‹ Notes analitiques sur la statue équestre de Henri IV, érigée en bronze, sur le terre-plain du Pont-Neuf, à ParisChapitre 4 sur 4 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

J’ai lu avec attention l'article de votre recueil ( n° xxi) sur la statue de Henri IV ; Les gens de fart , y dites-vous, peuvent, abstraction faite de toute considération , prononcer sur le mérite de cet ouvrage ; cet appel que vous semblez faire , m’encourage et me détermine comme artiste , à vous soumettre mes observations ; veuillez croire que , si je me trouve en contradiction avec ce que vous avez avancé , je n’ai d’autres motifs que ceux qu’inspirent l’amour éclairé des arts, elle désir bien sincère de leur voir créer des chefs-d’ œuvres.

La statue de Henri IV ne me paraît pas réunir à la qualité d’un parfait ensemble cette ressemblance à laquelle , selon vous, l'artiste n a pas manqué ; ce point, surtout, est à mes yeux une erreur sensible ; vous n’aurez pas examiné les différens portraits qui nous restent encore de Henri, et qui ont été peints d’après nature; tel est celui de François Porbus : quoique d’une

petite dimension, il doit être à coup sûr d’une ressemblance parfaite, ou il faudrait que Porbus eût manqué celle de ce prince; c’est ce qu’on ne peut présumer par la simple raison de l’extrême soin que ce peintre donnait à ses ouvrages , et de celui qu’il a mis particulièrement dans l’exécution du portrait que je cite. On ne soigne pas un travail ou mal commencé ou qui ne remplit pas le but qu’on s’était proposé ; et Porbus , qu’on sait avoir excellé dans la précision des ressemblances , a dû s’attacher plus singulièrement encore au portrait d’un roi , de Henri IV, qu’à celui de tout autre personnage ; ce qui vient à l’appui de cette assertion , est le grand intérêt qu’on a toujours mis à la conservation de cette précieuse image, (i)

Vous n’aures pas non plus médité les tableaux de la galerie dite de Rubens , dans lesquels on voit peints beaucoup de portraits de Henri ; entre autres, celui ou l’hymen lui présente l’image de sa future épouse ; je l’ai copié, je l’ai sous les yeux , et plusieurs anecdotes que j’ai lues m’ont appris que Marie

(i) Ce portrait peint par Porbus est placé au Musée du Louvre ; avant la création de cet établissement on le voyait dans les galeries du Luxembourg; tout le règne de Louis XIV , il resta dans le cabinet de ce prince 5 et avant , Louis XIII l’avait fait mettre près le chevet de son lit; Marie de Médicis l’avait de même tenu dans sa chambre à coucher.

fie Médicis , qui fit peindre cette galerie , était èlle-même frappée de l’étonnante ressemblance que Rubens avait donnée au Roi dans ce tableau de l’hymen.

Rubens avait connu Henri IV , quoique quelques personnes aient avancé le contraire; il avait même été admis dans l’intimité de son cabinet , lorsqu’il était V ambassadeur des rois (ï); aussi la mobilité de la figure de ce Prince , qui avait tout le jeu de celle des gens d’esprit, n’échappa-t-elle point à la sagacité de Rubens, et sut-il l’exprimer dans ses peintures ; car c’est sans doute , dans la physionomie que gît la vraie ressemblance , et que le peintre doit la chercher plutôt encore que dans l’exacte imitation des traits.

(ij Rubens fut en effet qualifié d ''ambassadeur des rois. Philippe IIÏ , roi d’Espagne , le reçut en qualité d’envoyé du duc de Mantoue , et le lit secrétaire du conseil privé de sa chambre.

Gomme médiateur secret , Ptubens parvint à rétablir la paix entre l’Angleterre et l’Espagne ; il fut chargé des négociations avec les Prorinces-Umes, Marie de Médicis , et Gaston d’Orléans, lorsqu’ils se retirèrent à Bruxelles.

Wadislas , roi de Pologne, le chargea de ses intérêts auprès de plusieurs princes.

Ce fut Rubens qu’on choisit pour faire réussir le mariage d’Henriette de France, fille de Henri IV, avec Charles Ier, roi d’Angleterre ; mission délicate, dont le peimtre s acquitta a la satisfaction des deux cours.

Quelle différence d’un peintre de ces temps aui

Une scrupuleuse attention portée sur tous les portraits de Henri IV, prouvera sans réplique, à toutes personnes impartiales , que la statue équestre du Pont-Neuf , n’a pas ces caractères de ressemblance qu’on trouve entre les portraits peints par Rubens elparPorbus; de même qu’entre les médailles frappées du vivant du prince, et toutes nécessairement dessinées et faites d’après nature , et que j’ai moimeme comparées.

M. Lemot, auteur de la statue , aurait donc pu suivre , trait pour trait , ces différentes images , pour établir plus de ressemblance que je n’en trouve dans son bronze. Mais, en outre, a-t-il pu ignorer qu’il existe un plâtre moulé sur le naturel sitôt après la mort de Henri: on le colportait autrefois dans les ateliers des peintres et des sculpteurs ; je

peintres d’aujourd’hui qui Teçoivent à peine l’honneur de l’antîcliambrë qu’on accorde aux laquais : ceci n’est point une exagération, puisqu’il est de fait qu’on a vu les artistes peintres surtout , attendre , dans les cours et les escaliers, et dans la saison la plus rigoureuse , l'audience d’un commis , pour en obtenir, au nom d’un ministre ou] d’un préfet, et comme par aumône , la commande de tableaux , de statues. Quelle pitié ! Eh morbleu! faites des sabots artistes qui avez de l’âme^ vous serez libres au moins, et n’aurez plus à rougir!

l'ai possédé, et d’autres artistes peuvent l’avoir encore sous leurs mains.

Ainsi , je répète que la statue de Henri IV ne ressemble qu’imparfaitement aux différons modèles que j’oppose.

Le front me paraît trop large, les pommettes des joues trop grosses , trop rondes , sans méplats , et dans l’ensemble des traits il manque absolument cette physionomie , ce caractère de bonté, de gaîté , de franchise, qui faisait le distinctif de ce Roi.

