SÉANCE DU II MAI
l’action chlorophyllienne. Il semble permis de douter que la transpiration se soit accomplie tant soit peu notablement à la surface d’organes qui sont restés constamment dans ia profondeur d’une terre maintenue toujours humide. La respiration a dû pouvoir se produire dans une certaine mesure; mais n’est-on pas en droit de penser qu’elle a du être plus ou moins fortement entravée au milieu d’une masse de terre tassée et fréquemment arrosée? Quant à l’action chlorophyllienne, il semble difficile d’admettre qu’elle se soit exercée dans une obscurité profonde, non interrompue, et aussi par suite de l’absence de chlorophylle qu’indiquait suffisamment l’extrême pâleur de toutes les parties enfoncées en terre. Il semble donc peu facile, du moins à mes yeux, de se rendre compte de la marche qu’a pu suivre la végétation pour produire les divers tissus de la jeune plante; et cependant la tige enterrée de celle-ci ne présentait pas, à la consistance près, de différence saillante avec celle d’un pied du même âge qui serait venu dans les conditions naturelles !
A-t-on signalé jusqu’à ce jour quelque autre exemple de développement accidentel d’une plantule qui se soit effectué en sens inverse de la double loi du géotropisme? J’avoue que je l’ignore, les recherches que j’ai faites peut être avec insuffisamment de persévérance ne m’ayant rien appris à cet égard. Quant à des faits du même genre se produisant normalement, du moins dans la racine, le Trapa natans L. en fournit un qui a été souvent mentionné, mais qui mérite d’etre examiné de près pour être réduit à sa juste valeur.
On sait que, chez les Dicotylédones, c’est la radicule s’accroissant en pivot qui est rigoureusement assujettie à se développer de haut en bas, dans le sens du rayon terrestre. Quand ce pivot émet latéralement des racines secondaires, celles-ci sont bien moins strictement soumises à la loi du géotropisme positif, et les racines tertiaires, quaternaires qui peuvent en provenir ressentent de moins en moins, selon leur degré, l’influence directrice de cette même loi. Or, à la germination du Trapa , on a vu depuis longtemps du haut et du centre du fruit s’élever de bas eu haut, dans la profondeur du liquide, un filet assez grêle, rétréci graduellement en pointe, que tous les botanistes, à une date un peu éloignée, Gaudichaud, A. P. de Candolle, Schkuhr, M. Barnéoud, etc., ont regardé comme n’étant pas autre chose que la radicule de l’embryon développée en pivot, laquelle aurait suivi une direction inverse de celle du géotropisme positif. Mais des observations plus récentes et sans doute plus attentives ont prouvé que c’était là une erreur. « Chez le Trapa, écrit » entre autres M. J. Sachs ( Lehrbuch, 4 e édit., 1874, p. 610), la racine » principale, qui est restée rudimentaire, ne se développe pas du tout; » Centre-nœud hvpocolylé se courbe dans l’eau, au fond de laquelle » germe la graine et s’allonge beaucoup en dirigeant en haut son extré-
» mité inférieure; de bonne heure il en part des séries de nombreuses » racines latérales qui fixent la plante au sol. » Dans un travail spécial sur le Trapa, M. Witlrock a confirmé cette indication en y apportant une modification peu notable (1). « La racine principale, dit-il ( loc . ci/., » p. 354), reste d’ordinaire presque complètement non développée; quel- » quefois cependant elle croit quelque peu, mais jamais elle ne porte ni » poils radicaux, ni ramifications secondaires, contrairement à l’asser- » lion de M. Schenk ». Plus loin (loc. cil., p. 388) il reproduit plus catégoriquement encore cet énoncé : « Comme je l'ai dit plus haut, la racine » principale, chez le Trapa natans, est tout à fait rudimentaire. »
Ce n’est donc pas la radicule qui, dans la germination du Trapa , se dirige de bas en haut contrairement à la loi du géotropisme, mais bien une production d’une tout autre nature, l’entre-nœud hypocotylé, pour lequel le géotropisme est négatif et non positif, et qui dès lors doit s’élever dans l’eau au lieu de s’enfoncer en terre. 11 résulterait de là, en définitive, que le renversement de direction qui s’est produit accidentellement sur le pied de Vhaseolus dont on a vu la description dans cette Note, n’a pas, à ma connaissance, d’analogue dans l’état naturel des choses.
M. Van Tieghem est d’avis que le fait signalé par M. Ducharlre paraît conforme à la règle. Si la tige et la racine se trouvent exactement dans la direction verticale, l’action de la pesanteur s’exerce uniformément autour de l’axe et ne donne lieu à aucune courbure; il n’y a pas géotropisme. Ce dernier phénomène s’observe seulement quand la tige ou la racine ne sont pas orientées suivant la verticale, parce que l’action de la pesanteur sur la croissance se produisant d’une manière inégale autour de l’axe de la lige, cette dernière se déforme. M. Yan Tieghem pense que la graine examinée par M. Duchartre s’est trouvée par hasard placée dans une direction telle que la radicule et la tigelle étaient dans la verticale, l’une en haut, l’autre en bas, de manière que l’action de la pesanteur n’a pas pu se traduire par un changement de direction; la racine a donc continué de pousser en haut, la tige en bas.
M. Duchartre répond que d’après la théorie que vient d’exposer M. Van Tieghem, il est élrange qu’on ne voie pas fréquemment des pivots dirigés verticalement de bas en haut, car, dans un
(1) Wittrock (V. B ), Einige Beilriige sur Kenntnm der Trapa natans L. (Bolan. Centralblatt, n” 37 et 38 de 1887 ou XXXI, n“ il et 12, fi*. 1-9).