‹ Note sur un cancer de l'estomac simulant l'ulcèreChapitre 4 sur 13 · X. DELORE et R. LERICHE. — cancer de l’estomac · texte numérisé non relu

X. DELORE et R. LERICHE. — cancer de l’estomac

En août 1902, elle entre à l'Hôtel-Dieu dans le service de M. Mouisset, suppléé alors par M. Duplant. Elle dit souffrir de l’estomac par périodes depuis dix ans. Dans ces derniers mois, ses souffrances sont devenues intolérables; à l’entrée, elle est très amaigrie, très pâle, gardant le lit. Les douleurs sont localisées dans la région épigastrique médiane et gauche, avec irradiations très nettes à gauche et dans le dos et des paroxysmes capricieux et pourtant assez constants après le repas; sensation gravative avec tiraillements sous-ombilicaux.

La malade a un dégoût spécial pour les aliments azotés, des nausées, des renvois muqueux et glaireux. Pas de vomissement alimentaire, sauf quatre jours avant l’opération.

Jamais d’hématémèse, ni de melæna. Pas de signe de sténose pylorique. L’exploration met en évidence la sensibilité de la région épigastrique surtout à gauche, entre la ligne médiane et le rebord des fausses côtes. A ce niveau, on sent une masse dure, douloureuse irrégulière. Quelques nodosités semblent se continuer jusqu’à l’ombilic.

Au-dessous- existe une légère éventration et une hernie épiploïque.

Le lobe gauche du foie est facilement perçu.

L’insufflation de l’estomac, pratiquée très prudemment par M. Duplant, lui montra que la grande courbure ne descendait pas au-dessous de l’ombilic. Le chimisme stomacal montre de l’hyperchlorhydrie.

Au bout de quelques jours, la malade, jusque-là apyrétique, eut des poussées fébriles (39°) coïncidant avec une accentuation notable des douleurs, une anorexie presque absolue. L’élévation de température dura environ quinze jours.

En présence de ces symptômes et de l’apparition de la fièvre, MM. Duplant et Langlais portent le diagnostic de périgastritè adhésive consécutive à un ulcus gastrique, le foyer péritonéal étant en pleine activité inflammatoire.

La malade est soumise à M. Delore et envoyée dans le service de M. le prof. Poncet.

Le 30 août, M. Delore fait une laparotomie sus-ombilicale après éthérisation. On trouve l’épiploon adhérent au péritoine pariétal, qui est prudemment incisé. En haut, on tombe sur une grosse masse adhérente qui est soigneusement disséquée. On constate qu’elle comprend de l’épiploon adhérent et enflammé, unissant la paroi à la nappe sous-jacente que l’on résèque entre deux pinces, puis une masse formée par la partie inférieure de la petite courbure et le commencement de la face antérieure adhérant solidement au bord antérieur et à la face inférieure du foie (voy. la figure). Celui-ci, à ce niveau, est fibreux, induré, s’allongeant en une languette scléreuse qui va se fusionner intimement avec la paroi stomacale. On peut alors disséquer à petits coups de ciseaux ces adhérences et finalement libérer complètement l’estomac.

Il semble que l’on a affaire à une adhérence formée par le fond d’un ancien ulcère de la petite courbure qui est venu se coller contre la face inférieure du foie. Suture hémostatique de la tranche hépatique. Tout autour, existent d’autres adhérences gastro-hépatiques moins solides, corn-

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prenant la région pvlorique de la face antérieure de la petite courbure et les unissant à la face inférieure du foie; ces adhérences furent décollées autant que possible et on laissa une mèche tant pour l’hémostase que pour maintenir la séparation.

Il existe une adhérence du côlon transverse au bord inférieur de l’antre pvlorique. On la respecte et on referme l’abdomen.

Après l’opération, la malade fut rapidement très améliorée, ne souffrant

a , adhérences gastro-coliques à hauteur de l’ombilic; b, adhére/ices gastro-hépatiques allant jusqu’à la vésicule; c, foie. — Le pointillé indique la zone de la face antérieure adhérente à la paroi.

plus de crises gastriques, digérant bien et sans aucun trouble chimique ou mécanique du côté gastrique.

C’est à cette époque, alors qu’elle avait repris un embonpoint marqué et retrouvé ses forces, qu’elle fut présentée par M. Duplant 1 à la Soc. des Sciences médicales de Lyon, où elle fut le point de départ d’une discussion sur la périgastrite ulcéreuse à laquelle prirent part MM. Josserand, Mouisset, Duplant, Villard et Jaboulay.

Mais bientôt les phénomènes douloureux réapparurent; la douleur est surtout localisée au creux épigastrique, à deux ou trois travers de doigt au-dessous de l’ombilic du côté gauche.

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