AVANT-PROPOS
Si l’auteur des notes suivantes sur la statue de Henri IV s’est déterminé à leur donner plus de publicité qu’elles n’en ont eu déjà dans le recueil intitulé : Annales des Bâtimens et des Arts , dont elles ont rempli quelques pages , c’est moins parce qu’il s’est glissé des fautes dans l’impression, toujours peu soignée d’un ouvrage périodique, que des phrases, des notes essentielles ont été omises, ou n’ont pu y trouver place, et sont rétablies dans cet opuscule , que pour saisir l’occasion de repousser bien loin de lui des calomnies dont il a été victime , et auxquelles ces notes publiées8 ont semblé donner lieu de nouveau ; soit dans les antichambres , soit dans les couloirs du Palais-des-Arts , soit dans les maisons oii résident les premiers agens de l’autorité.
Il pense qu’en donnant une plus grande publicité à son opinion sur la statue de Henri IV,
il se mettra sous l’égide de tous les vrais amis des arts , et à l’abri des traits que l’on veut encore diriger contre lui , et qu ainsi défendu contre la haine et les passions personnelles que l’amour-propre veut réveiller , il pourra braver toute conduite que la délicatesse désapprouve.
L’auteur a du oublier toutes les persécutions dont il a été victime; mais , puisqu’on penserait encore les renouveler , il se voit obligé, non d’en désigner les auteurs, mais d’en découvrir la source ; il espère que ce moyen fort simple suffira pour en faire connaître l’injustice , les agens (i) du pouvoir lui ayant suffisamment fait connaître les personnes dont il avait à se plaindre. Qu’on se peigne sa profonde douleur et l’émotion de son âme qu’il laisse à définir, lorsqu’il apprit que s’il avait été recherché pendant sept mois , s’il avait été arrêté au milieu de ses élèves qui le couvraient de leur corps , lorsqu’on se saisit de lui avec violence (2) ; que s’il avait été plongé dans les cachots sous la fausse qualification de colonel de la vieille garde , quoi qu’il eût écrit dès le lendemain au ministre de la police générale : Je suis artiste , et non
militaire; un de mes ouvrages, honoré dune seconde couronne, lorsque M. Gérard, aujourd'hui premier peintre du Roi , partageait la première avec feu Vincent, membre de F Institut et de la Légion d Honneur , décore le salon de présentation du ministère , etc. (5); lorsqu’il apprit qu’on l’avait chargé des accusations le plus odieusement imaginées ; que l’on allait jusqu’à le mettre au nombre des Juges de la Reine (4); que s’il avait été exilé à quatre cents lieues de Paris , sous Bonaparte ; que si on l’exilait encore sous le gouvernement d’un Roi sage, il devait toutes ces calomnies , toutes ces persécutions qui en étaient la suite, à qui? à des artistes de sa profession , à des peintres aidés de personnes passionnées approchant le pouvoir, et qui, abusant delà crédulité du ministre, Font fait arracher de son atelier. Quel était leur but? Etait-ce d’arrêter le développement de ses talens en brisant ses pinceaux dans ses doigts? Etait-ce encore de déchirer son âme? Ils n’y ont que trop réussi, les misérables! Etait-ce enfin d’amener, par des moyens détournés , le pillage de sa maison , de son atelier , où se trouvaient plus de cent tableaux de différons
maîtres ( ce nombre a été constaté ) ; près de cinq cents volumes d’ouvrages d’arts , de littérature, qui ont été spoliés ; des études soignées , travail de plus de trente années , qui ont été déchirées et jetées au vent ; des tableaux de Fauteur, couronnés et connus par des expositions publiques (5) , qui ont été lacérés et traînés dans les ruisseaux ; un grand nombre de plâtres moulés sur l’antique, qui ont été brisés; beaucoup d’objets précieux , de médailles antiques , etc. ; enfin , des manuscrits , qui ont disparu. (6) Si c’était là leur double but, ils n’ont encore que trop réussi !
L’auteur, par ces longues persécutions, a suspendu ses travaux ; il reste privé de la plus belle partie de sa fortune (*) et de ses propres ouvrages ; et si le cas était aussi gai qu’il est grave , il pourrait dire avec Boileau :
o » . Maint avide Argien
À travers les charbons a pillé le Troyen.
(*) M. Chéry a vendu une de ses propriétés , sise à Paris, du produit de 7,000 fr. , par le ministère de Me de Loche , notaire , et la plus grande partie du prix de cette vente a été employée à des objets d’arts de sa profession*
Quoi qu’il puisse en arriver Fauteur est flatté du renouvellement des anciennes calomnies » auquel a donné lieu son opinion sur la statue équestre de Henri IV, dont l’effet l’oblige à se mettre en ce moment sous la protection de Fopinion publique, par cet avant - propos , auquel il joint sa critique avec de nouvelles réflexions qui , sans ces calomnies , n’aurait pas été tirée du recueil où elle se trouvait confondue avec d’autres pièces. Il ne pense pas que la liberté avec laquelle il s’exprime sur un ouvrage de l’art , et sur la manière dont il a été exécuté, puisse lui nuire aux yeux des justes appréciateurs du beau. Il pense, en outre, que sous un gouvernement tutélaire, il aura la liberté de s’exprimer franchement sur les objets d’arts érigés en monumens , ou passagèrement exposés sous les yeux du public, et qu’il n’aura plus à redouter les lâchetés d’hommes vils ou passionnés.
Ceci ne regarde point M. Lemot, que Fauteur ne connaît que de nom et par ses œuvres, et qu’il déclare n’avoir jamais vu de sa personne.