dIpHISB.
heoUrM. fruscs.
Dëpartement de la Gironde 9,5o7 506,781
Départemeat des Landes 19867 3&/i,&o8
Totaux &,37& SBi^iSg
La dépense moyenne par hectare est de 19/1 fr. 60.
Police des dunes. — Dans son rapport de tournée du 23 prairial an v, M. Guyet-Laprade , maître particulier des forêts à Bordeaux, demandait l'institution dun garde particulier pour veiller à la conservation des semis de la Teste. De même, M. Lagorsse , garde général à la Teste , dans un procès-verbal de reconnaissance du âi floréal an vi (10 mai 1798), indiquait la nécessité de protéger la nouvelle forêt contre les délinquants* Peu de temps après, un garde était nommé et, par nn premier procèsverbal du 5^ jour complémentaire an vi (âi septembre 1798), constatait un délit de pâturage dans les semis du canton de Moulleau.
Au Verdon, le garde champêtre deSoulac a été chargé de la surveillance , à la suite d'une lettre du â â thermidor an xi ( 1 o août i8o3) du président de la Commission des dunes au préfet de la Gironde, puis un garde spécial a été désigné par délibération de la Commission du 1 8 brumaire an xu (10 novembre 1 80 3).
D'autres préposés ont été nommés successivement à Hourtin, à Lacanau , à la Teste , à Mimizan et à Capbreton.
Les délits commis dans les semis des dunes étaient considérés comme des délits forestiers. Les plus à redouter étaient les délits de pâturage.
On a vu, dans le chapitre 1", S /i, que des bandes de bestiaux sauvages, chevaux et bêtes à cornes, parcouraient les dunes d'Hour-
tin, de Lacanau, de Carcans et du Porge. Des troupeaux errants se trouvaient aussi à la Teste, et des chevaux sauvages vivaient dans les dunes de Lège et dans celles de Gapbreton et de Boucau-Neuf dans le département des Landes.
Les gardes ne pouvaient s'en emparer malgré tous leurs efforts et personne ne voulait en paraître propriétaire. Les riverains des dunes ne pouvaient même en tirer parti qu'en se livrant à des chasses qui n'étaient pas sans danger.
Enfin, leç habitants de Soulac et du Verdon se permettaient de faire paître leurs bestiaux dans les semis et de couper ou d'arracher le gourbet.
Cette situation ayant été signalée au préfet de la Gironde par les délibérations de la Commission du 17 brumaire an xu (g novembre i8o3) et du 1^ brumaire an xiv (s3 octobre i8o5), il a été mis fin à ces abus par les arrêtés des s s brumaire an xiv (1 4 novembre 180 3) et 3 messidor an xu (aâ juin 180/1), et du 16 janvier 1806.
Parles deux premiers de ces arrêtés, les maires des communes d'Hourtin, de Carcans, de Lacanau et du Porge étaient chargés d'organiser trdes battues générales pour détruire les bestiaux errants d , et les gardes étaient autorisés à les tuer à l'aide des armes à feu.
L'arrêté du 16 janvier 1806 interdisait le pâturage dans les dunes du Verdon et de Soulac et à la distance de 1 5 mètres de leur périmètre, et donnait aux gardes l'autorisation crde tirer à coups de fusil sur les bestiaux errants et sans conducteur n ; il défendait, en outre, «de faire brûler, de couper ou d'arracher les gourbets ou autres plantes t).
Il fallait aussi protéger les jeunes semis contre les incendies provenant des incinérations de landes, fréquemment effectuées pour renouveler les pâturages.
D'après un arrêté du au juin 1809, ^" préfet de la Gironde, (ries incinérations ne peuvent, dans aucun cas, s'étendre au delà
du sixième des landes de chaque commune t) et le service forestier local doit être consulté. De plus, Tarticle i3 rappelle les dispositions de l'arrêt du Conseil d'État du 1 3 juin 17/ii ainsi conçu: (r II est fait défense expresse à tous propriétaires de mener ou envoyer, sous quelque prétexte que ce soit, pendant cinq ans, à compter du jour et date des incendies , leurs bestiaux pâturer dans les landes ou bruyères où le feu aurait été mis , et d'en approcher plus d'une demi-lieue, à peine de confiscation des bestiaux et de 5 00 livres d'amende contre les propriétaires desdits bestiaux, et de peine corporelle contre les pâtres qui les conduiraient, ti
Enfin, un arrêté du 3 avril 1811, du préfet de la Gironde, a interdit, dans l'intérêt de l'exécution des travaux, aux propriétaires riverains des dunes, «la coupe des végétaux employés par la Commission pour couvrir et fixer les semis 1).
Exploitations. — Grexnmage. — M. Guyet-Laprade, mattre particulier des forêts , avait signalé , dans le rapport du â 3 prairial an V précité, la nécessité d'effectuer, à bref délai, des éclaircies dans les semis de la Teste provenant des premiers essais de Brémontier. Dès la reprise des travaux, en exécution de l'arrêté du i3 messidor an ix, on a procédé à ces opérations en enlevant les bois nécessaires pour les couvertures. Mais ces extractions étaient insuflBsantes parce qu'elles ne portaient que sur les brins de faibles dimensions. Aussi, à la suite d'une délibération du i5 frimaire an XI (6 décembre i8o3) de la Commission des dunes, on a enlevé par gemmage à mort, effectué en régie, les bois trop gros pour être utilisés dans les travaux.
