‹ Note sur les verres des vitraux anciensChapitre 15 sur 16 · VERRES JAUNES · texte numérisé non relu

VERRES JAUNES

Les verres jaunes que l’on rencontre dans les vitraux anciens sont teintés par deux procédés différents : ou ils sont colorés dans la masse, ou ils sont teintés superficiellement sur une de leurs faces, après leur fabrication, par un procédé dit de cémentation, dont il a été déjà question.

En principe, la coloration en jaune peut être donnée au verre soit par l’introduction, dans une composition neutre ou oxydante, d’un mélange à proportions à peu près égales de bioxyde de manganèse et de sesquioxyde de fer, soit dans un verre de composition réductrice, de soufre ou de charbon, donnant lieu à la formation d’un sulfure de sodium jaune.

La coloration donnée par ce dernier procédé est beaucoup plus brillante que la première, et il est très facile de la différencier de eelle donnée par le mélange de deux oxydes.

Le procédé de coloration par le manganèse et le fer était le seul employé dans les verres anciens ; la teinte qu’on obtient ainsi varie du verdâtre jaune au jaune doré intense, plus ou moins chaud, suivant les proportions relatives de chacun des oxydes employés.

C’est par erreur que l’on a attribué au soufre ou au charbon la coloration en jaune des verres anciens. Bontemps, dans son Ouvrage sur la Verrerie, a contribué à le faire penser en disant qu’il avait reproduit, par l’emploi du charbon, les jaunes trouvés dans les vitraux anciens.

Nous avons cherché à nous en assurer, et pour cela nous I avons dû procéder à l’analyse d’une série d’échantillons de jaunes variés et d’époques différentes. Ces expériences n’ont f fait que confirmer notre première opinion.

Les échantillons sur lesquels nous avons opéré sont :

i° Un verre jaune de teinte moyenne, du xne siècle, de la [ Cathédrale de Bourges;

2° Un du xiie siècle, de Poitiers;

3° Un autre de Poitiers, du xme siècle;

4° Un de Conches, du xvie siècle;

5° Un de Saint-Etienne de Beauvais, du xvie siècle.

Tous, sans exception, contiennent du bioxyde de man- , ganèse et du sesquioxyde de fer.

Ils sont tous beaux et harmonieux, et, quelle que soit l’intensité de coloration, ils ne changent pas de ton quand on les soumet dans un moufle à l’action de la chaleur.

Cette qualité, que tous les jaunes faits par ce procédé à l’époque actuelle sont loin de posséder, prouverait que les I verres étaient soumis à l’action de flammes oxydantes maintenant l’oxyde de manganèse au maximum d’oxydation.

On trouve au xvie siècle quelques jaunes doublés de verre blanc et de verre bleu, donnant des tons neutres d’un joli effet.

Aux xve etxvi6 siècles, les jaunes doublaient souvent le verre rouge dont on augmentait ainsi l’éclat.

Le second procédé, dit par cémentation, consiste, comme nous l’avons vu, à appliquer sur une des faces du verre un I sel d’argent, soit à l’état de sulfure, soit à l’état de chlorure, ; après l’avoir divisé par son introduction dans une matière inerte, infusible et indécomposable à la chaleur du moufle, . de façon à en faire une pâte humide et molle : on obtient,

‘ après cuisson, une teinte jaune superficielle, proportionnelle comme intensité à la quantité d’argent qui y a été appliquée ' et qu’on peut augmenter en prolongeant la durée de la | cuisson et l’élévation de la température.

Les jaunes d’argent des verres anciens sont généralement très beaux et très transparents; ils ne sont pas métallisés, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas opalescents par réflexion, par suite d’une réduction trop complète de l’oxyde d’argent.

Jusqu’au xvie siècle, les jaunes d’argent sont d’une teinte jaune-serin, ne tournant pas à l’orangé ; aux xvne etxvme siècles, la teinte se modifie et ils deviennent plus rouges; cette différence de coloration provenait de l’introduction dans les verres de chlorures alcalins non décomposés, fournis par les soudes impures du commerce, comme nous avons eu occasion de le dire.

Tous les verres blancs fabriqués pour vitrer les fenêtres des habitations, qui, à cette époque, étaient toujours plus ou moins teintés, possédaient la propriété de se colorer en jaune dans les conditions précitées.

Dans la suite, les perfectionnements apportés à la fabrication du verre à vitres et en particulier ceux ayant pour objet d’en diminuer la coloration par l’emploi de matières premières plus pures, ont fait perdre au verre cette précieuse propriété.

M. Bontemps, le premier, a réussi à fabriquer des verres se teignant à la façon des verres anciens ; il est même parvenu à en faire qui prenaient une coloration presque rouge beaucoup plus intense que celle obtenue avant lui.

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