Vous avez dit , Messieurs, que la figure était admirablement bien placée sur le cheval ; je ne pense pas encore comme vous sur ce point , et voici pourquoi :

Un cavalier règle les mouvemens de son corps sur ceux du cheval qu’il monte ; si l’animal court ventre à terre , le cavalier se penche en avant sur le col, en s’élevant sur les étriers pour n’étre pas renversé par la rapidité de la course ; il tient alors une ligne oblique formant avec le cheval un angle de l rente à quarante degrés ; si l’animal est en repos sur ses quatre pieds , et sans nul autre balancement , le cavalier demeure assis comme sur un banc qu’il tiendrait entre ses jambes ; son corps alors est droit , et sa verticale avec l’horiiontale de son siège , forme l’angle de quatre-

vingt-dix degrés : telle est précisément /a situation de la figure de Henri IV. Mais observez , Messieurs , que le cheval n'est pas en repos ? qu'il marche le trot, que dans cette action ses quatre pieds ne posent pas à la fois à terre , que deux seulement y portent en X ou diagonalement, que cherchant le centre de gravité , le corps nécessairement se rejette tantôt sur la droite et tantôt sur la gauche. Quand l’homme marche ? il ne pose jamais que sur un seul pied et déverse toute sa masse sur le coté qui porte, autrementil tomberait à terre du côté opposé, comme tous les bipèdes et les quadrupèdes, et surtout le cheval, quand il est monté, ou qu’il porte une lourde charge ; le cavalier alors est donc forcé de prendre certaine flexion oblique de droite à gauche et de gauche à droite, pour trouver lui-méme, d'accord'avec sa monture , le centre de gravité.

Je pense que ceci est aisé à sentir pour toutes personnes qui montent à cheval , ou qui sont susceptibles de la plus légère observation. Or, il est constant que la figure du Roi ne suit en rien le mouvement de son cheval ; qu’il est assis droit sur lui , comme sur un cheval de bois posé sur quatre supports égaux.

Vous avez dit : que le cheval était court ; vous avez dit juste ; qu'il était lourd , c'est juste

encore , il est bas de jambes ; mais vous n'avez pas dit , qu’il ressemblait à une jument pou» îinière qui aurait déjà fait plusieurs portées, et dont les flancs seraient restés gonflés. L'en » colure , avez-vous ajouté, n est-elle pas riche ? pour ne pas dire trop lourde , cela est encore vrai , elle est engorgée; mais vous avez dit aussi , que la tête était belle et semblait respirer; ceci n’est pas exact , la tête , au contraire ,■ tient beaucoup de la forme de celle que devait avoir Bucéphal , à moins que vous n'estimiez qu’en rappelant le souvenir du cheval d’Alexandre-le-Grand , alors qu’il est question de Henri-le-Grand , ne soit une pensée applicable au moral du monument j je ne vois pas qu’un cheval ait une belle tête parce que sa forme naturelle serait altérée par l’emprunt de celle d’un autre animal» Bucéphal devait être un fort vilain cheval : et je crois que Charîes-le-Brun a eu tort de rechercher cette difformité dans l’une de ses batailles d’Alexandre, (i)

Une remarque qu’il ne paraît pas que vous ayez faite , est celle de l’inégalité des formes respectives des quatre jambes , et de la déjection des sabots par la droite et par la gau-

(t) La défaite de Darius,

che, soit que les pieds se lèvent de terre , soit qu'ils y posent.

i°. Les jambes et les cuisses ne sont pas balancées convenablement dans le trait ; elles forment ba lus très ; vice provenant du défaut de connaissances anatomiques. Chez Fanimal, comme chez l’homme , les muscles qui agissent se renflent en raison du plus ou du moins de leur action , et ceux qui leur sont opposés , se trouvant en repos, restent lâches, longs et plats. Je vous laisse à juger, si dans le cheval de M, Lemot , ces principes de vie sont bien observés ;

2°. Quant à la déjection des sabots , il suffit de regarder marcher un cheval , même une haquenée de marchand de cerises, pour voir que lorsqu'il lève les pieds de devant , aussitôt les sabots se rejettent en dehors, et prennent beaucoup de grâce par ce mouvement; il en est de même pour les pieds de derrière qui , levés ou portant à terre, ne sont jamais en ligne directe avec leur tibia, mais assez fortement retournés en dehors. Vous vérifirez encore ces points , et vous reconnaîtrez aisément que le cheval de Henri IV n'a rien de tout ceci ; donc, ce cheval n’a ni grâce, ni vérité dans son mouvement général, ni dans ses particularités.

Quelques personnes , pour excuser i'artiste , ont venté le mérite qu’ii a cru se donner en faisant tenir debout ( sans autre petit moyen artificiel ), et le cavalier et le cheval, sur deux jambes seulement. Quoi ! pour un petit tour de force, qui , d'ailleurs , a déjà été mis en pratiqne, tallait— il sacrifier la grâce et la noblesse si naturelles à ce bel animal? Fallait-il enfin sacrifier l'attitude du héros, le planter droit et roide sur son cheval , pour ce petit tour de force , qui ne consiste que dans deux barres de fer passées dans les deux jambes qui portent sur la plinthe ? (i) et encore la jambe de devant est-elle roide et droite quand elle devrait prendre l’oblique sous le corps. Si vous examinez encore avec attention ,

(1) Jean Tuçca, qui a fini le cheval de l’ancienne statue de Henri IV, qu’avait commencé Jean de Boulogne sur les dessins de Cigoli , a fait le cheval de la figure équestre de Philippe IV, roi d’Espagne. Ce cheval , courant au grand galop, n’a d’autre appui que ses pieds de derrière , et ce fut le célèbre Galilée qui donna des moyens d’équilibre.

Le cheval de la figure équestre de Pierre Ier, à Pélersbourg, est dans l’action de cabrer, et toute la masse ne porte que sur les pieds de derrière. Falconnet , sculpteur français qui a fait cette figure équestre , n’a employé d’autre moyen tpi’ une armature en fer acier i

Messieurs, un défaut, capital et très-sérieux , qui frappera certainement ceux qui voudront s’en assurer, parce qu’il est de la compétence de tout le monde , est le hors d'aplomb , vers la gauche , de toute la masse de la statue. Pour en obtenir la preuve, qu’on veuille se mettre en face juste du monument, l’on verra, qu’à partir de la racine du nez de la figure de Henri IV, et la tète encore tourne vers la droite, ce qui rentre l’aplomb de deux ou trois pouces au moins , l’on verra, dis-je , la perpendiculaire , prise du point que j’indique , tomber en dehors de la jambe du cheval qui , par derrière, porte sur le socle; cette flexion par le poids devant acquérir chaque jour plus de propension , en accélérera infailliblement la chute. Et j’ose assurer que c’estdu côté gauche, ( côté du nord), qu’elle se renversera. Qu’on veuille y faire attention; car il ne faudrait peutêtre pas un coup de vent bien fort, chassant du midi , pour la précipiter en bas du piédestal. Que l’auteur, en haussant les épaules, ne rie pas avec dédain sur ce fait essentiel à vérifier. Souflot se moquait de Patte , qui écrivait que le poids de la coupole de Ste. -Geneviève de Paris, n’était pas calculé avec la faiblesse des piliers qui la soutenait, et que le tout s’écraserait avant peu. Souflot eut tort , Patte eut raison ; peu d’années l’ont prouvé.

