X. DELORE, et
Assistant de M. le Prof. Poncet (de Lyon).
R. LERICHE,
Interne des hôpitaux (de Lyon).
L’opportunité du traitement chirurgical du cancer gastrique n’est plus discutable aujourd’hui, et cette partie de la chirurgie stomacale en est aujourd’hui à ce point de son histoire où s’affirment les règles thérapeutiques par la précision des indications et la connaissance détaillée des résultats prochains et éloignés.
C’est à ce titre que nous publions l’observation suivante, sur les conseils de notre maître, M. le professeur Poncet.
C’est celle d’une malade que nous avons pu suivre et observer minutieusement pendant plusieurs mois à la Clinique et pour laquelle on avait porté le diagnostic de périgastrite ulcéreuse. L’histoire de la maladie évoluant pendant des années comme un ulcère, l’examen clinique, des1 constatations opératoires, tout semblait légitimer et confirmer ce diagnostic. La simple libération des adhérences, puis plus tard une gastro-entéro-anastomose n’ayant amené que des résultats éphémères, on réséqua la plus grande partie de l’estomac, et l’examen histologique de la pièce enlevée révéla un cancer. Celui-ci avait donc évolué pendant des années sans ganglions, sans généralisation, sans cachexie, restant jusqu’à la fin parfaitement extirpable.
Il ressort pour nous avec évidence de cette observation que l’on
REVUE DE CHIRURGIE
s’est peut-être trop hâté de déclarer la supériorité d’une thérapeutique simplement palliative dans le cancer de l’estomac et qu’à côté des nombreux cas où la gastro-entérostomie est la seule et d’ailleurs excellente intervention possible, il faut faire une place plus large aux pylorectomies et aux gastrectomies.
Isolé en quelque sorte dans la cavité péritonéale, l’estomac peut être facilement exploré. « Plus facilement qu’une langue, qu’un sein ou qu’un rectum » (Hartmann et Cunéo). Ses lymphatiques et ses ganglions sont extirpables. Les conditions d’une opération radicale se présentent bien plus favorablement qu’ailleurs.
Et de plus, il semble bien, notre observation en est la preuve, que certains cancers gastriques ont une évolution en quelque sorte bénigne, ne se généralisant que très tard, bref, qu’il y a lieu d’établir la même distinction d’évolution entre eux qu’entre les cancro'ïdes cutanés et les cancers des muqueuses.
Quels sont ces cas? Ne seraient-ce pas ces cancers greffés sur des ulcères que le professeur Tripier et Duplant ont montrés n’être que des cancers rongeants, à lente évolution? C’est ce qu’il faut rechercher. Et notre observation est une simple contribution à cette étude.
Observation. — Diagnostic résumé : Ulcère de l'estomac. Périgastrite adhésive. Décollement des adhérences. Ultérieurement gastro-entéro-anastomose. Puis, gastrectomie partielle. Fistule gastrique au liG jour. Mort. — Autopsie: Symphyse péricardique. Symphyse pleurale. Pas de ganglions, ni de généralisation. — Examen histologique : Cancer.
Marie Del..., soixante-deux ans, journalière.
Pas d’hérédité particulière; cependant une de ses sœurs serait morte à quarante-cinq ans d’un cancer de l’estomac.
Personnellement, histoire très chargée. A deux ans, contusion abdominale violente; à treize ans, fièvre typhoïde assez grave. De quarante-cinq à quarante-neuf ans, cette femme, jusque-là bien réglée, qui n’avait eu ni enfant, ni fausse couche, présente des phénomènes utérins.
On crut, dit-elle, à une grossesse extra-utérine. Finalement, M. Levrat lui fit, à la Charité, une hystérectomie abdominale supra-cervicale qui la guérit.
Quelque temps après, elle présenta des phénomènes douloureux de l’abdomen, des troubles digestifs et fit deux séjours dans le service de M. Bouveret.
Améliorée d’abord, elle fut, deux ans plus tard, laparotomisée par M. Sabatier.
L’intervention paraît avoir visé une tumeur périgastrique et fut peut-être simplement exploratrice. En tout cas, la guérison opératoire fut rapide, mais la malade ne fut guère améliorée.
Un peu plus tard, M. Bérard enlève, à deux reprises, un cancroïde de l’aile du nez, dans le service de M. Poncet.