‹ Note sur les travaux scientifiquesChapitre 6 sur 6 · SUR L’INVENTION DE LA L1THOTRIPSIE · texte numérisé non relu

SUR L’INVENTION DE LA L1THOTRIPSIE

(Voir ma Table synoptique de 1832).

La question de priorité d’invention de la lithotripsie a été tellement défigurée par l’amour-propre et l’intérêt particulier qu’il importe de la reprendre et de la résoudre par des faits incontestables. Je vais donc exposer le plus brièvement possible les documens historiques qui se rattachent à l’une des découvertes les plus importantes de la chirurgie française.

Dans cette note succincte, j’adopterai les principes si souvent émis par M. Arago , dans les questions de priorité.

« Il n’y a qu’une manière rationnelle et juste d’écrire l’histoire des sciences,

> c’est de s’appuyer exclusivement... sur des publications ayant date certaine;

» hors de là tout est confusion et obscurité... J’ai parlé de publication; j’appelle » ainsi toute lecture académique , toute leçon faite devant un nombreux audi- » toire , toute reproduction de la pensée par la presse. Les communications pri- » vées n’ont pas l’authenticité nécessaire. Ne nous lassons pas de le répéter, la » publication est la seule chose que l’histoire des sciences soit tenue de consi- » dérer. > —[Annuaire du bureau des longitudes , 1842, p. 462 à 469.)

Au mois d’avril 1822 , j’ai inséré dans le Nouveau journal de médecine, tome XIII, page 344 , un article intitulé : * Note sur la possibilité de sonder l’urètre » de l’homme avec une sonde tout-à-fait droite sans blesser le canal, ce qui a

* donné l’idée d’extraire les petits calculs urinaires encore contenus dans la » vessie et de briser les gros avec la pince de Hunter modifiée, par M. Amussat,

* aide d’anatomie à la Faculté de médecine de Paris. »

Après quelques réflexions sur l’urètre et les instrumens droits, cette note se termine ainsi :

« La sonde droite m’a fait penser qu’on pourrait retirer les calculs de la » vessie avec la pince de Hunter modifiée, ce que j’ai exécuté plusieurs fois » sur le cadavre , ainsi que beaucoup d’élèves auxquels j’ai fait part de ce pro-

* cédé, et j’ai brisé dans la vessie au moyen de pinces faites exprès .des-

» calculs du volume d’une noix (1) : je n’en ai pas eu de plus gros à ma disposi- » tion... Je me propose de développer ces idees, dont le résultat est si heureux, » que je n’ose m’en réjouir avant d’avoir acquis la certitude de pouvoir faire » sur le vivant ce qu’on exécute avec facilité sur l'homme mort. »

C’est dans cette note que j’ai voulu en 1822 établir et conserver mes droits à la découverte de la lithotripsie ; c’est encore sur cette note, claire, simple, explicite , que je fonde et veux retrouver aujourd’hui mes droits à la priorité d’une aussi importante découverte. En effet, avant sa publication, il n’avait été nullement question de l’invention d’instrumens droits propres à briser la pierre dans la vessie.

Le 13 juin delà même année, 1822, je présentai à l’Académie royale de médecine, section de chirurgie, plusieurs instrumens. Le premier était une sonde droite, le deuxième une pince à extraire les calculs urétraux et vésicaux; le troisième une autre pince propre à briser les calculs de la vessie. (Extrait du procès-verbal de la séance du 13 juin.)

Dans la même séance , M. Leroy présenta également un instrument qu’il appelait lithoprione ou scie-pierre , sorte de petite couronne de trépan portée dans la vessie à l’aide d’une grosse sonde ou canule droite.

Jusque-là il ne pouvait y avoir aucune contestation, quant à l’invention de la lithotripsie, et je m’occupais activement de démontrer mes idées, de détruire les préventions contre les instrumens droits, préventions difficiles à vaincre , non seulement parmi les notabilités chirurgicales, mais encore par mi ceux qui professaient alors l’anatomie et la chirurgie ; lorsqu’au mois de février 1823 seulement , c’est-à-dire, dix mois après ma note si explicite publiée au mois d’avril 1822, et huit mois après la présentation de mes instrumens à l’Académie royale de médecine, M. Civiale , dont on n’avait pas entendu parler jusqu’alors, publia une brochure dans laquelle il s’attribua l’invention de la lithotripsie, en se fondant sur ce qu’il aurait (dit-il) imaginé , dès 1817, des instrumens destinés à saisir et à briser la pierre dans la vessie , instrumens qui auraient fait en 1818 l’objet d'une communication. Eh bien! le seul document imprimé , sur lequel M. Civiale fonde ses prétentions , est ainsi conçu: «• M. de Chabrol adresse la note descriptive et le dessin d’un instrument inventé par * le sieur Civiale, élève en médecine, qu’il propose pour l’opération de la taille > (Bulletin de la Faculté de médecine de Paris du mois d’août 1818 , séance du 30 juillet ).