On sait que la toiture , en cuivre fort épais , de la coupole de Saint-Paul de Londres , que Wred, son architecte , avait fait, sans doute, fortement attacher aux charpentes , en fut arrachée , roulée en cylindre , et portée par le vent à une très-grande distance de l'édifice : elle pesait quatre fois ce que peut peser la statue de Henri IV.

Cependant , la coupole de Saint-Paul , élancée très-haut dans l'air , n'était frappée d’aucun courant ni d'aucun refoulement d’air, et par sa forme demi-sphérique, offrait peu ou point de prise à l’ouragan. La statue de M. Lemot, au contraire , présente le flanc droit au courant de la rue Dauphine , qui , comme un vomitoire, rejette souvent avec une grande force l’air vif qui s y précipite des plaines élevées de Mont -Rouge / notre statue peut donc être frappée à la fois par ce courant , le refoulement du vent sur l’élément qui l’entoure aux trois quarts, et sur le pavé des quais et du pont.

Si un coup de vent, semblable à plusieurs de ceux que Paris a essuyé à des époques peu éloignées, venait à souffler comme, entr’autres, celui qui , il y a une quarantaine d’années , cassa , déracina et emporta au loin avec des masses énormes de terre, plusieurs arbres du

fer a chevai des Tuileries , à coup sûr la figure équestre, dans l'incitation dont nous parlons , ne résisterait pas , et meme à un moindre effort. Je pourrais alors avoir raison comme Patte, et M. Lemot, avoir tort comme Souflot. ( .)

L’artiste, le peintre d’histoire, exerçant un art supérieur à la statuaire , qui comme Ion sait ne rend qu’imparfaitement la nature, puisqu’elle n’a point de couleurs à exprimer, dont la forme , aussi l’une des parties du peintre, fait seule l’ava;itage ; n’ayant point de racourci , et étant par cela même restreinte à la régularité du compas ; les fautes de proportion , de dessin, de mouvement, devenant infiniment plus graves pour la statuaire que pour la peinture , l’artiste , le peintre d’histoire, dis-je, qui, par la nature de son exercice est obligé à des combinaisons bien plus approfondies que le sculpteur, et qui doit avoir médité longuement sur tout ce qu’il a vu pour accroître ses propres lumières, peut prononcer avec uue sorte ^/assurance que la figure éques-

( i) Souflol fui l'architecte du Panthéon , Patte fut aussi architecte ; ses écrits sur le Panthéon le firent persécuter par le gouvernement d’alors , et cependant il avait rai-

son.

tre de M. Lemot est au-dessous d’un mérite même ordinaire , et, en la qualité que je viens d’établir /Messieurs , je prononce parce que telle est ma pensée.

Ne devait-on pas attendre pour Paris , la patrie des beaux arts , un monument plus digne de son objet et du motif qui Ta fait éri ger? Un présent que l’on fait à un Roi , en face de l’univers assemblé par les représentans directs des Potentats qui le régissent, devrait être un chef-d’œuvre parfait dans toutes ses parties ; mais , faut-il le dire, dès que les artistes surent quel était celui d’entre eux, qu’on avait choisi pour élever ce monument , ils fléchirent la tête , et s’attendirent à la catastrophe que viennent d’éprouver les arts en France, (i)

(1) On trouve dans un écrit qu’a fait publier Mme veuve Bélanger , dressé sur pièces authentiques déposées che* M. Thirion , notaire , rue de Richelieu * n° épj f que feu son époux, M. Bélanger, architecte de Monsieur, frère du Roi, avait été le provocateur de V érection de la statue de Henri IV> et qu’il fut chargé des soins de son exécution par les ordres exprès de Monsieur, en date du 16 avril 1B14 : beaucoup d’autres pièces officielles sont à l’appui.

Cependant on est fort étonné de voir s'élever, au mépris des droits sacrés de feu Bélanger, un comité composé de doute membres , d’abord étranger à la première idée.

Pour moi , si j'avais dans la pensée de faire peindre , je suppose , un beau tableau de paysage, je n’irais certainement pas choisir un M. Dunoui, dont les compositions ont toujours été

comme à tous projets , sans pouvoirs officiels sans caractère légal , s* établir directeur des travaux relatifs à la statue de Henri IV; ensuite garder long-temps le silence sur l’état où se trouvaient ces travaux entre les mains du statuaire à qui il en avait donné Y entreprise» ( Ce mot est souligné ).

On apprit enfin par un rapport de ce comité , rendu public , que Y artiste ( M. Lemot ) rtiarchait à grands pàs vers son but , et que le modèle en petit de la figure, ainsi que celui du cheval étaient enfin terminés. MM. Dufourny , antiquaire , et Pérignon , jurisconsulte , rapporteurs.

Voici les réflexions de feu Bélanger :

« II paraîtrait indispensable , plus conforme aux convenances et aux devoirs de responsabilité du comité envers la nation , que le public , et surtout des hommes de V art fussent appelés à prononcer sur ce premier type , et qu’on pût s’assurer si les formes annoncées par les deux rapporteurs , être d’un plus beau choix que celles données par Jean de Boulogne au travail primitif, sont en réalité j, ce qu’elles ont paru être aux jeux de ces deux juges» :»

Feu Bélanger annonce ensuite, combien serait grave 1* imprudence qu’il y aurait à abandonner la ressemblance de Henri , qui , altérée , deviendrait un sacrilège à- la direction de fausses lumières qui nous. ont donné

lourdes , sans invention , la touche sans esprit , et dont la couleur est froide , ce serait à St. Valenciennes que je m’adresserais. Sous les pinceaux attrayans de cet artiste, naîtraient

tant de productions rrtèdiocrés dans ces derniers temps. (M. . Houdon , trouve-t-on dans l’une des pièces signéesde Sartrouville 3 ancien jurisconsulte , s’était fait un plaisir et une gloire de prêter son ciseau pour cet ouvrage immortel). Certes, si le célèbre M. Houdon eût été chargé de cette statue, on eût eu un chef-d’œuvre. Ainsi les îiauts talens seront donc toujours écartés ; quel désordre dans les arts !

