SÉANCE DU 23 MARS
iN’ayant pas (Je caractères absolus pour fixer la limite de révolution des aréoles, j’ai cherché si dans l’insertion et le nombre des aiguillons qui composent une aréole il existe certaines lois qui permettent d’arriver au meme but par des observations indirectes.
J’ai choisi des plantes qui, dans un état normal, donnaient des gemmes, et j’ai comparé entre elles les aréoles de ces gemmes avec les aréoles nouvelles et anciennes de la plante-mère.
J’ai toujours trouvé sans exceptions, sauf les cas de lésions manifestes, que le premier stratum se présente toujours identiquement le même pour le nombre et l’insertion des aiguillons;
Que les stratum de mêmes rangs sont également identiques; mais que, pour ceux-ci, les circonstances extérieures dont l’influence ne se faisait pas sentir dans le premier stratum , ont une influence qui parfois vient altérer cette parfaite identité.
Les altérations se manifestent par de légers déplacements d’insertion qui le plus souvent, bien que appréciables, permettent de reconnaître l’insertion régulière par des avortements et des dédoublements d’aiguillons, qui, en tenant compte de la loi de compensation, permettent encore de retrouver la loi d’évolution, bien que entraînant à des erreurs quand on étudie isolément une seule aréole.
Enfin, j’ai observé que les stratum qui terminaient l’aréole présentent presque toujours une symétrie d’insertion avec le premier stratum , quoique les aiguillons qui les composent présentent des différences remarquables quant à la forme, la force et la coloration.
Si l’on marque sur un plan, à l’aide de points, les insertions des aiguillons des divers stratum , on observe qu’ils se reproduisent suivant certaines lois de périodicité; tantôt c’est le second stratum qui se reproduit plusieurs fois entre le premier et le dernier; tantôt la période se compose de deux, de trois stratum ; tantôt enfin, quand le nombre de stratum est impair, le stratum du milieu est seul différent des autres.
Jusqu’ici, j’ai observé régularité et uniformité, dans la loi de stratification pour des espèces identiques, et, ce qui devait être, similitude, pour les plantes qui, par les autres caractères, se rapprochent les unes des autres.
En combinant ensemble les points qui, en allant de la circonférence au centre, occupent le même rang, j’ai reconnu :
1° Que daus les aréoles à évolution instantanée, les aiguillons forment des verticilles circulaires et concentriques, les nombres d’aiguillons variant d’un verticille à l’autre, leur force ou leur longueur suivant une loi inverse;
2° Que, dans les aréoles à évolution prolongée, celles qui paraissent avoir terminé leur évolution présentent également des séries enveloppantes figurées par des courbes fermées semblables et concentriques. Celles qui ne paraissent pas avoir terminé leur évolution jprésentent bien des courbes
SOCIÉTÉ BOTANIQUE l)E FRANCE.
semblables et concentriques, mais ces courbes ne sont pas fermées, ou bien quelques-unes seulement le sont.
Il résulte de la comparaison de ces verticilles concentriques : inégalité dans les nombres d’aiguillons qui les composent, et aussi un fait qui me semble important pour la différenciation des espèces; c’est que, si l’évolution de l’aréole n’est pas illimitée, comme la symétrie, l’état d’inertie absolue des plus anciennes, semblent le montrer, l’identification des espèces n’exigera plus le développement total de l’aréole, mais s’obtiendra par la comparaison des stratum. L’identité de ces stratum permettra le plus souvent de déterminer les plantes qui n’auraient montre que les premiers aiguillons avec d’autres qui les auraient tous montrés, si d’autre part il y a concordance entre les autres caractères.
Le nombre total des stratum pourra se déduire le plus souvent de l’observation des premières, sauf le cas où, le verticille le plus intérieur étant linéaire, on n’a pas pu déterminer le nombre d’aiguillons dont il se compose.
Telles sont les conséquences auxquelles j’ai été conduit par ces observations. Je viens d’observer et d’étudier un très grand nombre de plantes que M. le capitaine Gels a recueillies sur les lies Torva, Léones et les côtes de la Patagonie (1).