(1) Mon instrument se trouve représenté dans l’ouvrage de M. Leroy d’Etiolles, 1829, pl. 2, fie. 9 Modifie par M. Heur eloup , cet instrument lui a valu un prix à l’Institut ; M. Leroy dit dans sou ta.

riatLSe ' au moyen des *

Or il est évident que dans cette note il n’est question que de la taille et nullement de briser la pierre dans la vessie avec des instrumens quelconques. Mais laissons parler M. Heurteloup qui a eu entre les mains le document à l’aide duquel M. Giviale a cherché à égarer l’opinion publique. Voici ce que dit M. Heurteloup dans une lettre adressée en 1827 à l’Académie royale des sciences, page 98.

* Sllr q uoi s’appuie M. Civiale pour prouver son initiative en 1817? sur une » feuille de papier, sans forme , festonnée par l’usure, sale et détériorée , toute » raturée, mal écrite, ayant en marge une esquisse au crayon représentant im- » parfaitement un instrument à poche qu’il destinait alors à saisir la pierre, et » à côté de cet instrument le dessin d’un autre assez semblable à celui lithogra- » phié dans son travail de 1823, mais dessiné plus fraîchement. » MM. Richerand, Gapuron, Leroy, Tavernier, et tous ceux qui ont vu le manuscrit de M. Civiale partagent l’opinion de M. Heurteloup.

Mais, sans tenir compte de cette opinion émise sur le curieux document que nous venons de citer, je dirai que s’il était vrai que M. Civiale eût songé à la lithotripsie en 1817 , il se serait empressé, cela n’est pas douteux , de communiquer ses idées au monde savant, sinon avant , au moins immédiatement après ma présentation au mois d’avril 1822. Comment se fait-il donc qu’il ait attendu dix mois après ma communication , sans réclamer une découverte aussi importante qu’il prétend avoir faite en 1817 , cinq années avant moi? Comment se fait-il qu’il n’ait trouvé à s’appuyer que sur un titre insignifiant, n’ayant aucune valeur en matière de priorité, comme l'établit M. Arago dans une notice snr l’invention de la machine à vapeur.

« En thèse générale, dit le savant académicien, l’histoire des sciences doit se » faire exclusivement sur des pièces imprimées. Des documens manuscrits ne » sauraient avoir aucune valeur pour le public, carie plus souvent il est dépourvu » de tout moyen de constater l’exactitude de la date qu'on leur assigne. ( Annuaire » de 1837, p. 232.) *

Sentant lui-même la faiblesse de ce titre, M. Civiale a écrit en 1826, dans son ouvrage sur la lithotripsie, p. viij de la préface : « de longues recherches anatomiques sur l’urètre m’ont conduit a la découverte de la lithotritie. » Et en 1827, dans sa lettre à M. de Kern, p. 7 : * Les recherches de-, cet anatomiste » (Amussat), sur la structure de l’urètre, nont contribué en rien au succès de » la lithotritie. » Or, où sont les recherches anatomiques de M. Civiale sur l’urètre? dans quel ouvrage les a-t-il exposées? Nulle part : bien plus, si nous voulions admettre un moment leur existence, aussitôt M. Civiale viendrait luimême nous détromper, et nous prouver par un document irrécusable que jamais^

il ne s’est occupé de recherches anatomiques sur l’urètre ; il nous citerait, par exemple, le passage suivant, de son livre sur les rétentions d’urine ( 1823,p. 16) : » il serait oiseux de faire ici Chistoire et la description des bougies , elles sont généralement trop connues ; il en est de même dü canal dans lequel on doit les

INTRODUIRE ; AUSSI LE PASSERAI-JE SOUS SILENCE, EN RENVOYANT AUX OUVRAGES

> de Winslow. etc. » Ce n'est donc pas l’anatomie qui a conduit M. Civiale

à la lithotripsie, puisque d’une part, en 1823, il. s’eu rapporte encore, pour l’urètre, à la description des anciens, et que, d’autre part, il prétend avoir découvert la lithotripsie en 1817.