Feu Bélanger ajoute ( ce fut cet architecte qui lit élever la statue de plâtre qui a précédé celle de bronze; c’est M. le sculpteur Iloguier qui en fut chargé ) : cc Le promoteur d’une honorable entreprise a des droits à interroger sur les suites et les progrès de travaux dont il était chargé , ceux qui en ont pris la direction en main , et qui , après s’être constitués les légataires du vœu de la nation , se sont annoncés au pùbiic comme les exècu leurs de ce vœu , ont pris par conséquent sur eux la tâche d’en remplir fidèlement V intention» w

Feu Bélanger regrette les anciens monumens , les compare aux productions élevées depuis peu, et semble gémir en secret du destin de celui qui doit honorer la mémoire de Henri IV qui se trouve confiée aux mêmes mains de ces productions modernes , et dit : cc Je n’ai pu me défendre d’un sentiment de crainte involontaire, que le même génie qui conduit les travaux de1

des paysages harmonieux , et beaux comme ceux du Poussin *, ses ingénieuses compositions me transporteraient au cap Sunium ,

celui-ci ne produise les memes fautes. Plusieurs des ouvrages de sculpture , honorés du titre de monumens publics, exécutés à celte même époque, portent les signes sensibles de la même dégradation , et sembleraient annoncer un mépris affecté des règles établie par les grands maîtres.

ce Avant d’attaquer l’irrégularité apportée dans le nouveau travail de la statue de bronze ( c’est toujours feu Bélanger qui parle ), je crois devoir faire précéder une courte notice sur l’ancienne statue ; suit cette notice -r puis il reprend et s’écrie : U attitude si noble et si naturelle du corps de la statue , sa tête surtout où se peignaient tous les traits de la grande âme de ce prince , et principalement son expansive bonté , etc.

» Une réunion de quelques citoyens , jusque-là étrangers à celte entreprise patriotique, intervint et s’établit sous le nom de comité des Douze . Ainsi un monument voté par la France entière, et dont elle doit payer toute entière les frais , va s’élever sous les auspices de cette association qui ne possède aucun des caractères d’une commission régulière.

yy Assimilant les travaux relatifs à ce monument à ceux d’une entreprise ordinaire , ils ont fait faire ( les membres du comité ), an sculpteur, des ouvertures pour se charger de l’exécution de celle-ci, et sa soumission pour livrer l’ouvrage eomplet dans un temps déterminé. M, Lemot a donné son avis ; le comité Va adressé à 1#

dans l'Isthme de Corinthe , dans les campagnes de l’antique Péioponèse , ou de la riche Crête.

Si je voulais , je suppose encore , qu’on me fît un bon tableau d’histoire , je ne prendrais pas au mot ceux des peintres qui se flattent de la bien peindre , qui ne Font jamais élu-

quatrième classe de l’Institut avec invitation dè donner son avis sur les droits , ainsi que sur le choix de cet artiste. L’Institut , après avoir adhéré , a fait cependant cette observation, qu’ il est plusieurs autres statuaires que la classe pourrait de meme garantir sous les rapports du talent et de la moralité . n (Ges paroles sont fort importantes à méditer : Il est plusieurs autres statuaires . N’était-ce pas indiquer, d’une manière implicite, que V Institut n avait pas une entière confiance dans les lalens de M • Lemot , pour un monument de cette haute considération .) Et feu Bélanger, fidèle aux principes de droits s’élève en faisant cette question : ce Et pourquoi ne pas ouvrir un concours entre tous cés talens également distingués ? Les artistes chargés de V 'exécution de ce monument sont-il connus par des succès marquans , et non contestés dans des ouvrages de la nature de ceux qu’il ont à exécuter dans

ce moment? ..... 0

Il semblerait même que les artistes qui y concourent cherchent à envelopper leurs opérations du plus profond mystère... Pourquoi donc celle précaution ridicule ?«. ( L’écrit dont est extrait cette note est signé A Lciseau , douze ans secrétaire de feu Bélanger»' )

diée , ou jamais lue dans le sentiment que doit le faire un peintre (i). J'examinerais cependant la scène de déluge de M. Gïrodet; car il en est d'un bon , d'un beau tableau d'histoire , comme d’une belle , d'une bonne statue équestre : dans cet œuvre de l’un de nos premiers peintres , je verrais un sujet

Après la publication, , dans le Journal des Bcîtimens , des notes de M. Chéry , sur la statue de Henri IV, A* Loiseau lui a adressé la lettre suivante :

Monsieur ,

J’ai lu avec satisfaction un article insère dans lès Annales des Bâtimens > N° 23, qui traite d’une manière savante la revue que vous ave^ faite de la statue de Henri IV» M» Lcmot a eu beau s’ efforcer de vouloir nous montrer sa production comme un chefd’œuvre et se faire complimenter par le Ministre de V ntérieur, il n’en est pas moins vrai que Henri IV est tombé dans les mains d’un deuxième pour

la honte de nos arts et le regret des artistes.

(1) On a dit du président Hénault :

Il lut l’histoire en philosophe , en sage ,

Il récrivit en citoyen.

L’artiste, jaloux de la considération publique et de l'estime de la postérité , doit lire l’histoire comme le président Hénault , et la peindre comme il Y écrivit.

On a quelquefois agité cette question avec ironie ;

libre , ne tenant à l’histoire d'aucun peuple et d’aucun temps , mais traité dans le caractère et le sentiment qui convient à l’histoire ; toutefois , j’y trouverais à reprendre une certaine force plus triviale que noble dans les formes du nu et dans l’expression ou trée du plus jeune des deux hommes ; expression qui n’est pas aussi historique qu’on l’a pu penser jusqu’à présent. Au surplus, ce fragment de scène de déluge est regardé par les artistes plutôt comme une réunion de diverses études , que comme un tableau d’histoire.

J’examinerais encore le peti t tabl eau (ou plu-

Comment peindre en citoyen? Comment? Comme M. lé Thiers qui nous a montré Brutus condamnant ses fils à la mort , pour avoir conspiré avec un tyran , et projeté de lui livrer leur patrie.

Comme M. C. en représentant Trasybule, le plus grand homme de la Grèce , au sentiment de Plutarque* rendant au peuple , à son retour dans Athènes , les lois de la république * et faisant punir les trente tyrans qui avaient rempli cette ville de deuil * par les proscriptions, les emprisoanemens , lès bannissemens , la mort.

Mais on aime mieux tracer sur la toile et jeter en moule des sujets insignifians , souvent même peu édifians pour les mœurs , que de recourir à mille et mille traits de l’hitoire , qui rappelleraient à nos vertus chancelantes les hautes obligations de la société.

tôt l’estampe qui a été corrigée sur le tableau) représentantHyppocrate qui refuse les présens que lui envoie le roi de Perse : cet ouvrage , fait par M. Girodet, jeune homme alors, et qui date de i 792 , me ferait craindre qu'à côté de belles ligures d’Ambassadeurs persans , ce peintre ne me fourrât encore dans un sujet aussi patriotique et aussi grave, des figures riantes à se tenir les flancs , comme aurait pu le faire Teniers ou Ostade, et ne s’écartât ainsi, par faute de raisonnement solide , du précepte d’Horace, qu’il ne faut point mêler les choses graves aux choses légères : non conveniunt Ijrico carmini res graves , et par conséquent des figures grotesques aux sujets sérieuse.

