CONCLUSION
Nous avons passé en revue aussi complètement qu’il nous a été possible les diverses colorations que l’on rencontre dans les verres des vitraux anciens, ainsi que les corps employés pour les produire, nous n’aurons qu’un mot à ajouter pour faire connaître la façon dont ces corps y étaient incorporés.
Le mélange vitrifîabie étant préparé, suivant la nature du corps dont il était fait usage pour fournir la partie alcaline, on en opérait le frittage, puis on y introduisait les oxydes colorants et l’on procédait à la fusion.
Quand on voulait modifier la teinte ou, suivant le terme admis, la corriger, on introduisait dans le verre fondu la quantité d’oxyde jugée nécessaire; on trouve la preuve que ce procédé était souvent pratiqué par les nombreux morceaux contenant des veines d’intensité variable, surtout dans les verres de teinte foncée, tels que les bleus, qui attestent que le mélange et la dissolution ne s’en étaient faits que d’une façon incomplète.
Ce dernier moyen, auquel on a renoncé aujourd’hui, permettait au verrier d’obtenir, d'une façon presque certaine, le ton dont il avait besoin.
Ces veines qui forment des dégradations de teintes, quelquefois très accusées, ne nuisaient en rien au vitrail, elles produisaient au contraire un chatoiement favorable à l’effet général.
Le plus souvent, la fabrication des verres était faite par les artistes en même temps que praticiens qui devaient les utiliser; ils en suivaient les phases successives avec le plus grand soin.
Ayant besoin de quantités relativement faibles de verre d’une même teinte, on en produisait peu à la fois; aussi les creusets étaient-ils de faible capacité et ne contenaient guère, d’après les indications données par Théophile, plus de 6ohg à 70kg de verre fondu.
On comprend que, dans ces conditions, il était difficile d’obtenir des manchons ou des plateaux de dimensions un peu importantes, et qu’ils devaient contenir de nombreux défauts, tels que bulles, stries, cordes, provenant de l’opération même du cueillage dans un vaisseau de capacité relativement faible; ces creusets, faits en forme de cuvettes ouvertes,
étaienl introduits dans des fours de petites dimensions, chauffés au bois.
Il existe encore en Normandie et en Bohême des verreries dans lesquelles la fusion du verre s’opère dans des conditions analogues, sauf que les dimensions des creusets et des fours sont plus grandes, excepté en Bohême.
Ces fours devaient pouvoir produire une température élevée, caries verres de ces époques, peu fusibles, comme nous l’avons vu en parlant de leur composition, sont néanmoins bien fondus et d’un affinage suffisant que la petite quantité de matière mise en œuvre dans chaque creuset, bien faite cependant pour en faciliter la fusion, ainsi que la durée prolongée de la fonte n’auraient pas permis seules d’obtenir.
Nous avons terminé cette étude dans laquelle nous avons consigné les observations que nous avons cru pouvoir intéresser les artistes et les techniciens s’occupant de la fabrication du verre et de son emploi au point de vue décoratif; nous avons cherché à faire connaître ces verres, intéressants à tous les points de vue, qui ont joué un rôle prépondérant dans la composition des verrières anciennes, ces œuvres de nos ancêtres, d’un sentiment esthétique si développé auquel nous ne pouvons que difficilement atteindre, et si remarquables par leur exécution matérielle que nous devons chercher à prendre pour modèle et à imiter.
Al’époque actuelle, les améliorations apportées à la fabrication du verre, quelque grandes qu’elles aient été} n’ont que bien faiblement contribué au développement de l’art de la Peinture sur verre; elles ont été, au contraire, dans bien des cas, l’origine d’œuvres décoratives des plus médiocres.
Pour obtenir des vitraux comparables à ceux des xne, xme et xvte siècles, il faudra recourir aux mêmes moyens que ceux utilisés avant nous et adopter, pour la fabrication des verres en particulier, les mêmes procédés ou des procédés analogues
à ceux employés à ces époques déjà si éloignées de nous.
C’est ce qui a été compris du reste, et, depuis quelques années, une fabrication établie spécialement en vue de produire des verres de couleur pour vitraux d’église a donné les meilleurs résultats.
En Angleterre d’abord, en France, en Belgique, en Allemagne, des artistes consciencieux et de grand mérite, s’inspirant des meilleurs modèles qui nous soient restés, ont pu, grâce à l’emploi de ces verres, produire des vitraux comparables aux vitraux anciens.
On peut être étonné que des procédés imaginés et employés depuis huit cents ans et plus puissent et doivent être préférés à ceux que les progrès et les découvertes modernes ont permis d’appliquer; c’est là, à nos yeux, une preuve de la supériorité de ces artistes, qui, s’inpirant des traditions séculaires laissées par leurs devanciers, ont su faire concourir de la façon la plus habile et la plus judicieuse, à l’accomplissement de leurs œuvres, tous les éléments qu’elles mettaient à leur disposition.
Ces artisans modestes nous ont prouvé qu’ils n’étaient pas seulement des artistes de valeur, mais qu’ils étaient en même temps des verriers habiles.