SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
mise à l’évaporation, et que celle-ci a toujours eu lieu au bain-marie, il est fort peu probable que cette glycose provienne de la transformation, par la fermentation ou par la chaleur, du sucre de canne. D’ailleurs j’en donnerai tout à l’heure une autre preuve.
Mais, auparavant, que l’on me permette de suivre la filiation des remarques que me suggéra le phénomène. Je l’attribuai d’abord à la situation défavorable des plantes dont les feuilles étaient ainsi couvertes de glycose: toutes ces plantes, en effet, situées entre le mur de l’emplacement et la façade de ma demeure, étaient privées, pendant la plus grande partie du jour, des rayons solaires. Celles qui, au contraire, placées sur les côtés de la maison, ne se trouvaient pas dans ces conditions plus désavantageuses encore dans ces pays que dans les climats tempérés (1), étaient absolument dépourvues de la matière visqueuse, et leurs feuilles étaient nettes et parfaitement saines. Je me rappelai aussi, à cette occasion, ce fait cité par M. l.iebig, d’un Clerodendron fragrans qui, ayant végété dans l’appartement pendant l’hiver, laissa exsuder, par ses glandes foliaires, de grosses gouttes qui se desséchèrent en cristaux réguliers de sucre candi.
Cependant deux circonstances me tenaient en suspens. J’avais déjà noté, comme un fait assez remarquable, la généralité de la maladie sur les végétaux qui se trouvaient dans la même situation, quoiqu’ils appartinssent aux familles les plus diverses, et que leur port, leur nature, leurs qualités, fussent extrêmement variés. C’étaient, en effet, des arbres ou des lianes, comme l’Azédarach, le Chéramélier [Cicca distichd) , et la Liane-d’argent [Arggreia argcntea ); des arbrisseaux, comme le Laurier-Rose, des Rosiers, le Caféier, le Goyavier-à-fleurs ( Lagerstrœmia elogans ): ou des plantes herbacées, telles que l’Aya-pana, le Patchouli, la Violette, et plusieurs autres.
De même, les feuilles, sèches ou grasses, ne présentaient guère de dilfi-
rences entre elles sous ce rappoit, soit celles d’un jeune pied de Dattier, du
Poimettia pulcherrima , ou (les Vanilles, du Pereskia Bleo et de la Liane-a fleurs de cire [Hoya carnosa). Il serait résulté de là, si l’ombre seule avait
(1) Ce fait est remarquable : l’ombre est mortelle à une tonie de plantes dans les pays chauds, et, pour l’agrémentdes habitations, on est obligé de choisir entre
un parterre couvert de fleurs, mais exposé au soleil, et l’ombrage d’arbres et d ar¬
bustes croissant sur un sol d’une nudité désolante. Cela dépend sans doute, abstraction laite de la transpiration, de ce que l'équilibre dans les fonctions de respiration est troublé h l’ombre d’autant plus que la température est plus élevée. M. Carreau a démontré en effet qu’il y avait constamment expiration d’acide carbonique P al les plantes, nu me au soleil, et qu’elle était en rapport avec la température; <1 un autre coté, comme, sous l’influence des rayons solaires, il y a réduction de cet acide et de celui de l'atmosphère, ce sont deux actions inverses, d’où résultent la nutrition du végétal, si cette dernière action est prédominante, et son dépérissement au contraire, si la première l’emporte.
SÉANCE nu 26 NOVEMBRE 1858.
ete la cause du phénomène, que son influence eût été bien grande, puisqu’elle aurait agi également sur les végétaux les plus dissemblables.
La seconde circonstance devait me frapper encore davantage. Si quelques feuilles étaient recouvertes d’une couche uniforme de l’excrétion supposée, la plupart ne la présentaient que par places, elles étaient comme pointillées par de fines gouttelettes de sirop desséché et brillant. De plus, la face supérieure seule des feuilles en était pourvue, et, lorsque celles-ci se trouvaient accidentellement dans une position oblique, les deux pages offraient des gouttelettes dont l’aspect indiquait qu’elles avaient un peu coulé avant de se solidifier.
D’après cela, il était presque manifeste que ces gouttes de glycose étaient tombées d’en haut, et provenaient des Azédaraehs plantés en cet endroit de mon jardin. Il était bien facile de le constater en plaçant audessous de ces arbres une feuille de papier, par exemple; c’est ce que je fis, et, après quelques instants, la feuille était ponctuée de fines gouttes visqueuses. Souvent même on aperçoit, en se plaçant favorablement, la pluie que forment ces gouttelettes tombant de l’arbre par intervalles ou d’une manière continue.
Je rassemblai alors une assez grande quantité de feuilles d’Azédarach, et cette fois je les traitai seules, comme je l’ai dit, pour en extraire la substance qui les recouvrait. J’en obtins une trentaine de grammes. Je •'eçus en outre les gouttes tombant de l’arbre sur une lame de verre, je les laissai se dessécher spontanément, et je les examinai à la loupe pour y découvrir, mais en vain, quelques cristallisations. Enfin, une capsule fut placée sous l’arbre pendant quelques jours, de manière à recueillir une
certaine quantité de produit. Je lavai ensuite le vase avec un peu d’eau distillée, je filtrai, et la solution fut évaporée à la température ordinaire dans une cloche sur l’acide sulfurique. Il resta alors un résidu nullement a| téré, incolore, mais encore visqueux et non cristallin, et réduisant la li( flieur de Frommlierz. Ces dernières expériences me confirmèrent dans la Pensée que la matière sécrétée était bien de la glycose et non du sucre de ea 'ine, comme dans le cas du Cleroclendron cite par M. Liebig.
l’on examine les feuilles de l’Azedarach, on reconnaît qu’elles sont, c°nune celles des plantes situées au-dessous, le plus souvent pointillées de gouttelettes sur leur page supérieure, et rarement recouvertes d'une couche uniforme de glycose. Les rameaux herbacés sont également un peu visfi u cox. Dans tous les cas, la quantité de la substance est assez faible pour ( l 11 il soit réellement, singulier qu elle donne lieu a la pluie obseivee, d autant plus que celle-ci a lieu même par un beau temps, et piiisieuis jours après qu’il est tombé de l'eau. C'est pour cela que j’ai donne a cette ,l0te 'c titre, assez bizarre en apparence, de pluie de sucre, voulant ainsi POrte, ‘ l'attention sur le phénomène qui me parait le plus saillant.
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J'ai depuis observé la même excrétion de glycose sur un grand nombre de pieds d’Azédarach et sur des feuilles de Badamier et de Manguier. Il est essentiel de noter que ce sont principalement les arbres déjà vieux ou souffrants qui sont atteints de cette maladie.
En France, les feuilles de Chêne présentent aussi parfois une semblable
exsudation • je me propose d’en faire une plus complète analyse a la saison
prochaine.