Je ne me réglerais pas non plus sur une figure d’Endymion . qui n’est qu’une académie faite à Rome pour l’envoi d’usage à l’école de'France, académie que M. Girodet a répétée sous les yeux du public jusqu’à satiété (i), comme si ses talens n’étaient pas su-

(1) Cette figure a été vue d’abord à un premier salon s il y vingt-six ou vingt-sept ans ; puis dans l’atelier de M. Girodet , au Louvre ; puis plusieurs autres fois à divers salons ; et enfin à la galerie du Luxembourg , Gliambre-des-Pairs , où elle est placée, l’acquisition en dant été faite par la maison du Roi , aux sollicitations de M. Routard, à qui les arts sont étrangers.

périeurs à cet ouvrage , quoi aurait du laisser Lieu loin derrière d’autres ouvrages, et que cependant il a lait graver cômriie.uu chef-d'œuvre , et encore sansjeu corriger les vices sensibles de dessin qu’on y remarque. D'ailleurs , dans la conscience de M. Girodet, n’est-ce pas FApolion du Belvédère couché ? chose qu’il est facile de démontrer , soit par la disposition des muscles droits et obliques , soit par celle des os du bassin et de l’attache des fémurs qui , les uns et les autres , ne prennent pas la flexion de la pose , fautes que certainement ne ferait pas aujourd’hui M. Girodet , mais qu’il a pu faire lorsqu’il n’était qu’étudiant.

Ainsi malgré le talent réel deM. Girodet, je regarderais encore autour de moi , lorsqu’il serait question d’un tableau d’histoire proprement dit ? tableau que cet artiste est encore à produire; car, l’Hyppocrate, dont je viens de parler , est composé en partie de portraits; L’auteur y a introduit le sien ; donc, ce n’est pas un tableau d’histoire dans la sévère acception du mot

Mais, m’arrêtant devant les Horaces , je dirais : Voici de l’histoire! voici un sujet romain ! J’y reconnais effectivement des Piomains; le sujet est beau, moral, et propre à

élever l'âme yers une grande pensée. Me por~* tant ensuite vis-à-vis d’un autre tableau de M. David : Ho ! m’écrierai-je , ici sont des hommes plus agrestes que les Romains ; leur chef médite quelque chose de terrible , il tient ses armes ; ses compagnons se revêtent des leurs et s’empressent autour de lui ; la trompette sonne ; un combat furieux va commencer c’est Léonidas aux Thermopyles ! il va marcher contre les barbares qui veulent envahir son pays ï O sublime ouvrage ! c’est ton auteur que j’ai choisi : j’aurai des tableaux d’histoire où toutes les parties du beau et de l’instruction seront réunies , j’aurai enfin de vrais chefs-d’ oeuvres.

La sculpture exige autant de soin et non moins de sévérité dans la recherche. Si je voulais choisir un sculpteur pour élever un monument public , je parcourrais les rues , les temples, les places; je m’arrêterais sur celle du Carousel, et me rappelant les basreliefs que la politique a fait ôter de l’arc de triomphe , je les rechercherais pour en étudier le mérite, n’en pouvant trouver dans le décor resté notamment à la voûte de ce monument mutilé ; décor qui présente une victoire, courte de proportion , mal dessinée sous le manteau qui l’enveloppe entièrement , mau-

valse imitation du Pallium , quand c’était du Péplum qu’il eût été convenable de la revêtir, comme l’ont fait les Grecs, et même les Romains , pour toutes les ligures de victoire, et ainsi que M. Carthelier l'a observé dans celle qu’il a sculpté conduisant un char , qu’on voit au dessus de la porte du Louvre. Telle est donc, d’un premier conp-d’œil , la différence du savoir à i’ignoranee : que je ne prendrais pasM. Lesueur, auteur de celte victoire de l’arc duCarousel, pour me produire quelque chose même de passable. Cette victoire couronne aujourd’hui un trophée d’armes barbares que cet artiste a substitué à la ligure de Bonaparte en pied et revêtu des habits impériaux , qu’il y avait sculpté précédemment (i).

Si encore je voulais une belle statue de Faune, un bel Hercule terrassant l’Hydre de Lerne, c’est à M. Bosio que je m’adresserais. Si je voulais des ligures de ronde-bosse et des

(1) M. Lesueur a fait les bas-reliefs du tombeau de J,-J. Rousseau, qu’on voyait à Hermenonville, dans Pile des Peupliers. Et ce n’est pas un des moindres titres d’honneur pour M. Lesueur, non par la perfection de son travail , mais pour avoir sculpté l’endroit d’une pierre dont le revers touchait aux cendres de l’immortel auteur du Contrat-Social .

bas-reliefs d’histoires religieuses , M. Deseine serait mon sculpteur, mais si, au contraire , entraîné parmi goût faux, j’étais tenté de faire dresser une statue où ne dût point briller le génie de la statuaire, où ne respirât point le caractère- dès l’héroïsme dans le personnage qu’elle représenterait , je ferais mettre sur la selle de M. David, unbloe dans lequel je lui ferais tailler , par exemple , un Grand* Condé, lançant â tour de bras 5 dans les lignes de Wnissembourg, son bâton de maréchal ; mouvement forcé , qui suppose Condé très-éloigné des retraochemens ennemis , et l’assimile , par ce geste ridicule et non héroïque 5 à un écolier s’exerçant à lancer des cailloux pour essayer ses forces.

Qu’un soldat mal aguerri n'ose approcher les fascines pour y mettre le feu , et le jette en fuyant , cela peut arriver ; mais le Grand- Condé peut-il être représenté en soldat mal aguerri , en jeune écolier?

Telle est cependant la statue que M. David nous a montrée, en plâtre, au dernier salon ; statue dont le gouvernement l’a chargé , et dont il lui fait faire le malheureuæ marbre. Tel n’est pas le même Coudé fait par feu Roland : Celui-ci dent, au contraire, l’attitude noble et fière qui convient à un grand général ; il laisse

pour ainsi dire, échapper de ses doigts son bâton de commandement qui , tombant à deux pas du héros , indique qu’il affronte tous les dangers et ne les fuit pas ; quil est sur le bord de la tranchée. Cette belle statue de Condé porte avec elle encore le sentiment de solidité qui fait une partie essentielle du génie de la statuaire ; ce n’est pas une voltigeante, une croquante de dessert , vains tours de force que la plupart de nos statuaires de la nouvelle école prennent pour du génie , et qui leur font sacrifier le héros au ciseau , comme M. Lemot a sacrifié Henri IV et le cheval , â un tour d’équilibre.