Que si M. Civiale tenait davantage à son assertion émise en 1826, que de longues recherches anatomiques sur fur être l’avaient conduit à la découverte de la lithotripsie , alors il aurait été conduit à cette opération, non pas en 1817, comme il le prétend, mais de 1823 à 1826, après avoir, par des travaux anatomiques accomplis dans cette période de trois années, substitué ses idées à celles de Winslow, qu’il adoptait encore en 1823.

Au reste je pourrais , si les bornes de cette note me le permettaient, accumuler une foule de documens qui prouveraient que jusqu’au mois d’avril 1822, époque à laquelle je publiai mes idées, personne en France n’avait parlé de la lithotripsie, et que, par conséquent, cette opération ne date que de cette époque. (Voir ma table synoptique de la lithotripsie, 1832.) Disons d’abord que M. Leroy d’Etiolles avoue dans son ouvrage sur la lithotripsie, publié en 1825, qu’il était invinciblement arrêté par la forme de son instrument, et que c’est moi qui ai fait évanouir à ses yeux toutes les difficultés qui l’avaient arrêté jusqu’alors.

Citons enfin le jugement qui a été porté sur mes travaux par un des membres les plus illustres de l’Académie des sciences, par le vénérable baron Boyer, ce fidèle et véridique historien de la science. Voici ce qu’il dit dans la 4e édition de son Traité des Maladies chirurgicales, 1831, tome IX, p. 545 :

« M. Amussat fut conduit, par ses recherches anatomiques sur l’urètre, à » s’assurer que l’on peut introduire par le canal, dans la vessie de l’homme, » une sonde tout-à-fait droite, sans faire subir aucune violence aux parties; la » possibilité de cette introduction fut annoncée par M. Amussat, au mois d’a- » vril 1822, comme une découverte nouvelle, et presque tous les médecins la » regardèrent comme telle, quoiqu’elle fût connue longtemps auparavant; mais » si M. Amussat n’a pas l’avantage de la priorité sur ce point, on ne peut lui » refuser celui d’avoir tiré le cathétérisme, que l’on nomme rectiligne, parce » qu’on le pratique avec uue sonde droite, de l’oubli dans lequel il était tombé. » On peut même ajouter qu’il a conçu l’idée de cette opération d’après ses re- » cherches sur ta direction et la structure de l’urètre , et sans avoir en aucune

» connaissance des livres dans lesquels il aurait pu la puiser. Si M. Amussat » n’avait pas annoncé ce que Santarelli et Gruithuisen avaient] démontré avant • lui, savoir : la possibilité d’introduire une sonde droite par l’urètre dans la » vessie de l’homme (et le premier brise-pierre droit), on aurait probablement re- » noncé au projet de détruire la pierre dans la vessie par des moyens mécaniques,

» EN SORTE QUE NOUS AURIONS ÉTÉ PRIVÉS, SINON POUS TOUJOURS, AU MOINS POUR

« longtemps, des bienfaits de la lithotripsie : mais du moment que l’on connut » la possibilité de porter une sonde droite de gros calibre dans la vessie, on » changea la direction des instrumens lithotriteurs ; on les rendit parfaitement » droits, et dès lors toutes les difficultés qui provenaient de leur courbure s’èva- » nouirent. »

Après avoir démontré que M. Civiale n’a fait connaître qu’en 1823 des travaux sur la lithotripsie, qu’il a vainement cherché à faire remonter à 1817; après avoir démontré aussi que M. Leroy d’Etiolles était arrêté par la courbure de ses instrumens, et que d’après ses propres aveux, j’ai fait évanouir à ses yeux la plupart des difficultés qui l’avaient arrêté jusqu’alors (avril 1822), nous allons essayer de prouver que c’est également à tort qu’on a accordé, les uns à Eldgerton, les autres à Gruithuisen, le mérite de l’invention de la lithotripsie.

En 1813, Gruithuisen publia, dans la Gazette de Saltzbourg, un article intitulé : « Doit-on renoncer à l’espoir qu’on avait autrefois de pouvoir un jour détruire les pierres dans la vessie par des moyens soit mécaniques, soit chimiques ? » Or, ce titre seul indique que l’auteur n’avait pas d’idées arrêtées.