Il jen a été rendu compte, ainsi qu'il suit, dans le registre des délibérations de la Commission :
Par lettre du 30 nivôse an xii (11 janvier 180/1), M. Dejean, inspecteur des travaux, a fait connaître à la Commission que les semis de 1788 et 1789 à la Teste ont produit 998 kilogrammes de résine. Les pins des dunes, don plusieurs ont atteint om. 33 (1 pied) de diamètre, ont donc fourni de la ré*
sine, au bout de quatorze à quinze ans, tandis qu'il faut trente ans dans la lande.
Cette récolte a été le produit des arbres qui, étant dans le cas de gêner Taccroissement des autres, ont étë saignés à mort.
D'où la délibération du 93 pluviôse an xii (19 février 180&) de la Commission des dunes :
Art. 1". Il sera fondu s5o échantillons des résines produites par les pins de la forêt d'Arcachon, semés en 1788 sous la direction et d'après les procé* des découverts et mis en exécution par le citoyen Brémontier.
Art. 2. La quantité de i95 échantillons sera adressée au citoyen Brémontier pour être présentée aux consuls de la République, au Corps législatif et au Tribunat, aux ministres, aux conseillers d'État, à l'Institut national, à la Société d'agriculture de Paris et autres réunions savantes, etc.
Art. 3. Les consuls de la République sont très instamment priés de vouloir bien affecter aux travaux des dunes les produits successifs de la récolte des résines, pour être ajoutés à ceux qui seront accordés chaque a^^née d'après l'arrêté des consuls du i3 messidor an ir.
Art. à. Une députation de la Commission sera chargée de présenter au préfet et au conseil de préfecture de ce département les échantillons qui leur sont destinés et qu'ils sont priés de recevoir comme une marque de la reconnaissance de la Commission pour toutes les preuves d'intérêt qu'ils veulent bien lui témoigner et les encouragements qu'elle en reçoit.
Art. 5. Il en sera adressé à la même destination au préfet du département des Landes.
Art. 6. H en sera remis un échantillon au citoyen Guyet-Laprade, qui est prié de les faire parvenir aux conservateurs généraux des forêts, comme gage de la reconnaissance de la Commission.
ART. 7. n en sera adressé de même aux principaux fonctionnaires publics de ce département, aux sociétés savantes, aux conservateurs des dépôts publics d'objets relatifs aux arts et aux sciences.
Quelques années après, il a été procédé à une nouvelle exploitation, et les produits du gemmage ont été vendus à la Teste le 17 septembre 1808, par adjudication publique et à l'extinction de$
COMMISSION DBS DUNES. 71
fétu. Cette adjudicatien^ effectuée par les agents forestiers, a donné les résultats suivants :
1^ ht. — /19 pains de résine, pesant ensemble 9,33& kilogrammes. Adjuge au sieur Fleury de la Teste, à 19 fr. 5o les cent kilogrammes.
s* ht. — 1 barrique de tërëbenthine. Adjugé au sieur Lesca de la Teste pour 98 firancs.
3* ht. — Les escoubils provenant de la résine. Adjuge au sieur Lesca de la Teste pour 6 francs.
Les adjudicataires ont payé comptant le prix principal ci-dessus, plus le décime et les frais.
Des ventes ont eu lieu ensuite chaque année à la Teste à partir de Tannée 1 8 1 3 inclusivement.
A Soidac, la Commission a mis en adjudication, le 2 1 mai 1 8 1 5, 1 toise cube ( environ 1 1 stères) de bois provenant des éclaircies effectuées dans les massifs de pin maritime des dunes de Soulac et du Yerdon. Une offre de i5 francs seulement ayant été faite, la vente n a pas eu lieu ; les bois ont été cédés à l'entrepreneur de la fourniture des fagots pour couverture , et celui-ci a transporté en échange les matériaux nécessaires à la construction d'une baraque.
Dunes autres que celles du golfe de Gascogne. — Les
dunes autres que celles du golfe de Gascogne ont fait l'objet d'iin mémoire de Brémontier en date du ao pluviôse an xn (10 février 180/1). Elles diffèrent en général de celles-ci par leur composition. ,
Elles sont formées le plus souvent de sables calcaires mélangés de fragments de quartz. Ces sables se tassent et se lient, et les oyats s'y rencontrent habituellement; ils constituent des chaînes d'une faible puissance et d'une marche lente. 11 en résulte que les terres envahies dans de telles conditions forment une zone de propriétés dont l'identité peut être facUement constatée.
72 LES DUNESJDE GASCOGNE.
Les travaux de fixation de ces dunes sont d'une exécution très simple.
De la frontière belge à Tembouchure de la Somme, la dixième partie seulement de la contenance comprend des sables dénudés et nécessitant des procédés analogues à ceux qui sont employés dans les dunes de Gascogne ; sur le reste , il suffit d'effectuer sans pré* cautions spéciales des semis de pin maritime.
Entre la Somme et la Gironde et sur les côtes de la Méditerranée , la proportion des sables nus est plus considérable et peut être fixée à un cinquième de la contenance totale.
La dépense et le rendement probables sont évalués ainsi qu'il suit :