Mais laissant là toutes les figures pédestres , puisqu’il s’agit d’une statue d’homme à cheval ; j’irais fouiller jusque dans les ateliers des artistes sculpteurs pour chercher les traces de celui d’entre eux qui se serait plus particulièrement occupé de l’étude du cheval , ou peut-être, sans me donner ce soin, me suffirait-il de trois ouvrages publics, dont deux furent attachés à l’arc du Carousel , et le dernier sculpté dans la masse au-dessus de la porte de la colonnade du Louvre.

Dans l’un des deux premiers ( la bataille d’Austerlitz , bas relief, par M. Spercieux ) , je verrais une fort belle tête de cheval ;

or, comme qui fait le plus, peut faire le moins , je mettrais M. Spercieux sur ma liste : dans le second , des chevaux , plus développés , m'attacheraient d'avantage , et je conviendrais avec tous les vrais artistes et les amateurs instruits , que leur élégance et leur perfection sont achevées. Mais quand M. Carthelier n'aurait pas fait le bas-relief de la réduction d'Ulm , ne me suffirait-il pas de vérifier si le beau morceau représentant la Victoire montée sur un quadrige n'est pas encore de beaucoup supérieur au travail de circonstance dont je viens de parler; si, dans les quatre chevaux atelés quon y voit , M. Carthelier n'a pas développé des connaissances très approfondies , tant de l’ostéoiogie , que de la miologie et de la névrologie ; s’il n'a pas donné à ses chevaux l’élégance des formes , !a force , la noblesse , et meme celte vie qui semble leur faire souffler le feu par les narines, sûrs qu’ils sont d'être conduits par la Victoire.

Des bourgeois ignorans , et Dieu sait combien ces bonnes gens abondent , ont dit, que ces chevaux étant divisés deux par deux , à droite et à gauche , allaient ouvrir le char, et que , cabrant , ils ne pouvaient le tirer. Voilà ce à quoi sont exposés les vrais artistes;

voilà les sottes critiques que Ton fait de leurs ouvrages les mieux pensés. Les bourgeois ont Cru que les chevaux du char de Ja Victoire devaient être semblables à ceux qu’on attele à une charrette , ou tout au moins à un carrosse ; mais la Poétique ? Hélas ! elle esi ignorée du bourgeois.

C’est peut-être la crainte des critiques de ce genre, qui aura déterminé M. Lemot à monter Heuri IV, un héros , et un héros presque déifié, sur un lourd cheval normand, plus propre à faire uu limonier qu’à porter nn grand homme ; sans parler de ce qu’il tient de l'ignorance de l’artiste ; car un cheval, quelqu’il soit , arabe , normand , anglais , quand il est de race pure , et qu’il est bienfait , a de l’ensemble et des proportions régulières et relatives : un homme une femme pris dans l’acception générale sont homme et femme ; mais , on ne prend pas pour modèles une femme , un homme , s’ils ne sont parfaits , autant que le comporte la, nature humaine? Si l’artiste ne trouve point ce qu’il cherche dans un premier choix, il en fait dix , il en fait cent , jusqu’à ce que trente et quarante ans d’études, de connaissances , de recherches approfondies du vrai beau , d’accord avec le sentiment inné des arts , qu’il doit avoir , le fixent enrin»

Il en est de même pour le cheval* Donc , il faudrait choisir l’artiste qui a le mieux étudié les chevaux, quand ou demande de son ciseau ou de son pinceau, s’il est peintre, uu coursier digne d’un héros.

D'où je conclus qu’on devrait toujours s’adresser aux taiens exercés dans chacune5 des parties;, quand on est jâîoux de faire ressortir de bons ouvrages ; et c’est positivement ce qui n’arrive point , ou ce qui n’arrive que par hazardv

Si l’on eût pris plus de précaution , si l’on eût moins écouté Pierre , Paul , Jacques , Garguiîie , nous aurions pu voir s’élever superbement au coeur de la capitale , une fort Belle statue de Henri IV, en place de celle très mediocre que nous a fournie 51. Leihôt ; parce qu’en vérifiant les divers taiens que possède encore heureusement la France , on aurait reconnu d'abord, que l'artiste choisi n’avâit jamais fait de chevaux ; qu’il nétait point familier avec ce genre d’étude , et qu’ensuite ses taiens ; pour la figuré 'humaine , n’étaient pas d une grande profondeur.

11 serait fastidieux , sans doute , de faire l’enumération des ouvrages de M. Lemot ; mais ne voulant pas que Fon m’accuse d’avoir Blâmé avec 'intention de mai dire, je vais rapporter ce qu’on lui attribue de plus remarqua-

ble, ou ce qu’on a cité comme tels ; ou que lui -même a pu s'empresser de désigner ainsi ; précaution probablement nécesaire aujourd’hui , puisque M. Lemot la prise ; précaution dont il paraît que se gardaient les Grecs , car pour connaître de Praxitèle ce qu’il pensait de ses ouvrages , et quels étaient ceux auxquels il accordaitjpius de préférence; on lui vint annoncer subitement que son atelier était menacé d*un incendie : Ah ! Que Ton sauve, s’écria-t-il, mon Amour et mon Faune .

M. Lemot a fait pour le porche du Panthéon ( Saint - Geneviève), un grouppe plus lort que nature, représentant un jeune -homme blessé, expirant dans les bras de la république, sujet donné par M. Quatre-Mère de Quinc y, alors directeur du Panthéon, il a fait 'encore les têtes des Muses que l’on voit autour du fer à cheval des Tuileries, ces ligures antiques étaient autrefois semées dans les jardins de Mari j (i); il a fait le bas-reîief du fronton

(i) On a donné aussi ces deux sortes d’ouvrages à feu Masson; travaillait-il avec M. Lemot, comme il arrive assez souvent que les sculpteurs , font conjointement de même figures , mais c’est presque toujours celui qui reste en ne ni , ou qui à entrepris que l’on nomme ?

On voit par, lesnoLes de feu Bélanger, que deux ar~

de la Colonnade du Louvre, grand ouvrage, ou pour mieux dire ouvrage de grande étendue. (i)

tistes ont travaillé à la statue de Henri IY ; et M. Lemot est le seul connu.

Dam tous les cas, cet artiste ne pourroit guère se formaliser de ces attributions ; Masson , sans avoir été un grand statuaire , entendait assez bien le nu.