Au reste, d’après MM. Percy, Leroy et Boyer, il est bien démontré que Gruithuisen a été complètement ignoré en France jusqu en 1824. D’ailleurs, si cet auteur eût été convaincu de la possibilité de détruire les calculs vésicaux par des moyens mécaniques, il n’aurait pas conseillé le galvanisme et la perfusion ; il aurait abandonné ces deux moyens, comme MM. Leroy et Civiale ont abandonné les moyens chimiques et les instrumens courbes dès qu ils ont eu connaissance de ma note de 1822. Et dans son rapport à l’Institut, de 1824, le savant Percy porte le jugement suivant sur les essais de Gruithuisen : t Projet „ à peine ébauché dans une gazette étrangère , resté inculte et oublié dans le , pays qui le vit naître, tout entier en théorie et en spéculation et n’ayant jamais » eu le moindre commencement d'exécution ni dans les instrumens, ni dans leur » emploi. »

On pourrait croire que Percy, voulant favoriser M. Civiale, émettait un jugement trop sévère sur les travaux de Gruithuisen, et que peut-être il se laissait guider par un sentiment de nationalité ; qu’on se détrompe : un des corn-

patriotes de Gruithuisen va le juger aussi sévèrement. Voici ce que dit Chelius :

* Le procédé de Martin (détruire la pierre avec une lime), la méthode de per- » fusion des calculs inventée par Gruithuisen et l’instrument d’Eldgerton ne mé- > ritent qu’une mention. » (1822. Manuel de Chirurgie, tome II, p. 1089.)

Quant à Eldgerton, il a donné seulement, en 1819, la description d'un instrument courbe propre à détruire les calculs dans la vessie, etc. Voici le jugement qui a été porté sur cet instrument parle rédacteur du Journal Complémentaire des Sciences Médicales : * Il importe en chirurgie de signaler les idées monstrueuses comme les procédés utiles, et tel est le seul motif qui a pu nous déterminer à faire connaître à nos lecteurs le mémoire de l’écrivain anglais (Journal Complémentaire, tome V, p. 47. )»

En résumé, MM. Gruithuisen, Civiale et Leroy avaient surtout pour but de détruire les calculs par les lithontriptiques, les moyens mécaniques n’étaient qu’auxiliaires pour connaître la nature des calculs; seul j’ai trouvé un moyen physique qui exclut les agens chimiques, auxquels je n’ai jamais pensé. Les documens que j’ai cités prouvent, en effet, que je n’ai pas procédé comme ces messieurs; voilà pourquoi je suis arrivé à un résultat tout-à-fait différent.

Enfin, si la priorité d’invention appartient à celui qui établit un fait nouveau, et qui le fait admettre par ses contemporains, ou mieux encore, à celui qui a donné l’impulsion à la science pour créer une nouvelle opération, les documens authentiques établiront que c’est uniquement par mes propres travaux que la voie a été ouverte en 1822.

Je le répète encore, ce n’est pas Gruithuisen qui a donné l’impulsion, il n’a rien établi, rien fait admettre par ses contemporains; il a été ignoré en France jusqu’en 1824 et [il n’avait donné aucune suite à ses idées, ce n’est pas non plus M. Civiale, puisqu’il avait, comme Gruithuisen, abandonné ses recherches lithontriptiques, et que jusqu’en juin 1823 il n’avait rien publié; enfin, ce n’est pas M. Leroy d’Etiolles qui a donné l’impulsion, puisqu’il avoue qu’il était arrêté par la courbure de son instrument, bien qu’il ne fût encore destiné qu’à reconnaître la nature des calculs. Qu’il me soit permis de répéter ce que M. Arago dit à l’occasion des travaux de James Watt. (Annuaire pour 1839, p. 356.)

« La solution d’une question de priorité, quand elle se fonde, comme celle que » je viens d’exposer, sur l’examen le plus attentif de mémoires imprimés et sur

* la comparaison minutieuse des dates, prend le caractère d’une véritable dé- » monstration. »

Or je crois avoir démontré que de 1813 à 1817, on ne trouve aucune trace de la lilhotripsie, qu’il en est de même de 1817 à 1822; mais qu’à partir du mois d’avril 1822, époque à laquelle j’ai démontré la possibilité de sonder l’urètre

de l’homme avec des instrumens droits, et de briser les calculs dans la vessie avec des instrumens également droits, la lithotripsie s'est développée et a subi des perfectiounemens successifs pour lesquels l’Institut a décerné des récompenses. Bien ne prouve, en effet, que ce corps savant se soit prononcé sur la découverte de la lithotripsie.

