‹ Note Sur Un Cas D'Abolition Du GéotropismeChapitre 1 sur 3 · SÉANCE DU 11 MAI · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 11 MAI

L’un des deux cotylédons, c, vidé et devenu flasque mais peu agrandi, était resté fixé au haut de l’hypocotyle et descendait verticalement en terre appliqué contre la jeune tige. Le soulèvement du nœud auquel il était attaché en avait quelque peu élevé hors de terre la hase qui, ainsi placée au jour, avait verdi. Le second cotylédon s’était détaché, peu de temps sans doute avant le moment où j’ai examiné la plante, après l’avoir dégagée de la terre.

Au-dessus de l’hypocotyle mon jeune Haricot n’avait développé que deux entre-nœuds, qui l’un et l'autre avaient pris un allongement très notable, mais qui s’étaient comportés tout autrement l’un que l’autre. Le premier ou l’entre-nœud directement épicotylé, m, avait quelque peu dépassé 0 m ,05 de longueur, et s’était enfoncé verticalement en terre, absolument comme si ç’avait été une vraie racine primaire, soumise à l’influence du géotropisme positif. Toutefois, dans sa partie supérieure, une courbure très légère, mais néanmoins reconnaissable, indiquait que la tendance vers sa direction normale venait d’y prendre naissance. En outre, le diamètre de cet entre-nœud était allé augmentant graduellement dans une assez forte proportion de sa base à son sommet, indiquant ainsi dans cette partie de la jeune plante un accroissement de force végétative.

Les choses s’étaient passées tout différemment pour le second entrenœud, m', qui, lorsque j’ai retiré la plante de terre, avait acquis une longueur à fort peu près égale à celle du premier. En premier lieu, il allait diminuant d’épaisseur en sens inverse du précédent, c’est-à-dire du nœud basilaire au bourgeon assez imparfait et en forme de bouton arrondi qui en occupait l’extrémité libre ; en second lieu, et c’est là ce qu’il offrait, de plus remarquable, la tendance au renversement de direction s’y était manifestée avec une telle promptitude et une telle énergie que le tiers inférieur (je sa longueur lui avait suffi pour décrire sur lui-même une demi-circonférence, après laquelle il ne s’était plus allongé que dans le sens vertical de bas en haut.

On sait que, dans les Haricots, le nœud qui termine le premier entrenœud épicotylé porte deux feuilles primordiales opposées et simples. Ces deux feuilles, f, f , existaient dans le Haricot d’Espagne dont il s’agit ici ; mais, venues dans la profondeur de la terre, elles n’avaient formé qu’un très petit limbe étroit, tandis qu’elles avaient longuement développé leur pétiole, et, en outre, celui-ci avait manifesté dès sa base une forte tendance à se redresser; pour y obéir, il avait formé une forte courbure basilaire à court rayon, qui en avait relevé les 5/6 dans le sens vertical de bas en haut. Enfin, à l’aisselle de ces deux feuilles s’étaient développés deux petits rameaux, br, br’, qui, éprouvant la tendance au redressement à un bien moindre degré que les pétioles et le second entre-nœud épico-

DUCHARTRE.

tylé, avaient simplement pris, dans l’intérieur de la terre, une direction à peu près horizontale.

En résumé, dans le jeune pied de Phascolus multiflorus L. qui vient d’être décrit : 1° la radicule a été soustraite, sans cause connue ni appréciable, à l’influence du géotropisme positif, au point d’intervertir absolument sa direction naturelle et de rester définitivement hors de terre, dressée verticalement en l’air. Elle a néanmoins ébauché selon l’ordre normal ses ramifications secondaires, qui, on le conçoit sans peine, en raison du milieu dans lequel elles se trouvaient, n’ont pris qu’un très faible développement en longueur; 2° la tendance à s’élever verticalement ou le géotropisme négatif a été, de son côté, supprimée dans le court hypocolyle et dans le long premier entre-nœud épicolylé ; à peine s’y en est-il montré, vers l’extrémité de l’entre-nœud, des indices tant soit peu appréciables ; par contre, cette même tendance a produit les etTets les plus prononcés, immédiatement au-dessus du nœud, tant sur le second entre-nœud épicotylé que sur les pétioles des deux feuilles primordiales; 3° la même tendance a été, au contraire, bien moins accusée dans les ramifications de la tige. Peut-être faut-il voir là une confirmation de ce fait que le géotropisme, dans l’état normal, s’affaiblit dans les axes à mesure qu’ils appartiennent à un degré plus élevé relativement à l’axe principal.

Le développement du jeune pied de Haricot d’Espagne qui fournit le sujet de cette Note fait naître une question qui ne manque pas d’intérêt. Comment et grâce à quels éléments s’est opérée la végétation qui, dans des conditions si anormales, lui a permis d’acquérir 12 centimètres et demi de longueur? Sans doute les matériaux solides ramassés d’avance dans les cotylédons de l’embryon ont fourni la base de la nutrition de la plante ; mais l’eau qui devait être le véhicule des uns, le dissolvant des autres, qui devait, en outre, intervenir elle-même directement dans le phénomène, par quelle voie a-t-elle pénétré en quantité suffisante, la racine ayant été de bonne heure relevée hors de terre? Faut-il admettre que ce liquide a pénétré dans la jeune tige par pure et simple imbibition, comme il l’aurait fait dans un éponge humide, et que néanmoins, une fois entré dans l’organisme, il s’y est comporté comme il l’aurait fait s’il avait suivi la marche naturelle? L) un autre côté, pour que les matériaux nutritifs déposés dans une graine deviennent les premiers éléments des organes de la jeune plante tonnés pendant et apiès la germination de celle-ci, il faut qu’ils soient élaborés, puis assimilés et finalement incorporés aux tissus; or, ce résultat final est la conséquente des glands phénomènes physiologiques, dont 1 ensemble constitue la \ic de la plante, et dont les uns sont intérieurs, tandis que les autres sont en rapport avec l’extérieur. Ceux-ci sont essentiellement la transpiration, la respiration et

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