(1) En parlant de grands ouvrages disons que s’est depuis M. Gros que l’on s’est avisé chez nous de faire des tableaux d’une grandeur démesurée. Autrefois un tableau de douze pieds semblait être le nec plus ultrades grands ouvrages. M. Dangiviller, en jordonnant au nom du Roi Louis XVI , des tableaux aux peintres de l’Académie , avait adopté trois mesures , huit pieds , dix pieds et treize pieds. C’est dans cette dernière proportion qu’on été faits les deux tableaux de M. David: les Horaces et le Brutus qui sont dans la galerie de la Cham bre-des-Pairs, au Luxembourg. Dans ces mesures, les artistes travaillaient pour qu’on vît long-temps leurs ouvrages; ils y attachaient de la gloire; et d’ailleurs, s’ils peignaient , pour leurs études , dans cette mesure , ils avaient l’espoir de placer leurs tableaux , ce qui pourtant était difficile encore , parce que douze pieds présente une grande étendue de toile pour des logemens de particuliers. Mais M. Gros , ne voulant qn’un triomphe de peu de jours y a pensé envahir, à lui seul , tout le salon à chaque exposition ; aussi voyons-nous que ces grandes décorations , dénuées du mérite de fond , ne sont regrettées ni de ceux qui les exécutent ni de ceux qui les commandent, et moins encore de ceux qui les voient.

Voilà donc la preuve de ce qui a été avancé : Qu’il

li y a long-temps qu'on a dit , relativement aux grands tableaux qui tiennent des faces entières du salon, lors des expositions , et qu’ensuite on envoie roulés pourrir dans les greniers des Gobelins, quil est plus aisé d'en imposer aux yeux , qu'au sentiment ; il en est de meme en sculpture : témoin le bas relief de feu Chau« det, sculpté dans le fronton du corps législatif, qui a été abattu et dans lequel se trouvaient d’exellentes parties , entre autres un

est plus aisé d* en imposer' aux yeux qu'au sentiment » M. Gros , sorti de ses pages extravagantes s et rendu à ïa mesure du savoir et du sentiment , ne fait plus que des ouvrages du plus faible mérite : c’est ce que nous avons vu dans le tableau qui représente le Départ du Roi , la nuit du 19 au 20 mars . Certainêment , s’il est un sujet qui prête à la plus noble expression, comme à l’effet le plus pittoresque, c’est bien celui-la ; et le Roi en le lui donnant avait pensé en vrai peintre : mais son attente a été fort déçue ; car ce tableau de M. Gros est peut-être le plus mauvais qu’il ait jamais fait. Sans expression , sans sentiment, sans effet, il n’offre que du noir et du rouge pour couleur ,de la grimace et de la caricature pour expression ; et l’on n’y voit nul dessin, jusques-làmême que plusieurs figures n’ont pas six têtes de hauteur; enfin des fautes de jeune écolier.

Il faut ramener les artistes à la raison ; et , laissant là leurs toiles d’opéra , ils nous feront peut-être des ou vrages dans lesquels l’âme trouvera son aliment.

fort beau cheval que montait Bonaparte ; témoin encore celui du Panthéon, de feu Coustou, également abattu, celui-ci, par l’ordre de M. Quatre-Mère de Quiney son élève. Celui de Moitié, qui .y a été substitué, ne sera pas plus respecté, (i) Ce ne sont donc que de simples décorations , et , en effet , les statuaires y attachent eux-mêmes assez peu d’importance, puisqu’ils se font aider aux trois quarts par toutes sortes de mains. C’est le profit qu’on retire de ces grandes machines, qui déterminent à les entreprendre ; aussi uu statuaire pourrait avoir tort de se parer de semblables morceaux comme chose d’un talent achevé.

Aiusi le fronton de M. Lemot n’aurait que Y échelle pour mérite; car, examinant la composition, on trouve que les figures sont malgroupées , que particulièrement elles manquent d’ensemble en beaucoup de parties , et qu’elles ne sont point drapées convenablement: des fautes très graves en fait déréglés du bas-relief s’y font remarquer, et pour n’êtrepas trop long , je ne cite pour exemple que laVictoire que l’on voit assise, et de face , au pied

(1) Les échafaudages destinés à sa destruction sont dressés.

du cippe qui portait le buste de Bonaparte , et surmonté actuellement de celui de Louis XIV, non -seulement la pose en est triviale, mais encore inconvenante :les jambes , les cuisses écartées d’une figure de femme est une disposition contraire au sentiment de pudeur qu’a imprimé l'antique dans les figuies de femmes parie rapprochement sur elles-mêmes de toutes les parties ; triviale, parce que le racourci de tous ses membres la ramasse com= me en un paquet, ce qui démontre à la fois le plus mauvais goût, et l’absence des premières règles de cette sorte de sculpture qui n’admet point les racourcis ; tous les beaux ouvrages en ce genre de sculpture que nous ont laissé les statuaires grecs , nos maîtres en cette partie de leur art, comme en celle des statues de ronde-bosse, en sont des preuves incontestables.

Je ne parle pas ici de la petitesse de celte figure de Victoire , eu égard aux autres figures du même ouvrage ; c’est encore l’une de ces fautes qui établissent l’ignorance de ]a géométeie , puisque toute figure assise ou couchée , perdant sur celles qui se trouvent debout dans la même composition , les artistes géomètres observent exactement de donner plus de force à ces figures assises , qu’à

celles qui sont debout , et plus encore à celles qui sont couchées qu'à celles qui sont assises.

Quand aux têtes des statues de Marly, les amateur? et les personnes exerçant l’art du dessin , qui connaissaient ces figures avant la restauration , préféraient les anciennes têtes à celles qui y ont été substituées , parce que si elles étaient mutilées en quelques parties , elles étaient au moins ensemble avec les figures , tandis que celles qu’on y voit sont déformés lourdes, et de beaucoup trop grosses pour la plupart , ce qui ôte à ces figures antiques toute l’élégance des proportions , que leur savaient si bien donner les Grecs , du ciseau desquels elles sont sorties. Au reste, des restaurations ne tirent point à de grandes conséquences.

Je ne parle pas du groupe du jeune homme et de la république: ce n'était qu’un plâtre; et je pense qu'il ne fut pas trouvé digne d’être mis en marbre ; la tournure en était théâtrale . Puis , est-il bien assuré qu’il lot deM. Lemot?

Vous avez blâmé le ridicule , c’est votre expression , Messieurs , d’avoir établi l’inscription du piédestal de Heni IV, en langue latine (i) , qui n’est entendue que d’un cer-

(i) Dès le règne de Louis XI* on cessa d’écrii’e le

tain nombre de savans, parmi les savans. Ceci me rappelle deux choses, peut-être bonnes à rapporter ici , et par elles finira cette analise.