Citons le texte même du programme des prix pour la séance annuelle du 20 juin 1825.

« Le rapport de la commission a cité honorablement les noms de MM. Amus- « sat, Leroy d’Etiolles et Civiale, dont les recherches ont eu pour objet une opé- « ration qui consiste à briser et détruire dans la vessie, les calculs qui s’y for- * ment ou s’y développent. Les résultats dus à MM. Civiale, Amussat et Leroy « d’Etiolles sont mentionnés dans le rapport.

« il n’est rien affirmé sur l’antériorité de L’iNvENTioN, et ces mêmes tra- « vaux confirmés par une plus longue expérience, pourront devenir l’objet de « prix décernés dans les concours suivans. »

Et en relisant les programmes des prix décernés depuis cette époque, on trouve la preuve que l’Académie des Sciences n’a jamais résolu la question de priorité en faveur de personne, qu’elle reste dans les mêmes termes, qu’en un mot, elle n affirme rien sur l’antériorité de l’invention de la lithotripsie.

Sans doute, M. Civiale a appliqué le premier la lithotripsie; mais il aurait dû se contenter de cet avantage, qu’il ne doit qu’à l’empressement que j’ai mis à publier des idées nouvelles, qui, j’ose le dire, m’auraient conduit seul au but, c’est-à-dire, à l’application, si j’avais eu plus d’expérience comme cela m’est arrivé pour la torsion des artères. L’application d’une découverte par un autre que l’inventeur peut mériter des encouragemens lorsqu’elle est faite de bonne foi; mais appliquer n’est pas tout, quoi qu’en aient dit quelques personnes, qui ne veulent voir que le côté pratique d’une découverte, et qui trouveraient certainement un tel jugement fort injuste, si on leur en faisait subir les conséquences.

En général, le succès pratique éblouit et fait oublier qu’il est plus difficile d’imaginer que d’appliquer; et, si en 1821 l’Académie des sciences avait donné pour sujet de prix la question suivante : « Trouver les moyens d’éviter l’opération de la cystotomie, » ou mieux, t trouver le moyen de détruire les calculs vésicaux par des agens mécaniques, » il est évident, je puis le dire, que seul à cette époque j’aurais pu résoudre le problème avec des instrumens droits et varier les moyens, tandis que MM. Leroy et Civiale n’avaient que des instrumens courbes destinés uniquement à reconnaître la nature des calculs, et qu’ils se sont empressés de modifier après que j’eus démontré, au mois d’avril 1822, la possibilité d'introduire des instrumens droits daus la vessie.

En jetant un coup d’œil rétrospectif sur l’histoire de la lithotripsie, sous le rapport de l’invention des instrumens brise-pierre et perce-pierre , nous pouvons supposer un moment que MM. Leroy et Civiale n’ont pas concouru au développement de la lithotripsie. Je me trouve donc abandonné à mes propres forces, avec mon brise-pierre ; mais viennent bientôt les inventeurs d’instrumens analogues, et pour ne parler que des plus importans, M. Heurteloup avec son brisecoque, qui n’est que le perfectionnement de mon instrument, et qui lui a valu un prix; puis M. Jacobson avec son ingénieux brise-pierre, et enfin, M. Heurteloup avec son percuteur.Dans cette supposition, et en considérant le résultat actuel auquel on est arrivé pour la lithotripsie, on voit que MM. Leroy et Civiale, en imaginant des instrumens perforateurs, nous ont déviés de la bonne route, dans laquelle j’étais entré le premier, et que, tout occupé alors de rédiger le travail anatomique qui m’avait servi de point de départ, j’ai mis de côté, pendant quelque temps, l'idée de perfectionner mon brise-pierre. J’ajouterai qu’aujourd’hui encore tous nos instrumens brise-pierre perfectionnés n’agissent efficacement que parce qu’ils sont parfaitement droits dans leur portion urétrale.

Après avoir démontré par des preuves authentiques la réalité de mes droits à l’invention de la lithotripsie, je me trouve heureux de pouvoir terminer cette note par une pensée juste et rassurante de M. Arago.

« Au sein des Académies la vérité se fait jour tôt ou tard, et en matière de » découvertes il n’y a jamais prescription. » (Annuaire du Bureau des Longitudes 1839, éloge de Watt, p. 347.)

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