TUMEUR DE L’OMBILIC
une noisette, et roulait sous le doigt. Elle s’est mise à grossir très lentement d’abord, mais, depuis six mois, elle a pris un accroissement très rapide.
Actuellement on constate sur la paroi abdominale antérieure la présence d’une tumeur de la grosseur d’une tête de fœtus à terme environ ; elle siège au niveau même de l’ombilic, son sommet est comme coiffé par la cicatrice ombilicale distendue.
Cette tumeur est dure avec quelques points un peu plus mous, inégale et bosselée. Le tégument, à sa surface, a une coloration normale, sans développement veineux notable, il glisse très facilement sur la tumeur ; celle-ci, d’autre part, est mobile sur les parties profondes auxquelles elle adhère toutefois en un point; cette adhérence paraît être située entre le feuillet pariétal du péritoine et la tumeur, qu’aucun pédicule ne relie à la ceinture pelvienne.
La tumeur est absolument indolente, soit spontanément, soit à la pression. Elle est mate à la percussion, n’est le siège d’aucun battement ; on n’y perçoit aucun souffle. Elle est immobilisée par la contraction des muscles de la paroi abdominale antérieure (signe de Bouchacourt).
Céline L... n’a pas éprouvé de changement dans son état général depuis qu’elle est malade; elle est sujette depuis de longues années à quelques troubles digestifs (dyspepsie, constipation habituelle), qui ne se sont pas accrus. Pas d’amaigrissement, ni de teinte jaune paille. Pas d’œdème des membres inférieurs. Pas d’ascite. Apyrexie complète.
L’auscultation et la percussion ne révèlent aucun signe pathologique aux poumons ni au cœur.
25 mai 1888. Opération.
Les précautions antiseptiques les plus minutieuses sont prises comme pour une ovariotomie, car on redoute l’éventualité de l’ouverture du péritoine au cours de l’opération.
M. D. Mollière incise les téguments sur la tumeur suivant la direction de la ligne blanche ; le néoplasme est énucléé assez facilement dans la plus grande partie de son étendue, mais en arrière il adhère intimement au feuillet pariétal du péritoine sans lui être relié par un véritable pédicule ; on parvient cependant à détruire ces adhérences sans faire aucune éraillure à la séreuse.
TRAVAUX ORIGINAUX
Sutures profondes et superficielles avec des fils métalliques. Pendant toute l’opération, la plaie opératoire a été irriguée avec une solution de sublimé au millième. Pansement compressif au coton salicylé.
28 mai. L’état général est bon ; pas de vomissements; un peu de rétention d’urine. La température rectale oscille entre 37°, 5 et 38°, 5.
10 juin. — On enlève le pansement ; pas une goutte de pus. Réunion par première intention.
20 juin. La malade sort, munie d’une ceinture hypogastrique très haute.
La tumeur a été présentée à la Société des sciences médidicale dans la séance du 28 mai 1888 (V. Lyon Médical , 10 juin). Elle a la forme d’un hémisphère irrégulier de 10 centimètres de diamètre environ; son poids est de 520 gr. Sa coloration est blanchâtre ; sa surface, régulière du côté superficiel, est bosselée du côté profond, où elle est parcourue par plusieurs larges sillons la divisant en lobules, que des scissures partagent en tubercules plus petits, du volume d’une lentille à une petite noix. Quelques-uns de ces tubercules sont vascularisés. La surface externe, lisse sur la plupart des points, est dépolie aux endroits où il a fallu rompre les adhérences profondes avec le feuillet pariétal du péritoine.
A la coupe, aspect blanchâtre, lisse, luisant à la périphérie, jaunâtre dans les parties profondes; sur ce fond uniforme apparaissent des travées fibreuses d’aspect nacré formant une sorte de trame. En somme, étant données les connexions de la tumeur, sa consistance et son aspect macroscopique, on pense être en présence d’un fibrome aponévrotique développé aux dépens du fascia tr ansver salis .
Un fragment de la tumeur a été soumis h l’examen microscopique. M. le professeur agrégé Bard a bien voulu examiner nos préparations au laboratoire d’anatomie pathologique de la Faculté, aussi pouvons-nous relater ici le résultat de son examen.
« La tumeur est constituée par du tissu conjonctif exclusivement ; ce tissu se présente sous forme de faisceaux ondulés, pour la plupart parallèles entre eux, mais ne présentant pas néanmoins une orientation constante sur les divers