Un particulier , de ceux qu’on appelait autrefois seigneurs , avait un procès à faire juger : c’était sous François Ier; Il accourt à Paris du fond de 6on village pour solliciter ses juges , mais déjà l’arrêt qui le déboutait était rendu : on plaidait à cette époque en latin , et la justice rendait ses arrêts en cette langne ; ce seigneur, piqué de la perte de son procès, vint faire sa cour au Roi , et lui dit qu’il était venu à Paris pour entendre une affaire qui le concernait ; mais que son parlement, sitôt son arrivée, l’avait déboté : « Comment, dit François Ier, mon parlement vous a débolêl — Oui sire , et voici l’arrêt : Dicta curia debotavit et

sermons et les ordonnances de police en latin ; on ne traita plus dans cette langue que les sciences, et ce ne fut que sous Louis XIV, qu’elles commencèrent d’être enseignées en français ; l’Académie elle-même traduisit ses premiers mémoires qui avaient été écrits en latin.

Dès avant Louis XIV, le chancelier de l’Hôpital et le cardinal du Perron proposèrent des collèges pour enseigner toutes les sciences en français. On établit des chaires à même fin pour la chirurgie , la pharmacie, la botanique , les mathématiques et le droit français. On voit que tous vrais Français, et certes on ne taxera

debotat dicium actorem\i ) » Remarquez Messieurs , que debolcivit et debotat , n'est pas latin. Le Roi sentit tout le ridicule de plaider et de rendre la justice dans une langue morte , ou plutôt en barbarismes. Cette plaisanterie eut des suites assez sérieuses , puisque les Hortentius et les Cicéron de palais furent obligés de piailler en français , e\ que dès lors ils perdirent ce faste de faux savoir qui risible déjà dans ce temps , l’est bien autrement aujourd’hui dans ceux qui affectent la latinité (2). Les jugemens furent donc rendus en langue française , et les actes publics furent également

pas d’ignorance ceux que je nomme, ont pensé comme Cicéron, qui n’approuvait pas ceux des Romains qui fourraient du grec partout, au mépris de la langue nationale.

Reste à savoir, relativement à l’inscription établie en latin , si la langue française n’a pas autant de force , de majesté et d’harmonie que la langue latine , et si, quand on s’écrie sur la beauté du latin , ce ne serait pas pour se donner un air scientifique.

(1) Ladite cour a débouté ou déboute le susdit acteur ou plaideur , terme de chicane , la susdite partie .

(2) Je ne suis point ennemi du latin ni de toutes les autres laugues savantes; j’exige que mes élèves, meme les demoiselles , s’en instruisent pour leur art ; mais non pour en faire un vain étalage d’érudition.

écrits dans cette langue, suivant l’ordonnance de François, Fr de s55g.

L’inscription dont il est ici question n’entre-t-elle pas dans l’ordre des actes publics ? et M. Quatre-Mère de Quinpy n’a-t-il pas dérogé à l’ordonnance que je rapporte? Ce point, Messieurs, vous l’éclaircirez ; tout ce que je puis seulement ajouter , c’est que François Ier n’ignorait pas le latin, mais il n’y mettait pas la prétention affectée de nos savans du jour; et si le Roi Louis XVilï , n’a pas fait d’objection contre cette inscription latine , c’est qu’il n’y aura pas pensé ; car il a assurément tout autant de savoir , d’esprit , et de jugement que François Ier.

Je crois fort que M. Quatre-Mère de Quincy, à qui Ton attribue l’inscription du piédestal de Henri IV , n’a pas attaché , ni tiré la corde qui fît tomber l’ancienne statue (i); mais , lorsqu’il

(1) C’est une jeune fille du Midi, nommé Tcroicjne , montée à cheval , vêtue en amazone ( redingotte bleue > chapeau noir ), qui, à la tête des Marseillais , ordonna le renversement des statues équestres des rois , élevées dans les différentes places de Paris.

Ce serait ici le cas de faire de longues citations sur ce renversement des statues chez tous les peuples qui ont existé , et des motifs qui déterminèrent ces actes ; et l’on prouverait, sans beaucoup de peine, que les peuples dan

dit : G allia indignante dejectam, croit-il que la France ne fat pas moins indignée de la chute des emblèmes de la royauté, et des chiffres du Roi qui étaient sculptés dans les plafonds et en cent aul res endroits de Sainte-Geneviève, comme aussi des bas-reliefs religieux qui décoraient ce mouunent ? Et n’est-ce pas M. Quatre-Mère de Quincy , alors son directeur, qui fit f aire cette tonte générale, pour se mettre probablement à l’unisson de la tempête, des fureurs civiles, Cie ilium fur or uni procellas , et ne fît-il pas substituer à cas chiffres , à ces emblèmes et à ces bas-reliefs, des sculptures dans le génie de g3 ?

Quand on a aussi puissamment secondé les opérations de temps et de choses semblables à celles que l’on blâme ; quand on a fait graver profondément dans la pierre d’un monument public aux yeux de toute une génération les signes caractéristiques de ces choses et de ces temps, dont nécessairement , étant hon-

leur masse ne l’ont jamais voulu et ne l’on point provoqué, mais quelques corps particuliers ou quelques individus tenant à des partis secrets.

Ainsi c’est donc à tort , mais à très grand tort que M. Quatre-Mère de Quincy vient rendre responsables les français dans leur masse du renversement de la statue

nête homme , an devait avoir l'esprit empreint et le cœur rempli , doit-on tenir un langage si opposé à sa propre conduite ?

Ph. CHÉR-Yj Peintre d Histoire ,

Couronné à diverses fois par les corps savans de l’état.

P. S . François Ier à qui les arts et les lettres ont tant d’obligations, que la France admira ? qu’elle vénère toujours, n’a pas eu de statue érigée et peut-être n’en aura jamais ; et pourquoi non ? Puisqu’on a relevé celle de Henri IV, qu’on en fait de même pour celle de Louis Xlïl , de Louis XIV et de Louis XV, pourquoi ne se rappellerait-on pas que le pro» jet d’élever une statue équestre à ce Roi créateur de l’urbanité française a existé et a eu même un commencement d’exécution ?

de Henri IV, que Paris même vit tomber avec regret. G’est une insulte gratuite contre laquelle vous avez eu raison , Messieurs , de vous élever, et que M. Quatre- Mère ne saurait trop tôt réparer, soit en changeant les termes de son inscription, soit en effaçant les mots injurieux à toute la France qui y sont insérés.

Une statue fut ordonnée à François Anstici , sur les proportions du double dé naturé; mais le Roi mourut, et l’ouvrage ne fut point continué.

Si la branche des Bourbons compte Henri IV ; et Louis XIV ? celle des Valois eut son François Ier.

Cet écrit sera-t-il le provocateur d’un sentiment de juste reconnaissance envers la mémoire de ce Prince valeureux si jaloux de l’honneur français? Tout est perdu fors l'hon-

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