L’étude de ces plantes a complètement confirmé les conséquences que je viens d’exposer.
Pour des plantes qui nous arrivent après une lougue traversée, dont les aiguillons sont cassés ou mutilés, l’observation de ces lois est souvent difficile; on risque souvent de s’égarer quand on ne tient pas compte de la compensation et de la symétrie.
J’ai pensé que cette étude pouvait présenter quelque intérêt pour les botaniste:;; je désire qu’elle détermine de nouvelles observations qui manquent, et à défaut desquelles la caractérisation des espèces et leur classification restent indécises et presque inabordables.
M. Decaisne prie M. Labouret d’ajouter quelques détails sur le mode de développement des aréoles. Ces aréoles ne seraient-elles pas des rameaux déprimés, et les aiguillons ne représenteraient-ils pas des feuilles comme dans les Grossulariées ?
31. Labouret répond que le développement des aiguillons a lieu successivement. Dans un Cereus , par exemple, il se montre d’abord quelques points qui forment une première série d’aiguillons, puis se développent l’une après l'autre de nouvelles séries d’aiguillons qui constituent autant de stratum. 31. Labouret ne pense pas que l’aréole
(1) 45 degrés de latitude sud : le thermomètre y descend à— 4° en hiver; il y neige.
SÉANCE L)L 23 31A U s 1855. 181
soit un rameau déprimé. Ce serait plutôt l’aisselle d’une feuille, et les mamelons des Mamïllaria , comme les côtes des Melocactus , seraient les supports des feuilles. Ces feuilles s’atrophient ou ne se développent pas le plus souvent. Dans de jeunes gemmes de Mamillaria , chez lesquels la végétation était très active, il a vu, sur le mamelon de forme conique et portant déjà des aiguillons, une petite écaille plane et triangulaire qui disparaissait en peu de temps. 31. Lahouret est convaincu que dans les Mamïllaria , Cereus , Echi nocactus , Echinopsis et autres Cactées considérées comme dépourvues de feuilles, il y a de petites feuilles réelles qui s’atrophient et tombent rapidement. Les fleurs se développent sur les aréoles, qui sont les vrais nœuds vitaux. Le bouton floral peut se transformer en rameau, mais jamais l’aréole ne se transforme ainsi. Quant au nombre des aiguillons, il peut être considérable, et, sous ce rapport, l’évolution de l’aréole est en quelque sorte illimitée. Dans une espèce rapportée par 31. le capitaine Cels et qui porte son nom, il y a plus de quarante aiguillons à chaque aréole. 3Iais les verticilles sont souvent incomplets et ne se ferment pas, ce qui semble démontrer qu’on ne peut considérer l’ensemble des aiguillons d’une aréole comme un rameau déprimé.
M. Cosson présente à la Société la communication suivante :
NOTE SUR LE GENRE HOIIENACKERIA , par ML K. C'OSSOX (1).
Le genre Hohenackeria nous ayant offert en Algérie uue espèce nouvelle des mieux caractérisées, le H. polyodon, nous croyons devoir donner les descriptions comparatives de notre plante et du II. bupleurifolia, en les faisant précéder de l’exposition des caractères du genre Hohenackeria qui doivent être notablement modifiés.
HOHENACKERIA Fisch. et Mey.
Hohenackeria Yisch. et Mey. Ind. II. hort. Petrop. (1835) 38. Cesati in Linnœa , XI, 323, t. 7. Hohenaek. Enum. pl. Talysch in Bull. soc. imp. Mosc. VI, 90. Meisner Gen. pl. 141 et 358. Eudlicli. Gcn. pl. n. 4389. Ledeb. Fl. Iloss. Il, 240. J. fîay, Eryny. hept. in Ann. sc. nat. sér. .3 (mart. 1848), IX, 154, et ap. Coss. Pl. crit. 164.
Flores sessiles hermaphroditique omîtes, apice eaulis in receptaculum di-
(1) Celle note est extraite d’un article plus életidu qui sera publié prochainement dans les Annales des sciences naturelles, avec deux planches représentant les deux espèces du genre Hohenackeria et leurs détails d'analyse.