Note sur une inscription inédite de Dodone, sentence d'absolution portée par des juges étrangers
La ville et le temple de Dodone, l'un des plus anciens et des plus vénérés sanctuaires de l'hellénisme, n'étaient, jusqu'ici, représentés par aucune inscription dans les recueils d'épigraphie grecque. Le nom de cette ville figurait seulement sur un monument de Priène (Corpus inscr. gr. n° 2908) avec la mention des N&a (sic) ou fètes qu'on y célébrait en l'honneur de Jupiter Naos ou Naios. Une seconde mention des Naa se lisait, mais par suite d'une restitution, dans l'inscription n° 967 des Antiquités helléniques de Rangabé. Eufin l'ethnique Awdwvyaïos se rencontrait dans trois inscriptions du Corpus n* 1822, 1841, 4721. Les habiles et heureuses recherches de M. Constantin Carapanos, en déterminant d’une manière précise l'emplacement de l'antique Dodone, ont enrichi la science d'une véritable épigraphie dodonéenne. Après avoir exposé sommairement les résultats de ses découvertes devant l'Académie des inscriptions et devant la Société des études grecques, et après avoir fait imprimer cet exposé dans la Revue archéologique, M. Carapanos se prépare à publier uu volume sur les antiquités de Dodone en associant à son travail personnel quelques antiquaires français pour l'explication des monuments et des inscriptions. C'est grâce à ses libérales communications que le baron J. de Witte a pu faire connaître, dans la Gazette archéologique, une très-curieuse figurine de bronze représentant un salyre; et c'est ainsi que nous avons pu nous-même publier, dans le Bulletin de correspondance archéologique d'Athènes, le texte, sur plaque de bronze, d'une formule d'offrande au Jupiter Dodonéen. Aujourd'hui nous sommes heureux de pouvoir offrir aux lecteurs du Journal des Savants un texte également inédit et de même origine, sur
lequel le présent essai d'explication a été soumis par nous, dans une séance du mois d'octobre, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
L'inscription n° à de la planche 27 du Recueil que publiera prockhainement M. Carapanos est gravée au pointillé sur uno plaque de bronze, qui renfermait incontestablement un texte complet en douze lignes. La forme des caractères, à en juger surtout par celle du M et du £, peut remonter au 1v° siècle avant l'ère chrétienne. Quelques déchirures du bronze entament le commencement des lignes 1, 2 et 3 ct le milieu de la ligne 12, sans compter une fracture en ligne brisée qui s'étend de haut en bas de l'inscription et qui nous prive de quelques lettres faciles à restituer. La partie qu'on peut lire avec certitude nous offre les noms de quatre ou cinq personnages sans qualification certaine à première vue, puis ceux de quatorze témoins dont sept sont Molosses et les sept autres Thesprotes!; puis le nom d'un magistrat éponyme dont la mention devait servir de date au document; enfin, après une lacune de cinq ou six lettres, le surnom Naos du Jupiter qu'on adorait à Dodone et le nom de Diona, déesse qui lui est plusieurs fois associée sur les monuments de cette ville.
Quel est le sujet de ce précieux document? De quel acte faisait foi la signature des quatorze témoins ? C'est ce que doit nous apprendre le texte des deux premières lignes. Mais ce texte manque précisément de quelques lettres des mots qui devraient nous éclairer. Après mûre réflexion sur Îcs conjectures auxquelles il se prête, je suis arrivé à me convaincre que la première ligne doit commencer par le mot [ré ]uoa», la seconde par xœ, terminaison du datif féminin Éevsx&, dont les deux preinières syllabes em terminent la première ligne. Le lambda d'éravav et l'alpha de Éeysx& sont à moitié conservés et reconnaissables. Après Eenix&, il reste la place d'un x et d'un p et la trace d'un :; les trois lettres qui suivent complètent le mot xpéce. On a ainsi une phrase dont le sens ne laisse rien à désirer, comme on va le voir par la traduction française de l'ensemble du document :
«Ont absous Trypon ceux dont les noms suivent, par une sentence «de juges étrangers : Théodotos, Aleximachos, Samytha, Gamithos “(ou Gallithos), Xénys. Témoins, de chez les Molosses : Androkkas «Dodonéen, Philipos (sic) Dodonéen, Philoxénos Dodonéen, Dræpos « Dodonéen, Agilæos Dodonéen, Krænÿs, fils de Phœnas, Amynandros
! Ovémepvos, à la ligne 11, serait un huitième nom pour la 2° série, s'il n'y avait lieu là de soupçonner quelque faute du graveur par suite de la présence de ce même mot, à la ligne 22.
« Dodonéen; de chez les Threspotes (sic), Dokimos Larisséen, Pianaua phos Eléen, Ménandros. Tiéen, Alexandros Tiéen, Dinon, fils de a Thoxucharès (ou Thoxucharos), Philippos, Philon Onopernos, en u l'année de Philoxénos [fils (d'?)}] Onopernos, prostate de [Zeus] Naos «[ct] de Diona.» |
Voici maintenant le texte reproduit en caractères ordinaires et selon notre orthographe classique, mais en conservant la division des lignes de l'original :
. ÂtéjAvoar TpÜrava rolès Eev:
. XJ&ls xpJiaes- O[e]ôèoros, ÀAcËiuayos,
. Zapb0a, l'épudos, Eévus (ou Éévus). Maäpru-
. pes Moloooüv: Àväpoxxas Awët-
. vaios, Dikmos (sic) Awôwvaios, DiA6Ëevos Aw-
. Jwvaios, Apaïros Awdwyvaïos, AyiAaos Aw-
. dwraios, Kpaïvos Dossäros, Apbvasôpos Aw-
. Swvaios, Opeorar@y (sic) olûe (sic) Abxiuos Aapiaaaïos, . Îerdvagos ÉAeaïos, Mévayôpos Tiaïos, À ÀcËa-
10. vôpos Traïos, Aclvwy GoËouyäépou, Dilrmmro(s] (sic) 11. Oilwy Ovôrepros. Èti æpooîéra ®iAoË-